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Full text of "Bulletin de la Société d'études scientifiques de l'Aude"

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BULLETIN 
SOCIÉTÉ D'ÉTUDES SCIENTIFIQUES 


DE L'AUDE 


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BULLETIN 


DE LA 


SUCIEIE D'ÉTUDE AENTIENUES 


s 


DE L’'AUDE 


DIX-NEUVIÈME ANNÉE. — TOME XIX 


CARCASSONNE 


Vicror BONNAFOUS-THOMAS, IMPRIMEUR DE LA SOCIÉTÉ 
50, Rue de la Mairie, 50 


1908 


ART, 4o du RÈGLEMENT. — La Société ne prend sous sa 
responsabilité aucune des opinions ou assertions émises par les 
auleurs des articles insérés dans son Bulletin ou des communi- 
cations faites en séance, méme si elles n’ont été suivies d'aucune 
discussion. 


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PREMIÈRE PARTIE 


Liste des Membres. — Séances de 1907 


40143 


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MEMBRES FONDATEURS 


DE LA 


SOCIÉTÉ D'ÉTUDES SCIENTIFIQUES DE L'AUDE 


ALIEU (François), urchiviste. 


AMIGUES (Adolphe), notaire. | 


AUGÈRES (Victor), instituteur. 
AURIOL (Adrien), professeur d'agr. 
AYROLLES (Aimé), propriétaire. 
BAICHÈRE (l’abbé Ed.), professeur. 
BARRE (Léopold), propriétaire. 
BÉDos (Philippe), professeur. 
BENEAUSSE (Maurice), instituteur. 
BERGASSE (Marius), propriétaire. 
BONNAVES (l’abhé Sylvain), curé. 
BoURREL (Charles), D' médecin. 
BRU (Fernand), botaniste. 
CAMBON (l'abbé Léon), professeur. 
CANAL (l'abbé Pierre), professeur. 
CASTEL (Pierre), ingénieur. 
CHARTIER (Louis), naturaliste. 
COMBES (l'abbé G.), professeur. . 
DAT DE ST-FOULC (Ch.), rentier. 
DONNAREL (François), instituteur. 
DonNNaT (Hippolyte), professeur. 
DuMoNT (Joseph), horticulteur. 
FLEUREAU (Alphonse), professeur. 
GARY (Léopold), propriétaire. 
GASTINE (l'abbé M.), professeur. 
GAUTIER (Gaston), bolaniste. 
GAvOY (Louis), entomologiste. 
GAZEL (labbé Lucien), professeur. 
GLORIES (Emile), rentier, | 
JALOUX (Adrien), propriétaire. 


JEAN (Joseph), propriétaire. 
JULLIAN (Ch.-Gabriel), étudiant. 
JoULIA (l'abbé J.), Sup.du P. Sém. 
LIGNON (Alban), instituteur. 
MAHOUXx (l'abbé Casimir), cure. 
MALBRET (Bernard), photographe. 
MARIEU (Charles), propriétaire. 
Mary (Ulysse), propriétaire. 
MAUREL (Oscar), instituteur. 
Mirroc (l'abbé Georges), profess. 
MOLINIER (Jean), instituteur. 
MonTES (P.), anc. chef d’instilon, 
MouLa (Paul), Dr médecin. 
MULLOT (Henri), propriétaire. 
NaAVaLs (Albert), instituteur. 
Noyer (Joseph), botaniste. 

PÉRIÉ (Auguste), tistutuleur. 
Périr (Abel), Dr médecin. 

PILLOT (E.), garde gén. des forêts. 
Pos (l’abbé Camille), professeur. 
PRATX (l'abbé Aug.), professeur. 
RANCOULE (l'abbé J.-B.), profess. 
REBELLE (Guillaume), négociant. 
RESPAUD (Auguste), tnslituteur. 
ROUSTAN (Désiré), étudiant. 
SICARD (Germain), propriétaire. 


| SOL (Paul), journaliste. 


SOURBIEU (Ed.), conchyliologiste. 
VIGUIER (Laurent), étudiant. 
VÉZIAT (Auguste), chef d'instion, 


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ÉTAT DES MEMBRES 
DE LA SOCIÉTÉ D'ÉTUDES SCIENTIFIQUES DE L’AUDE 


Au 81 Décembre 1907 


Président honoraire 


M. Ch. Baron, à Narbonne. 


Membres nés 


M. le Préfet du département de l'Aude. 
M. le Maire de Carcassonne. 
M. l'Inspecteur d’Académie. 


Membres honoraires 


MM. 


BERGERON (Jules), Professeur à la Sorbonne, à Paris. 

Bresson (A.), Préparateur de géologie à la Faculté des 
Sciences de Besançon (Doubs). 

CaREz (Léon), Docteur ès-sciences, 18, rue Hamelin, à Paris, 
Géologue. 

CarTaILHAC (Emile), rue de la Chaîne, 5, à Toulouse (Haute- 
Garonne), Sciences préhisloriques. 

DEPÉRET (Ch.), Doyen de la Faculté des Sciences de Lyon. 

Doxcœux (L }), Professeur à la Faculté des Sciences de Lyon. 

FLAHAULT (Charles), Professeur à la Faculté des Sciences, à 
Montpellier (Hérault). 

FLEuREAU (Alphonse), Proviseur au Lycée, à Toulouse. 

GAUTIER (Armand), Membre de l’Institut. Professeur à la 


Faculté de Médecine, à Paris. 


— X — 


DE GrossouvrE, Ingénieur en chef des Mines, à Bourges. 

MELLÉ (D°), à Blan (Tarn). | 

MEUNIER (Stanislas), Professeur de Géologie au Muséum 
d'Histoire naturelle, 3, Quai Voltaire, à Paris, 

PERON, Intendant militaire. 11, avenue de Paris, à Auxerre 
(Yonne), Géologue. 

RÉGNAULT (Félix), 19, rue de la Trinité, à Toulouse (Haute- 
Garonne), Sciences préhisloriques. 

Roussez (J.), Docteur ès-sciences. Professeur au Collège, 5, 
chemin de Velours, à Meaux. 

Trurar (Emile), ancien directeur du Musée d'Histoire natu- 
relle de Toulouse, à Foix (Ariège). 

VaLérRy M Avee &>. &, Professeur à l'Ecole Nationale d’Agri- 
culture, à Montpellier. 

Vicuier (Maurice), Docteur ès-sciences, à Carpentras (Vau- 
cluse). 


Membres Donateurs 


MM. 


Dox pe CÉpian (Maurice), Propriétaire, à Villemoustaussou. 

SARDA (Jules), Propriétaire, Château de la Rouquette, par 
Lasbordes (Aude). 

: LANoIR (Georges), Inspecteur des forêts, à Djidjelli (Algérie). 


Membres Titulaires 


(L'astérisque indique les Membres fondateurs) 


MM. 


1899 ADER (Henry), Ingénieur des Ponts et Chaussées, aux 
Forges de Quillan (Aude). 

1889" ALIEU (François), Archivisle : à la Préfecture de l’Aude, 
Carcassonne. 

1903 ALQUIER-GRIFFOULET, Propriétaire, au domain de Con- 
ques, près Alzonne (Aude). 


1889* Amicues (Adolphe), Notaire, rue du Marché, Carcas- 
sonne. 

1890 ANcÉ (l’abbé Raymond), Curé, Greffeil. 

1891 D'ANDRIEU (Gabriel), Propriétaire, Coursan. 

189y AXÉ (Pierre), &, €, Conducteur des Ponts et Chaussées, 
à La Nouvelle. 

1907 ARNAUD (Charles), Ingénieur de la maison Fafeur, 
Square Gambetta, à Carcassonne. 

1889" AuGÈREs (Victor), Directeur de l’Ecole Communale, 
Sigean. | 

1893 AZALBERT (Antoine), €», Docteur-Médecin, Caunes. 

1900 AZÉMA (Jules), Secrétaire de la Mairie, Saint-Nazaire 
(Aude). 

1892 Bac (Victor), Représentant de Commerce, rue de la 

| République, Carcassonne. 

1895 BARBUT (Georges), 4. &x, Professeur d'Agriculture. rue 
de la Liberté, Carcassonne. 

1903 Barpou (Pierre), Propriétaire, Cazilhac. 

1890 BaroN (Charles), Libraire, Narbonne. 

1892 Bary (Ernest), Négnciant, rue des Jardins, Carcassonn. 

1899 Barur (Raoul), Ingénieur agronome, D' de la Colonia 
de San Luis, à Huesca (Espagne). 

1904 Bauvize (Henri), rue Chartran, Carcassonne. 

1894 Baux (Xavier), Négociant, rue de la Gare, Carcassonne. 

1892 Bayarp (Antoine), Fabricant de couleurs, rue des 
Jardins, Carcassonne. 

1889" BENEAUSSE (Maurice), Directeur de l'Ecole du Musée, 
Carcassonne. 

1901 BERNON (Paul), €, Photographe, rue de la Gare, Carcas- 
sonne. 

1893 Berraomieu (Louis), Notaire, Caunes-Minervois. 

1905 BERTRAND (Albert), Relieur, Grand’'Rue, Carcassonne. 

1899 BERTRAND (Armand), Propriétaire, Azillanet (Hérault). 

1891 BERTRAND (Elie), Instituteur, Villalier. 

1903 BÈs (Pierre-Georges), Régisseur à Montquiert, près 
Carcassonne. 


— XI — 


1893 Biror (Baptiste), Entrepreneur. Maquens. 

1901 BLanic (P.), rue Pierre-Germain, Carcassonne. 

1895 BLravquiEr (Alexandre). Instituteur, Cuxac-d'Aude. 

1901 Bonxarous (Joseph), Imprimeur, rue de la Mairie, Car- 
cassonne. 

1889" Bonxaves (l'abbé Sylvain), Curé-doyen, Couiza. 

1893 BoriEs (Guillaume), Propriétaire, Fabrezan. 

1897 BoucuÈre (Cyprien), Docteur-Médecin, Quillan. 

1895 Bourcës (Fernand), Sous-Inspecteur des Enfants assis- 
tés, Square Gambetta, Carcassonne 

1889° BourreL (Charles), Docteur-Médecin, rue Voltaire, 11, 
Carcassonne. 

1895 Bousquer (Jean-Baptiste), Instituteur, Salvezines. 

1900 Bousquet (Henri), Docteur-Médecin, Grand’Rue, Car- 
cassonne. | 

1906 BousquET (M"° Jeanne), rue de la Gare, Carcassonne. 

1890 Boyer (Victor), Négociant, boulevard Marcou, Carcas- 
sonne. | 

1905 BRÉZET (François), Propriétaire, Cazilhac. 

1889" Bru (Fernand), Botaniste, 16, Avenue du Capitole, 


Narbonne. 

1599 BRUGUIÈRE (Auguste), Propriétaire, rue de Belfort, 
Carcassonne. 

1903 BRUNEL (Polydore), Libraire, rue de la Gare, Carcas- 
sonne. 


1891 Bucxarp (Léon), Peintre décorateur, rue du 4 Septem- 
bre, Carcassonne. 

1891 Buscair (Louis), Propriétaire, Boulevard Omer Sarraut, 
Carcassonne. | 

1898 CABaNxes (Alcime), Propriétaire, Argeliers (Aude). 

1901 CALMET (Paul), Instituteur, à Auriac, par Lanet (Aude). 

1906 Carmox (Paul), Instituteur adjoint, à Cuxac-d’Aude. 

1899 CaLs (Jean), Gardien des fortifications à la Cité, Car- 
cassonne. 


— XII — 


1905 CAmBourNac (Henri), Avoué, 21, rue du Mail, Carcas- 
sonne. 

1890 CaxEL (Emile), Instituteur, Gincla. 

1890 Capys (l’abbé Etienne), Curé, La Digne d’Aval (Aude). 

1891 Carsou (J.-B.), Docteur-Médecin, rue dela République, 
Carcassonne. 

3897 CAREMIER (Paul), Notaire, Trèbes. 

1894 CARRIÈRE, Docteur-Médecin, rue du Marché, 2, Carcas- 

sonne. 

1904 CARSALAT, rue des 3 Couronnes, Carcassonne. 

1892 CasTez (Jean), Vétérinaire, rue du 4 Septembre, Car- 
cassonne. 

1900 CaASTEL (Eugène), Propriétaire, Grand’rue, 71, Carcas- 
sonne. 

1896 CATHALA (Marius), Propriétaire, Argeliers. 

1900 GATHALA (Julien), Instituteur, 49, rue des Etudes, Car- 
cassonne. 

1903 CaTHary (Antoine). Pharmacien, Capendu. 

1898 Cazanove, Docteur-Médecin, 91. Boulevard Barbès, 
Carcassonne. 

1905 Cazaux (Pierre). Rentier, 73, Boulevard Barbès, à 

| Carcassonne. 

1892 CÈèBE(M'e),Maitresse de Pension ,Grand'’rue, Carcassonne 

1904 CHanaup (Louis), Docteur-Médecin, Limoux. 

1901 Cauzy (Vincent), Négociant. rue de Strasbourg, Car- 
cassonne. 

1890 CHaAvanETTE. Docteur-Médecin, Tuchan. 

1899 Cnirrre (Jean), Conducteur des Ponts et Chaussées, 47, 
rue des Jardins, Carcassonne. | 

1907 CLERGUE (François), Régisseur à Herminis, près Car- 
cassonne. 

1896 CLuzon (Ferdinand), Libraire, 26, rue Bellevue, Car- 
cassonne. 

1891 Cozr(Joseph), Banquier, 6, rue Mazagran,Carcassonne. 

1895 ComBEL&rAN (Ernest), Négociant, Rieux-Minervois. 


1902 
1890 


— XIV — 


ComMBELÉRAN (Gaston), rue de la Gare, Carcassonne. 
Comes (Louis), Caissier au Comptoir d’Escompte, Car- 
cassonne. | 


1896 CourrenT (Paul), O. I. P. 4. Docleur-Médecin, Tuchan. 


1899 
1899 


1891 
1905 


1902 
1899 


1903 
1892 


1902 
1904 
1909 
1906 


1901 


1902 
1890 


1890 


Cros (Joseph), Maître d'Hôtel, à Fourtou (Aude). 

Cros-Mayrevirile (Antonin), Président du Tribunal 
Civil, Conseiller général, Narbonne. 

CrouzeT. #, Docteur-Médecin, Conseiller général, 
Cuxac-Cabardès. 

CrozeL (G.), Géologue, 34, Quai Saint-Antoine, à Lyo 
(Rhône). | 

DaGEs, Médecin-Vétérinaire, à Azille. 

DaGuer (Alexandre), Propriétaire au Château du Fort, 
près Mas-Saintes-Puelles. 

DazBës, Docteur-Médecin, Capendu. 

Dazcy (Paul-Maurice). Propriétaire, Saint-Laurent-de- 
la-Cabrerisse (Aude). 

De8osQuE (Léon), Manufacturier. à Chalabre. 

Decrave, Docteur Médecin, à Lagrasse. 

DeLauDEe (Charles), Ingénieur-Agronome, à Cuxac- 
d'Aude. 

Dezeu (André), Serrurier, rue de la République, 60 là, 
à Carcassonne. 

Deruas (Célestin), Négociant, rue des Jardins, Carcas- 
sonne. 

Dezwas (Louis), x, Docteur-Médecin, à Rieux-Minervois, 

DEzPowr, Directeur d’Ecole, 31. boulevard de la Liberté, 
à Narbonne. 

Devizze (Emile), Agent-voyer d'arrondissement en 
retraite, à Alet (Aude). | 


1906 DÉzarnaup (Baptiste). Constructeur-Mécanicien, 15, rue 


1890 


1902 


des Trois Couronnes, à Carcassonne. 

Don pe Céprax (Maurice), Propriétaire, Villemous- 
taussou. 

Dourapou, Instituteur, à Cabrespine (Aude). 


1897 Ducxax (Louis), Propriétaire, rue de la République, 
Carcassonne. 

1901 Dupuy (J.-J.), Chef de Comptabilité à la Société Méri- 
dionale d’Electricité, Carcassonne. 

1902 Duranp(Albert), Négociant.ruedesJardins,Carcassonne. 

1904 Dusseau (Victor), Agent d’'Assurances, rue Pinel, Car- 
cassonne. 

1901 EscarGueis (François), Clerc de Notaire, chez Me Ami- 
gues, Carcassonne. 

1900 EscarGuEL (Joseph), rue Chartran, Carcassonne. 

1893 Esparseiz (Raymond), Boulevard Barbès, Carcassonne. 

1891 D’EsPezeL (Paul), Négociant, Place Carnot, Carcassonne. 

1894 EsTRapE (Joachim), Directeur de la Société Méridionale 
d’Electricité, rue Pinel, Carcassonne. 

1891 Evror (Charles), &3, Conducteur des Ponts et Chaussées 
en retraite, Square Gambetta, Carcassonne. 

1904 FABrEe (Antoine), Médecin- Vétérinaire, rue Littré, Car- 
cassonne. | | 

1895 FaBre (Numa), Maitre-répétiteur au Lycée, Carcassonne. 

1903 FABrEe (Paul), 20, rue Riquet, Castelnaudary. 

1901 Faces (Antoine), Régisseur à Rivoire, près Carcassonne. 
1901 FAGES-BonxéRY (François), Avocat, Boulevard de la 
Préfecture, 10, Carcassonne. 

1901 FARGESs (Justin), Négociant, rue Trivalle, Carcassonne. 
1901 FarGes (Léon), Négociant, rue Trivalle, Carcassonne. 
1904 Faure (Etienne), Négociant, rue la Gare. Carcassonne. 

1892 FAURE (Marius), Notaire, Saint-Hilaire. 

1904 FERRIÉ (Pierre), Docteur-Médecin, Saint-Hilaire (Aude). 

1904 FERRIÉ (Numa), Propriétaire, Cazilhac (Aude). 

1895 Finesrres (Emile), Agent-voyer, Laure. 

1901 Firre (Joseph), Pharmacien, Azille. 

1902 FonTANEL (Constant), 3, Ingénieur agricole, à Embres 
(Aude). 

1898 FonTROUGE (Fils), Agent d’Assurances, Boulevard du 
Canal, 8, Carcassonne. 


AV — 


1896 Fournié (Ernest), Docteur-Médecin, Grand’rue, Car- 
cassonne. 

1903 Fournié (Georges), Propriétaire, au Château de la For- 
çate, près Villesiscle (Aude). 

1906 GaALINIER (Casimir), Propriétaire et Marbrier, Caunes. 

188g* Gary (Léopold), Propriétaire à Terres-Rouges, près 
Tournissan (Aude). 

1892 GasTiLEUR (Charles), Négociant, Grand’Rue, Carcas- 
sonne. | 

1892 Gausox (Victor), Docteur-Médecin, rue Barbès, 3, Car- 
cassonne. 

1889* GAUTIER (Gaston), Z, Botaniste, Place St-Just, Narbonne. 

1889" Gavoy (Louis), Entomologiste, rue de la Préfecture, 5°, 
Carcassonne. 

1899 GAYDE (Louis), Propriétaire, Trèbes. 

1889" GAzEL (l'Abbé Lucien), Professeur à l'Ecole St-Stanislas, 
Carcassonne. | 

1890 GERvIËs (Amédée), Propriétaire, Aigues-Vives (Aude). 

1889" GLoniEs (Emile), Rentier, rue de la République, Car- 
cassonne. 

1898 Gourpou (Paul), Pharmacien, Alzonne. 

1903 GRILLIÈRES (L.), C. x, Colonel du génie en retraite, 
Boulevard Barbès, 90, Carcassonne. 

1898 GuirAuD (Louis), Propriétaire, Moux. 

1891 GuimauD (Martin), Ingénieur-Constructeur, route de 
Narbonne, Carcassonne. 

1890 GuirauD (Théodore), £}, Avoué, rue de l’Aigle-d'Or, 
Carcassonne. 

1892 Hyverr(Georges),«} .Ingénieur,quaiRiquet,Carcassonne. 

1903 JALABERT (Augusta), Directrice d’Institution, Castel- 
naudary. 

1892 JazamBic (M'"°), &, Directrice de l'Ecole Normale d’Insti- 
tutrices, Carcassonne. 

1898 JEANSEAN (Alphonse), Propriétaire, Saint-Hilaire (Aude). 

1898 LaBsorpe (Mathieu), &, Fabricant de futailles, rue Mont- 
pellier, Carcassonne. 


— XVII — 


1901 LAFrFAGE, €}. Juge de Paix, Saint-Girons. 

1904 LarrirTe, Docteur-Médecin, Chalabre (Aude). 

1906 LAMBRIGOT (Paul), Marchand d’antiquités, Grand'’rue, 
Carcassonne. 

1895 Lassazce (Edouard), Horticulteur, rue des Quatre-Che- 
mins, Carcassonne. 

1903 LaTaPiE (Henri), Propriétaire, à Castelnaudary. 

1904 Laura (Frédéric), Ingénieur des Arts et Manufactures, 
Boulevard du Jardin des Plantes, Carcassonne. 

1904 LAviaze (Jules), Propriétaire, Fabrezan. 

1907 LEPARGNEUR (Jean). Etudiant en médecine, à Toulouse. 

1899 Lévy (Adolphe), Propriétaire, place du Palais, 8, Car- 
cassonne. 

1906 LicnÈREs (Joseph). Propriétaire, à Trausse (Aude). 

1889° Liexo (Alban), Professeur à l'Ecole d'Industrie et de 
Commerce, rue Droite, 58, Narbonne. 

1904 Lienox (Léopold), Propriétaire, Saint-Hilaire (Aude). 

1893 MADRENNEs (Joseph), Ancien Notaire, Rieux-Minervois. 

1896 Marrre (Ernest), Inslituteur, Armissan. 

1903 Marer (Achille), Propriétaire, Espéraza. 

1897 Marric (Henri), Avocat, rue de la Gare, Carcassonne. 
1896 Marcon-Journer (Victor), Agent général de la C'° de 
Saint-Gobain, 8, rue Mazagran, Carcassonne. 

1889" MartEu (Charles), Propriétaire, Leucate. 

1899 MarTin (Emile), Conducteur des Ponts et Chauee 
Mont-de-Marsan (Landes). 

1905 MarrTy (Ambroise), Receveur de l’'Enregistrement, 
Quillan. 

1892 Marry (Augustin), Docteur-Médecin, Place du Palais, 
Carcassonne. 

1895 Marry (Léonce), rue Trivalle, 163, Carcassonne. 

1905 Marry (Pierre), Propriétaire, Cazilhac. 

1894 Marureu (Joseph), Propriétaire. Saint-Couat-d'Aude. 

1898 Maruieu (Numa), Propriétaire, Saint-Couat-d'Aude. 

1907 Maure (Jean), 58, rue de la République, Narbonne. 


2 


— "XVILE — 


1889 Maywarn (Antoine), Ancien Instituteur, à Bouilhonnac. 
1907 Maza (Louis), Ancien Négociant, rue de l'Aigle-d'Or, 


Carcassonne. 
1891 MaAzuRIER (Gaston), Pharmacien de 1"° classe, Grand’rue, 
Carcassonne. 
1901 MENGauD (Constant), Négociant, 19, allée de Bezons, 
Carcassonne. | 


1904 MÉric (J.), t>, Imprimeur-Editeur, Limoux. 

1907 MérraL (Ernest), Caissier à la succursale de la Banque 
de France, à Carcassonne. 

1892 Mizraup (François), Instituteur, Laurabuc (Aude). 

1896 Miquez (Jean), Propriétaire, Barroubio, par Aigues. 
vives (Hérault). 

1889" Mirrou (l'Abbé Georges), Supérieur du Petit Séminaire, 
Carcassonne. 

1897 Mounier (Antoine), Propriétaire, Couffoulens. 

-1889° MoutEr (Jean), Instituteur, Tuchan. 

1893 Mounir (Louis), Chef de Division à la Préfecture de 
l'Aude, rue de la Mairie, Carcassonne. 

1892 MonTAGxE (Gabriel), Juge de Paix, Varennes (Allier). 

1904 Morer (Lucien), 20, rue du Parc à Fourrages, Carcas- 
cassonne. 

1901 Moser (F.), Négociant et Propriétaire, Lézignan. 

1903 Mor (Félix), Pharmacien, Grand’rue, 20, Carcassonne. 

1904 Moucxié (Noël), Ingeniero, Sociedad general de Aguas 
de Barcelona, 16, Paseo de Gracia, Barcelona (Espagne). 

1899 Mouuixes (Raymond), Maître d’hôtel, Quillan. 

1903 Mouis (Simon), Propriétaire, Rieux-Minervois. 

1904 Muicor (Emile), Ancien Conseiller général, au château 
du Pech, par Saint-Hilaire (Aude). | 

1889* MuzLor (Henri), €, rue du Quatre-Septembre, 6, Car- 
cassonne. 

1890 Nezzi (Léon), Architecte, rue d'Alsace, Carcassonne. 

1897 NoGué (Osmin), Avocat, boulevard du Musée, Carcas- 
sonne, | 


— XIX — 


1904 NouseL (Guillaume), Négociant,Grand'Rue,Carcassonne. 
1902 Ouivier (H.), Contrôleur des Contributions Directes, 


Limoux. 

1894 OrmiÈres, Docteur-Médecin, rue de la République, 
Carcassonne. | 

1897 OurraL (Jacques), Artiste-Peinire, rue des Arts, Car- 
cassonne. 


1901 Paye (Auguste), Conducteur des Ponts et Chaussées, 
rue Tranquille, Carcassonne. 

1900 PÉBERNARD, Médecin Vétérinaire, Conques (Aude). 

1891 Pecu (Jean), O. I. P. €», Professeur de Mathématiques 
au Lycée, Carcassonne, 

1903 PErpiGou (Jean), Propriétaire, Cazilhac (Aude). 

1905 PErDicou (Baptiste), Grand’Rue, 128, à Carcassonne. 

1889“ Périé (Auguste), Directeur de l'Ecole de la Cité, Car- 
cassonne. 

1894 PeyraupeLz (Léon), Ancien Négociant. Place Carnot, 
Carcassonne. 

1906 PEYRE (Pierre), 67, rue Voltaire, Carcassonne. 

1891 PEYRONNET (Paul), &ÿ, Docteur-Médecin, rue Voltaire, 
Carcassonne. 

1894 Prancarp, Docteur-Médecin, 16, rue Bayard, Toulouse. 

1897 PouizrÈs (Joseph), Horloger, rue de la Gare, Carcas- 
sonne. 

1889" PRATx (l’abbé Augustin), Curé, à Pomas. 

1902 PRATx (Clément), Propriétaire, Tuchan. 

1904 PuzrÈs (Ferdinand), rue Victor Hugo, Carcassonne. 

1900 Ramez (Charles), Propriétaire, rue Barbès, Carcassonne. 

1894 Rascoz (Henri), Pharmacien, Chalabre. 

1902 Raymowp (Martial), Ingénieur agricole, Azille. 

1892 Ravynaup (Michel), x, Négociant, Place Carnot, Carcas- 
sonne 

1889" REBELLE (Guillaume), rue Chartran, 11, Carcassonne. 

1900 RENaux (Camille), O. I. P. &ÿ, Professeur d'Histoire en 
retraite, rue Antoine-Marty, A1, Carcassonne, 


| 


1889° Respaup (Auguste), Directeur d’Ecole, Ouveillan. 
1904 Rey (Gustave), Négociant, rue Courtejaire, Carcassonne. 
1900 Ricaup (Fortuné), Propriétaire, rue du Port, Carcas- 
sonne. | 
1901 Rivazs (Jules), Propriétaire, à Saint-Martin de Mon- 
tredon, près Carcassonne. 

1892 RoserrT (Marius), Juge au Tribunal civil, à Béziers 
(Hérault). 

1892 Roca (Emile-Laurent), Ingénieur civil, Castelnaudary. 

1892 RocaLve (Pierre), Propriétaire, Villebazy. 

1904 RoGEr (Léon), Propriétaire, Homps (Aude). 

1903 RouaxerT (Joseph), Clerc de Notaire, chez M° Donna 
dieu, à Narbonne. 

1899 Rouayroux (Oscar), Industriel, Olonzac (Hérault). 

1906 RouDièrE (Henri), rue Courtejaire, Carcassonne 

1897 Roucer (Jean), Marchand de Meubles, rue Barbès, 
Carcassonne. 

1894 Roucité, Chaudronnier, rue Victor Hugo, Carcassonne. 

1896 RoumIeux (Ancile), Professeur de Sciences Physiques 
et Naturelles au Collège de Narbonne. | 

1894 Rouquer (Achille), Directeur de la Revue Méridionale, 
rue Victor Hugo, 9, Carcassonne. 

1892 Rouzaup (Philippe), Négociant, Grand’rue,Carcassonne. 

1897 Rurrer (Léon), Notaire, rue Barbès, Carcassonne. 

1901 SABARTHÈS (Abbé), €, Curé, Leucate (Aude). 

1891 SABATIER (Joseph), &,&#, Ingénieur Agronome, boule. 
vard Barbès, gr, Carcassonne. 

1864 SABATIER (Michel), Distillateur, route de Narbonne, 
Carcassonne. 

1900 SABATIER (Jacques), rue Trivalle, 66, Carcassonne. 

1904 SABATIER (Charles), Négociant, rue de la Digue, Car- 
cassonne. 

1892 SABINEAU (Pascal), Propriétaire, Serviès-en-Val. 

1904 SAMARUC (Jules), rue Barère, 4, Narbonne. 


_ XX — 


1901 SaMaARY, #, Lieutenant-Colonel en retraite, 12, rue 
Pierre Germain, Carcassonne. 

1897 Sarcos (Osmin), &æ, Docteur en pharmacie, Place Car- 
not, Carcassonne. | 

1892 SATGÉ (Albert), Propriétaire, rue de la République, 
Carcassonne. . 

1890 SATGÉ (Louis), Propriétaire, Grand’ Rue, 77, Carcas- 
sonne. 

1901 SÉGUIER (Jacques), Square Gambetta, 3, Carcassonne. 

1896 SEMIcHoN (Lucien), Directeur du Laboratoire œnologi- 
que, Narbonne. 

1898 SEMPÉ (Jean), Docteur-Médecin, rue Courtejaire, Car- 
cassonne. 

1899 SERRIËS (François), Pharmacien de 1" classe, Montlaur. 

1904 SÉvérac (L. Norbert), Négociant, Trèbes. 

1899° Sicarp (Germain), O. I. P. &, Propriétaire, au château 
de Rivière, près Caunes-Minervois. 

1889" Sourgieu (Edmond), Conchyliologiste, rue de la Répu- 
blique. 35, Carcassonne. 

1893 TALLAVIGNES (Paul), Propriétaire, Caunes Minervois. 

1901 Teyssevre (Auguste), Négociant, rue de la Gare, Car- 
cassonne. 

1904 Tisseyre (Elie), Entrepreneur, Espéraza. 

1894 TraGan (Narcisse), Notaire, Couiza. 

1904 VENTRESQUE (M'* Andrélie), Institutrice, Argeliers. 

1901 VERDIER (Louis), Agent d'Assurances, rue Courtejaire, 
h, Garcassonne. 

1899 Vipai (Edmond), Marchand de bois, route Minervoise, 

1902 Viara (Jules), Agent-voyer, Lézignan. 

:902 Vipar (Robert), Pharmacien, Tuchan. 


— XXII — 


Membres Correspondants 


MM. 


Banruës, Professeur au Collège de Sorèze (Tarn), Botanisle. 

Bec (Jules), Professeur à Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn), 
Bolanisle. 

Bouzru (l'Abbé), rue de Bourbon, 31, à Lyon (Rhône), 
Bolaniste. 

Boxnier (Gaston), Professeur de botanique à la Faculté des 
Sciences, Paris, Botanisle. 

Brémonn, Commandant de Gendarmerie, à Saint- Etienne 
(Loire), Minéralogisle. 

CauNEILLE (G.), Sous-Intendant militaire en retraite, 13, rue 
Raymond IV. à Toulouse, Apiculteur. 

CHALANDE (Jules), rue des Paradoux, 28, à Toulouse (Haute- 
Garonne), Herpétologque. 

CHANTEGRAIN (M.), Directeur du Pensionnat primaire, à Main- 
tenon (Eure-et-Loir). | 

CuEvALtER (l'abbé Louis). Professeur à Precigné (Sarthe), 
Bolaniste. 

Cuogaur (Alfred), Docteur-Médecin, 4, rue Dorée, à Avignon 
(Vaucluse), Entomologiste. 

CLos (D'}), Correspondant de l’Institut, Professeur à la Faculté 
des Sciences, allée des Zéphyrs, 2, à Toulouse (Haute- 
Garonne), Bolanisle. | 

CorINEAU (Charles), Juge, à Doullens (Somme), Bolanisle. 

CosTe (l'abbé Hippolyte), à l'Institut Catholique de Toulouse 
(Haute-Garonne), Bolanisle. 

DesEaux (Odon), Pharmacien principal à l'Hôpital militaire, 
10, rue Saint-Lazare prolongée, à Toulouse (Haute- 
Garonne), Bolaniste. 

DoumErGUuE (François), Professeur au Lycée d'Oran (Algérie), 
Boltaniste. 


— XXIH — 


Fasre (Paul), Docteur-Médecin de la C'° des llouillères de 
Commentry (Allier), Géologue. 

Facor (Paul), Notaire, à Villefranche-Lauragais (Haute- 
Garonne), Conchyliologiste. 

GarRiGOU (F.), Docteur-Médecin, à Toulouse (Haute-Garonne), 
Géologue. 

GourDon (Maurice), Villa Maurice, près Bagnères-de-Luchon 
(Haute-Garonne), Géologue. 

GRANEL (Dr Maurice), Professeur agrégé à la Faculté de 
Médecine, rue du Collège, 14, Montpellier (Hérault), 
Botanisle. 

JouanneT-MaRiE (le Frère), Directeur du Collège de St-Joseph, 
à Ramleh (Egypte), Bolanisle. 

LaAcviviER (Croisiers de), Proviseur au Lycée de Montpellier 
(Hérault), Géologue. 

LAMBERT, Président du Tribunal Civil, à Troyes (Aube), 
Géologue, principalement Echinides . 

LeczercQ, Professeur à l’Ecole Normale de Melun (Seine-et- 
Marne), Géologue. 

LeenxanpT (Franz), Professeur agrégé à la Faculté de Théo- 
logie, faubourg du Moustier, 12, à Montauban (Tarn-et- 
Garonne), Géologue. 

LÉéonce (le Révérend Père Marie), Abbé de Sénanque (Vau- 
cluse. 

Magiice (Paul), 17. rue de la ee au Perreux (Seine), 
Entomologiste. 

Maunvaup (Ernest), Secrétaire général de la Sociélé botani- 
que de France, rue Linné, 8, à Paris, Botaniste. 

Mazzer (Adrien), Sous-chef de Bureau au Ministère de l’Ins- 
truction publique (cabinet du Ministre), 83, rue Notre- 
Dame-des-Champs, à Paris. 

MARGERIE (Emmanuel de), rue de Grenelle, 132, à Paris, 
Géologue. 

NanoT (Jules), Directeur de l'Ecole Nationale d'Horticulture, 
à Versailles (Seine-et-Oise). 


— XXIV — 


OBERTHUR (René), Imprimeur, à Rennes (Ille-et-Villaine), 
Entomologisle. 

Ouivier (Ernest), Directeur de la Revue du Bourbonnais, à 
Moulins (Allier), Entomologiste. 

ParuBerT (Jean), Percepteur, à Mas-Cabardès (Aude). 

PueLz (Louis), 7, place des Trois-Pilats, à Avignon, Ento- 
mologiste. | 

ROQUELAURE (l’abbé de), Curé, à Ganac (Ariège), Archéologue. 

Vue (Paul), Docteur ès-sciences, Professeur à la Faculté 
de médecine, à Malzéville, près Nancy (Meurthe-et-Moselle). 
Bolaniste. 


Membres décédés pendant l’année 1907 


CAVAYÉ (Ernest), Professeur au Collège, à Narbonne. 
Carrier (Louis), à Carcassonne. 

CazaBen (Léonce), à Carcassonne. 

VaqQuIER (Denis), à Carcassonne. 


— XXV —- 


_ LISTE DES SOCIÉTÉS CORRESPONDANTE 


Ain 
Société des Sciences naturelles et d'archéologie de l'Ain, 
à Bourg. 
Société des Naturalistes de l’Ain, à Bourg. 


Allier 


‘ Revue scientifique du Bourbonnais et du Centre de la 
France, à Moulins. | 


Ardennes 


Société d'histoire naturelle des Ardennes, à Charleville. 


Aude 


Société dés Arts et Sciences de Carcassonne 

Commission archéologique de Narbonne. 

Société Centrale d'Agriculture de l’Aude, à Carcassonne. 

Miscellanea Entomologica, Directeur E. Barthe, à Nar- 
bonne. | 
Société Démocratique d'encouragement à l’Agriculture de 
l'Aude, à Carcassonne. 

Bibliothèque Municipale de Carcassonne. 

Syndicat d'initiative de Carcassonne et de l’Aude, à Car- 
cassonne. 


Basses-Alpes 


Sociélé scientifique et littéraire des Basses-Alpes, à Digne. 


Bouches-du-Rhône 


Société d'Horticulture et de Botanique des Bouches-du- 
Rhône, à Marseille. 

Société des Sciences naturelles de Provence, 2, rue Sylva- 
belle, à Marseille. | 


— XXVL — 


Charente-Inférieure 


Société des Sciences naturelles de La Rochelle (Musée 
Fleuriau). 
Société de Géographie de Rochefort. 


Côte-d’Or 


Société des Sciences historiques et naturelles de Semur. 


Creuse 


Société des Sciences naturelles et archéologiques de ja 
Creuse, à Guéret. 
Gard 


Société d’Etude des Sciences naturelles de Nimes. 


Garonne (Haute) 


Société d’llistoire naturelle, Ilôtel d’Assezat, à Toulouse. 

Revue des Pyrénées (Ed. Privat, directeur), à Toulouse. 

Société de Géographie, Hôtel d’Assezat, à Toulouze. 

Société Archéologique du Midi de la France, Hôtel d’Asse- 
zat, à Toulouse. 


Gironde 


Société Linnéenne de Bordeaux. 


Hérault 


_ Société d'Etude des Sciences naturelles de Béziers. 

Société d'Horticulture et d'Histoire naturelle de l'Hérault, 
à Montpellier. . 

Bibliothèque municipale, à Montpellier. 


Isère 


Sociélé des Amis des Sciences Naturelles de Vienne. 
Société de Statistique des Sciences naturelles et Arts indus- 
triels du département de l'Isère, à Grenoble. | 


— XXVI —. 
Société Dauphinoise d’Ethnologie et d'Anthropologie de 
Grenoble. 
Landes 


Société de Borda. à Dax. 


Loir-et-Cher 


Société d'Histoire naturelle de Loir-et-Cher, à Blois. 


Loire-Inférieure 


Société d'histoire naturelle de l'Ouest de la France, à 
Nantes. 


| Lot 
Société des Etudes littéraires, scientifiques et artistiques 
du Lot, à Cahors. 
Maine-et-Loire 
Société d'Etudes scientifiques d'Angers (Place des Halles, 
ancienne cour d'appel). 
Marne 


Société d'Etudes des Sciences naturelles de Reims. 


Marne (Haute) 


Société des Sciences naturelles de la Ilaute-Marne, à 
Langres. 


Moeurthe-et-Moselle 


Société des Sciences de Nancy. 


Meuse 
Société des Amateurs Naturalistes de la Meuse. à Mont- 
médy. 
Oise 
Société Académique d'Archéologie, Sciences et Arts du 
département de l'Oise, à Beauvais. 


— XXVIII — 


Pyrénées (Hautes) 


Société Ramond, à Bagnères de Bigorre. 
Pyrénées-Orientales 


Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées- 
Orientales, à Perpignan. 


Rhône 


Société Botanique de Lyon. 

Société Linnéenne de Lyon. 

Société des Sciences naturelles et d'enseignement popu- 
laire, à Tarare. | 


Saône et Loire 


Société d'Histoire naturelle d’Autun. 

Société des Sciences naturelles de Saône-et-Loire, à Chà- 
lon-sur-Saône. 

Société d'Histoire naturelle de Mäcon. 

L’'Echange, Revue linnéenne, Directeur M. Pic, à Digoin. 


Sarthe 


Société d'Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe, au 
Mans. 


Seine 


Associalion des Naturalistes, à Levallois-Perret (Seine). 
Société Botanique de France, à Paris. 
Société Entomologique de France, 28, rue Serpente, à 
_ Paris. 

Société Géologique de France, 28, rue Serpente à Paris. 

Feuille des Jeunes Naturalistes, rue Pierre Charron, 35, 
à Paris. 

Société de Spéléologie, 34, rue de Lille, à Paris. 

Le Naturaliste, Revue illustrée des Sciences naturelles, 46, 
rue du Bac, à Paris. 


— XXIX — 


Seine-Inférieure 
Société des Amis des Sciences naturelles de Rouen. 
Société d'études des Sciences naturelles d’Elbeuf. 
Sèvres (Deux) 


Société de Botanique des Deux-Sèvres, à Niort, 
Société historique et Scientifique des Deux-Sèvres, 3, rue 
du Musée, à Niort. 


Somme 


Société linnéenne du Nord de la France, à Amiens. 


Tarn 


Société des Sciences, Arts et Belles-Lettres du départe- 
ment du Tarn, à Albi. 


Vienne (Haute) 


Société Les Amis des Sciences et Arts de Rochechouart. 
Algérie 

Académie d'Hippône, à Bône. 
Alsace 


Société d'Histoire naturelle de Colmar. 


Belgique 
Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydro- 
logie, à Bruxelles. 
Espagne 


Institucio Catalana d'Historia natural, Carrer del Paradis, 
nüm. 10, pis 1%, 2°, Barcelona. 

Sociedad Aragonesa de Ciencias naturales, à Zaragoza, 

Facultad de Ciencias, à Zaragoza. 


— XXX — 


Etats-Unis 


The Missoury Botanical Garden, à Saint-Louis (Missouri). 


Italie 


Academia Sientifica Veno-Trentina-Istriana, à Padova. 


Lorraine 


Société d'Histoire naturelle de Metz. 


Portugal 


Annaes de Sciencias Naturaes, à Porto. 


Suède 
Société entomologique de Stockholm. 
Institut géologique de l’Université d'Upsal (Kong. Univer- 
silets Bibliotheket). | 
Suisse 
Société Helvétique des Sciences naturelles (Bibliothèque 


de la ville), à Berne. 
Société Vaudoise des Sciences naturelles, à idihe: 


Uruguay 
Anales del Museo Nacional de Montevideo, (Directeur d. 
Arechavaleta). 


OUVRAGES DONNÉS PAR LE MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE 


Bulletin du Comité des Travaux historiques et scientifi- 
ques (Section des Sciences économiques et sociales). 

Bulletin de Géographique historique et descriptive. 

Revue des Travaux scientifiques. | 

Mission Scientifique au Mexique et dans l'Amérique Cen- 
trale : recherches zoologiques publiées sous la direction de 
M. Milne Edwards, membre de l’Institut. 


ADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ 


Pour l’année 1908 


COMPOSITION DU BUREAU 


Président honoraire : M. Ch. Baron. 
Président : M. Gumaup jeune, Ingénieur-Constructeur. 
Vice-Présidents : M. Charles Evror. 
— M. Osmin Sarcos. 
Secrétaire : M. Louis Gavory. 
Secrétaire-adjoint : M. G. REBELLE. 
Trésorier : M. J. CATHALA. 
Conservateur-Archiviste : M. J. Pecx. 
Conservateurs des collections : M. A. Faces. 


— — M. G. Sicarp. 
ComiITÉ Du BULLETIN (1) 

MM. Dr BouRREL. MM. L. Marry. 
Numa FABRE. Henri MuLLor. 
Gaston GAUTIER. C. RENAUX. 
Louis Gavory. G. SICARD. 

| ComiTÉ Des Excursions (1) 

MM. D'BourREzL. MM. L. MarrTy. 
J. CHIFFRE. J. OURTAL. 
R. ESPARSEIL. G. REBELLE. 
CH. Evror. G. SICARD. 
À. FAGESs. 

CoMITÉ D’ETUDES 
MM. GaurTier, plantes phanérogames. 


Gavoy, coléoptères. 

Respaup, plantes, oiseaux, poissons. 

SICARD, objets préhistoriques, ossements des cavernes. 
SOURBIEU, coquilles exotiques (terrestres et marines). 


(1) Le Président ct le Secrétaire font partie, de droit, du Comité du 
Bulletin et du Comité des Excursions. 


— XXXII — 


DÉLÉGUÉS RÉGIoNAUx 
Région de l'Est ou des Etangs. — M. Gaston GAUTIER. 
(Capestang, Coursan, Narbonne, Sigean). 


Région de l’Ouest ou de l’Ariégeois.— M. H. Rascor. 
| (Belpech, Bélesta, Chalabre, Mirepoix). 


Région du Nord-Est ou du Minervois.— M. Germain Sicarp. 
(Ginestas, Lézignan, Olonzac, Peyriac-Minervois). 


Région du Nord ou du Cabardès. — R. EsParsei. 
(Alzonne, Conques, Mas-Cabardés, Saissac). 


Région du Nord-Ouest ou du Lauraguais. — M. E. Roca. 
(Castelnaudary-Nord, Castelnaudary-Sud, Revel, Salles-sur-l’Hers). 


Région du Sud-Est ou du Roussillon. — M. le D' CHAvVANETTE. 
(Durban, St-Paul-de-Fenouillet, Rivesaltes, Tuchan). 


Région du Sud-Ouest ou des Pyrénées. — M. le D' Boucaère, 
(Axat, Belcaire, Quérigut, Sournia). 


Région des Corbières méridionales. — M. Achille Macer. 
(Couiza, Limoux, Mouthoumet, Quillan). 


Région des Corbières septentrionales, — M. Léopold Gary. 
(Capendu, Carcassonne-Est, St-Hilaire, Lagrasse). 


Région des Corbières occidentales. — J. MÉric. 
(Alaigne, Carcassonne-Ouest, Fanjeaux, Montréal). 


1 


DÉLÉGUÉS CANTONAUX (1) 


GUIRAUD jeune (Carcassonne-Est). | V. AUGÈRES (Sigean) 

Ch. EvVROT (Carcassonne-Ouest). Alphon:e JEANJEAN (St-Hilaire). 
Elie TISSEYRE (Espéraza). D' AZALBERT (Caunes). 

Ch. BARON (Narbonne). Jean MOLINIER /Tuchan). 


(4) Les délégués cantonaux ne sont nommés que dans les cantons 
comptant au moins cinq membres titulaires. | 


PROCÉS-VERBAUX DES SÉANCES DE 1907 


Séance du 20 Janvier 1907 


PRÉSIDENCE DE M. MarRIUS CATHALA, PRÉSIDENT. 


Après la lecture du procès verbal de la séance précédente, M. le D' 
Bourrel, président sortant, prend la parole. Il rappelle tout d’abord en 
quelques mots les circonstances dans lesquelles il a pris le fauteuil, 
au début de l’année 1906, et se félicite de la bonne harmonie qui n'a 
cessé de régner au sein de notre Société pendant toute la durée de sa 
présidence. Il passe en revue les faits principaux qui ont marqué 
l’année qui vient de s’écouler et conslate avec plaisir le succès obtenu 
par nos excursions. Toutefois, il fait remarquer en passant que jus- 
qu'à présent certaines régions ont été délaissées et qu'à côté des 
excursions pour ainsi dire classiques de la Montagne-Notre, des envi- 
rons de Quillan, de la Mer, dont quelques unes exigent plus d'un 
jour, il en est d'autres, faciles à effectuer en une journée, qui pour- 
raient nous faire connaitre certains coins encore ignorés, et non des 
moins intéressants, de notre département. Il invite le Comité d'Excur- 
sions à s'inspirer de cette idée pour arriver. dans la mesure du possi- 
ble. à une exploration plus rationnelle et plus complète des richesses 
naturelles de l'Aude. Les moyens ne manquent certes pas, étant don- 
nées les facilités de communications créées par le nouveau réseau des 
lignes de chemins de fer et de tramways. 

M. Bourrel exprime en mème temps le vœu qu’à côté des excursions 
officielles, auxquelles peuvent prendre part indistinctement tous les 
membres de la Société, il en soit organisé d’autres, le dimanche ou tout 
autre jour qui paraïitrait convenable, auxquelles seraient admis les 
jeunes gens de nos écoles et dans lesquelles ceux-ci seraient initiés 
d'une façon pratique aux diverses branches de l’histoire naturelle par 
les botanistes, géologues, entomologistes de notre Société. Il serait 
certainement aisé de s'entendre à ce sujet avec les chefs des divers 
établissements d'instruction de notre ville. Ce projet n'est pas nou- 
veau, puisqu'il avait été déjà tenté, il y a quelques années, par notre 
collègue. M. Chartier. En le règlementant, il serait possible d'arriver 
à un résultat pratique dont notre Société recueillerait sûrement les 


5) 


— XXXIV — 


fruits dans l'avenir. C’est en appelant de tous ses vœux la réalisation 
de ce programme séduisant que M. le D' Bourrel termine son allocu- 
tion soulignée à plusieurs reprises par les marques d'approbation de 
l'Assemblée. 

M. Marius Cathala est ensuite invité à prendre place au fauteuil. 


Le nouveau président s'exprime ainsi : 


« MESSIEURS ET CHERS COLLÈGUES, 


« J'ai été profondément touché par la manifestation de sympathie 
qui m'a amené à présider vos séances pendant l’année 1907 et je tiens 
avant tout à vous en exprimer ma plus vive reconnaissance. 

« Les honneurs, même ceux dont vous charge une indulgente amitié, 
imposent quelquefois des tâches bien lourdes. Celle qui m’incombe 
dès aujourd’hui serait trop au-dessus de mes forces, si en restant 
orgueilleusement paré de qualités qui ne sont pas les miennes, je ris- 
quais tant soit peu de perdre votre bienveillant concours. 

« Aucun président de la Société n'eut plus besoin que moi d’être 
secondé dans ses fonctions. Aussi permettez-moi, Messieurs, de 
détruire dès maintenant la légende que mon honorable prédécesseur 
cherchait tout-à-l’'heure à accréditer encore auprès de vous et que mes 
amis ont certainement exploitée en me présentant à vos suffrages. 

« Leur indulgence et la vôtre ont, en effet, accru trop considérable- 
ment les mérites que j'ai pu avoir pouf m'être livré à de modestes 
recherches et vous en avoir communiqué le résultat. 

« Mes travaux, publiés avec complaisance dans votre Bulletin, sont 
tout au plus des devoirs d’écolier, car J'ai à peine effleuré quelques- 
unes des sciences qui font l'objet de vos études. 

« Si, en réalité, je les aime toutes et si depuis quelque temps je m'ef- 
force à les servir utilement, c'est parce que leur ensemble contribue 
à la grande histoire du monde et qu’à cette œuvre notre Société a la 
prétention d'apporter quelques modestes pages. 

« J'avais donc le devoir de contribuer à l'effort commun et, la pioche 
en main, j'ai cherché à arracher, dans ce but, quelques secrets au sol 
de notre pays. 

« C’est là mon seul mérite. 

« Je fus peut-être un bon soldat. Il me sera plus difficile de passer 
pour un bon chef. : 

« Mon labeur a été surtout matériel et par cela même prédisposait 
peu à l'honneur d'être le président d'un centre d'études comme le 


vôtre. 


— XXXV — 


« D'un autre côté, mon éloignement de cette ville ne me permettra 
point d'apporter à vos travaux et à votre administration la part active 
que fait présumer la fonction dont vous m'avez revêtu. 

« Je constate avec plaisir que vous avez déjà paré à la majeure par- 
tie de ces inconvénients en m'’adjoignant comme vice-présidents 
MM. Guiraud et Evrot, et comme membres du bureau MM. Gavoy, 
Cathala, Pech et Rebelle. 

« Qu'il me soit permis d'exprimer ici ma plus vive reconnaissance 
à ces collaborateurs bienveillants et dévoués qui n'ont pas hésité à 
accepter une tâche qu'alourdira exceptionnellement leur président. 

« Le savoir, l'expérience, l’activité de ces pionniers intrépides de 
notre Association contribueront puissamment à ajouter une année de 
plus à celles qui, depuis le 17 mars 1889, marquent vos succès. Et si 
votre chef a quelque mérite à ce résultat, celui d’avoir laissé s'exercer 
autour de lui l'initiative bienfaisante de tous les gardiens jaloux de 
vos traditions ne sera pas le moindre. 

« Toute considération personnelle mise de côté, l'élection à la fonc- 
tion de président d'un simple amateur de fossiles et de recherches, 
décoré du titre de géologue, n'apparait comme la reconnaissance de 
la part de la Société de l'importance du rôle des fouilles pour l'étude 
des temps anciens et de la valeur de la méthode stratigraphique 
appliquée aux recherches que cette étude nécessite. 

« La paléontologie stratigraphique exige beaucoup de puissance 
d'observation pour arriver à noter exactement Îles couches dans les- 
quelles se trouvent les fossiles ; elle est, par cela même, la véritable 
école des recherches méthodiques. 

« Appliquée à la préhistoire, la méthode de recherches, usitée en 
géologie, rend les nlus grands services. Elle permet d'établir sur des 
bases certaines la chronologie relative de nos diflérentes trouvailles. 
Les souvenirs de nos premiers aïeux sont ainsi transformés en docu- 
ments et jalons avec lesquels il sera possible de suivre pas à pas les 
phases de la civilisation quaternaire. 

« Maïs les relations de la géologie et de l'archéologie ne cessent pas 
avec la période préhistorique. L'archéologie des temps classiques 
n'échappe pas, au moins dans ses débuts, au domaine des sciences. 

« Il semble bien, au premier abord, que les connaissances familières 
des détails de la mythologie et des civilisations grecque et romaine 
suffisent à tirer toutes les conclusions possibles des trouvailles. Mais, 
si la présence d’une pièce de monnaie indique la domination de tel ou 
tel chef qui la fit frapper, on ne connaitra les territoires soumis à 
cette même domination que par l'examen attentif des limites de la 
surface sur laquelle des monnaies pareilles ont été trouvées, 


— XXXVI — 


« La méthode stratigraphique n'est pas seulement capable de ren- 
dre des services dans nos recherches, elle peut encore utilement 
inspirer la classification des objets de nos collections. Et pour peu 
qu'auprès de ces objets l'on place quelques notices à la portée du 
public, collections et musées deviennent alors de véritables écoles de 
vulgarisation scientifique. 

« Jusqu'ici la méthode stratigraphique a été le monopole de quel- 
ques savants et des rares amateurs qui ont eu la bonne fortune 
d'assister à leurs fouilles. 

« A côté de ces privilégiés, combien sont fâcheuses les conditions 
où, dans nos campagnes, se trouvent les hommes instinctivement 
préoccupés de recherches. 

« Trop souvent livrés à eux-mêmes, les amateurs suivent les ten- 
dances inhérentes à leur nature, ils cherchent les objets qui leur 
paraissent curieux, quelquefois s’attachent à leur valeur marchande 
et toujours sacrifient les pièces qu'ils ne peuvent juger à leur aune. 
Trop souvent, au lieu de contribuer à accroitre le domaine de nos 
connaissances, ils causent la perte de documents uniques. 

« Ces hommes pourraient rendre quelques services à la science en 
cherchant avec plus de discernement. En ne négligeant pas complète- 
ment l'intérêt scientifique qui s'attache à leurs découvertes, ils au- 
raient la satisfaction d'ajouter la valeur documentaire à la valeur 
matérielle de leur collection. 

« Nous pourrions aider la transformation de ces simples collection- 
neurs en adeptes dévoués de la science en favorisant leur Con ACEs avec 
nos collègues possédant déjà de solides notions. 

« À coté de ceux qui, dans un intérêt quelconque, se livrent à des 
recherches, l’ouvrier agricole, le terrassier d'entreprise ont souvent 
l’occasion de ressusciter les trésors du passé enfouis dans les couches 
de la terre. Mais l'intérêt de ces trouvailles accidentelles est trop sou- 
vent perdu. 

« Cédant à leur curiosité instinctive, leurs auteurs cassent presque 
toujours les objets qu'ils découvrent. Il leur faut voir immédiatement 
la matière qui les compose et, à moins de se trouver en présence de 
monnaies ou de métaux précieux, ils les rejettent au loin ou les 
recouvrent dédaigneusement des terres qu'ils remuent. 

« Il est difficile de changer cet état de choses, mais notre devoir est 
de nous employer à en atténuer le plus possible les funestes résultats. 

« Je ne veux pas enlever à votre initiative le soin d'en rechercher 
les moyens en notre pouvoir. Mais il me parait d'ores et déjà utile de 
profiter de la bienveillance de notre sympathique Inspecteur d'Acadé- 
mie pour l’intéresser à la protection des souvenirs anciens en obtenant 


— XXXVIL — 


de lui que nos instituteurs préparent l'éducation morale des archéolo- 
gues accidentels. 

« Dans le même ordre d'idées, ne croyez-vous pas qu'il nous serait 
possible de créer un Guide pratique indiquant les moyens de sauve- 
garder les trouvailles et les souvenirs anciens ? On pourrait le dédier 
aux jeunes élèves de nos écoles primaires. Ce serait un ouvrage à la 
portée de tous, modeste, auquel pourraient collaborer les personnali- 
tés les plus compétentes de notre Association, à côté de celles dont la 
seule expérience nous a rendu tant de services. Il aurait pour but 
principal de conserver le plus possible aux sciences faisant l’objet de 
nos études tous les matériaux nécessaires à leur progrès. 

€ L'entomologie, la botanique, l'histoire elle-méme pourraient, par 
son intermédiaire, être utilement servies. | 

«Il y aurait là une des plus importantes manifestations de notre 
vitalité, ét nous ne tarderions pas à en récolter les fruits. 

« Maïs, malheureusement, les idées même les meilleures se heur- 
tent souvent chez nous à des difficultés d'application insurmontables 
et celle que je viens de vous exposer pourrait bien étre de celles-là. 
Je me contente donc de vous en soumettre le principe. 

« Je termine, Messieurs, en souhaitant qu'un même élan de sympa- 
thie et de cordialité nous groupe, pendant toute cette année 1907, 
autour de nos anciennes traditions, pour que nous puissions, encore 
cette fois, mériter la faveur du monde scientifique et l’appui de l'as- 
semblée départementale. » 


Le discours de M. Cathala est salué par d’unanimes applaudissemen's. 


CORRESPONDANCE. — M. le Ministre de l’Instruction Publique envoic 
une circulaire relative à la délivrance et à l’utilisation sur les divers 
réseaux français des cartes d'invitation qui devront être remises aux 
délégués au Congrès des Sociétés Savantes qui doit se tenir cette 
année à Montpellier, du 2 au 5 avril prochain. Le délai de rigueur 
pour la délivrance de ces cartes est fixé au 1° mars 1907. 


M. Anglade, meunier à Rennes-les-Bains, signale la découverte, aux 
environs de cette localité, d'un gisement de lignite. 

M. Lucien Briet, secrétaire général adjoint de la Société de Spéléo- 
logie, demande la collection complète de nos publications. L'assemblée 
consultée décide qu'il sera fait droit à cette demande à la condition 
que la Sociélé de Spéléologie nous enverra de son côté les volumes de 
ses publications qui nous manquent. 

M. P. Cannat, président de la Société d'Etude des Sciences naturelles 
de Béziers, envoie le programme des excursions organisées par cette 


— XXXVII  — 


Société pour l'année 1907. Dans ce programme figurent, pour les 
vacances de Pâques, une excursion en Algérie, du 26 mars au 7 avril 
(prix 265 fr.) et une autre à Barcelone et Montserrat, du 30 mars au 
& avril (prix 100 fr.). 


Dons. — M. Germain Sicard fait don de deux vues photographiques 
de l’église de Caunes (le portail et l'abside). 
Remerciements. 


PRÉSENTATIONS. — M. MAUREL Jean, 58, rue de la République, à Nar- 
bonne, présenté par MM. Alcime Cabannes et Marius Cathala. 


COMMUNICATIONS. — M. Germain Sicard annonce à la Société qu'il 
vient de recevoir une circulaire de M. Guébhard, président de la Com- 
mission nommée par la Société Préhistorique de France pour la recher- 
che des enceintes préhistoriques ou même de date plus récente. 
M. Sicard explique brièvement en quoi peuvent consister ces vestiges 
de défense : ce sont tantôt des débris de murs en pierre sèche, formant 
certains alignements en lignes droites ou concentriques, quelquefois 
même ces restes de murailles ne forment plus que des éboulis, mais 
leur direction décéle leur origine. 

On peut aussi relever des enceintes formées de talus en terre-plein, 
ou des coupures formant fossé et isolant le retranchement. Enfin le 
moindre indice suffit au chercheur perspicace pour reconnaitre les 
emplacements de ces antiques enceintes de défense. 

M. Sicard fait appel à ses collègues qui comme lui s'occupent de 
recherches préhistoriques dans l'Aude et les prie de signaler les 
points où ils connaissent des indices se rapportant à la question des 
enceintes fortifiées. L'adresse de plusieurs d’entre eux a été déjà 
envoyée par lui à M. Guébhard, mais il semblerait préférable que les 
_ renseignements soient envoyés directement au siège de notre Société 
où ils seraient classés et catalogués et adressés ensuite collectivement 
au Président de la Commission. 


Le Secrétaire dépose sur le bureau un travail de notre collègue, 
M. l’abbé Sabarthés, ayant pour titre : Géographie physique de l'Aude. 
L'énumération des divers chapitres de cet important travail suffira 
pour en faire comprendre tout l'intérêt : I. Description. — II. Climat 
et Météorologie. — II. Géologie. — IV. Minéralogie. — V. Agriculture. — 
VI. Forêts.— VII. Commerce et Industrie. — VIII. Voies de Communication. 

Renvoyé à la Commission de publication. 


M. Gavoy rend compte, au nom de la Commission de Comptabilité, 
de la gestion du Trésorier pendant l'exercice 1906. Cette gestion a été 


— XXXIX — 


reconnue parfaitement régulière et la Commission a constaté avec 
satisfaction que si dans quelques cas les dépenses ont égalé les crédits 
prévus, dans beaucoup d'autres elles ne les ont pas atteints. Notre 
situation financière est aujourd'hui très satisfaisante. 

La Commission vote des félicitations à M. Cathala, félicitations 
que l'assemblée confirme par acclamation. 


M. le Trésorier présente ensuite le projet de budget pour l'année 
1907. Ce projet est adopté à l'unanimité. 


La séance est levée à 4 heures. 
Le Secrétaire, 
L. GAVOY. 


Séance du 17 Février 1907 


PRÉSIDENCE DE M. C. RENAUX. ANCIEN PRÉSIDENT 


CORRESPONDANCE. — M. le Président de l'Association Tunisienne des 
Lettres, Sciences el A4rt$ de Tunis nous adresse un prospectus que 
l'Institut de Carthage lance pour annoncer la grande manifestation 
artistique qu'il organise pour le mardi de Pâques. 

Le but de cette manifestation est d'attirer l'attention du grand 
public sur l’affreuse dévastation des ruines de Carthage, que des équi- 
pes d'ouvriers attaquent de toutes parts pour les transformer en 
moellons vendus ensuite comme pierres à bâtir. 

La Société, approuvant l'initiative de l'Institut de Carthage, fait 
des vœux pour la pleine réussite des fêtes antiques qu'il prépare 
pour le 2 avril prochain dans l'ancien théâtre romain ct du noble but 
qu'il poursuit. 


ADMISSIONS. — M. Maurel Jean, 58, rue de la République, à Nar- 
bonne, est admis comme membre acfif. 


COMMUNICATIONS. — M. Rebelle présente quelques échantillons 
d'une Lycoperdacée recueillie par lui sur une pièce de bois en décom 
position aux environs de Carcassonne. Ce champignon appartient au 
genre Vidularia, de la tribu des Angiogastres, section des Nidulariées. 
D'après Friès, les Nidulaires présentent les caractères suivants : 


péridium arrondi, coriace. membrancux, couverture irrégulière. sans 
opercules, péridioles (péridiums sccondaires: -sessiles et fixés par 
leurs bords, remplis de spirules (Voy. F. E. GuéRix. Dirt. d'Hist. nat... 

Ces échantillons ont été déterminés par notre collègue Cyathus 
sericeus. 


M. le D' Courrent communique une copie du procès-verbal de la 
séance du 9 juin 1906 de la Société francaise de numismatique, dans 
laquelle M. Paul Bordeaux, président. a présenté une empreinte du 
Sceau du prieuré de Saint-Michel dont notre collèguc avait signalé la 
découverte dans sa Nouvelle notice archéologique sur le canton (le 
Tuchan (Bulletin, T. X, 1899). 


Nous reproduisons ci-dessous la note du procès-verbal : 


« M. P. Bordeaux soumet l'empreinte d'un sceau dont la matrice 
fait partie du musée existant dans la mairie de Tuchan, bourg situé 
dans les belles montagnes des Corbières, qui s'étendent centre Carcas- 
sonne et Perpignan. 

« M. le D' Courrent, demeurant à Tuchan, lui a signalé cette rareté 
sigillographique, qui ne saurait être connue, d'une part parce que 
cette matrice n'a été trouvée qu'en 1897 {V. le Tome X, Bull. de la Soc. 
d'El. Scient. de l'Aude), et qu'elle est entrée aussitôt dans la collection 
ci-dessus, et d'autre part, parce que le pricuré. qu'il rappelle, est pres- 
que complètement ignoré. | - 
« Au centre, Saint Michel ailé de profil à gau- 
che, ayant sur le côté un écu chargé d'une croix, 
tient un bâton dont la partie supérieure est 
croisetée. Entourage d'ornements gothiques. 
Lég.: »4 S. PRIO.RIS : SANTI: MICHAELIS : 

« Cette matrice de sceau d'un prieur de Saint 
Michel a été recueillie par le curé de Soulatge, 
village de la vallée du Verdouble dans les mon- 
tagnes des Corbières, sur le territoire de cette 
petite commune de 258 habitants. 

« La seule paroisse des environs de Soulatgé, qui ait été dans le 
passé et qui se trouve même encore actucllement sous le patronage 
de Saint Michel, est celle de Duilhac ou Duillac, autre minime 
village de 284 habitants, distant de 6 kilomètres à vol d'oiseau de 
Soulatgé. Cet endroit, dénommé au moyeu-âge Dulhac, faisait partie 
de la Viguerie de Pierrepertuisès. 11 est situé au picd du chà- 
teau de Pierrepertuse, forteresse frontière du royaume sous Louis IX. 
Or, il a existé à Duilhac un prieuré qui fut depuis 1115 une possession 
des chanoines de Saint-Just de Narbonne. Dans ces montagnes retirées 


— XLI — F 


on a appelé prieuré-cure celui dans lequel une cure perpétuelle était 
annexée au monastère. Le titulaire de celle de Duilhac fut qualifié 
prevost dans d'anciens documents, ce qui peut correspondre avec la 
mention « PRIORIS ». Le prévost-prieur de Saint-Michel de Duilhac, 
qui exerçait en même temps les fonctions de curé de l’endroit, jugea 
opportun, au XIV‘ ou XV: siècle, de se faire confectionner le sceau 
dont l'empreinte a été reproduite ci-dessus, et qui n'étant pas nominal 
a pu être employé par des titulaires différents pendant un certain laps 
de temps. 

« Duilhac avait effectivement, au moyen-âge, une importance relative. 
L'Histoire générale du Languedoc apprend qu’en 1240 Gérard d'Aniort, 
du parti de Trencavel, vicomte. de Carcassonne, vint rejoindre à 
Duilhac les chefs de l’armée royale pour y effectuer sa soumission au 
monarque de France qui était à ce moment Saint-Louis. 

« [Il parait douteux qu'il y ait lieu de négliger le prieuré de Saint- 
Michel de Duilhac, si voisin de Soulatgé, localité où le sceau a été 
trouvé, el de rechercher plutôt un prieuré quelconque placé également 
sous l'invocation de Saint-Michel et situé à une grande distance de 
l'endroit où le sceau a été découvert. Aussi est-il probable que l’attri- 
bution proposée ci-dessus est exacte et qu'elle restera définitive. » 


M. Germain Sicard nous envoie la note suivante sur le petit village 
de Saint-Denis (Montagne-Noire) : 


« À la séance du 20 janvier dernier, je communiquai à la Société la 
demande de M. Guébhard, président de la Commission nommée par la 
Société préhistorique de France pour la recherche des enceintes et 
fortilications préhistoriques ou du moins très anciennes, demande par 
laquelle il exprimait son désir d’avoir des collaborateurs de bonne 
volonté pour explorer notre département et contribuer au but qu'il 
poursuit. A la suite de cette communication, M. Cathala, notre prési- 
dent, nous signala la présence de deux ou trois enceintes et retran- 
chements situés dans sa région. M. Guiraud, vice-président, nous parla 
aussi des vestiges d’un camp romain que l’on remarque à Saint-Denis, 
et nous promit de prochains renseignements. Ceux-ci viennent d’être 
donnés à M. Guiraud, qui m'en a fait part, par M. Durand, professeur 
au lvcée de Carcassonne et originaire de Saint-Denis. Je crois utile de 
communiquer in-ertenso à la Société cette très intéressante note : 


« Quand on quitte les maisons du village pour visiter la campagne, 
« on est étonné de voir que de très longues rues (ou avenues) paral- 
« lèles viennent couper perpendiculairement, et à égale distance, 
« d’autres rues parallèles et également distantes, formant ainsi de 
« nombreux carrés de terrain, toujours égaux. Si l'on tient compte 


— ALL — 


« de l'existence immémoriale de ces rues, des empiètements qui se 
« sont produits depuis, de la largeur qu'elles ont encore en certains 
« endroits, des tronçons de rue que l'on rencontre au loin et rentrent 
« dans le même système, on peut en conclure qu'elles avaient une 
« largeur de 6 ou 8 mètres sur une longueur de plusieurs kilomètres. 
« Elles allaient de l’est à l'ouest d’une rivière à l’autre (2 kilomètres 
« environ) et, du sud au nord, elles allaient de Montolieu à mi-chemin 
« de Lacombe, c'est-à-dire 10 kilomètres environ. On ne peut pas 
« dire que Saint-Denis ait été une grande ville, puisqu'on n'y trouve 
« aucune trace de monument. 

. © On a trouvé à Saint-Estephe (domaine), à côté d’un squelette 

humain, un de ces vases funéraires en terre cuite à trois becs, qui 
servaient à éclairer le tombeau d'un romain : ce vase a été décou- 
vert il y a environ 30 ans et vendu 2 fr. 50 à un antiquaire ambulant. 
Cette découverte prouve que des romains ont séjourné dans ce pays 
et l’état des lieux donne l'idée qu'un camp romain avait pu y être 
établi. 
« Dans le courant du mois d'août dernier j'ai eu la chance de ren- 
« contrer à Saint-Denis un professeur d'histoire éminent qui m'a dit : 
€ Il n’y a pas eu de camp romain ici; mais cette largeur extraordi- 
« naire des rues rentre bien dans les dimensions romaines, ces carrés 
« de terrain si nombreux et si réguliers peuvent bien être l'indice 
« d’un établissement de colons. S'il en est un, n'a-t-il dit, il est 
« d'autant plus curieux qu'un professeur allemand, s’occupant beau- 
« coup d'histoire romaine, n'en a trouvé nulle part en Europe, excepté 
« un seul en Italie. » 


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2, 


« La note de M. Durand ne peut qu’accroitre notre désir d'aller en 
juin prochain, lors de l’excursion projetée par la Société, visiter ces 
curieux vestiges du passé. » 

M. Renaux se demande si on rie se trouverait pas ici en présence 
d'une de ces villes de fondation royale ou seigneuriale, qu'on nommait 
bastides au moyen-àge, plutôt que devant un ancien camp romain. 
L'étude que se propose de faire M. Sicard viendra sans doute élucider 
la question. | 

M. Léopold Gary nous adresse une Note sur le terrain éocène des 
environs de Lagrasse. Ce travail est destiné à faire suite au rapport de 
M. le D' Degrave sur l’excursion du 29 avril 1906. 

M. Raymond Esparseil présente un travail intitulé : Notes complé- 
mentaires pour sertir à l'étude des Mispickel du Cabardès. 


Excursions. — Après discussion, le programme des excursions de 
la Société pour l’année 1907 est arrèté définitivement comme suit : 


— XLII — 


26 mars - Tavril. — Bône, Constantine, Biskra, Sélif, Alger et ses 
environs. 

30 mars — 4 avril. — Barcelone et Montserrat. 

(Ces deux excursions au choix avec la Société de Béziers). 

14 avril. — Ripaut, les Gorges de Fontjoncouse, les Gorges de la 
Berre et de Gléon. 

5 mai. — Fontcalvy, Montels, Etang de Capestang. 

19-20 mai (Pentecôte). — Rennes-les-Bains, Sougraigne, Fourtou. 

9 juin. — Lignairolles et les Bois de Belengard. 

30 juin. — Saint-Denis et Saissac (Ruines du Château). 

13, 14, 15 juillet, — Forèts de Callong, de Picaussel, de la Plaine, 
Belcaire, Vallée du Rebenty. 


Le Secrétaire, 
L. GAVOY. 


Séance du 17 Mars 1907 
PRÉSIDENCE BE M. M. GUIRAUD, VicE-PRÉSIDENT 


CORRESPONDANCE. — M. Marius Cathala, président, s'excuse de ne 
pouvoir assister à la séanee. 


La Société préhistorique de France euvoie une circulaire annonçant 
que le troisième Congrès préhistorique se tiendra cette année à Autun, 
du 13 au 18 août prochain. 


Doxs. — M. Louis Doncieux, membre honoraire, nous adresse un 
exemplaire de son Etude sur l’Eocène inférieur et moyen des Corbières 
septentrionales (Extrait du Bulletin de la Societé géologique de France, 
4° série, T. VI, année 1906). 

Remerciements. 


Démission. — M. Joseph Toursier, de Carlipa, adresse sa démission. 


COMMUNICATION. — M. Germain Sicard fait la communication sui- 
vante : 


« Dans notre séance du 20 janvier dernier, je fis part à la Société de 
la circulaire de la Société préhistorique de France au sujet de la 


= "XLIV 


recherche des Oppida et des enceintes préhistoriques, et je faisais 
_ appel à la bonne volonté de nos collègues pour contribuer à ce travail. 

«C’est notre dévoué et distingué Président qui, toujourssur la brèche, 
a le premier répondu à cet appel. Il m'a envoyé une note très inté- 
ressante sur l’Oppidum de Balintras avec croquis et situation géogra- 
phique, ainsi que quelques lignes sur le rocher fortifié de Barroucos 
(repousse chien), près de Bize, que nous vimes lors de notre dernière 
excursion à Bize et à Cabezac (1). Ces documents vont étre adressés 
dès demain à la Société préhistorique de France. Mais avant, et avec 
l'autorisation de M. Cathala (qui regrette de ne pouvoir assister à 
cette réunion), je me permettrai de vous en faire part. 

« L'Oppidum de Balintras est situé sur une hauteur dans la commune 
de Montouliers (Hérault), presque sur les limites du département de 
l'Aude : sa forme est celle d'un éperon triangulaire, sa longueur est 
de 25 mètres ; un mur et un fossé défendent son approche du côté le 
moins escarpé (Ouest). Le terrain de l’Oppidum est formé de calcaires 
miocènes de l'époque pontique ; le roc est à nu et ses couches légère- 
ment inclinées reposent sur des argiles. 

« L'horizontalité de la surface avait été obtenue par une levée de 
terre et par les déblais du fossé aujourd’hui planté en vigne. 

« Parmi ces déblais, on voit la base d'un mur construit en pierres 
sèches, pierres errantes provenant des ruisseaux voisins ; à l'extré- 
mité du mur, du côté de la colline de Montredon, on remarque des 
traces de foyers. Dans la vigne qui se trouve au-dessous de l’Oppidum 
M. Cathala a recueilli nombre d'objets datant de l’époque romaine ou 
gallo-romaine : fragments de meules, poteries diverses, coquilles de 
pecten, débris de silex, etc. qui ne permettent pas d'attribuer à l'Op- 
pidum une origine antérieure à l'époque romaine. Cependant, ajoute 
l’auteur de la note, il faut remarquer que les souvenirs des époques 
antérieures ne sont pas rares dans les environs et qu’ils pourraient 
bien avoir été couverts en ce point par les déblais romains. M. Cathala 
fait observer ensuite que l’'Oppidum est situé près du ruisseau des 
plôs qu'il domine. « Il y a bien, dit-il, sur son parcours un lieu dit le 
« PIô » mais le pluriel s'applique à des terrasses comme celle de 
l'Oppidum, éperons ou flots de calcaires miocènes, de petits plagniés, 
que le ruisseau longe sur son parcours. Au-dessus de Cruzy, du côté 
de Montouliers, le Montplô est aussi le Montplat et le plô de Saint- 
Pons, qui est au-dessus, est encore une terrasse « un plagnié ». A la 
vérité, sur tous ces plôs, on rencontre des vestiges de civilisation 


(4) 30 Avril 1905. 


+, XLV — 


ancienne, mais je ne crois pas que ces vestiges aient donné les noms 
aux lieux. 

« J'espère bien que notre dévoué président nous donnera des rensei- 
gnements plus étendus sur cette intéressante région des plôs et en 
fera un travail spécial qui, certainement, comptera parmi les meilleurs 
de notre Bulletin », 


La séance est levée à 4 heures. 
Le Secrétaire, 
L. GAVOY. 


Séance du 21 Avril 1907 


PRÉSIDENCE DE M. M. GUIRAUD, VicEe-PRÉSIDENT 


M. le Président fait part à la Société du décès de M. Ernest Cavayé, 
professeur au Collège de Narbonne. Il adresse à la famille de notre 
regretté collègue l'expression de nos sincères sentiments de condo- 
léance. 

Il félicite M. Germain Sicard de la nouvelle distinction dont il vient 
d'être l’objet à l’occasion du dernier Congrès des Sociétés savantes à 
Montpellier. M. Sicard a été nommé Officier de l'Instruction publique. 


CORRESPONDANCE. — Le Secrétaire communique : 1° Une lettre qu'il 
a reçue de M. le D' Courrent, dans laquelle notre collègue lui donne 
quelques détails sur l’excursion de Pâques en Algérie avec la Société 
de Béziers. 


« Nous avons fait, écrit-il, une excellente et très intéressante pro- 
menade. M. Aïn, de Béziers, avait organisé l’excursion d’une façon 
admirable et nous avait ménagé comme guides des professeurs des 
Lycées et Collèges des villes traversées et visitées, des directeurs 
d'écoles indigènes et des adjoints arabes à Biskra et à l’oasis de Sidi- 
Okba. À Constantine, nous avons visité, la nuit et le jour, les quar- 
tiers arabes sous la conduite d'un professeur indigène de la Medersa 
et nous avons élé protégés par deux agents de police que le directeur 
des affaires indigènes de la Préfecture de Constan.ine avait mis à 
notre disposition. Nous avons eu comme ciceroni dans les Mosquées 


— XLVI — 


les directeurs des prières et même à Constantine le Muphti en per- 
sonne. Nous avons assisté à une séance des Aïssaouas fort intéressante. 
Tout s'est passé à la perfection et sauf un peu de mal de mer au 
retour, nous avons fait un voyage parfait. » 


2° Une lettre de M. le Chef de l'Exploitation de la Compagnie des 
Tramways de l'Aude, en réponse à celle qui lui avait été adressée le 
27 mars, en vue d'obtenir la réduction de 50 °/, accordée par toutes 
les Compagnies de transport aux Membres de Sociétés voyageant par 
groupes de dix, nous informant que la dite Compagnie n’accorde 
aucune réduction de prix. 

A ce sujet certains membres font remarquer combien peu s'explique 
une pareille mesure de la part d'une Compagnie de transports aussi 
largement subventionnée par le département que la Compagnie des 
Tramways de l'Aude. 


M. J. Cathala émet la proposition qu'un vœu tendant à l'obtention 
d'une réduction de 50 *,, sur le prix de transport sur les lignes de 
tramways de l'Aude en faveur des Sociétés d'Excursions et de Tou- 
risme soit soumis à la prochaine assemblée du Conseil général, 
concurremment avec le Syndicat d'Initiative de l'Aude. — Adopté. 


M. le D' Bourrel, par lettre du 12 courant, propose de voter une 
médaille (argent ou vermeil) pour le Concours des Vins de l'Aude qui 
aura lieu le 22 mai prochain, à Carcassonne. 

La proposition mise aux voix est adoptée et l'Assemblée vote une 
somme de 20 francs destinée à l'achat d'une médaille d'argent. 


OUVRAGES ACQUIS pour la bibliothèque : 


A.-E. BrexM. Les Mammifères, 2 volumes ; Les Oiseaux, 2 volumes. 
_— Louis PLANET. Les Araignées, 1 volume. 


Dons. — M. Stanislas Meunier, professeur de Géologie au Muséum 
d'Histoire naturelle, à Paris, nous fait hommage d'un exemplaire du 
Catalogue sommaire de la Collection de Géologie expérimentale du 
Muséum d'Histoire naturelle, qu'il vient de publier (1). 

Ce travail mentionne près de deux cents résultats d'expériences 
relatives aux divers modes d'érosion et de sédimentation (pluviaires, 
fluviaires, souterraines, océaniques ou lacustres, glaciaires, éoliennes 
et biologiques). L'auteur y étudie les procédés les plus variés de la 
synthèse minéralogique et lithologique, la production des plis, l’ori- 


(4) 4 vol in-8' de 176 pages, avec 167 figures dans le texte. Paris, 1907. 


— XLVIL — 


gine des chaines de montagnes, etc... toutes questions intéressantes 
au plus haut degré. 


Sur la proposition de M. Gavoy, l'assemblée décide d'offrir, en 
témoignage de gratitude, au savant professeur du Muséum le titre de 
Membre honoraire. 

M. Fages remet, de la part de notre collègue, M. F. Moser, de Lézi- 
gnan, des échantillons de minerai de fer provenant de Thonidaz 
(Jura bernois). 

Remerciements. 


PRÉSENTATIONS. — M. ARNAUD. Charles, Ingénieur de la maison 
Fafeur, à Carcassonne, présenté par MM. M. Guiraud et Ch. Evrot. 


M. Maza, Louis, négociant, à Carcassonne, présenté par MM. E. 
Glories et L. Gavoy. 


CoMMuNICATIONS. — M. Germain Sicard annonce que, à l’occasion du 
prochain Concours Agricole qui se tiendra dans notre ville, du 18 au 
23 mai, M. Barbut, professeur départemental d'agriculture, organise 
une section d'Histoire naturelle, et qu'une place sera réservée aux 
membres de notre Société qui désireraient exposer les résultats de 
leurs recherches. Il engage vivement ses collègues à répondre aussi 
nombreux que possible à l'appel que leur adresse, par son intermé- 
diaire, M. Barbut. 


M. Fages fait en quelques mots le récit de l’excursion du 14 avril à 
Fontjoncouse. Sous la conduite de M. Bonnes, propriétaire de la cam- 
pagne de Gléon, les géologues ont fait ample provision de fossiles du 
jurassique, mais les entomologistes, moins favorisés, n'ont rapporté 
qu'une maigre récolte d'insectes, parmi lesquels trois espèces seule- 
ment valent la peine d'être signalées : Tachys 4 signata, Aptinus pyre- 
nœus et Helops pyrenæus. 


A l'heure du diner, un exprès vint remettre au Président de l’ex- 
cursion un pli dont le contenu mérite d'être consigné ici : 


Carcassouno, lou dets d’Avrial 1907. 


ler delà, m'abets dit, moun cher moussu Rébèlo, 

Que, Dimenje que ven, vous ’n anabets à Gleoù, 

Faire de toutouits, cerca spic. pimpanélo, 
Acampa pimpouns d'or, chuquets, mai brouts d'agréoù, 
Bougrrré ! N’aürets à rouflé à n’ aquélo countrado ; 

Las plantos à roudals, las mouchos à plen gorp, 


— XLVII — 


Que tant s’en trobo à Gléoù qu’al païs de Kercorp. 

Mès boutats, i a quicom à n’aquélo oustalado, 

Un répè, de regrils, un aoübré ’mé sa flour, 

Que toutis, en pertout, la disoun espélido, 

E qu'on vei pas souben pes camis de la vido ; 

ES la FLOUR D'AMISTAT qu'embaümo cado jour ! 

A Gléoù, mai qu’en loc pus, on es toutjoun en Bouxos ! 
Messius... à la santat de la familho BOUNOS !! (1). 


J. BouNaABos, 
Ancien ritou de Luc-sur-Ourbit. 


10, Carièro « du Manège », 10. 


Cette allusion charmante à l'accueil qui fut fait par M. Bonnes aux 
membres de la Société d'Etudes scientifiques, et dont celui-ci ne sau- 
rait vraiment être trop remercié, ne pouvait venir plus à propos et fut 
vivement goùtée de tous. 


M. Fages donne ensuite communication d'une lettre de M. Bories, 
de Fabrezan, dans laquelle celui-ci lui annonce qu'il se propose de 
réunir une série déterminée des fossiles de la région pour les collec- 
tions de la Société dès que les échantillons types qu'il a envoyés à la 
Faculté des Sciences de Lyon lui auront été retournés. 

Enfin M. Fages fait passer sous les yeux des membres présents une 
bague en bronze qui lui a été donnée par M. Moser. Cette bague a été 
trouvée aux environs de Lézignan. | 


Le Secrétaire, « 
L. GAVOY. 


(4) Avant-hier, vous m'avez dit, mon cher Monsieur Rebelle, — que dinianche prochain vous 
devicz aller à Gléon,— pour y faire des sifflets « à la minute », glaner la lavande et la pimprenelle, — 
ramasser le bouton d'or, la lathrée clandestine, même couper un rameau de houx. — Certes ! vous 
en trouverez en abondance dans la dito contrée ; les plantes y poussent à foison, — vous verrez des 
hotitéces de cistes, — car il y en a Gléon autant qu'au pavs de Kercorb. — Mais, croyez-le bien, il 
y a quelque chose en cette maisonnée, — un tronc, des rejetons, un arbre avec sa fleur, — dont 
tous disent partout qu'ils l'ont vue épanouie, — et qu'on ne rencontre pas souvent sur les routes 
de la vie. — C'est la FLEUR D'AMITIÉ qui embaume chacun de nos jours! 

À Gléon, plus que partout ailleurs, on est toujours les bien-venus ! 

Messieurs à la santé de la famille BONNES ! ! 


— XLIX — 


Séance du 12 Mai 1907 


PRÉSIDENCE DE M. CH. EVROT. Vice-PRÉSIDENT 


Le Secrétaire fait passer sous les yeux des membres présents la 
médaille destinée au Concours des Vins de l'Aude, dont l’achat fut voté 
dans la séance du 21 avril dernier. 


La correspondance comprend une lettre de M. Stanislas Meunier, 
professeur de géologie au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, en 
réponse à celle par laquelle le Secrétaire lui a fait part du désir de la 
Société de le compter au nombre de ses membres honoraires. Voici 
cette lettre : 


Paris, 27 Avril 1907. 


« MONSIEUR LE SECRÉTAIRE. 


« Votre aimable lettre me fait le plus grand plaisir ; je me sentirai 
très fier du titre de membre honoraire que vous voulez bien m'offrir 
et je vous prie d'en exprimer toute ma profonde gratitude à vos dis- 
tingués confrères. Je serai enchanté si je puis par la suite me rendre 
de quelque utilité à la Société d'Etudes scientifiques de l’Aude, dont 
les publications renferment tant de choses intéressantes. 

« Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire, l’expression de mes sen- 
timents de haute considération et de sincère dévouement. 

« Stanislas MEUNIER. » 


Dons. — M. Lucien Briet, secrétaire de la Société de Spéléologie 
nous fait hommage d’une brochure intitulée : Les Pyrénées rt la Spéléo- 
logie (Extrait du Bulletin Pyrénéen, janvier-février 1907). 

Remerciements. 


M. Sicard fait don d’un exemplaire d'un mémoire de M. Paul Goby : 
"Sur quelques meules à grains et un moulin ancien ressemblant au Tra- 
petum, découverts dansl'arrondissement de Grasse(Alpes-Maritimes),1905. 

Notre collègue fait en mème temps l'analyse de cet ouvrage qui, en 
sus de la mention des découvertes locales, donne sur la forme et la 
disposition des moulins primitifs des notions présentant un cer- 
tain intérét.. 


—L— 


€ M. Paul Goby a récueilli des meules et fragments de meules dans 
les environs des Camps retranchés ou Oppida qui couronnent en grand 
nombre les collines de l'arrondissement de Grasse, ainsi que dans les 
stations gallo-romaines de cette région. Après avoir désigné les loca- 
lités où ont été faites les trouvailles, il passe à l'aspect minéralogique 
des meules, qui sont tantôt en porphyre violacé, tantôt en trachyte 
avec cristaux de pyroxène, quelquefois en granit, en gneiss ou en grès, 
plus rarement en matière lavique compacte. — L'auteur passe ensuite 
en revue les différentes formes de moulins antiques ; il décrit d'abord 
ceux qui se composaient simplement d'une pierre gisante, à surface 
légèrement concave et où l'on écrasait les grains avec une molette en 
quartz ; puis les moulins à meules discoïdes horizontales, celle de des- 
sous formant cuvette ou mortier, celle de dessus mouvante et percée 
d'un trou central servant à la fois de trémie pour le grain et d’axe 
pour recevoir le pivot qui la faisait tourner. Ce dernier type appartient 
à celui dit gallo-romain, et c'est à lui qu'on rapporte les meules et 
moulins que possède le musée lapidaire de Carcassonne. 


« Après la description de ces moulins si simples et qui semblent les 
plus primitifs, vient celle du vrai moulin romain, tel que ceux que 
l'on a retrouvés à Pompéi, et qui se compose de Ia meule conique 
immobile sur sa plateforme (meta) et sur laquelle s'emboitait et tour- 
vait la meule mouvante {catillus), formée de deux cônes creux se 
rejoignant par le sommet comme un sablier. Cependant, dit l’auteur, 
ce moulin ne serait d'après M. Lindet, le savant professeur de chimie 
de l'institut National agronomique, que le précurseur du moulin à 
meules discoïdes dit gallo-romain « qui serait un dérivé, une simplifi- 
cation toute romaine du très compliqué et très délicat moulin dit 
romain. 

« Nous trouvons ensuite la description de quelques meules de formes 
particulières, à pans coupés ou Ss’éloignant des formes ordinaires. 
L'auteur termine en nous présentant les restes d’un moulin à olives 
qu'il a découvert dans la commune de Rouret (Alpes-Maritimes), près 
d'un oppidum situé en face du château de Rouret. Ce moulin difière 
essentiellement des précédents et parait avoir été construit sur le 
modèle du Trapetum romain, décrit par Caton dans son de re rustica 
et dans le dictionnaire des antiquités grecques et romaines d’Anthony 
Rich, traduit par Chéruel (p. 664) Ce broyeur est formé de deux meules 
“verticales, plan-convexes, avec une centrale portant une tige s’ap- 
puyant sur une courte colonne (millarium) élevée entre les deux 
meules au centre d’un bassin fmortarium) circulaire et concave. Sur 
le millarium une espèce de boite en métal feupa) réglait le mouve- 


ment et soutenait les meules {orbes) de manière à écraser la pulpe sans 
broyer les noyaux. Cependant le bassin découvert par M. Goby est à 
surface plane, ce serait donc des meules {moles) verticales et discoïdes 
qui fonctionnaient dans ce moulin et le rapprocheraiïent du modèle 
employé de nos jours dans nos fabriques d’ huile modernes et dont il 
semble être le précurseur ». | 


ADMISSIONS. — MM. ARNauD, Charles, ingénieur et Maza, Louis, 
négociant, à Carcassonne, sont nommés membres actifs. 


PRÉSENTATIONS. — MM. CLERGUE, François, régisseur, à Herminis, 
près Carcassonne, présenté par MM. A. Fages et Gavoy ; MÉTRAL, 
Ernest, caissier à la succursale de la Banque de France, à Carcas- 
sonne, présenté par MM. Ch. Evrot et H. Mullot. 


ANALYSE D'OUVRAGES. — M. Renaux rend compte du Bulletin de lu 
Société Historique et Scientifique des Denx-Sèvres, 2° année 1906. 

« Ce volume de Mémoires et Documents est fort intéressarrt et donne 
une excellente idée de la Société dont il émane. La Monographie de 
Saint-Liguaire, abbaye et commune, par M. Emile Breuilhac-Laydet, 
et le volumineux travail de M. le D' Prouhet sur Les Seigneurs, le Chà- 
teau, la terre de lu Mothe Suint-Héray, sont de vrais modèles du genre 
et devraient bien en servir à ceux qui parmi nous ont entrepris des 
œuvres pareilles ; et tout le reste est curieux et instructif. 

« Je trouve dans le Journal d'Emmanuel Augier de la Terraudière, 
curé de Notre-Dame de Niort, allant de 1707 à 1712, quelques détails 
sur un abbé Maboul, grand-vicaire de l'évêque de Poitiers, qui devint 
évêque d’Aleth à la Toussaint de 1708. C'était un homme d’un certain 
mérite, mais ruiné par le jeu, qui dut sa dignité au bien que Madame 
de Puisieux, dans un voyage à Paris, dit de lui à Madame de Mainte- 
non. Il avait, en eflet, observe l'éditeur, contribué activement à la 
conversion des huguenots du Poitou ». 


Avant de clore la séance, le Secrétaire communique le programme 
de l’excursion de la Pentecôte (19-20 mai 1907) à Bugarach, aux sour- 
ces de la Sals, à Fourtou et Sougraigne. 

Ce programme est adopté. 


Le Secrétaire, 
L. GAVOY. 


— LIEI — 


Séance du 16 Juin 1907 


PRÉSIDENCE DE M. GÜUIRAUD, VicE-PRÉSIDENT 


M. le Président annonce le décès, survenu le 26 mai, de notre 
collègue, M. Louis Chartier, fondateur de notre Société. Il adresse, 
tant en son nom qu’au nom des membres de notre Compagnie à la 
veuve et aux parents du défunt l'expression de nos plus sympathiques 
condoléances. 


M. Gavoy, secrétaire, ajoute aux paroles de M. le Président les 
quelques mots suivants : 


€ Perméttez-moi, Messieurs, de rappeler la part que Chartier avait 
prise à la fondation de notre Société. C'est à lui, en effet, c'est à son 
initiative intelligente que nous la devons. Sans doute, cette initiative 
venait à son heure et la pensée de notre collègue répondait à un 
besoin lorsqu'en 1889 il fit appel aux amis des sciences naturelles 
disséminés dans notre département, mais encore fallait-il réunir les 
éléments de la future association et grouper les bonnes volontés. Ce 
n’a pas été son moindre mérite d'y avoir réussi. | 

« Dans la réunion préparatoire qui fut tenue, le 10 février 1889, 
dans une des salles de l’Hôtel-de-Ville, nous étions neuf présents, 
neuf autres avaient envoyé par lettre leur adhésion, huit Sociétés 
scientifiques promettaient de nous adresser leurs publications. 

« Un mois après, le 17 mars, un bureau provisoire était nommé, 
dont la présidence revenait de droit au promoteur de l'Association. 
Mais Chartier, avec une modestie dont il faut le louer, s’effaca devant 
la haute personnalité scientifique de M. Montés et n’accepta que le 
titre de Vice-Président qu'il conserva jusqu'à la fin de l’année 1890, 
époque à laquelle il l'échangea contre celui plus modeste de Secré- 
taire-adjoint. En 1892, il quitte Carcassonne pour Carbonne et Niort, 
mais de loin comme de près, il ne perd pas de vue son œuvre, il y 
pense sans cesse et sa correspondance avec quelques-uns des collègues 
qu'il a laissés dans sa ville natale témoigne de sa sollicitude pour sa 
chère Société d'Etudes qu'il souhaite voir toujours plus florissante. 

€ Entre temps il nous donne pour le Bulletin quelques rapports 
d'excursions et des travaux géologiques et botaniques. 


— LI — 


« De retour à Carcassonne en 1899, il reprend sa place au milieu de 
nous et en 1900 il remplit provisoirement les fonctions de Secrétaire 
laissées vacantes par le départ de M. Philibert. Ces fonctions lui 
furent confirmées dans l'assemblée générale du 16 décembre 1900. Il 
les conserva jusqu à la fin de l’année 1905. 

« A partir de cette époque, suit pour des motifs que nous n'avons 
pas à rappeler ici, soit à cause de son état de santé, il cessa d'assister 
à nos séances. La mort guettait déjà sa proie et devait bientôt terras- 
ser sa victime. Le 27 inai dernier, brusquement, sans que rien ait pu 
nous préparer à un si triste dénouement, — huit jours avant nous 
l'avions aperçu dans l'enceinte de l'Exposition Agricole —, nous 
apprenions que notre collègue avait cessé de vivre. Il n'avait que 
54 ans ! 

« Chartier avait une véritable passion pour la botanique et la géolo- 
gie. maïs les autres branches des sciences naturelles ne lui étaient 
pas étrangères, les procès-verbaux de nos séances qu'il rédigeait avec 
tant de soin sont là pour l'attester. 

€ Il laisse une importante collection de fossiles et un herbier volu- 
mineux. | 

« L'impitoyable destinée nous prive à jamais du collègue à qui 
notre Société doil sa création. Il est du devoir de nous tous, ses 
collaborateurs de la première comme de la dernière heure, de lui 
adresser un juste tribut de regrets, il est du devoir de la Société 
d'Etudes scientiliques de l'Aude de garder fidèlement le souvenir de 
celui qui fut son fondateur. » 


M. le Président annonce que. au dernier Concours organisé par la 
Société Départementale démocratique d'encouragement à l'Agriculture de 
l'Aude, notre Société a obtenu un diplôme de médaille d'or et M. Re- 
belle, notre collègue, un diplôme de médaille d'argent. 


CORRESPONDANCE. — M. O. Sarcos. secrétaire du Syndicat profes- 
sionnel des Intérèts vinicoles de l'Aude, nous informe que la médaille 
d'argent mise par notre Société à la disposition du Comité d'organi- 
sation du Concours des Vins de l'Aude a été attribuée à M. Lignières 
Achille, de Tourouzelle, comme 3*° prix des vins rouges des années 
antérieures à 1906. 

M. Arnaud Charles, ingénieur, et M. Maza Louis, négociant, à Car- 
cassonne, remercient de leur admission comme membres actifs. 

Madame Chartier remercie la Société de la belle couronne que 


celle-ci a déposée sur la tombe de son mari. En méme temps, elle 
offre pour uos collections l'Herbier de notre regretté collègue. 


: L'Assemblée, touchée de la généreuse pensée qui a inspiré la dona- 
trice, accepte le don et délègue deux de ses membres, MM. Fages et 
Marty, pour lui en exprimer toute sa gratitude. 


ADMISSIONS. — MM. CLERGUE François, régisseur, à Herminis, et 
MÉTRAL Ernest, caïssier à la succursale de la Banque de France, à 
Carcassonne, sont, à l’unanimité, nommés membres actifs. 


L'Assemblée confirme l'admission de M. Cros François, maitre d’hô- 
tel, à Fourtou, nommé membre actif, lors de l'excursion du 20 Mai 
dernier, sur la présentation de MM. A. Fages et Malet. 


COMMUNICATIONS. — M. G. Sicard nous adresse la communication 
suivaule : 


« À la séance du 21 Octobre 1906, j'ai remis à la Société une note 
sur une pile romaine, dite le Tourril, située dans la commune d'Homps 
(Aude), sur le domaine de Lagarde, dont les bâtiments se trouvent 
dans le département de l'Hérault, commune d'Olonzac La mention de 
cette pile romaine devait naturellement se joindre au travail que 
j'avais déjà fait sur celle qui se trouve dans la commune de Laure, 
sur le vieux chemin d'Aiguesvives, et que j'ai signalée au Congrès de 
la Société Française d'Archéologie tenu en Mai 1906 à Carcassonne. 
Pour moi, ce dernier monument est certainement un mausolée romain, 
de forme bien caractéristique. Or, ces jours derniers, en faisant des 
recherches dans les archives départementales de l'Aude, j'ai eu la 
bonne fortune de retrouver dans un vieux plan lotier de la commune 
de Laure, la parcelle où s'élève la pile romaine Ce tènement est dési- 
gné sous le nom de la Tour, et au plan est adjointe la liste des diffé- 
rents propriétaires qui ont possédé cette terre depuis 1526 et les noms . 
sous lesquels elle a été désignée. Le plan date de 1747. La tour est 
désignée, en 1526, sous le nom de Tour de Mesolieur : le champ est 
souvent indiqué par le nom de champ de « La Mozolée ». ce qui marque 
bien qu'à cette époque on avait la croyance que la masse antique, 
signalée sur le compoix de 1668, était bien un tombeau. Ce nom de 
Mézolieux (qui, Sur un autre plan, est Mézolières), est aujourd'hui 
complètement ignoré par les habitants de Laure, et la tour est coni- 
munément appelée du nom de son propriétaire actuel, M. Boyer, 
Tour de M. Boyer. | 

M. l'ages rappelle que dans son Essai sur la Speléologie de l'Aude (1), 
notre collègue, M. Sicard, a signalé l'existence aux environs de 
Fourtou d'une grotte qu'il désigne sous le nom de Grotte des Sorcières 


(1) Bull. Soc. Etud. Sc. de l'Aude, T. VIII, 1891. 


ou des Mythonnes. Cette grotte, éloignée d'un kilomètre environ du 
village, s'ouvre à droite des sources du ruisseau de Fourtou. C'est une 
longue galerie de trois mètres d'ouverture qui va déboucher à 75 mè- 
tres à peu près des ruines du château. 

Indépendamment de celle-ci, il en existe deux autres connues sous 
le nom de Grotte du Saut et de Grotte d'Embarrado. 

La première se trouve en face de celle des Sorcières, sur la rive 
gauche du ruisseau. L'entrée en est étroite, 1"30 sur 0"70. M. Fages 
y a recueilli une mâchoire humaine eimpâtée dans la stalagmite, ce 
qui ferait présumer que des fouilles méthodiques pourraient amener 
des découvertes intéressantes. | 

La grotte d'Emnbarrado, — toujours rive gauche du ruisseau et à 
150 mètres en aval de celle du Saut, — est creusée dans le Turonien 
et très curieuse par les nombreuses Hippurites qui en forment les 
parois. L'ouverture est de 1°70 sur 1 mètre, la longueur de 25 mètres 
environ. Les bergers y abritent leurs troupeaux les jours d'orage. 

Au-dessus de la grotte d'Embarrado, il en existe deux autres qui 
n'ont pas de nom particulier et n'offrent d'ailleurs aucune impor- 
tance. 


Le Secrétaire soumet à l'assemblée le programme de l'excursion du 
30 juin à Saint-Denis et Saissac et celui de l’excursion des 13, 14 et 
15 juillet au Pays de Sault. 


‘Le premier est adopté sans observations. Quant au second, il est 
approuvé dans son ensemble, sous réserve de quelques modifications 
de détail demandées par plusieurs membres et qui seront soumises au 
Comité. ; 


L'ordre du jour appelle l'examen du nouveau tarif spécial G. V. n° S 
que la C*“ des Chemins de Fer du Midi vient de soumettre à lhomo- 
logation du Ministre. 

Ce tarif, dont le. journal l'Intérét Général, dans son numéro du 
{°° juin, a fait ressortir les avantages et les inconvénients, présente 
dans ses dispositions des restrictions telles qu'il rend désormais impos- 
sibles nos excursions du dimanche dans notre département, excursions 
qui ne devaient leur succès qu'à la réduction de prix dont nous jouis- 
sions jusqu'à présent. 

En conséquence, l'assemblée émet le vœu que le nouveau tarif G. 
V. n°8 de la Ci du Midi ne sera pas homologué et charge son Bureau de 
transmettre ce vœu à la Chambre de Commerce de notre ville qui le 
fera suivre au Ministre compétent. | 

| Le Secrétaire, 
L. GAVOY. 


— LI — 


Séance du 21 Juillet 1907 


PRÉSIDENCE DE M. LE D' BOURREL, ANCIEN PRÉSIDENT 


CORRESPONDANCE. — MM. François Clergue et Ernest Métral remer- 
cient de leur admission comme membres actifs. 


Conformément à la décision prise par la Société dans la séance du 
16 juin dernier. le Bureau a adressé, le 26 du mème mois, à M. le 
Président de la Chambre de Commerce de Carcassonne la lettre 
suivante : 


« MONSIEUR LE PRÉSIDENT. 


« J'ai l'honneur de vous remettre sous ce pli un extrait de la déli- 
bération du 16 juin courant, relative au nouveau tarif G. V. n° 8 que 
la Compagnie des Chemins de fer du Midi vient de soumettre à 
l’homologation du Ministre. 

« Je vous serai reconnaissant de vouloir bien, après l'avoir soumise 
à l'examen de la Chambre de Commerce dans sa prochaine réunion, 
et avoir reconnu la légitimité de nos réclamations, la transmettre 
avec avis favorable à l'autorité compétente. 

« Avec mes remerciements, je vous prie d'agréer, Monsieur le 
Président, l'assurance de ma considération distinguée. 


« Pour le Président empêèché, 
« Le Vice-Président, 
€ GUIRAUD JEUNE. » 


« EXTRAIT DU REGISTRE DES DÉLIBÉRATIONS 


« Les membres de la Société d'Etudes scientifiques de l'Aude, 
réunis en séance le 16 juin courant, ont examiné le nouveau tarif 
spécial G. V. n°8 que la Compagnie des Chemins de fer du Midi vient 
de soumettre à l'homologation du Ministre. Tout en reconnaissant 
que certaines dispositions de ce nouveau tarif constituent un progrès 
sur les principes restrictifs admis jusqu'ici, ils constatent avec regret 
qu'il en est d'autres qui rendront désormais {res oneéreuse, sinon 1mpos- 
sible, toute excursion dans le département de l'Aude. 


ne 


« De ce nombre sont : 1° L’élévation à 12 au lieu de 10 du minimum 
de voyageurs pouvant jouir de la réduction de 50 " 

2° Le minimum de perception par voyageur et par voyage -— l'aller 
et le retour constituant deur voyages. 

« En conséqnence, et attendu que les excursions de la Société n'ont 
d'autre but que l'exploration des richesses naturelles du département 
de l'Aude, qu'elles ne sont suivies par ses membres qu'à cause de la 
réduction du prix dont ils ont joui jusqu'à présent. et que les nou- 
velles dispositions du tarif susvisé en rendront désormais la réalisa- 
tion impossible, 

« La Société d'Etudes scientifiques de l'Aude exprime le vœu : 
1° Que le chiffre minimum de voyageurs pouvant voyager en grour.e 
soit ramené à cinq ou tout au moins à (dir : 2° Que la réduction de 
90 °’, soit accordée comme précédemment à tout groupe d'excursion- 
nistes voyageant indistincitement dans le département de l'Aude ou 
les départements limitrophes, sans minimum de perception ni de 
parcours. » 


Notre lettre a reçu la réponse suivante : 


« Le President de la Chambre de Commerce de Carcassonne 
à Monsieur le Président de la Société d'Etudes srientifiques de LAnde, 


« MONSIEUR LE PRÉSIDENT, 


« J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre lettre du 26 juin 
dernier et de vous remettre ci-joint une copie de la délibération qua 
prise la Chambre de Commerce au sujet du tarif G. V. n°8, dans sa 
séance du 23 mai dernier. 

« Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de ma consi- 
dération distinguée. 

« Le Président, 


€ DREVET. » 


€ CHAMBRE DE COMMERCE DE CARCASSONNE 
« EXTRAIT DU REGISTRE DES DÉLIBÉRATIONS 


« Séance du 23 Mai 1907 


« Vœu sur le tarif G. V. 8 Midi. 

« Conclusion. — La Chambre. oui cet exposé : 

« Considérant qu'il importe de ne pas entraver par des dispositions 
prohibitives les voyages en groupe et les excursions populaires ; 

« Considérant que ces excursions en groupe constituent non-seule- 


- 


— EVII 


ment l'avant-garde du tourisme individuel, mais contribuent aussi à 
la prospérité commerciale tant générale que particulière en raison de 
la publicité qu'elles provoquent pour les endroits visités ; 

« Considérant que la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée a mis en 
vigueur un tarif beaucoup plus libéral qui comporte en plus des prin- 
cipaux avantages énumérés ci-dessus : 


« 1° Un minimum de parcours total de 30 kilomètres ; 

« 2° Des réductions de 50°, sur les billets simples et mème sur les 
billets d'aller et retour, lorsque les deux voyages se font par la même 
voie ; 

« 3° Des réductions de 66 ° , pour les caravanes scolaires et de 
15 * , pour les enfants envoyés à la montagne ou à la mer. 

«€ #° L'admission dans les express moyennant un supplément égal 
au quart du prix du billet ;: 


« Emet le vœu : 


« Que M. le Ministre des travaux publics refuse l'homologation du 
tarif G. V. n°8, tel qu'il lui est présenté par la Compagnie du Midi ; 

« Que M. le Directeur de cette Compagnie refonde dans un sens 
plus libéral les dispositions présentées à l'homologation en s'inspirant 
des facililés accordées par la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée 

« Que le nouveau tarif ainsi modifié soit présenté au plus tôt à 
l'homologation ministérielle. 


« Pour extrait conforme : 


« Le Président, 
«€ DREVET. » 


La Faculté des Sciences de Saragosse demande l'échange réciproque 
de nos publications. Cette demande est accompagnée de l'envoi d'un 
exemplaire du 1" fascicule de ses {nnales. 


L'échange est accepté. 


Enfin, M. Gavov communique une lettre qu'il a reçue de M. Marius 
Cathala, Président, lettre par laquelle celui-ci s'excuse de n'avoir pu 
jusqu'à présent prendre une part plus active aux travaux de la 
Société, et nous prie d'accepter sa démission de Président. 

L'assemblée apprécie hautement le sentiment de délicatesse qui 
a dieté la lettre de notre sympathique collègue et décide à l'una- 
nimité de rejeter son offre de démission et de lui conserver son 
titre de Président jusqu'au jour où, conformément à nos statuts, 
ses pouvoirs cxpireront normalement. 


_— LIX — 


Doxs. — M. Fages remet, de la part de M. Maffre, instituteur à 
Armissan, une collection de fossiles appartenant à l’Aptien. Parmi ces 
fossiles on remarque : 


Serpula socialis Goldf. | Hoplites Dufrenoyi d'Orb. 
Orbitolina conoiïdea A. Gras. Venus galloprovincialis Math. 
Pentacrinus sp. | Terebratula Moutoni d'Orb. 
Natica prælonga Desh. Serpula sp. 

Remerciements. 


COMMUNICATIONS. — M. G. Sicard remet à la Société plusieurs 
photographies des deux menhirs de Saissac et fait, au sujet de ces 
menhirs et de l'excursion du 30 juin à Saint-Denis, la communication 
suivante : 


« Les deux menhirs dont je vous présente les vucs sont situés sur 
le territoire de la commune de Saissac, l'un sur le domaine de l’Aze- 
rou (du latin «cer, érable ; aserou, petit érable, érable à petites feuil- 
les), l’autre près de la métairie de Picarel. 

« A Saint-Denis, les carrés qui divisent le terrain de cette com- 
mune donnent lieu à l’intéressant problème de savoir si l'on se trouve 
en présence des vestiges d'un ancien camp romain ou de terres parta- 
gées pour des colons (agger divisus). 

« Un rapport à ce sujet paraîtra dans le Bulletin. » 


M. le D' Bourrel présente une note sur Le Pont naturel de Saint-Jean, 
prés Aiguestites (AUDE). Cette note, accompagnée d'une belle vue 
photographique. trouvera sa place dans le prochain Bulletin. 


M. Gavoy dit que, dans la séance du 18 juin 1906 du Comité des 
Travaux historiques el scientifiques, M. Salomon Reinach a appelé 
l'attention dn (Ü'omité « sur la nécessité de prendre des mesures pour 
« arréter les déprédations et les actes de vandalisme dans les stations 
« préhistoriques et spécialement lès cavernes. Celles-ci sont à la 
« merci des fouilleurs inexpérimentés qui, n'ayant d'autre souci que 
« de recueillir des objets alin de les vendre à des collectionneurs. 
« bouleversent le sol de façon à rendre impossible toute observation 
« scientifique Il souhaiterait que l'administration créàt des inspec- 
« teurs chargés de diriger l'exploitation des stations et grottes 
«€ préhistoriques et d'en assurer la conservation ». 


Les faits dont se plaint M. S. Reinach ue sont malheureusement 
que trop vrais ; comime lui nous les déplorons et pensons qu'on doit 
chercher à les éviter autant que possible. La création d'emplois nou- 
veaux et de fonctionnaires d'un nouveau genre nu'irait pas saus- 


dépenses nouvelles, dont le besoin, actuellement surtout. ne se fait 
pas sentir. 

Un moyen plus économique d'arriver au but serait que. dans chaque 
commune de France. le maire fut invité à signaler à l'administration 
préfectorale toute découverte de grottes ou de stations préhistoriques 
faite sur son territoire. L'administration, à son tour, signalerait la 
découverte à toutes les Sociétés scicentitiques locales (il en existe aujour- 
d'hui dans presque tous nos départements), lesquelles délègueraient un 
certain nombre de membres compétents pour diriger et surveiller les 
fouilles. Une légère subvention pourrait, au besoin, leur ètre allouée 
et ainsi scrait réalisé, sans frais appréciables pour le budget national 
ou départemental fe vœu cher à M. S. Reinach. 

Le Secrélaire, 
L. GAVOY. 


—————— 


Séance du 20 Octobre 1907 


PRÉSIDENCE DE M. GUIRAUD. VicE-PRÉSIDENT 


CORRESPONDANCE. — M. le Ministre de l'instruction publique adresse, 
en dix exemplaires. le programme du 46° Congrès des Société savan- 
tes qui S'ouvrira à la Sorbonne le mardi, 21 Avril 1908. 


M. le doyen de la Faculté des Sciences de Saragosse nous remercie 
de l'accueil favorable qui à été fait à la demande d'échange de notre 
Bulletin contre les Aunales de la dite Faculté. 


M. le Bibliothécaire de l'Université royale d'Upsala (Suëde), accuse 
réception de l'envoi de notre Bulletin, T. xvur. 1906. 


M. l'abbé Firmin Dages, curé de Campagna-de-Sault, nous demande 
l'adresse d'un spécialiste pour la détermination des Lichens qu'il a 
recueillis dans les massifs de Madres et du Laurenti. Satisfaction lui 
a été donnée. 


M. J. Roux, instituteur à La Charrière (Deux-Sèvres), et membre 
de la Société botanique des Deux Sèvres, demande à se procurer 
quelques glands de OQuercus coccifera (chène-kermès) pour tenter 
l'acclimatalion de cette espèce dans sa région. M. G. Rebelle promet de 
répondre à cetle demande. 


— LXI — 


La Société des Sciences historiques et naturelles de Semur nous a 
conviés, par circulaire du 5 Septembre, à la réunion qu'elle a ‘orga- 
nisée pour le lundi, 16 Septembre 1907, à Alise. Cette circulaire nous 
étant parvenue pendant les vacances, n'a pu être communiquée en 
temps utile aux membres de notre Société. 


Dons. — M. L. Doncieux, professeur à la Faculté des Sciences de 
Lyon, nous fait hommage d'une Note sur ses explorations géologiques 
de 1906 dans la région de Fitou et de Treilles (Ertrait du Bulletin de 
la Carte géologique de France, n° 115, T. xvu (1905-1906). — Janvier 
1907). 

La Société adresse ses remerciements à notre éminent membre 
honoraire et décide que la Note dont ïl est l'auteur sera reproduite 
dans notre prochain Bulletin. 


CoMMuNicaTIONS. — M. le D' Bourrel, revenant sur la question sou- 
levée dans la séance du 21 Juillet dernier à propos des actes de van- 
dalisme qui se commettent fréquemment dans les cavernes et les 
stations préhistoriques, demande que la mention qui en est faite à la 
fin du procès-verbal soit transformée en vœu et présentée sous cette 
forme à l’Assemblée départementale dans sa prochaine réunion. 

Il en est ainsi décidé. 


Notre collègue présente ensuite Les observations suivantes au sujet 
du dernier volume paru de notre Bulletin (T. xvnr, 1907) : 


« 4° Dans le compte-rendu de la séance du 18 Mars 1906, on me 
€ fait dire « La liqueur de Praraz ». J'ai dit que, pour l'instant du 
« moins, je préférais les injections « avec la seringue de Praraz » des 
« liquides dont il est question dans le travail du D' Ormières, c’est-à- 
« dire des solutions d'hypochlorites, d'acide chromique ou de perman- 
« ganate de potasse ; le Sérum du D' Calmette devant ètre employé 
« frais. Il est, en effet, facile de se procurer ces drogues fraichement 
(« préparées quand on en a besoin. » — Acte est donné de cette recti- 
fication. | 
« 2 Depuis quelques années, les récits d'excursion à l'étranger 
(Espagne, Italie, etc...) prennent, dans nos Bulletins, un développe- 
ment de plus en plus grand, et ce, quelquelois, au détriment de 
travaux concernant notre département et présentant, de ce fait, un 
intérêt plus particulier. Il serait bon. me semble-t-il, de réagir 
contre cette tendance. » 

Il appartient au Comité de publication d'étudier la question. 


Pa 
2 = 2 = À 


M. R. Esparseil émet la propositiou que notre Société organise pro- 
 Chainement une visite à l'Usine métallurgique du Pont-Rouge. 


— LÂI — 


M. Gavoy fait remarquer qu'en 1905, alors que M. Esparseil était 
président de la Société, il a émis une proposition semblable qui est 
restée sans eflet, il ne sait pourquoi. M. le D' Bourrel dit que cette 
visite Jui semble tout à fait inopportune en ce moment. En eflet, la 
Commission d'hygiène est actuellement saisie d'une demande d'enquête 
sur les dangers que peut présenter, au point de vue de la santé publi- 
que, l'installation à nos portes d'une Usine traitant des matières arsé- 
nicales ; il convient donc de s'abstenir jusqu'à ce que ladite one 
sion ait fait connaitre les résultats de son enquête. 

Sur ces observations, l’Assemblée renvoie à une date ultérieure la 
prise en considération de la demande de M. Esparseil. 


Le Comité de publication s'est réuni après la séance pour examiner 
la question posée par M. le D' Bourrel. Considérant qu'il convient 
avant tout d'observer les termes de l'article 2 de nos Statuts et de - 
notre Règlement, et de réserver dans nos publications la plus large 
place possible aux travaux concernant notre département de l'Aude 
ou les départemeuts limitrophes, le Comitè décide de n’accepter à l’ave- 
nir, parmi les Mémoires ou Rapports présentés qui ne répondront pas 
expressément aux conditions ci dessus, que ceux qui auront un carac- 
tère scientifique spécial. 

De plus, afin de faciliter la tâche qui lui incombe dans la composi- 
tion et l'impression du Bulletin annuel, il invite les auteurs à déposer 
leurs Mémoires ou Rapports d'excursion dans le plus bref délai possi 
ble et au plus tartl dans la dernière séance de l’année. 


Le Secrélaire, 
L. GAVOY. 


Séance du 17 Novembre 1907 


PRÉSIDENCE DE M. M. CATHALA, PRÉSIDENT 


Le Secrétaire annonce que le vœu relatif à la protection des cavernes 
et stations préhistoriques a été présenté à l'Assemblée départementale 
par notre collègue, M. Cros-Mayrevieille, conseiller général, dans la 
séance du vendredi, 8 novembre, et adopté. 


— LXHI — 


Dons. — M. Germain Sicard fait hommage à la Société d'une petite 
brochure ayant pour titre : Deur édicules romains de la région Mina 
voise (Extrait du Bulletin de la Soc. arch. du Midi de la France, 1901). 


M. A. Fages fait don de trois échantillons de porphyre provenant 
de Saint-Raphaël (Var). 
Remerciements. 


PRÉSENTATION.— M. LEPARGNEUR Jean, étudiant en médecine, externe 
des hôpitaux de Toulouse, présenté par MM. les D" Chavanette et 
Courrent. 


COMMUNICATIONS. — M. A. Fages donne, au sujet des trois échan- 
tillons de porphyre qu'il vient de déposer sur le bureau, les détails 
ci-après : 

« Le porphyre de Saint-Raphaël, dans l’Esterel, est une dacite holo- 
cristalline et migranulitique. Il contient, avec des noyaux de quartz, 
de gros cristaux d'un feldspath en partie décomposé qu'on a rapporté 
à l’andésine. M. Michel Lévy en fait un microgranulite basique. Les 
microlithes de la pâte appartiennent pour une portion à l'orthose 
(A. de Lapparent). 

1° Le porphyre bleu quartzifère, souvent nommé Leucostite, est 
composé de feldspath compacte dont la couleur dominante est le bleu 
turquin, d’un ton un peu pâle. Il renferme de nombreux grains cris- 
tallins de feldspath blanc, des cristaux de quartz et, ce qu'il y a de 
plus curieux, des prismes de pyroxène d'un vert noirâtre. 

11 forme un grand enclavement transversal qui se montre au jour 
sur une étendue de 16 à 18 kilomètres dans la partie Sud-Ouest des 
montagnes de l’Estérel, aux environs de Fréjus et de Saint-Raphaël 
(Var). 

2 Conglomérat porphyrique. Roche composée de fragments de por- 
phyre à base feldspathique, 

3 Porphyre pétrosiliceux quartzifère. Brun clair un peu rosé à 
cristaux souvent opalins et quelquefois translucides. 

M. Teissier, qui s'est occupé des antiquités de Fréjus, a constaté 
que la Leucostite bleu-turquin était exploitée par les Romains et que 
ceux-ci ont employé cette roche à faire une foule d'objets, tels que la 
colonne de Saint-Grégoire, dans l'Eglise Saint-Pierre de Rome, et 
quelques colonnes des palais du Quirinal et du Vatican (d'Orbigny- 
Cordier). L 


M. G. Sicard fait passer sous les yeux des membres présents des 
cartes et documents relatifs à la commune de Laure. lesquels donnent 
lieu de sa part à la communication suivante : 


! 


— LXIV — 


« Ayant fait. cet été dernier. quelques explorations dans le territoire 
de la commune de Laure (canton de Peyriac-Minervois), en vue de 
rechercher les traces de l'occupation romaine et les anciens lieux 
{ortifiés, j'ai été frappé de voir combien le sol de cette région, si peu- 
plée jadis. était jonché de ruines. De nombreux fiefs et prieurés, des 
châteaux, des églises rurales, des hameaux ont disparu. On retrouve 
leurs noms dans les anciens documents, mais sur les cartes actuelles, 
nulle indication ne révèle plus leur ancienne existence : c’est ainsi 
qu'on ne trouve plus traces de Gluges, de Fiquères, d’'Albas, de Malras 
et d'Ouffrières, etc. | 

Il me semble qu’il serait intéressant de reconstituer la carte ancien- 
ne de cette région de l'Aude et de préciser Îles emplacements de ces 
édifices disparus. C'est ce qu'une exploration attentive et conscien- 
cieuse du pays pourra seule permettre de mener à bien. Aussi est-ce 
cette étude que j'ai déjà commencée et que je me propose de poursui- 
vre, espérant la voir bien accueillie par notre Société qui a tant fait 
pour l'étude historique et scientifique du département de l'Aude. » 


M. Rebelle présente une liste de Lichens, Champignons et Algues, 
intéressants pour la région de l'Aude : 


Lichens. 


Stereum purpureum. F. R. — Sur les troncs de sapin. Forèt de la 
Fourmi. Septembre 1900. 

Platysma juniperinum.T. — Sur les Genévriers. Tuc de las Cous- 
counieros. Septembre 1900. 

Physcia ciliaris D.C. — Sur les Sapins. Forêt du Gravas, commune 
‘de Roquefort-de-Sault. Septembre 1900. Signalé déjà par M. l'abbé 
Baichère, sur les châtaigniers, à Lespinassière et Cuxac-Cabardés. 
(Contribution à la Flore du Bassin de l’Aude et des Corbières, 1° 
Fasc. 1893). 

Eternia furfuracea Ach. — Sur les Sapins. Forêt d'en Garaud. Sep- 
tembre 1900. | 

Umbilicaria pustulata Hauff. — Roc de Moussu, commune de Caunes; 
montagnes des environs de Cabrespine. 


Champignons. 


Diatripe disciformis Fr. — Bois près des Sources de la Sals, sur le 
Hêtre et le Bouleau. — 
Hyporylon corcinewm Tul., — Bois aux environs des Sources de la 


Sals. 


— LEY — 
Algues. 


Lemanera lorulosa Ag. — Dans le Fresquel et l'Aude. 


M. Gavoy fait, à son tour, passer sous les yeux des membres pré- 
sents plusieurs frondes détachées d'un pied de Scolopendrium offici- 
nale L. qu'il a rapporté, il y a trois ans, de la forêt de La Loubatière, 
et qu'il cultive en pot depuis cette époque. 

Ces frondes, outre qu’elles sont plus ou moins crispées sur toute 
leur longueur, ce qui se voit très rarement chez les pieds demeurés à 
l'état sauvage, présentent à leur extrémité de nombreuses divisions 
(de 6 à 10). 

M. Gavoy ajoute : « Lorsque j'ai cueilli cette Fougère sur les bords 
du Linon, le 15 Août 1903, je n’ai pas remarqué la moindre déforma- 
tion des frondes. Ce n’est que l’année suivante que je constatai le 
phénomène et je crus à un fait accidentel. Mais depuis lors, le fait se 
reproduit très régulièrement chaque année et il m'a paru assez 
curieux pour que je vous en fasse part. » 


M. Rebelle dit que l’on trouve quelques variétés de cette élégante 
fougère à l'état spontané, notamment celle à feuilles crispées (var : 
crispa Willd), d'autres sont le résultat de la culture. 


M. Fages pense que l’anomalie foliaire signalée par M. Gavoy pro- 
vient précisément d'un excès de nourriture, car il a constaté le même 
phénomène sur un pied rapporté par lui des environs de Bugarach. 


Le Secrétaire dépose sur le bureau la première partie d’un impor- 
tant travail de M. Valéry Mayet, membre honoraire, intitulé : Faune 
entomologique de l'Hérault (Coléoptères). Ce travail, que la haute com- 
pétence de l’auteur suffit à recommander, aura sa place marquée dans 
notre prochain Bulletin. 

Le Secrétaire, 
L. GAVOY. 


Séance du 15 Décembre 1907 


PRÉSIDENCE DE M. LE D' COURRENT, ANCIEN PRÉSIDENT 


M. Marius Cathala, Président, en ce moment en voyage, s'excuse de 
ne pouvoir assister à la séance. M. le D' Courrent, ancien Président, 
est invité à le remplacer au fauteuil. 


— LAVI — 


Après la lecture du procès-verbal de la séance du 17 novembre, qui 
est adopté sans observations, M. le Président annonce le décès de 
MM. Léonce Cazaben et Denis Vaquier, membres titulaires, et celui 
de M. Paul Gervais de Rouville, doyen de la Société Géologique de 
France et doyen honoraire de la Faculté des Sciences de Montpellier, 
membre honoraire de notre Société. 1l adresse aux familles des défunts 
l'expression de nos plus sympathiques condoléances. 


DéMissiox. — M. Léon Claudel, avocat, adresse sa démission. 


OUVRAGES REÇUS. — Le Secrétaire énumère les ouvrages reçus 
depuis la dernière séance, ainsi que les suivants qui ont été acquis 
pour la Bibliothèque : 


Aug. Robin. — La Terre, ses aspects, sa structure, son évolution. 
4 vol. 

Paul Gervais. — Eléments de zoologie, 1877. 1 vol. 

G. de Saporta et 4.-F. Marion. — L'évolution du règne végétal, 1881. 
4 vol. 

G. de Saporta. — Origine paléontologique des arbres cultivés ou 
utilisés par l'homme, 1888. 1 vol. 

A4. Falsan. — La période glaciaire étudiée principalement en France 
et en Suisse, 1889. 1 vol. 

Paul Topinard. — L'Homme dans la Nature, 1891. 1 vol. 


Dons. — M. Germain Sicard fait don d’un exemplaire des Rapports 
de la Commission d'Etude des Enceintes préhistoriques (IE année, 
1907-1908. 

- Ce fascicule contient une communication de notre collègue au sujet 
d’un oppidum des environs de Laure : « M. Sicard a vu désigné, sous 
les noms de Daniel ou de Fontcouterte, dans un plan lotier de 1617, 
l'oppidum de Las casas de Figuères, sitné à 2 kil. environ au S. du 
village de Laure en Minervois (Aude), à 300 mètres de la métairie 
d'Arnaud. Au haut d'un mamelon dénudé. formé par les poudingues 
concrets de l Eocène inférieur, des murs, qui ont encore deux ou trois 
mètres de hauteur, montrent très nettement les cavités, régulièrement 
disposées, de la structure dite (improprement, puisqu'on la trouve dès 
le premier âge du bronze) gauloise, à cause de l'observation qu'en fit 
Jules César en Gaule. Ces murs. avec leurs retraits et leurs angles 
saillants, rappellent d'ailleurs tout-à-fait le plan reconstitué de Mur- 
sens tel qu’on le voit au Musée de Saint-Germain. En un point de la 
paroi N. se voient des restes de structure en aréêle de poisson. Des 
traces de passages étroits dans les murs, des ouvrages accessoires 


— LXVU — 


rattachés à une tour carrée, à 50 mètres en avant, contribuent d’ail- 
leurs à accentuer le caractère relativement récent de ces fortifications 
plutôt proto que préhistoriques, où se recueillent en abondance les 
restes d'amphores, de meules, etc., et mème des monnaies. » 

M. le D' Courrent fait don, pour l’Album de la Société, d'une série 
de photographies des Gorges de Fontjoncouse, de la Campagne de 
Gléon et des Gorges de la Berre. 

Remerciements aux donateurs. 

ADMISSION. — Est admis à l'unanimité, comme membre actif : 

M. LEPARGNEUR, Jean, étudiant en médecine, externe des hôpitaux 
de Toulouse. 


PRÉSENTATIONS. — M. FABRE, Emile, Inspecteur du Travail, à Carcas- 
sonne, présenté par MM. Raynaud et Sarcos. 

M. Picassou, Jean, propriétaire, à Cazilhac, présenté par MM. F, 
Brezet et A. Fages. 

M. Rouzaupn, Elie, minotier, à Saint-Jean, près Carcassonne, présenté 
par MM. le D' Bourrel et Gavoy. 

M. SUBERVILLE, Léon, négociant, à Carcassonne. présenté par MM. 
Gavoy et Sarcos. 


CoMMUNICATIONS. — M. le D' Courrent donne lecture de son Rapport 
… sur l'Excursion du 14 avril 4907 à Ripaul, aux Gorges de Fontjoncouse 
el à Gléon. 


M. Alexandre Blanquier, instituteur à Cuxac-d'Aude, nous adresse 
le Résumé d’une Conférence qu’il a faite, le 19 novembre dernier, sur 
Les Forêts et les Inondations. Nous ne pouvons que féliciter notre 
collègue de l’heureuse idée qu’il a eue de signaler les dangers qui 
menacent les populations riveraines de nos cours d’eau par suite de 
la rage de déboisement qui sévit actuellement en France. Notre pays 
est plus que tout autre sous la menace permanente d'inondations par 
suite du déboisement continuel tant des hauts sommets que des 
moyennes montagnes. Il serait très désirable qu'une campagne de 
Conférences de ce genre fut menée dans notre département aussi bien 
par les instituteurs que par les agents de l'Administration des Eaux 
et Forèls. 


M. Germain Sicard présente et offre à la Société une Note de 
M. Félix Régnault, membre honoraire, sur des Empreintes de mains 
humaines dans la Grotte de Gargas (Hautes-Pyrénées). 

Cette note a été publiée dans les Mémoires de la Societé d’Anthropo- 
logie de Paris. Elle est fort courte et nous croyons devoir la repro- 
duire in extenso : 


— LXVIIN — 


« Les empreintes de mains humaines signalées par MM. Cartailhac et 
l'abbé Breuil dans les cavernes d'Altamira et de Marsoulas ayant 
éveillé mon attention, j'ai examiné avec soin la grotte de Gargas où 
je me trouvais le 11 juin de cette année. 

« Quand on a dépassé la salle des Colounes, en tournant sur la 
gauche, sur les draperies stalagmitiques qui tombent de la voüte, on 
peut voir très nettement l'empreinte de deux mains sur un fond 
rouge brun se détachant en rose clair, et formant, çà et là, de larges 
taches rouges au milieu desquelles une main est imprimée. 

« Dans un réduit qui forme une petite chambre de 4 à 5 mètres de 
long sur 2 et 2 m. 50 de large, les grandes taches rouges sont abon- 
dantes, et garnissent presque toute la paroi de la roche. 

« Sur ce point, dans cette chambre, les empreintes de mains humaines 
sont très nombreuses. Comme les précédentes, elles se détachent en 
rose pàle sur un fond d’ocre rouge foncé, les cinq doigts toujours 
tournés en hauteur. 

« Enfin dans une fissure étroite, à 2 mètres de hauteur environ en 
se hissant dans cette sorte de faille, on constate que tout le fond de 
cette cavité est peinte en rouge, et sur le côté gauche sont marquées 
quatre bandes de traits rouges parallèles et horizontaux. 

« La grotte de Gargas, comme la plupart de celles des Pyrénées, est 
recouverte de concrétions stalagmitiques plus ou moins épaisses, qui 
recouvrent peut-être des dessins analogues à ceux de la Dordogne et 
de Marsoulas. 

« Si le fait que je signale paraît digne d'intérêt, dans une prochaine 
campagne je reléverai ces empreintes que j'ai l'honneur de signaler 
aujourd'hui en joignant à cette note le croquis fait sur place et à la 
hâte de ces étranges peintures, relevées dans une grotte déjà célèbre 
comme gisement paléontologique et archéologique par ses foyers dont 
j'espère pouvoir continuer l'étude. 


Analyse chimique des Peintures rouges 


« M. C. Fabre, Professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse, a 
analysé des fragments de peintures rouges de la faille de Marsoulas 
(Haute-Garonne) et a reconnu que ces peintures étaient obtenues par 
l'oxyde de fer. | 

« Les peintures rouges qui entourent les mains de la grotte de 
Gargas, soumises également à l'analyse de M. Fabre, ont donné des 
résultals identiques. C’est l’oxyde de fer, répandu en fragments et en 
galets dans toute la chaîne des Pyrénées, qui semble avoir servi aux 
artistes préhistoriques de nos cavernes, pour leur ornementation 


— LXIX — 


d'animaux et de signes mystérieux. Cette couleur rouge à l’oxyde de 
fer a aussi servi à colorer certains silex taillés et des pointes de 
flèche en os, sans doute des armes de choix, que jai recueillis dans 
les foyers de la faille de Marsoulas. » 


M. Rebelle donne communication d'une note de MM. Delpont, Bru 
et G. Gautier Sur la Végétation des Albères. Cette note est destinée à 
notre Bulletin. Dans un rapide aperçu, ces consciencieux botanistes 
nous font de la Flore de cette partie des Pyrénées-Orientales un 
tableau des plus séduisants et qui ne peut qu'exciter les amateurs de 
plantes et de fleurs de notre Société à suivre leurs traces. 1ls en rap- 
porteront une moisson aussi intéressante qu'abondante. 

M. Rebelle présente ensuite plusieurs spécimens d'un champignon 
ligneux (Polyporus lucidus Leys.) qui se développe au pied des chènes 
et des pins. 

Ces spécimens ont été recueillis dans la Forèt des Fanges par 
M. Bardin, Inspecteur primaire. | 


ANALYSE D'OUVRAGES. — M. Gavoy rend compte du Bulletin de la 
Société des Sciences historiques et naturelles de Semur-en-Auwxois, T. 
XXXIV, année 1905, volume presque uniquement consacré aux fouilles 
d'Alésia. 

Il constate l'activité de cette Société dont le Bureau a réussi par son 
infatigable propagande à grossir notablement le nombre des sociétaires. 
Ce nombre s’est augmenté, en effet, du 7 septembre 1904 au 8 mars 
1906, c'est-à-dire dans l'espace de 19 mois, de 202 membres. I sou- 
haite pareil résultat pour notre Société d Etudes et fait appel dans ce 
but à la bonne volonté de tous ses collègues. 


Décision. — Le Bureau, soucieux des intérèts de la Société, vu 
l'importante réduction apportée par le Conseil général à la subvention 
qui nous est actuellemeut accordée (200 fr, au licu de 500 fr.), pro- 
pose de supprimer l'impression des programmes d'excursion et leur 
envoi à chacun de nos membres individuellement, comme cela s’est 
pratiqué jusqu'à ce jour. A l'avenir, la date et le programme de nos 
excursions seront portés à la connaissance des Sociétaires par la voie 
de la presse régionale. 

La proposition ci-dessus est adoptée à l'unanimité. 


M. le Trésorier expose la situation financière de la Société à la fin 
de l'exercice 1907. Cette situation se présente comme satisfaisante. 

Üne commission composée de MM. Bourrel, Gavoy et Pech est 
chargée de l'examen des comptes du Trésorier. 


+, LAX — 


RENOUVELLEMENT DU BUREAU.— L'ordre du jour appelle les élections 
pour le renouvellement du Bureau. 

Le dépouillement du scrutin pour le remplacement de M. Marius 
Cathala, président sortant, donne le résultat suivant : 

Suffrages exprimés : 57. 


M. Guiraup Martin ayant obtenu l'unanimité est proclamé Président 
pour l’année 1908. 


Ont pris part au vote par correspondance : 


MM. Ch. Baron, P. Bernon, A. Bertrand, F. Bru, Carsalat, M. Cathala, 
P. Cazaux, E. Combéléran, G. Combéléran, E. Deville, A. Gerviès, 
H. Latapie, A. Lignon, J. Madrennes, L. Marty, L. Maza, Méric, 
J. Molinier, D' Peyronnet, C. Pratx, G. Rey, M. Robert, O0. Rouayroux, 
P. Rouzaud, L. Ruffel, Ch. Sabatier, Colonel Samary, O0. Sarcos, 
R. Vidal. 


Est élu à l'unanimité Vice-lrésident pour 1908, M. Osmin Sarcos, 
pharmacien. 

Les autres membres du Bureau sont maintenus dans leurs fonc- 
tions. 


Par suite, le Bureau de la Société pour l’année 1908 est ainsi cons- 
titué :: 

Président : M. Guiraup Martin. 

Vice-Présidents : MM. Ch. Evror et O. Sarcos. 

Secrétaire : M. L. GaAvoy. 

Secrétaire-adjoint : M. G. REBELLE. 

Trésorier : M. J. CATHALAa. 

Conservaleur-archiviste : M. J. PECH. 

Conservaleurs des Collections : MM. A. FAGEs et G. SicaRp. 

La composition des divers autres Comités reste la mème. 

La séance est levée à 4 heures. 


Le Secrétaire, 
L. GAVOY. 


— LXXI — 


NOTE SUR LA SITUATION FINANCIÈRE 


DE LA 


SOCIÉTÉ D'ÉTUDES SCIENTIFIQUES DE L'AUDE 


A /a fin de l'Exercice de 1907 


ET PROPOSITIONS POUR LE BUDGET DE 1908 


Par M. Cathala, Trésorier 


La Société avait en caisse à la fin de l’exercice 1906... 


Elle a reçu pendant l'exercice 1907...,..,,.,..,.,.,. e 
TOURS sen essaie 
Les dépenses s'élèvent à......,...,... 


L'excédent des recettes est de....... 


930 fr. 25 
2.208 40 
3.298 65 
2.953 45 

975 50 


Les Recettes et les Dépenses se décomposent comme suit : 


RECETTES 


Solde en caisse au 1er janvier 1907..,.,...,,.,,,..,.,,, 
207 Cotisations à Oise nsosmneesasdioe esse 
Subvention du Conseil général......,...,,.. (hsdooass 
Sous-location du Syndicat médical ......., TT. … 
Recettes diverses (vente du Bulletin, insignes, diplô- 

mes, encaissement de coupons, intérêts en compte 


COUFTANL). 000000000000. 000000 «0 e. 
Total...... Sri ses essuie 
DÉPENSES 

LOYÉT ses RE désirs vies 
ConNcié te isa dussaedannsru unissent Ses 
Impositions.............s..seesssssseesesressesee 
Assurance contre l’incendie........ nn ous _. 
Eclairage et chauffage .......,...... Fiori Sort 
Mobilier et entretien .............,..,..... nSioues 
Impression et brochage du Bulletin de 1907. ........ 


Envoi du Bulletin, port de livres, impressions diverses, 
frais de bureau et de correspondance, frais de 
recouvrement des cotisations, etc....... Stade 


x | reporter ........e 


930 25 
1.002 » 
Ë » 
50 » 
146 40 
3.228 05 
400 » 
40 » 

47 35 

11 15 

21 50 

16 40 
1.307 80 
9259 45 


2,066 99 


— LXXI — 


Report. ....,.,. se 2.066 35 
Entretien des Collections et de la Bibliothèque ...... 12 25 
Achat de livres, abonnements......... ns sde : 106 85 
Frais d’excursions........... sous so diootes one ; 3 45 
Dépenses diverses.......... s'statees set nl 64 25 
Solde en caisse..................... Re dieu 975 50 
Fotalssess. so Re 3.228 65 
RECETTES 
Solde en caisse au 1er janvier 1908..,..,...,.,.. RE ” 975 50 
250 cotisations à 6 fr..... citant TT 1.500 » 
45 membres nouveaux à Gfr...............,...,.... 90 » 
45 diplômes à 2 fr.............. de : 30 _» 
Subvention du Conseil général...... io dés ‘ 200 » 
Sous-location du Syndicat médical ...,......,..,,,.... 50 » 
Fotos: esse. 2.845 50 
DÉPENSES 

ÉOVel saisis TR TR 400 » 
Concierge...........,.... Melon sis noue 40 » 
Impositions................. RE 20 » 
Assurance contre l'incendie. ..... nas Mens 41 45 
Eclairage et chauffage .........,......,.. aude dans 30 » 
Mobilier et entretien......... ss... oscvsess 20 _» 
Impression et brochage du Bulletin de 1908.......... 1100 » 
Frais d'envoi du Bulletin ...............,,.., tes 75 » 
Impressions diverses.....,....,... TT 100 » 
Frais de bureau du Secrétaire ........... ss... 75 » 

Frais de bureau du Trésorier (recouvrement de coti- 

SATIONS) Ses ee du ee are Ne des 75 » 
Entretien de la bibliothèque........ iii 50 » 
Achat de livres, abonnements. ......,............... 400 » 
Entretien des collections..... dico soso rire 50 » 
Frais de collections élémentaires.....,............... 50 ; 
Frais de conférences......... ia ds ententes 100 » 
Frais d’excursions ...............os.osocves into 400 » 
Dépenses diverses.......,...... eos ind res 100 » 
Solde à reporter à nouveau.....,....... ie 349 35 

Total: Msn desde 2.845 50 


DEUXIÈME PARTIE 


Rapports sur les Excursions de Ia Société 


EXCURSION 


Du 14 Avril 1907 


AUX GORGES DE FONTJONCOUSE, à RIPAUD, les GORGES de la BERRE 


ET GLÉON 


Par M. le D' P. COURRENT 


A la séance du 21 avril 1907, M. Fages vous a fait Île 
récit succinct de l'excursion effectuée par la Société aux Gor- 
ges de Fontjoncouse, Ripaud et Gléon. II vous a lu la poésie 
patoise (1) que M. l’abbé Bonnaves adressa au président de 
l’excursion chez M. Bonnes. Nous eùmes pendant le déjeu- 
ner là primeur de cette charmante composition. « L'arbre 
et la fleur de « l’Amitié » poussent exubérants à Gléon. 
Nous en aurions éprouvé les eftets même à défaut de la poé 
sie de notre collègue ; mais nous n’aurions pas su relater 
en termes aussi délicats l’accueil qui nous fut fait. 

À 8h. 46 du matin, les trop peu nombreux excursion- 
nistes, cinq seulement, débarquèrent sur le quai de la gare 
de Fontjoncouse, où M. Gaston Bonnes et moi les attendions. 

La petite station est construite sur la route de Thézan à 
Lanouvelle, au hameau du Cingle. | 

Depuis Thézan jusqu’à Ripaud le chemin de grande com- 
munication n° 3 et la ligne des tramways de Lézignan à 
La Nouvelle ont une direction N.-0. S.-E. ; elles sont 
dominées parallèlement du côté du couchant par un groupe 
de collines calcaires qui se relèvent, de l'altitude de 99 mè- 
tres en face de Thézan, à 370 mètres au Moulin du Sault 
(Saltus) ; 348 mètres au Pech de Selve : 315 mètres au midi 
de Fontjoncouse ; à 421 mètres à la chapelle Saint-Viclor qui 
surplombe les gorges et la vallée de la Berre. 


(1) Voir Bulletin mensuel de la Soc. d'Et. sc. de l'Aude, 21 avril 1907. 


ER oi 


Depuis Donos jusqu’à Ripaud, la route suit le centre d’un 
anticlinal très court dont la voûte a entièrement disparu et 
qui montre au centre le Sénonien plongeant sous le Danien 
des talus de Saint- Victor. 

C’est perpendiculairement à ces crêtes calcaires que s’ou- 
vrent les gorges du ruisseau le ÆRipaud, ou gorges de Font- 
joncouse, dans les talus desquelles on a creusé le chemin qui 
conduit à ce village. 

M. Bonnes et moi avions amené nos automobiles : le petit 
nombre des touristes nous permit de parcourir en machine 
la distance qui nous séparait des points intéressants de ces 
gorges. À la hauteur des ruines du moulin de Fontjoncouse, 
nous descendimes jusqu’au fond du ravin où coulent les 
eaux torrentueuses du Ripaud. 

Quoique ne présentant rien du pittoresque et du sauvage 
des splendides gorges de l'Aude, de l’Agly et du Rebenty, 
cette fracture aride et presque sans végétation offre pourtant 
quelques paysages intéressants, celui du Moulin et celui du 
Pont. 

Au pied de la petite cascade du Moulin, M. G. Bonnes 
nous signala une petite station du chou sauvage (Brassica 
montana) dont il alla cueillir un échantillon au sommet d’un 
rocher escarpé. 

Le long de l’ancien canal d’amenée, transformé en petite 
prairie, nous parcourümes pendant une centaine de mètres 
le défilé jusqu'au pont original dont la moitié de la voûte est 
cachée par un rocher et qui donne l'illusion d’être coupé au 
milieu du cintre. Non loin de là, presque dans le lit même 
du ruisseau, on rencontre une grotte peu profonde dont le 
sol légèrement en pente est constitué par du calcaire com- 
pact. Si elle fut habitée aux temps préhistoriques, il est 
impossible d'en retrouver les traces. 

Nous remontämes sur le chemin qui du Pont au Cingle 
suit la rive gauche du ruisseau. 

Nous élions en ce point à 2 kilomètres environ du village 


he 


de Fontjoncouse qui n’a rien de bien intéressant. Il reste 
des ruines d’un vieux manoir, une église dont la voûte est 
en berceau et remonte probablement à la fondation du village. 

Cette fondation date de l’an 792. La petite colonie de Font- 
joncouse fut créée par un noble espagnol nommé Jean. C’est 
un épisode de l’histoire qui concerne l'établissement des 
Espagnols en Septimanie aux vaine et 1x° siècles. 

Menacée par les Arabes, la Septimanie ne pouvait être dé- 
fendue que par des recrues levées à la hâte. En 793, les Sar- 
rasins s’avancèrent sans coup férir jusqu’à Narbonne dont 
ils brulèrent les faubourgs et ils battirent sur les bords de 
l’Orbieu, près de Lagrasse, l’armée improvisée que comman- 
dait Guillaume au Court-Nez. duc d'Aquitaine. 

L'armée musulmane qui était destinée à opérer dans la 
Septimanie était concentrée dans la Catalogne en 792. 

Dans cette situation, la condition des chefs franks ou espa- 
gnols qui gardaient la Marche était toute tracée. Ils devaient 
harceler sans cesse les Arabes et retarder par des engage- 
ments partiels leur entrée dans la Gaule. Jean prit part à 
un de ces engagements, non loin de Barcelone, sur un 
point qu'on appelait Ad Pontes. Il fut victorieux et enleva à 
l'ennemi un butin plus ou moins considérable, des armes et 
des chevaux. 

Vers la fin de 792, Jean se rendit dans la Septimanie et 
résolut d’y acquérier un domaine. Il choisit un terrain 
appelé Fontes, Fontlejoncosa, situé sur le versant des Corbières 
non loin de la Berre. « C’était un désert entouré de déserts ». 
Il y avait à son extrémité, vers l’ouest, un poste militaire 
Custodia (Coustouge). Le pays de Fontjoncouse était cou- 
vert d'immenses forêts de chênes-verts séculaires et 
était peuplé d'ours, de sangliers et de cerfs. Jean en prit 
possession par droit de premier occupant, et, pour parler 
le langage juridique du temps, il fit une « aprision ». 

Pour que la propriété du pays de Fontjoncouse ne put 
être discutée, Jean alla en Bavière, où se trouvait le roi Louis. 


pu 


Il lui fit présent d’un beau cheval, d'un haubert et d’une 
épée indienne à fourreau d'argent. Puis il entretint le jeune 
prince de sa position, de la confiscalion de ses biens par les 
Arabes, de la nécessité où il était de rétablir sa fortune, et lui 
demanda de consacrer la possession du pays qu'il avait 
choisi. | | 

Le roi Louis lui accorda ce qu'il demandait : l'Empereur, 
par diplôme (sic) de 793, confirma cette concession « pour 
que le dit Jean et ses descendants en jouissent sans aucun trou- 
ble ni redevance tant qu'ils demeureront fidèles à nous et à nos 
fils ». 

Muni de son diplôme, Jean, dorénavant seigneur de Font- 
joncouse, se rendit à Narbonne auprès du comte Sturmion. 
Celui-ci. accompagné de ses juges, alla à Fontjoncouse qui 
était encore inculte et là il fit planter des bodules aux qua- 
tre orientations du domaine concédé, de manière à bien fixer 
les limites des terrains et en interdire l’accès aux émigrants 
qui se rendraient en Septimanie pour y faire des aprisions. 

Le domaine concédé avait une surface correspondant à 
5.000 hectares ; les seigneurs de Fontjoncouse avaient même 
le droit de défricher au delà des limites fixées. 

Vuillemir, frère de Jean, Teodfred son fils, huit autres espa- 
gnols compagnons d’armes de Jean vinrent s'établir à Font- 
joncouse avec leurs familles ; un prêtre du nom d’Ombolat 
fut adjoint à la petite colonie qui se composa d'une trentaine 
de personnes. 

Des maisons furent bâties, des défrichements agricoles 
mirent le pays en culture, une église dédiée à Sainte Léo- 
cadie fut édifiée et dès lors Jean et ses compagnons vécurent 
sur leurs nouvelles possessions. | 

Un procès entre Jean et un personnage du nom de Dextre, 
qui se prétendait propriétaire de Fontjoncouse, fut jugé en 
834 dans l’église de Lamourguier à Narbonne; Jean fut 
reconnu propriétaire et dès lors ses descendants vécurent 
paisiblement à Fontjoncouse jusqu’à l’année 963. Le dernier 


Pa ne 


descendant de Jean, appelé Jean lui-même et sa femme Ode 
qui n'avaient pas d'enfants, firent don à Aymeric, archevè- 
que de Narbonne, en présence de Malfred, vicomte de Nar- 
bonne, de toute leur fortune se composant du domaine de 
Fontjoncouse, de quelques biens situés à Sigean, d’une 
vigne et d’un jardin sis à Portel (17 avril 963), sous la 
réserve de l’usufruit reversible sur la tête du survivant. 

« À partir de ce moment, l'histoire de Fontjoncouse 
« appartient au grand mouvement qui constitua la féoda- 
« lité en France. L’archevèque de Narbonne, devenu sei- 
« gneur et feudataire, gouverne et administre la petite com- 
« mune de Fontjoncouse, ses trois églises, Sainte-Léocadie, 
« Saint-Christophe et St-Victor, les deux dernières bâties 
« en 963, avec plus ou moins de dureté selon qu'il avait 
« plus ou moins besoin d'argent et les choses durèrent 
« jusqu'au jour où cette commune conquiert l’inappréciable 
« avantage de s’administrer elle-même (x). 

Le programme avait prévu de parcourir à pied les quatre 
kilomètres qui séparent le Cingle de Gléon. A la satisfaction 
de tous nous gagnâmes un temps précieux en brülant en 


automobile le chemin qui nous sépare du four à chaux 


(1) * Ces notes ont été rédigées d’après le livre de M. Cauvet Emile : 
Etude historique sur l'établissement des Espagnols en Septimanie. 
Montpellier, Imprimerie Flamelin, 1898. 

** Le Cartulaire de Fontjoncouse a été publié dans le Bulletin de la 
Commission archéologique de Narbonne, T. r, pp. 107 à 341. 

*** Dans le plaid de 834, les confrontations du domaine de Fontjon- 
couse ne sont désignées que par des noms de lieux, soit Gorgos, 
Pierre male (Petra mala), Tolusian, Vadel, un chemin ou sentier. — 
Dans la donation faite à l’archevêque de Narbonne en 9,43 tout a 
changé, Fontjoncouse confronte à des lieux habités : Albas, Coustouge, 
Donas (Donos) et les Catureins. 

**** Il existe un arrêt du Conseil d'Etat modérant le prix du sel 
dans le pays des Corbières et autres lieux : Durban, Jonquières… 
Fontjoncouse et Albas (1706). — V. la monographie sur Tuchan, Bulle 
tin de la Soc. d'Et. Sc. de l' Aie Tome xiv, page 1083. 


Se 


construit au confluent du Ripaud et de la Berre, au pied de 
la montagne de Saint- Victor. 

Vous savez combien sont dénudées les Corbières en géné- 
ral. Ici peut-être plus qu'ailleurs, excepté pourtant les talus 
de la propriété d’Estadieu au Cingle qui ont été récemment 
complantés de pins, le paysage est fort aride. Il ne manque 
pas pourtant d’un certain cachet ; la route court en lacets 
le long du Ripaud, la ligne de Tramways suit les mêmes 
courbes, coupe en un point les rochers trop proéminents 
dans un court tunnel ; à droite et à gauche il pousse dans 
les collines quelques arbustes, cistes et romarins. Le torrent 
coule dans un lit assez encaissé au milieu de roches quart- 
zeuses et brillantes de mica qui constituent les psammiles du 
Sénonien. Sur une petite surface de la rive droite quelques 
vignes ont été plantées, et au-dessus c’est une succession 
de roches de nature différente qui prennent sous les rayons 
du soleil les teintes les plus variées. Ce sont, de bas en haut 
des grès rouges et bruns, des marnes rouges panachées. 
des calcaires gris jaunâtres, des poudingues, et toutes ces 
couches du Danien sont recouvertes par les calcaires jaunes 
éocènes qui abrupts dominent la vallée, et portent, à 421 
mètres d'altitude, les ruines dela chapelle de Saint-Victor. 

Nous arrêtames nos voitures à l'auberge du Four à chaux. 
_ Ici la route se bifurque, le chemin de grande communica- 
tion n° 3 continue sur La Nouvelle, vers le sud s’embranche 
le chemin n° 105 de Tuchan à Narbonne par Durban. 

Le pont sur le Ripaud aussitôt traversé, on s’engage 
immédiatement dans les Gorges de la Berre creusées dans 
le lias, l’infralias et les terrains triasiques dont les couches 
s’entremélent et se recouvrent irrégulièrement. Ces gorges 
sont plus imposantes et plus belles que celles de Fontjon- 
couse, la route surplombe le cours de la Berre, est creusée 
en encorbellement dans les calcaires dolomitiques gris 
jaunûtre, à surfaces déchiquetées ; le pont sur lequel débou- 
che un tunnel du tramway d’une centaine de mètres, et qui 


AS pee 


réunit, au point le plus étroit du défilé, les deux bords de la 
Berre. porte le nom de pont du «Turi», désignation 
patoise de « Tuf ». | 

Passés sur la rive droite de la rivière, nous descendîmes 
jusque dans le lit du torrent que nous suivimes jusqu'à la 
sortie des gorges et débouchâmes, après un barrage qui 
alimente le canal d'arrosage de Gléon, dans le lieu dit 
Randoules, qui est un gisement fossilifère fort riche, et où 
nous recueillimes de nombreux échantillons du lias supé- 
rieur et moyen. 


De l'étage Toarcien : 


Hildoceras bifrons. Belemnites tripartitus. 
Hildoceras Levisoni. Turbo subduplicatus. 
Pentacrinus pentagonalis. : 


De l’étage Charmouthien : 


| Avicula Münsteri. 
Terebratula punctata. 
Rhynchonella tetraedra. 


Belemnites paxillosus. 
Pecten textorius. 
Pecten æquivalvis. 


Pendañt que M. Bonnes et moi allons à Gléon en auto- 
mobile, les cinq excursionnistes se rendent à pied vers la 
campagne ‘en suivant la rive droite de la Berre, le long du 
canal d'arrosage dérivé de cette dernière, établi par M. le 
docteur Bonnes en 1881 pour la plus grande fertilité du 
vallon. Entre la Berre et le canal s’étend par places une 
bande de terre couverte de vignes, de céréales et de prairies 
artificielles, vers la droite s'élèvent en pentes douces les 
collines verdoyantes qui limitent le cirque, complantées de 
chênes-verts, de chènes nains, de cistes, de romarins, de 
lavandes, de houx, de genévriers, de lentisques ; de loin en 
loin, émergent . vers les cimes, des roches grises dans ces 
terrains jurassiques à gisements fossilifères fort riches. 

Jusqu'au niveau des premières habitations, la Berre, le 
long des rives ombragées de saules, de peupliers, de tama- 


6 


— 40 — 


rins, de lentisques et de roseaux, coule ses eaux parallèle- 
ment à la route et à la ligne des tramways qui suivent son 
cours sinueux et sont creusées au pied des collines de la 
rive droite ; celles-ci offrent le même aspect. présentent la 
même constitution géologique que celles de la rive gauche. 
Si la partie plane de la campagne est consacrée à la culture 

variée, on aperçoit au milieu des garrigues de beaux vigno- 
bles qui produisent un vin délicieux. 

Le programme porte bien le déjeuner à la fontaine de 
Gléon, mais l'heure est avancée, vingt minutes seraient 
nécessaires pour y accéder, aussi la petite troupe s’arrêta- 
t-elle sous un ombrage propice, au bord de la rivière, au 
pied d’une source fraîche qui naît à cet endroit, et M. Gaston 
Bonnes donne rendez-vous pour dans une heure chez lui 
où le café nous fut servi par la charmante et hospitalière 
maîtresse de maison, M"° Gaston Bonnes. 

C'est bien de Gléon que l’on peut dire surtout que c’est 
« une oasis dans le désert des Corbières ». La campagne a 
été fort bien aménagée par les deux propriétaires, MM. Her- 
mès et Gaston Bonnes. Le premier habite, sur un mamelon 
au midi, l’ancien chôteau dont on a fait une confortable 
maison bourgeoise au milieu d’un bois de pins, d’un parc 
très ombragé, de jardins potagers et d'agrément. Les com- 
muns, caves, écuries, remises, habitations de domestiques 
entourent la maison du maître. | 

Séparée du château par des vignes à végétation exubé- 
rante, la jolie et coquette chartreuse que M. G. Bonnes a 
construite avec ses dépendances, il y a une trentaine d’an- 
nées, sur le bord de la Berre, est abritée par un rideau 
d'arbres touffus et entourée de jardins et d’un parc où voisi- 
nent les sapins et les palmiers, les rosiers grimpants, les 
néfliers du Japon, des acacias, de très beaux platanes et des 


. Caroubiers. 


Pour distinguer les deux agglomérations, on appelle 
Gléon le Chäleau celle qui fut construite autour du vieux 


— 11 — . 


manoir, et Gléon le Pont la dernière installée au voisinage 
d’un pont à deux arches qui réunit les deux rives de la 
Berre. Une pierre de la voûte porte la date de 1750. 

Avant le percement des gorges de la Berre au Four à chaux 
il fallait, pour se rendre à Durban, traverser le pont de 
Gléon, monter vers la fontaine, puis le long d’un ravin 
triasique, accéder par une pente très raide jusqu’au col de 
Villesèque, descendre dans ce village et rejoindre la Berre 
à la métairie de Bonnafous. « Cette rampe existait déjà dans 
« l'antiquité ; car l’on remarque que Gléon (en roman Gléou) 
« portait au moyen-âge le nom de Glevum ; on peut admet- 
« tre sans peine que Ad clivum était le nôm de cette station 
« romaine » (1). 

Gléon constituait, au moyen-âge,une petite seigneurie qui 
devint au xm° siècle la propriété de la famille de Treilles: 

Du 22 mai 1271 date un dénombrement d'Aymeri, vicomte 
de Narbonne et de son frère Amalric : ils reconnaissent tenir 
en fief du roi de France... « Item in Corbaria... It eodem 
modo castrum Santi Martini de Tocha...omnia feuda et majores 
Justicias et dominationes el omnia bona et jura que habebat in 
castris infrascriplis videlicel in castris de Leucate, Filou, 
Lapalme , Roqueforti, Montepesato, Matha, Turribus, de 
Glebo, Durban .. (Hist. gén. du Languedoc, Kd. Privat. Tom. 
VIIT. Preuves, col. 1736. 

En 1328, Olivier de Truilhas (Treilhes) rend hommage à 
Aymeri, vicomte de Narbonne, pour le château de Gléon 
dans le pays de Corbière (Tome X. Notes, p. 78. Hist. gén. 
du Languedoc). | s 

Les seigneurs de Gléon ont joué un rôle important dans 
l’histoire du Languedoc. Dominus Jordanus, de Gluiano (Gléon) 
« miles » fut député en 1350 pour la perception des dons à 
l’effet de racheter le roi Jean : in vicaria Minerbesii et Cabar- 
desi (Hist. du Languedoc. Tome X, p. 12r1). 


(4) F. P. TaiErs.— Une excursion dans la Haute Corbière. — Bulletin 
de la Cominission archéologique de Narbonne, 1‘ semestre 1891. 


— 49 — 


Olivier de Gleu ou Gléon, chevalier, assista au procès 
relatif à des séditions à Carcassonne et à Limoux, à l’occa- 
sion d’un nouveau subside levé par le roi pour les frais d’ex- 
pédition contre les Anglais et le duc de Bourgogne en 1414. 
(Hist. gén. du Languedoc. T. IX, p. 1024). 

Ce même Olivier de Gléon est parmi la noblesse que con- 
voqua le Comte de Foix, investi du commandement de l’ar- 
mée royale contre les Anglais (1426). (Tom. IX, p. rog1). 

En 1433, Olivier de Gléon, chevalier de Saint-Jean de Jéru- 
salem, assista à l'entrée à Narbonne du nouvel archevêque 
François Coudulmier, noble vénitien, neveu du pape Eugène IV 
(Hist. du Languedoc. T, IX, p. 1116). 

Louis d'Harcourt, archevêque de Narbonne, devant faire 
sa première entrée dans cette ville le 13 mars 1455, somma 
le’tomte de Foix, en la personne de son procureur, de tirer 
à pied la bride de son cheval, et de le conduire ainsi depuis 
la porte Royale jusqu’à la cathédrale, en qualité de vicomte 
de Narbonne. Guillaume de Gléon, co-seigneur de Gléon et 
de Durban, et Raimond de Malras, licencié ès-lettres, lieu- 
tenant du comte de Foix et de Narbonne, contestèrent cet 
usage et déclarèrent qu'ils ne pouvaient obéir à la somma- 
tion sans consulter auparavant le comte de Foix qui était 
absent. | 

Ce même Guillaume de Gléon, chevalier et seigneur de 
Gléon, fut nommé gouverneur de la vicomté de Narbonne 
et de la baronie de Puisserguier en 1472. 

Sous Louis XI les seigneurs de Gléon étaient qualifiés de 
« Sires de Gléon » (T. XIT. ist. du Languedoc). 

La famille de Gleu acquit, en 1482, le château de Périllos 


du donzell Jaspert de Trégura qui le possédait on ne sait 


. comment (Alart. — Nolices historiques sur le comté du Rous- 
sillon, 1"° série, p. 43). 

Antoine de Gleu obtint, en 1535, des lettres de main-mise 
pour prendre possession du lieu de Saint-Esiève (en Rous- 
signon), comme héritier des biens de Bernard Casteillo. 


— 143 — 


Antoine était fils de Jean de Gleu, seigneur de Durban, qui 
avait épousé Marie Casteillo, sœur du grand-prieur de Cata- 
logne. Jean de Gleu était grand- -séculier de St-Gilles, et 
avait une sœur, Constance de Gleu, qui avait épousé en 1506 
Bernard Casteillo (Alart. Jbid. p. 81-82). 

L'histoire de Dom Vaissette porte dans le tome XIIT, p. 85, 
la simple mention de l'érection de la seigneurie de Gléon en 
marquisat (1). 

L'un des derniers représentants de la famille de Gléon, 
Auguste Latreille, marquis de Gléon, qui avait épousé, le 16 
messidor an X, Françoise Pierrette Emilie Julie de la Gardiolle, 
fut assassiné avec son fils aîné en 1830 par les habitants 
de Villesèque, parce que le marquis s’opposait au déboisement 
des garrigues lui appartenant. 

C’est de dame Françoise de la Gardiolle, veuve du marquis 
Auguste Latreille de Gléon et de M. Henri de Gléon son fils, 
que M. Michel Hippolyte Bonnes, chirurgien, domicilié à 
Villeneuve, père des propriétaires actuels. acquit le domaine 
de Gléon. 

Gléon constituait une communauté avec une église dite 
Notre Dame de « las Vals » que visita, en 1404, l'abbé Cor- 
sier, vicaire général de l’archevêque de Narbonne. 

Aujourd'hui Gléon le Pont et Gléon le Chäleau, forment 
avec la Berre aux bords ombragés, leurs parcs, leurs cultures 
variées et leurs collines verdoyantes, un charmant paysage et 
une très agréable demeure. 

C’est un idéal d’excursion où toutes les personnes qui 
s’occupent de science peuvent trouver à glaner. J'ai déjà 
parlé de la nature diverse des terrains qui l'environnent, de 


Jean-François-Régis, canonisé le 5 avril 1737, était fils de Jean Régis 
et de Marguerite de Cugunhan. Il était né en 1597. Les de Gléon, avant 
et après la venue du Saint, contractèrent de fréquentes alliances avec 
des familles alliées aux Régis (P. L. Jos. MaRiE Cros. — Saint Jean 
François Régis, de la Compagnie de Jésus. — Toulouse, Librairie 
Loubens). 


SA 


l’'ample provision de fossiles qu’y ont faite les géologues et 
et nous n'avons pu exploiter qu’un seul des nômbreux gise- 
ment du vallon : les entomologistes, quoique moins favori- 
sés, ont recueilli quelques espèces intéressantes : Tachys 4 
signata, Aptinus pyreneus et Helops pyrenæus. La végétation 
étant peu avancée en ce moment, aucun des botanistes de 
la Société ne fut de l’excursion, la flore de la région ne doit 
pourtant pas manquer d'intérêt. | 

Des études archéologiques ont été faites dans cette ancienne 
colonie romaine et nous ne quittons pas la campagne sans 
visiter la Chapelle qui en a été l’objet. 

Ce petit monument funéraire qui subsiste aujourd'hui 
n’a rien de commun avec VNoire-Dame de las Vals qui a dis- 
paru ét dont on trouve le pavement avant d'accéder sur le 
petit monticule qui porte la chapelle. 

C’est un édicule dont le badigeon à la chaux cache l’anti- 
quité. | 

À l’intérieur elle est formée de deux salles rectangulaires 
voûtées en berceau. | | 

Celle du fond, l'altarium, fe sanctuaire, est séparée par 
une marche et une voûte soutenue par deux colonnettes 
romanes de la salle intérieure, atriun. A droite, .dans 
J'atrium., est creusée une arcade dans laquelle est implan- 
tée une dalle inclinée avec une saillie en forme de toit : elle 
recouvre une cavité funéraire qui n’a jamais été violée, 
pense M. Thiers. Au-dessus est scellée une plaque en mar- 
bre noir brisée, longue d’un mètre, large de 30 centimètres. 
Elle porte l'inscription suivante : 


1 CRIMJINIB'MVLTISO'RI PECCATISALVMNVS 


CONDIDITHECDNOC ONIVGETEMPLADIVSVIRVS 
WILIESINDASIBISEMPER ERENTEFIDELE 
QVI VOTUM SOCIIFIER NSTANTERADEGIT 
_QVODVOLVITVOLVERESE FVITVNADVORUM 
MENSETINETERNOLOCAV NTATRIAXPO 


M. Thiers la traduit ainsi : « Enfant du crime, nourris- 


—— 415 — 
« son du péché, Diusvir a élevé ce temple au Seigneur, de 
« concert avec sa femme, sa fidèle, son inséparable Wil- 
« zende, qui a constamment poussé son mari à l’accom- 
« plissement de son vœu. Sa volonté devint la volonté 
« commune ; de tout temps leurs âmes n'en firent qu'une 
« seule et ils se firent locataires de l’atrium dans la démeure 
« du Christ éternel ». 

L'auteur de ce travail fait remonter l'inscription et la 
chapelle au vi° siècle. Elles sont de la même époque qu’une 
deuxième inscription trouvée aussi à Gléon et déposée au 
musée de Narbonne. « La petite chapelle de Gléon présente, 
ajoute-t-il, un très grand intérêt au point de vue archéolo- 
gique. Sa voûte est probablement la plus ancjenne de’ toutes 
celles que nos pères ont semées à profusion sur le sol 
français ». | 

Le moment du départ approche, et afin de donner aux 
excursionnistes un peu plus de temps pour la visite du 
monument archéologique, afin de Jeur permettre de constater 
quelques gisements de roches ignées qui émergent sur les 
rives droite et gauche de la Berre, contigus au chemin, 
M. Bonnes assurera leur transport à la gare de Ripaud vers 
3 heures, moment précis du départ du train pour Lézignan. 

C'est la route départementale qui constitue le quai de la 
gare de Ripaud. C'est là, à la partie la plus large de la vallée, 
que l’on a établi les voies et les constructions de celte 
petite stalion, point de bifurcation de la ligne de Lézignan- 
La Nouvelle et de Ripaud-Tuchan. 

La journée du 14 avril, bien ensoleillée, a laissé, je crois, 
un excellent souvenir à ceux qui la consacrèrent à l’excur- 
sion que nous avions organisée. Elle ne fut pas infructueuse 
au point de vue scientifique. Je regrette que le nombre des 
touristes ait été si restreint. | a 
| | D' COURRENT. 
Tuchan, 1“ Décembre 1907. | É 


EXCURSION : 
Du 5 Mai 1907 
A CUXAC-D'AUDE, AU MONT CARÉTOU, À RAONEL 


ET À MATEFER 


Par M. À. BLANQUIER, INSTITUTEUR A CuxAc-D'AUDE 


_ L'excursion de la Société d'Études scientifiques de l’Aude 
à Cuxac et dans ses environs ayant coïncidé avec la mani- 
festation viticole de Narbonne, peu de membres ont pu 
répondre à l’appel de son organisateur. 

Malheureusement encore, la pluie qui n’a cessé de tomber 
depuis la veille jusqu’à l'heure du départ, a diminué ce nom- 
bre en retenant quelques Carcassonnais ; et c’est à peine si 
une douzaine de Sociétaires, de ceux que n'’arrêtent ni la faii- 
gue ni le mauvais temps, arrivaient à Cuxac, par le tram- 
way à vapeur, à 8 1/2 du matin. 


Pr 
. Territoire de Cuxac-d’Aude 


Cinq cents ans environ avant notre ère, le terrain sur 
lequel s'élève aujourd’hui la petite ville de Cuxac était recou- 
vert par les eaux du Lacus Narbonensis ou Lacus Rubresus, 
dont les étangs de Capestang et de Vendres, au nord, et 
ceux de Bages et de Gruissan, au sud, demeurent les der- 
niers vestiges. Ce lac, dont parlent avec admiration les his- 
toriens romains, était une véritable mer intérieure qui 
n'avait pas moins de 25.000 hectares de superficie et de 100 
kilomètres de contour. 

À cette époque, l'Aude, le fleuve À {ax des anciens, se jetait 
dans ce lac, entre les côteaux de Moussan et le plateau de 
Sallèles, par une chute de plusieurs mètres de hauteur; et 
ses alluvions l'ont presque entièrement comblé. 


ie 


En une moyenne de cent jours d’eau trouble, l’Aude 
roule annuellement 1.800.000 mètres cubes de sédiments et 
l'on évalue à un quart de centimètre le dépôt de limon 
qu'elle laisse dans le même temps, ce qui constitue un 
exhaussement d’un mètre pour une durée de quatre siècles et 
de six mètres environ depuis l’établissement dés Gaulois dans 
la Narbonnaise. 

Si l’on considère que la forte pente du lit de l’Aude et de 
ses principaux affluents : le Fresquel. l'Orbieu, la Cesse, et 
les pluies abondantes qui tombent sur la ceinture imper- 
méable de son bassin font de ce fleuve l'un des plus limo- 
neux de France, on ne trouvéra pas ces chiffres exagérés et 
l’on s’expliquera que le golfe se soit peu à peu comblé par 
l'apport incessant des alluvions arrachées tous les ans aux 
flancs des hautes vallées en culture. 

À mesure que les atterrissements successifs remplissaient 
la partie nord-ouest du golfe, l'Aude portait toujours plus 
avant son embouchure. Son cours quitta la direction O-E 
qu'il avait depuis Carcassonne et prit de plus en plus celle 
du Sud, vers Narbonne, dont il ne tarda pas à baigner les 
murs. Lorsque les Romains se rendirent maîtres de la Gaule 
narbonnaise, l’Aude terminait son cours à une faible distance 
au sud de la ville encore peu éloignée de la mer; et dès le 
ix° siècle, elle a déjà formé une ile à Mandirae, à quelques 
lieues plus au sud, ainsi qu’il résulte d’une charte du 
15 février 857, par laquelle Charles le Chauve donne cette 
ile à l'archevêque de Narbonne. 

Cependant le cours de l’Aude se prolonge de plus en plus 
vers le sud ; le fleuve creuse son lit à travers les marécages 
en formant un cône de déjeclion dont il occupe le sommet ; 
la barre de sable que les flots de la mer dressent à son em- 
bouchure s’oppose au libre écoulement de ses eaux et celles- 
ci se fraient de nouveau un second lit vers l’est. 

Déjà les Romains — Ile siècle de notre ère — avaient 
construit près de Sallèles une digue transversale au lit de 


— À8 — 


l'Aude dans-le but d'obliger les eaux à se diriger vers Nar- 
bonne. du moins en temps d’éliage puisque, lors des fortes 
crues, il devenait impossible de les empêcher de se porter 
dans le golfe de Vendres. C'est à la construction de cette digue, 
depuis plusieurs fois emportée mais toujours rétablie, qu'est 
due la conservation du bras sud de l’Aude, connu sous le 
nom de Robine et canalisé depuis 1788. Ce bras, qui se 
jetait dans l’étang de Gruissan, eut, en 1345, son cours dévié 
dans celui de Bages, et la canalisation actuelle le fait 
passer entre ces deux étangs. 

La division de l’Aude en deux bras eut pour conséquence 
l’'ensablement du Grau de Vendres, la formation du terri- 
toire de Cuxac et de Coursan et l’isolement complet de 
l'étang de Capestang. M. Bouffet a retrouvé encore debout, 
sur la rive droite de l’Aude, un peu en aval de Cuxac, au 
point où le canal de colmatage de Lastours se détache d’une 
ancienne boucle du lit, une dune de sable de plus de deux 
mètres d’élévation, qui date du temps où les flots salés y 
formaient un premier cordon littoral, car cetie dune est 
composée d’un sable de mer identique à celui de la côte, à 
l'embouchure actuelle. | 

En 1174 et en 1176, l’abbaye de Fontfroide acquit de nom- 
breuses salines en un lieu qui fait partie de la plaine de 
Coursan. Les actes en vertu desquels ces salines furent don- 
nées en emphytéose démontrent qu’elles existaient encore 
au xiv° siècle : d’où la conséquence que la sédimentation de 
la plaine où elles étaient situées est relativement moderne. 
D’après les probabilités, elle n’a commencé à se produire 
qu’à partir du moment où les eaux de l’Aude cessèrent en 
partie de passer par Narbonne. 

En 1320. une forte crue rompit pour la première fois la 
digue romaine qui dirigeait vers Narbonne une partie de ses 
eaux, et l'Aude se précipita tout entier dans le bras du 
Nord. C'était la ruine de Narbonne. 

Les habitants obtinrent bien de Philippe de Valois ‘une 


— 49 — 


nouvelle digue qui devait rétablir l'Aude dans son lit pri- 
mitif, mais ce ne fut pas pour longtemps. Une nouvelle crue 
survenue en 1345 emporta la digue, toutes les eaux s'écou- 
lèrent dans le bras gauche, recouvrant la plaine de Cuxac et 
de Coursan, le bras droit se trouva à sec et les navires ne 
purent plus remonter des étangs de Gruissan et de Bages 
jusqu'au port de Narbonne, situé alors au lieu appelé encore 
de nos jours le Port des Galères. 

La pénible situation dans laquelle se trouvait la ville de 
Narbonne resta la même pendant près de deux siècles, les 
désastres de la guerre de Cent ans n'ayant pas permis aux 
intéressés de relever eux-mêmes le barrage par leurs pro- 
pres moyens, ni de recevoir de l'Etat les subsides nécessai- 
res. Pendant le cours du x1v° siècle, tous les malheurs sem- 
blent en effet s'être déchaînés sur Narbonne. D'abord, en 
1345, l'archevêque, Gasbert de Valle, fait détruire le Capito- 
lium, monument romain qui avait le mieux résisté aux 
injures du temps et des hommes. Ensuite celte ville éprouve 
les horreurs de la peste, de la famine, l'invasion des An- 
glais, le pillage des pirates, des routiers, des Aragonais et 
des Pastoureaux. A la faveur de guerres sans fin, les corsai- 
res Catalans, Majorquins et Génois, infestent les côtes du 
Languedoc et rendent la mer impraticable. La peste noire 
de 1348 qui, dans maintes villes du Languedoc, fit périr les 
neuf dixièmes des habilants, enleva 30,000 âmes à Narbonne. 
Enfin, la terrible chevauchée du Prince Noir, en 1355, ache- 
vait, par un pillage effréné, la ruine de celte riche cité qui 
brillait naguère d’un vif éclat, de ce port longlemps célè- 
bre, où Philippe III avait pu encore, en 1285, dans sa lutte 
contre Pierre d'Aragon, réunir une floilte si nombreuse 
« qu'on eût dit l’armée d’un autre Neplune ». 

Les étangs salubres qui s’élendaient au loin tout autour 
de Narbonne avaient fait place à des marécages fiévreux, 
 pestilentiels, et menaçaient l'existence même de la ville. 
Celle-ci ne s’est relevée de cette chute profonde que lorsque 


* _ op — 


la chaussée actuelle a été construite et que, par suite de 
l'exhaussement continu de la plaine, les marécages se sont 
transformés en terrains d’une fertilité extraordinaire, comme, 
par exemple, celui de Cuxac où la beauté du vignoble excite 
l'admiration des moins enthousiastes. 

C'esten 1542 que fut décidée la construction de ce nouveau 
barrage. Pendant sa lutte contre Charles Quint, François Ie' 
séjourna 23 jours à Sallèles. Les habitants en profitèrent 
pour lui demander un ensemble de travaux capables de 
diriger sur Narbonne la totalité eaux de l'Aude. C'était 
trop. Le roi ne se soumil pas à cette exigence et ne leur 
donna satisfaction qu’en partie seulement : la chaussée 
actuelle de Moussoulens fut construite et un nouveau lit fut 
creusé à un bras de l’Aude, alimenté au moyen d’une déri- 
vation du fleuve. Ce fut la Robine, dont j'ai déjà parlé ci- 
dessus. 


+ 
* * 


Via Domitia. 


On attribue au consul Domitius la construction ou plutôt 
le rétablissement d’une voie qui reliait Narbonne à Béziers 
_et qui prit le nom de Via Domilia. Par deux alignements, 
elle allait de Narbonne à l'étang de Capestang, en passant 
entre Cuxac et Coursan, et de l'étang de Capestang à Béziers. 
La traversée de l'étang se faisait au moyen d'un pont en 
bois appelé pont Seplime ou Serme. 

Ce pont qui, au dire de Marca, avait 1,000 pas de long, 
existait encore dans les premières années du xvi siècle. 
L'incurie des habitants laissa s'écrouler de vétusté un mo- 
nument digne de la puissance romaine. Aujourd’hui on 
n’en retrouve pas même les vestiges au lieu dit Pont Serme. 
probablement parce que les alluvions les auront recouverts : 
et profondément ensevelis. 

On avait d’abord attribué la construction de ce pont à 
l’empereur Septime Sévère, à cause de la similitude de nom. 


— A — 


Mais depuis on était généralement tombé d'accord pour 
reconnaître qu'il n’y avait là qu’une simple coïncidence, et 
que si on avait donné à ce pont les noms de Septimus, de 
Seremus ou de Serme, c’est parce qu'il était composé de 


sepl parties formant autant de ponts séparés. 


Dans le Bulletin de la Société Archéologique de Béziers, T.IV, 
1906, M. F. Mouret donne une nouvelle version de l’étymo- 
logie de ce nom. « Quand les eaux, dit-il, étaient basses 
dans le Lacus Rubresus par suite du-faible débit de l’Atax, 
les navires devaient déposer leur cargaison au port de Ven- 
dres.. De là, on transportait les marchandises sur des bateaux 
plus légers à Narbonne ou peut-être à proximité de la Via 
Domitia ou Pons Terminus, ou Pont-Terme de la navigation, 
aujourd’hui Pont-Serme... Ce que nous disons ici au sujet 
de Pont-Serme est une simple hypothèse ; mais il nous a 
semblé que ce mot se rapprochait davantage de Pont-Terme 
que de Pont-Septime d’où on l’a fait dériver: en outre. 
quand on ne pouvait plus aborder à Narbonne, on pouvait 
encore aborder en ce point de la Via Domitia qui devint 
ainsi le Terme de la navigation. Ce qui est bien certain, 
c’est que Vendres resta port de mer plusieurs siècles après 
que Narbonne eut perdu ce privilège ». 


Quoique ingénieuse, l’hypothèse de M. Mouret me paraît 
inadmissible. Le pont ne pouvait pas servir à autre chose 
qu’à relier à travers l'étang de Capestang les deux tronçons 
de la Via Domitia. C’est dans ce but qu'il a été construit, 
‘et sa dénomination paraît être aussi ancienne que lui. Dès 
lors, il ne pouvait pas être le ferme de la navigation puis- 
que, en ce moment, le Lacus Rubresus était profond et que 
les barques y circulaient librement dans tous les sens. 
Indispensable pour une route, le pont est inutile, inutilisable 
méme, si on veut y voir le « Terme de la navigation ». 
Cela résulte de l’examen des lieux ou simplement d’une 
carte de la région. Où était, en effet, la nécessité d'établir 


— 9 — 


un pont entre la plaine de Coursan-Cuxac et les cotéaux de 
_ Nissan pour permettre à une barque entrée dans le Rubre- 
sus par l'ouverture de Vendres de se rendre soit à Narbonne, 
soit à proximité de la Via Domitia ? Il est de toute évidence 
que les barques devaient suivre le plus grand fond d’eau 
marqué à quelque chose près par le cours actuel de l'Aude, 
et, quand elles ne purent plus arriver à Narbonne, elles 
durent aborder près de la voie, en un point situé à peu 
près à égale distance de cette ville et dudit pont. 

Quant au nom lui-même, au lieu de fournir un argument 
en faveur de l'hypothèse de M. Mouret, il la détruit, au 
contraire. Le. nom Serme, voisin de Terme, ne vient pas 
directement de Septimus, mais bien de Seremus sous lequel 
on Fa longtemps désigné, et qui n’est autre que la corrup- 
tion de Septimus, le nom primitif. Plus tard, .quand on a 
francisé le mot Seremus, où en a fait tout simplement Serme, 
lequel vient bien de Septime ainsi que l’ont cru à peu près 
tous ceux qui se sont occupés à un degré quelconque de 
l’histoire de la Gaule narbonnaise. | 


* 
* * 


_—— 


- Histoire de Cuxac 


. Cuxac, anciennement Cuguciacum ou Culciacum, avait 
d’abord porté le nom de Géminian sous lequel il était désigné 
au x° siècle et même antérieurement. | 

En 940, Rodalde, évêque de Béziers, donne l’église de 
Sainte-Marie-de-Géminian à Oger, abbé du monastère de 
Saint-Pons de Thomières. | 

Sur la fin du x° siècle, le nom de Cuxac est ajouté à celui 
de Géminian et finit par prévaloir. | 

En 959, la comtesse Arsinde ou Garsinde engagea à deux 
juifs les biens de Cuæac-du-Narbonnais ; mais ces biens furent 
rachetés plus tard par ses enfants, Raymond, Pierre et 
Bernard. Ce 


_— 9 — 


L'abbaye de Fontfroide possédait à Cuxac des propriétés 
considérables qui lui venaient surtout de donations. C’est 
ainsi qu’en 1230, Jean Dazier, citoyen de Narbonne, donne à 
l’abbaye de Fontfroide un fief silué à Cuxac « pour la rémis- 
sion de ses péchés, à la charge que ladite abbaye féra 
manger-aux religieux de son monastère du pain de froment 
passé, tous les jours, depuis le premier dimanche de la 
Quinquagésime jusqu’au lundi de Pâques, et en cas que 
ladite abbaye n’y satisfasse pas, il prie le seigneur arche- 
vêque de Narbonne et les consuls de la cilé, après deux 
avis qu'ils en auront donné à la dite abbaye pendant trente 
jours, prendre lesdits biens et en disposer Lou le repos de 
son âme ». 

. Au commencement du xive siècle, l’archevêque de Nar- 
bonne, l’abbaye de Fontfroide et des Chevaliers de Saint- 
Jean-de-Jérusalem pour leur Commanderie de Narbonne, 
élaient coseigneurs de Cuxac. 

Les serfs furent affranchis moyennant un cha fixé en 
sous et deniers. Je n’ai pu découvrir à quel chiffre s’élevait 
le rachat ; mais des historiens dont la bonne foi ne saurait 
être contestée affirment que lorsque les religieux de Font- 
froide aflranchirent les nombreux serfs qu'ils possédaient 
dans Jeurs immenses domaines, «ils leur imposèrent des 
conditions dont la dureté prouve avec quel soin ils défen- 
daient leurs intérêts ». | 

Quand lés serfs affranchis avaient à défendre les intérêts 
de la Communauté, ils se réunissaient librement en plein 
air sur la place publique et ils délibéraient sur l’objet qui 
avait motivé la réunion de l'assemblée. Quand la délibéra- 
tion était prise, on nommait un ou plusieurs syndics dont 
les fonctions duraient le temps strictement nécessaire à 
l'exécution des décisions prises en commun. Tous les chefs 
de famille faisaient partie de l’assemblée, même les femmes 
quand elles étaient tête de maison. | 

Sous le règne de Philippe VI, les habitants justement 


— À — 


soucieux de s'assurer les avantages d’une administration 
communale permanente obtinrent du roi l'établissement 
d'un consulat. Les habitants élisaient pour un an quatre 
consuls qui devaient prêter serment au roi et aux cosei- 
gneurs de Cuxac entre les mains du bailli attaché à la 
seigneurie. Aux consuls étaient adjoints, dans l’administra- 
tion de la commune, de vingt à trente conseillers et quatre 
prud'hommes. Ces derniers, dont les fonctions équivalaient 
à peu près à celles de nos répartiteurs, étaient probable- 
ment chargés d’assister les Consuls dans la répartition de 
la quotité des tailles imposées aux habitants de la Commune. 
En somme, la gestion des affaires publiques appartenait au 
suffrage universel accordé même aux femmes dans certaines 
circonstances, et l’autonomie de la Commune aurait été 
complète si le baïlli n’eüt trop souvent exercé sur elle une 
tutelle tyrannique dont le poids détruisait entièrement la 
libéralité consulaire. | 

À partir du xim° siècle, le château de Cuxac avec ses 
dépendances appartint aux vicomtes de Narbonne qui surent 
mettre à profit sa grande importance stratégique. Etabli 
dans les meilleures conditions que comportait le système de 
défense alors connu, ce château était une véritable forteresse 
pouvant rivaliser avec les plus puissantes de l’époque. Son 
épaisse ceinture de remparis était flanquée de six tours et 
protégée par des fossés et des ravelines. En outre, le voisi- 
nage de l’Aude facilitait la défense en gênant les appro- 
ches. Au moyen d’un chemin de ronde intérieur, appelé 
l'Allée de la Muraille, on accédait de tous côtés sur les rem- 
parts percés de trois portes mposantes : au Sud, la porte 
de l'abreuvoir, du côté du fleuve ; au Nord, la porte 
Notre-Dame, et à l'Ouest, la porte Saint-Martin qui existe 
encore. | | 

La vicomtesse de Narbonne, en 1341, augmenta la puis- 
sance de résistance de Cuxac en faisant fortifier le château : 
et c’est grâce à cette sage précaution qu'il fut épargné lors 


— % — 


du passage des compagnies du Prince Noir à travers le 
Languedoc, passage marqué par elles, sur tout leur parcours, 
d'un profond sillon de sang et de feu. Elles ne s’arrêtèrent 
même pas sous ses épaisses murailles devant lesquelles elles 
_ passèrent pour aller piller le Minervois après avoir brûlé 
Ouveillan et Capestang mal défendus. 

Dans une querelle qu'il eut avec le vicomte Aimery VII, 
en 1381, l’archevêque de Narbonne souleva contre leur 
seigneur les habitants de la ville qui saccagèrent son chà- 
teau. Ne pouvant plus se maintenir dans sa capitale, le 
vicomte vint se fixer à Cuxac dont il connaissait la solidité 
des fortifications. De là, il appela les Catalans à son secours 
et il entreprit contre ses sujets rebelles une lutte ardente 
qui dura trois ans et qui ne se termina qu'avec la soumis- 
sion complète de la ville de Narbonne. 

Les remparts de Cuxac, dont on voit encore les vestiges 
sur plusieurs points, ont été démolis au commencement du 
xix° siècle. Depuis, le village resserré dans un quadrilatère 
qui n’avait environ que 180 mètres du nord au sud et 160 
de l’est à l’ouest, s’est donné de l'air et s’est considérable- 
ment accru, notamment vers le nord et vers l’ouest, vers 
Ouveillan et vers Sallèles. 


* * 
Durant les guerres de religion, Cuxac fut le théâtre de 
quelques faits militaires qui n’honorent ni les catholiques 
ni les protestants. Au mois d'avril 1563, le château de Cuxac. 
mal défendu par les catholiques, tombe au pouvoir des reli- 
gionnaires de Béziers. Mais un seigneur de Caux le délivra 
et le remit au pouvoir des catholiques qui nele conservèrent 
pas longtemps. En effet, grâce à la trahison d’un paysan 
Cuxacois, nommé Paul Conilh, le maréchal de Dampwville 
prit le château par escalade, le > décembre 1574, en fit pri- 
sonniers presque tous les soldats et s’y maintint près d’un 
an. L'armée du maréchal de Dampwville devint la terreur des 


en 


4 


— 96 — 


alentours qu'elle : ravageait pour assurer l'entretien de ses 
troupes. L’impunité dont elle était l’objet Ja rendait de plus 
en plus audacieuse. Elle parcourait la plaine jusqu’aux portes 
de Narbonne, enlevait les récoltes et les troupeaux, rançon- 
nait les catholiques qu'elle massacrait ensuite, et semait 
partout la ruine et le deuil. | | 

Ne pouvant s'emparer par la force du étâteau de Cuxac, 
invulnérable derrière ses remparts, les Narbonnais résolurent 
de le prendre en réduisant ses habitants à la famine. A leur 
tour, ils ravagèrent toutes les cultures, empêchèrent le 
ravitaillement des troupes protestantes par un siège en 
règle, et, quand il n’y eut plus rien à manger dans la place, 
le château « se rendit- par composition » aux catholiques. 
Malheureusement ceux-ci, irop avides de ces terribles 
représailles qui sont l'horreur et la honte des guerres 
civiles, souillèrent leur triomphe par des exécutions odieu- 
ses. Ils passèrent au fil de l’épée la garnison de Cuxac, et 
tuèrent tous les habitants qui avaient favorisé les religion- 
naires ou seulement pactisé avec eux. Puis, afin de rendre 
indéfendable le chäteau au cas où il serait repris par les 
protestants, les catholiques firent abattre les tours et com- 
bler les fossés (1576) ; mais ils respectèrent les remparts qui 
ne devaient tomber que bien plus tard sous la pioche du 
démolisseur, lorsqu'ils devinrent inutiles pour la défense et 
encombrants pour le développement de la cité. | 

Le 15 août 1585, 4oo religionnaires tentèrent vainement 
de s'emparer de Cuxac. Ils furent repoussés par les ligueurs 
qui défendaient la place. Mais les habitants, fatigués d’une 
guerre fratricide entre deux partis qui répandaient partout 
la ruine et la mort, fatigués surtout d’être également mal- 
traités quel que fût le vainqueur, lächèrent à la fois les 
ligueurs et les protestants et se soumirent à Henri IV. | 

Depuis, l’histoire ne mentionne rien de particulièrement 
intéressant sur Cuxac. Je signalerai cependant encore une 
autorisation, en date du 29 juillet 1646, donnée aux consuls 


LD —= 
de recevoir en qualité d’habitants « les personnes résidans 
en ce lieu qu’ils jugeront estre gens de bien et d'honneur, 
moyennant la somme de 30 livres que chascun payera 
lorsqu'ils passeront habitans », ce qui prouve que la qualité 
« d'habitants » de Cuxac devait être fort appréciée puis- 
qu’elle était fixée à un si haut prix. 


# 
+ + e 


Le Prieuré de Fontcalvy 


Je me joins aux excursionnistes à Cuxac, et nous prenons 
le tramway de Narbonne à Ouveillan jusqu'à la halle de 
Seillès que 1500 mètres seulement séparent de Fontcalvy. 
Malgré la pluie qui, par instants, tombe par rafales, nous 
parcourons joyeusement cette courte distance en devisant 
sur l'aspect général du terrain que nous traversons. 

La route de Cuxac à Ouveillan est coupée par le canal 
d'atterrissement du Gaillousty à l'étang de Capestang destiné 
à colmater ce dernier en y apportant les eaux troubles de 
l'Aude. Le but de ce canal, construit de 1777 à 1789, n’a pas 


été atteint et il a été transformé plus tard en canal de sub- 


mersion. On franchit le canal sur un pont en pierre, eton 


pénètre aussitôt dans la commune d’Ouveillan. Le chemin, 
long de quelques centaines de mètres, qu'il nous reste 
encore à parcourir pour arriver à Fontcalvy, est bordé de 
terrains incultes, complètement dénudés, auxquels succèdent 
bientôt des vignes cultivées avec soin. Le tout a remplacé 
un bois de chênes, depuis longtemps tombé sous la hache du 
bùcheron, comme cela s’est produit du reste un peu partout, 
au grand détriment de la régularité du régime des eaux et 
du débit des sources. 

Fontcalvy n’a jamais été un monastère dirigé par un 
prieur ou une prieure. Mais il convient de rappeler qu'au 
moyen âge on désignait sous le nom de prieuré des dépen- 
dances de l'abbaye et parfois même de simples fermes trop 


— 9% — 
éloignées du monastère pour être disectement régies par 
l’'économe. On y envoyait alors des religieux gouvernés par 
un prévôt ou prieur qui les administrait en même temps 
_ qu’il y célébrait la messe dans une petite chapelle ouverte 
aux travailleurs de la ferme et aux fidèles des environs. 

C'est le cas de Fontcalvy : et c’est’ la raison pour laquelle 
nous lui conserverons le titre de prieuré qui lui a toujours 
été donné dans natre région. 

Chez l'architecte chargé de la construction de cet 
édifice, on sent moins le souci de l’élégance que celui de 
la solidité. IT a cherché avant tout à assurer les moyens de 
défense et d’attaque dans une époque de troubles civils et 
religieux. On n’y voit pas, comme dans les châteaux 
gothiques du xiv° et du xve siècles, des tourelles en forme 
de poivrière, ni des clochetons à feuillage, ni des sculptures, 
ni des ornements d’aucune sorte. Rien ne permet même de 
préciser l’époque de la construction, que nous plaçons, 
sans aucune garantie, au milieu du xur° siècle. Il n’y a pas 
de style, ou plutôt c'est un style mitigé, semi-roman, 
semi-gothique ; mais tout est coordonné avec un soin 
remarquable pour résister aux voisins ambitieux qui pou- 
vaient tenter de s’en emparer pour s’agrandir à ses dépens. 

L'édifice principal (1) est lourd, et, de loin, paraît cubi- 
que. Il a 21 mètres de côté el 16 mètres environ de hauteur. 
Les quatre angles sont flanqués de tours carrées, en saillie, 
pleines jusqu'au premier élage, à partir duquel elles sont 
évidées et percées, sur chacune de leurs faces extérieures, 
d’étroites ouvertures par lesquelles on pouvait guetter les 
ennemis, puis leur lancer des flèches ou des pierres. On ne 
peut pénétrer dans les tours que de l'intérieur par le moyen 
d'une petite porte pratiquée dans l'angle à un mètre envi- 
ron au-dessus de la voûte formant premier étage. 


(4) Nous négligeons à dessein le mur d'enceinte et les dépendances 
dont il ne reste que des vestiges sans valeur et impossibles à décrire. 


— 99 — 


Sauf du côté de l’Est, où se trouve la façade principale, 
les murs sont soulenus en leur milieu par une tour carrée 
pleine dans toute sa hauteur. Ces tours ne sont autre chose 
que de solides contreforts qui, avec un énorme pilier situé 
au centre de la construction, soutiennent les quatre séries 
d’arcs doubleaux de la voûte et divisent le rez-de-chaussée 
en quatre compartiments. 

La façade principale, avons-nous dit, est tournée vers 
l'Est. Au centre s’élève une grande tour, également carrée, 
évidée de bas en haut et pouvant avoir 20 mètres de hau- 
teur. Les quatre étages dont elle se compose ne communi- 
quent pas entre eux. Une porte extérieure fortifiée donne 
accès dans la tour qu'il faut traverser pour entrer au rez-de- 
chaussée de l'édifice. On arrive au premier étage par un 
escalier extérieur protégé par un mâchicoulis, et, à chacun 
des autres, par des escaliers intérieurs. 

De même qu'il faut traverser la tour pour pénétrer dans 
la grande salle voütée, nous la traversons encore pour 
arriver au premier étage. C’est ici que se révèle la science de 
l'architecte. Au-dessus de l'escalier qui y conduit se dresse, 
menaçant, un magnifique mâchicoulis d’une seule ouver- 
ture, formé d'un arceau unique de 7"10, placé à 1"15 
du mur. Entre le mur et l’arceau, une galerie en bois ou 
hourd, dans laquelle étaient pratiquées des ouvertures ver- 
ticales, protégeait les défenseurs qui pouvaient jeter sur 
les assaillants toutes sortes de projectiles : fagots enflam- 
més, huile bouillante, pierres, etc. Ce mâchicoulis, 
avec un autre plus petit placé du côté opposé de la tour, 
défendail également la porte d'entrée du rez-de-chaussée et 
rendait ainsi l'édifice imprenable. ; 

Un souterrain, dont on devine encore l’ouverture sous 
l'escalier extérieur, aboutissait, dit-on, au Terral, à 3 kilo- 
mètres au nord de Fontcalvy. Ce souterrain, aujourd’hui 
obstrué par les décombres, a été suivi, m'a t on assuré, sur 
une longueur d’un kilomètre, il n’y a pas plus de vingt-cinq 


| 


*“ 


— 930 — 


ans. Il faut se méfier de l'esprit méridional et des distances 
parcourues dans l’obscurité. Mais, quelles que soient l’épo- 
que et la longueur, il n’en reste pas moins avéré que le 
souterrain a existé. Dès lors, comme il devait aboutir quel- 
que part, sans quoi il n’aurait pas eu sa raison d’être, et 
puisque le Terral et Fontcalvy appartenaient aux mêmes 
propriétaires, il y a tout lieu de croire que ces deux domai- 
nes communiquaient par ce souterrain. 

Au premier étage, le regard est attiré par deux magnifi- 
ques arceaux en ogive qu'aucune maçonnerie ne garantit 
plus contre les injures du temps ni contre celles de l’homme 
plus redoutables encore. Ces deux arceaux et les deux 
mäâchicoulis, d'une hardiesse étonnante pour l’époque, sont 
appelés à disparaître dans un avenir peu éloigné si rien ne 
vient en assurer la conservation. Ce serait une grande perte 
au point de vue architectural, aussi j'estime qu'il y aurait 
lieu de demander le classement du Prieuré de Fontcalvy au 
rang des monuments historiques. 

Comment Fontcalvy était-il alimenté d’eau? Ici l’imagi- 
nation se donne librement carrière : et les gens qui voient 
du romain partout, même dans les poteries les plus moder- 
nes, comme certain personnage de Labiche, ne manquent 
pas d'attribuer à nos ancêtres venus d’outre-monts la cons- 
truction d’un aqueduc qui aurait conduit les eaux de Cabe- 
zac à Fontcalvy, et dont feraient partie certains vestiges pro- 
blématiques qu’on aperçoit du côté du moulin des Paranti- 
gues, près de Mirepeisset. Ceux qui l’affirment appuient leur 
hypothèse sur ce fait que Fontcalvy situé entre les étangs 
de Capestang et d'Ouveillan ne devait pas avoir d’eau potable 
et était obligé d'aller la chercher au loin. À mon avis, il 
y aurait eu là une grande cause pour un petit effet: et 
l'importance de pareils travaux, qui eussent valu plus que 
la propriété elle-même, est de nature à nous laisser 
sceptiques, même accomplis par des moines immensé- 
ment riches. Heureusement la légende vient à point 


ol 


nous tirer d'embarras en tranchant la difficulté: cette 
canalisation dont la longueur nous étonne pour alimenter 
une simple grange, c’est le diable en personne qui l'a cons- 
truite, et l’on n'ignore point que sa puissance illimitée 
jamais ne recula devant aucune entreprise pourvu qu'il y 
trouvât son compte. Mais Satan ayant été élé mystifié, je ne 
sais trop ni pourquoi ni comment, détruisit en une seule 
nuit les travaux qu'il avait si bien construits, et dont il ne 
reste plus en fait de vestiges près de Fontcalvy que l'hy- 
pothétique source de Fontrabasse ou Foun del Diable. Le 
diable ne se contenta pas d’anéantir son œuvre; il poussa 
plus loin sa vengeance. Le soir, en eflet, à la veillée, lorsque 
les gens de la ferme étaient réunis autour de l’âtre, des cho- 
ses mystérieuses tombaient dans la cheminée ; on entendait 
le bruit de chaînes traînées sur le sol, et toute la batterie de 
cuisine était mise en branle par une force invisible. 

Mais voici une version raisonnable. Non loin de Sallèles 
existent les vestiges d’un aqueduc dénommé encore Trauc 
del Diable et qui pourrait bien être le même que celui qu’on 
aperçoit près du moulin des Parantigues. Une vieille charte 
confirrmait aux abbés de Truillas le privilège exclusif de cap- 
ter pour leur usage une partie des eaux de cet aqueduc. La 
solidité, le principe de la construction, le choix des maté- 
riaux et la cohésion des mortiers indiquent bien un travail 
de l’époque de la domination romaine. Un aussi grand tra- 
vail ne pouvait avoir de raison d’être que pour desservir la 
capitale de la colonie romaine. Jusque là, rien ne parait 
plus exact, et Narbonne qui emprunte encore aujourd'hui 
son eau à Ferrioles, pouvait bien la faire venir alors de Ca- 
bezac. Mais est-ce vrai que les moines de Fontcalvy avaient 
pu détourner les eaux de cet aqueduc et les conduire jus- 
qu'à Fontrabasse, peut-être encore plus près de leur habita- 
tion ? C’est toujours l’éternelle question que ne vient résou- 
dre aucun document authentique. D 

Si les solutions les plus simples n'avaient le grave défaut 


_ 39 — 


de ne point satisfaire l’ardente imagination du public tou- 
jours avide de merveilleux, je me permettrais de demander 
si les eaux de Fontrabasse ne proviendraient pas tout bon- 
nement des infiltrations à travers le monticule relativement 
élevé qui domine Fontcalvy et qui repose sur une couche 
d'argile imperméable venant justement affleurer au niveau 
de la fontaine. Il n’en faut pas davantage pour produire une 
source, surtout si l’on avait eu le soin de procéder à des tra- 
veaux de canalisation dans l’intérieur du monticule. Cette 
hypothèse paraîtra plus vraisemblable encore si l'on se rap- 
pelle qu'à cette époque les alentours étaient boisés, que les 
pluies étdient, sinon plus abondantes, du moins plus fré- 
quentes et, par suite, les sources plus régulières, | 
Mais si nous insistions trop, les amateurs de romain pro- 
testeraient et Labiche ne serait pas content. Dans le doute, 
sachons garder une prudente réserve. 


ñ 


Au xu‘ siècle, la seigneurie de Fontcalvy, contiguë à celle 
du Terral, apparterait à l’archevêque de Narbonne qui avait 
pour vassaux Guillaume d'Ouveillan, Bernard d'Ouveillan et 
Bérenger de Fontcalvy. 

Le 4 des ides de mars 1182, Guillaume d'Ouveillan se 
donna comme religieux à la Commanderie des Hospitaliers 
de Saint-Jean de Jérusalem, établie à Narbonne. Il se réserva 
d'entrer dans cette maison et d’y prendre la Croix. En mê- 
me temps il lui donna le tiers dont il disposait sur le fief 
de Fontcalvy. | | 

Le 10 des kalendes de mars 1184, l'archevêque de Nar- 
bonne vendit à la dite commanderie des Hospitaliers, moyen- 
nant 100 sous melgoriens, le droit de suzeraineté qu'il avait 
sur le tiers de Fontcalvy donné à celle-ci par Guillaume 
d'Ouveillan. | 
En juillet de la même année 1184, l’archevêque renonça à 


= 33 — 


son droit de suzeraineté sur les deux autres tiers de Font- 
_ calvy en faveur de ses vassaux, Bernard d'Ouveillan et 
Bérenger de Fontcalvy. 

Au mois d'août suivant, Bérenger donne à la Commande- 
rie des Hospitaliers tout son honneur de Fontcalvy, c’est-à- 
dire le tiers de cette seigneurie, ce qui, avec la portion don- 
née par Guillaume d’Ouveillan, en mettait les deux tiers en 
la possession du Commandeur. | 

Quant à Bernard d’Ouveillan, il mourut bientôt après, 
laissant pour hérilières deux filles, Pélerine el Bérengère : 
Pélerine, à à qui Fontcalvy était advenu, vendit sa part, en 
mai 1199, à l’abbaye de Fontfroide, moyennant 1200 sous 
melgoriens, « afin, .dit l’acte, de marier plus honnêtement 
sa sœur Bérengère ». 

L'abbaye de Fontfroide qui, par cet achat, était devenue 
propriétaire du tiers de Fontcalvy, en acquit les deux autres 
tiers de la Commanderie des Hospitaliers de Narbonne, 
le 10 des kalendes de janvier 1203, moyennant la somme de 
1300 sous melgoriens. 

Cette abbaye de Fontfroide qui demeura propriétaire de 
Fontcalvy pendant près de six siècles. possédait une centaine 
de domaines ayant une étendue considérable et tous suscep- 
tibles de donner de grands revenus. 

Lorsque ces granges avaient une certaine importance, — 
c'était le cas pour Fonlcalvy, — les moines mettaient à leur 
tête un officier spécial choisi parmi les religieux et à qui l’on 
donnait le nom de granger (grangerius), officier qu'il ne 
faut pas confondre avec le maître de la grange choisi parmi 
les convers. | 

Au dessous du granger était le cellerier chargé de l'adminis- 
tration du temporel. Il figure comme officier dans la règle 
de Saint-Benoît, et il fut maintenu au même titre dans l'or- 
dre de Citeaux auquel, depuis 1145, s’étaicntaffiliés les reli- 
gieux de Fontfroide. Ses attributions s’étendaient à tous Îles 
actes ayant trait au temporel, parmi lesquelles figuraient en 


eq 


première ligne les recetles et les dépenses de la grange. I 
était chargé de percevoir les revenus, de régler les repas, 
d'acheter les vêtements, de procurer les provisions, de pour- 
voir au chauffage, à l'éclairage, à l'entretien de l’infir- 
merie, etc. | 

À partir du xiv° siècle, l’abbaye de Fontfroide employa à 
Fontcalvy, comme dans ses autres granges, des mercenaires 
désignés par les religieux sous le titre de gentes familie,.… 
tandis que leur chef s’appelait nuncius mercenaris. Ce der- 
nier demeurait dans les granges ou dans le monastère. De 
plus, il était loué pour un terme convenu. Ces deux points 
sont établis par une plainte que portèrent les consuls de 
Narbonne contre les religieux, dans laquelle ils exposérent. 
que Jean Thomace, de Capestang. habitait comme chef des 
mercenaires la grange de Fontcalvy: que s'étant engagé 
pour un temps déterminé et ce temps étant expiré, il avait 
manifesté la volonté de se retirer : que le granger et un cer- 
tain nombre de frères et de donals. irrités de la résolution 
qu’il avait prise, l'avaient mis en prison et lui avaient 
enlevé, en outre, ses habits qu'ils refusaient de lui rendre, 
bien qu’il eût déclaré en appeler au sénéchal de Carcassonne. 

La siluation des mercenaires employés à Fontcalvy était 
très misérable lorsqu'ils élaient originaires d’une commune 
sur laquelle l’abbaye de Fontfroide exerçait les droits de 
haute justice. Les religieux étaient alors des maïtres dans 
toule l’acception du mot, puisqu'ils pouvaient leur infliger 
les châtiments les plus sévères. C’est ce que faisaient obser- 
ser les Consuls lorsque, parlant des excès auxquels les reli- 
gieux avaient soumis un certain Bernard, originaire de 
Saint-Nazaire, ils ajoutaient que celui-ci n’osait pas se plain- 
dre parce que les religieux ayant le droit de haute et mixte 
justice sur les habitants de la Commune où il était né, il 
craignait d'attirer sur sa personne et sur les membres 
de sa famille des châtiments qui pouvaient mettre leur vie 
en péril. 


a 


La justice était, en eflet, extrêmement sévère. Une sen- 
tance rendue, le 15 des kalendes d'août 1312, par le juge du 
Terral, condamne un certain Arnaud Balestrier, bouvier, 
accusé d’avoir volé deux fourches en fer et huit pains, 
« à avoir un pied coupé pour ce pied être attaché à un pilier 
joignant les fourches patibulaires ». L'année précédente, * 
Pierre Linier, de Tuchan, avait été condamné à la peine de 
mort par les juges de l’abbaye de Fontfroide, pour avoir 
volé un vêtement de peu de valeur. 

Dans toutes les granges composant l'immense propriété 
de l’abbaye de Fontfroide, les convers furent chargés de 
tous les travaux manuels ; dés lors les religieux tombèrent 
dans l’oisiveté, et, par l’oisiveté, dans un relâchement 
extrême. Les Cisterciens qui avaient commencé par être des 
cultivateurs priant Dieu, devinrent des riches inoccupés 
dont la conduite fut souvent scandaleuse. 

Fontcalvy demeura la propriété de l’abbaye de Fontfroide 
de l’année 1203 jusqu'à la Révolution. Celle-ci le comprit 
dans les biens nationaux et en ordonna la vente en celte 
qualité. En exécution du décret du 25 mars 1790, Robert, 
prêtre, Raynaud et Avrial, officiers municipaux de la ville 
de Narbonne, procédèrent à l'inventaire des biens de 
l'abbaye de Fontfroide, le 30 avril de la même année. Les 
religieux quittèrent leurs domaines après.le règlement de la 
pension qui leur était attribuée en verlu du décret précité. 
Les biens furent vendus à l’adjudication, les 21 et 22 mai 
1791, et Fontcalvy fat achelé, moyennant la somme de 
50,000 francs par cinq propriélaires de Cuxac, dont les 
héritiers le possèdent encore. | 

Jusqu'en l’année 1840 environ, Fontcalvy a élé habité. 
Mais vers cette date, les acquéreurs l’abandonnèrent pour 
venir demeurer à Cuxac où ils s'étaient fait construire de 
belles maisons avec tout le conforl inoderne.. Dès lors 
Fontcalvy, entièrement délaissé, fut livré au pillage : tuiles, 
portes, fenêtres, tout disparut. Et quand on songe que moins 


10. — 


de soixante-dix ans ont suffi pour transformer en ruines 
nn édifice formidable, on se demande ce qu'il sera devenu 
à la fin du siècle si aucune mesure de protection n’est prise 
pour assurer la conservalion de ce monument historique si 
intéressant à divers titres (1). | 


+ 
* * 


Le Mont Carétou 


Après un dernier regard donné au prieuré de Fontcalvy, 
nous revenons sur 1i0S pas pour nous arrêter un moment au 
mont Carétou, dans la commune de Cuxac, à la limite de 
celle d'Ouveillan. 

Le mont Carétou appartient au système oligocène, l’an- 
cien miacène moyen de Leymerie et de de Rouville. Il forme 
un ilot aquilanien échappé à l'érosion et ses dimensions 
n’atteignent plus aujourd’hui que 1100 mètres environ de 
l'est à l’ouest et 500 mètres du sud au nord. Il est formé 
d'un calcaire d’eau douce, blanchâtre, d'une quaran- 
laine de mètres d'épaisseur, exploité à la fois comme pierre 
à bâtir et comme pierre à chaux. C'est avec cette pierre 
qu'ont été bâtis Fontcalvy el Cuxac : et les carrières présen- 
tent encore des bancs épais capables de fournir pendant 
longtemps des matériaux de construction. . 

Ce calcaire est fossililère par endroits. Il nous a fourni : 

Helix Narbonensis ou Tournali, en assez grande quantité 
et se détachant facilement de la pierre : Cyclostoma anli- 
quum, Planorbis planulatus, ces deux derniers rares et diffi- 
ciles à enlever et Potumides plicatus, rare aussi et à l’état 
d'empreinte seulement. | 


(1) La plupart des renseignements concernant l'histoire de Fontcalvy 
m'ont été obligeamment communiqués par notre collègue, M. Jules 
Azéma, de Saint-Nazaire (Aude), à qui je suis heureux d'adresser ici 
mes meilleurs remerciments, 


47. — 


Vers l'extrémité occidentale du mont Carétou est un four 
à chaux moderne qui suffit largement aux besoins, en ce 
moment très restreints, des localités environnantes, et qui 
expédie même dans un rayon assez étendu. 

Du côté opposé, on remarque deux anciennes glacières 
depuis longtemps abandonnées. Leur présence en ces lieux 
désséchés semble corroborer ce que je disais tout à l'heure 
à propos de la source de Fontrabasse : ïl n’y aurait pas eu 
des glacières si, dans les siècles passés, la pluie, la neige et 
la glace n’avaient pas été plus abondantes qu’actuellement. 

Nous repassons à la halte de Seillès ; mais, au lieu d'y 
prendre le tramway qui doit nous porter jusqu’à Raonel, 
ainsi qu'il est dit dans notre programme, nous décidons de 
ne le prendre qu’à Cuxac que nous gagnons pédestrement 
à vive âllure, car le temps toujours pluvieux s’est sensible- 
ment rafraïîchi. | 

Mais à la gare, plusieurs centaines de personnes atten- 
dent le train, pour aller manifester à Narbonne. Devant cette 
affluence inaccoulumée, nous craignons qu'il n’y ait pas 
assez de place pour tout le monde. Alors, recourant aux 
mêmes appareils de locomotion, nous traversons la petite 
ville de Cuxac, et. après quelques minutes de marche, 
nous atteignons l’usine électrique de Raonel, point de rallie- 
ment où devait avoir lieu le déjeuner sur l’herbe. 


Raonel 


Déjeuner sur l'herbe sous les arbres d’un petit bois atte- 
nant à l’usine, doit être fort agréable... quand il fait beau. 
Mais aujourd’hui il n’y faut pas songer. Heureusement, nous 
sommes amicalement reçus par la famille de M. Tesseire, 
mécanicien, qui nous installe dans une grande salle de l’usine, 
autrefois moulin banal des Hospitaliers de Montlaurès. 


— 38 — 


Après déjeuner, nous visitons rapidement l'usine électri- 
que, nous nous excusons auprès de nos hôtes du dérange- 
ment dont nous avons été cause et nous nous acheminons 
vers Matefer, terme de notre excursion. En passant à Beau- 
Lieu, nous nous arrêtons un instant pour voir un Phylloden- 
dron pertusum. Get arbre a près de 6 mètres de hauteur, et 
les feuilles en sont si grandes et si singulièrement découpées 
qu’elles provoquent notre admiration autant que notre éton- 
nement. 


Matefer 


LS: 


Toujours fidèles à notre programme, nous arrivons à 
deux heures à Matefer, jolie propriété située sur la rive 
droite du canal de la Robine, et à quatre cent mètres envi- 
ron de la route de Cuxac à Narbonne. 

Le nom de Matefer est très ancien. Cela résulte d’un acte 
où il est dit que « le 2 des kalendes de juin 1157, Ermen- 
garde, vicomtesse de Narbonne, donna au prieuré de Mont- 
laurès, lequel appartenait aux Hospitaliers de Saint-Jean de 
Jérusalem, plusieurs pièces de terre situées au terroir de 
Matefer, en échange de deux maisons et d’une salle au 
bourg de Saint-Michel qui faisait partie du Bourg de Nar- 
bonne ». 

Les propriétaires de Matefer, M. et M"° Turrel, retenus 
“à Narbonne, n'ont pu, à leur grand regret, recevoir eux- 
mêmes la Société ; mais ils avaient laissé des ordres pour 
que la maison et ses dépendances fussent largement ouvertes 
aux excursionnistes. 

Nous pénétrons dans un vaste jardin bien entretenu 
où nous reconnaissons la plupart des plantes exotiques 
ou indigènes cultivées dans le midi de la France. Mais, ce 
qui excite notre surprise, c'est un rosier dont les roses... 
sont vertes. 

‘ Le vert n’exisle pas, en général, dans la corolle des fleurs 
et, en particulier dans celle des roses. « La couleur verte, : 


= 90: 


dit Adrien de Jussieu, est très rare dans la corolle, quoi- 
qu’on la rencontre franche dans quelques-unes, comme 
dans celles de certains Cobœas, de quelques Asclépiadées, 
Hoya viridiflora, Gonolobus viridiflorus, ou de quelques Iri- 
dées, Zcia viridiflora, etc. Lorsqu'’ellé existe, elle se montre le 
plus souvent pâle et délayée par d’autres teintes ou pana- 
chée par des taches tout autrement colorées ». Cette extrême 
rareté de la couleur verte dans la corolle est due à l’absence 
de la chlorophylle dans les cellules des pétales, qui sont 
habituellement remplies EE des granules ou par un liquide 
d'autre couleur. | 

Depuis le blanc immaculé jusqu’au rouge écarlate, j'ai 
vu bien des nuances parmi les roses. Mais je n’en avais 
jamais vu de vertes, de franchement vertes, comme celles de 
Matefer. Par quel ingénieux artifice l'horticulteur est-il par- 
venu à colorer d'un vert foncé toutes les parties de la fleur 
du rosier ? C’est ce que j'ignore Cependant je dois à 
la vérité de dire qu’elle n’en est pas plus belle et que, seule, 
la singularité de son coloris en fait toute la valeur. 

Dans notre programme figurait une visite à la volière de 
Matefer. C'était même là, si je puis dire, le clou de l’excur- 
sion, M. Turrel est un éleveur distingué pour qui l’avicul- 
ture-n'a plus de secrets. Ses produits, justement appréciés 
des connaisseurs, ont obtenu les plus hautes récompenses 
dans toutes les expositions du Midi el dans plusieurs 
concours régionaux de France. 

En l’absence des maîtres de céans, je suis chargé de gui- 
der les Sociétaires; mais mon incompétence qu’explique 
une trop récente initiation fait regretter davantage une 
voix plus autorisée que la mienne. 

Heureusement les animaux d’espèces différentes sont 
isolés dans des compartiments spéciaux si soigneusement 
étiquetés qu’un aveugle s’y reconnaitrait; c’est grâce à 
. celte prudente précaution que nous pouvons retirer un 
grand profit de notre visile aux volières. 


— 40 — 


OrEs. — Voici d’abord les Oies. palmipèdes de la famille 
des Lamellirostres. 

Nous remarquons les Oies d'Egypte et les Oies de Guinée, 
races de luxe à la chair délicate, et l'Oie de Toulouse répan- 
due dans tout le Midi. 


CanarDs. — Le Canard est un palmipède de la famille 
des Serrirostres. Il a pour ancêtre le canard sauvage élevé 
en servitude. Sa voracité naturelle s’est accrue à l’état de 
domesticité et il est devenu omnivore. Soumis à l'élevage 
depuis les temps les plus reculés, les canards occupent dans 
nos basses-cours une place des plus distinguées. Peu diffi- 
ciles sur le choix des aliments, n’exigeant aucun soin de 
propreté et fort peu de surveillance à tout âge, ils procurent 
de grands bénéfices à ceux qui les élèvent. On peut dire 
que le canard est le cochon de la basse-cour. - 

Deux canards huppés, dont la huppe est fort originale, et 
un superbe canard musqué, attirent notre regard. Ce dernier 
est encore désigné sous les noms de canard d'Inde ou de 
canard de Barbarie. C'est du croisement du canard musqué 
et du canard ordinaire qu'est issu le canard mélard, renommé 
pour son foie. 


Paows. — Le Paon est un genre de Gallinacé, originaire dé | 


l'Inde et apporté en Europe au temps d’Alexandre. Il était 
très recherché à l’époque des Romains et au moyen âge 
pour la bonté de sa chair ; de nos jours il est tombé en 
discrédit sur ce point et il n’est plus guère élevé que comme 
oiseau d'ornement. On lui reproche de dévaster les jardins 
et d’être méchant envers les autres animaux de la basse-cour. 

En ce moment la volière ne contient qu'un couple de 
paons domestiques. Quelques mois plus tôt, il nous eût été 
donné de voir le paon blanc, animal extrêmement curieux à 
voir : s’il ne réunit pas « toutes les couleurs du ciel et de la 
terre », suivant l'expression de Buffon, les nuances extré- 
mement variécs de son plumage blanc et la richesse infinie 


à 


— EH — 


de son dessin inimitable, en font quand même le plus 
remarquable de nos oiseaux domestiques. 


FaisAns. — Le faisan est un Gallinacé de la famille des 
nudipèdes. Son nom vient de Phase, fleuve de Colchide, d’où 
les Argonautes l'apportèrent en Grèce. D’autres sont origi- 
naires de la Chine, comme le couple de faisans argentés que 
nous avons examiné. L | 

Les faisans sont les plus gloutons des gallinacés, Ils se 
nourrissent de glands, de baïes, de grains, de semences et 
d'insectes, et, à l’état domestique, ils sont omnivores. Ils ne 
sont pas moins farouches que gloutons, et il est très difficile 
de les apprivoiser. Ils fuient l’homme et les lieux qu’il 


habite ; ils se fuient même les uns les autres, aiment à vivre _ 


isolés, et ne se rapprochent que dans la saison des amours. 
On les chasse avec les oiseaux de vol, au fusil, au lacet et 
autres pièges. 


Dinpons. — Le dindon aussi appartient à la famille des _ 


_ nudipèdes. Il est originaire de l’Amérique du Nord et fut 
importé en Europe sous le règne de François I‘. Le premier 
qui fut mangé en France parut au festin de noces de Char- 
les IX, en 1570. A cette époque, les dindons étaient déjà 
communs en Espagne, d’où ils passèrent en Angleterre dès 
l'année 1525, sous Henri VIIT. Ils s’y multiplièrent si rapide- 
ment qu'en 1585 ils fournissaient déjà un plat dans les 
festins de la campagne. On les appela d’abord Cog et Poule 
d'Inde, parce qu’ils venaient des Indes Occidentales, et les 
noms de dinde et de dindon, sous lesquels on les désigne 
maintenant, ne sont qu’une contraction de leur ancienne 
dénomination. Le cri du dindon est une sorte de glou-glou ; 
son plumage est noir, blanc ou panaché. Le mâle se distin- 
gue de la femelle par de plus grandes caroncules à la tête 
et par un pinceau de crins qui naissent sur le poitrail. 
L'éducation de ces animaux, surtout dans leur extrême jeu- 
nesse, offre certaines difficultés qui les empêchent d’être très 
8 


— &9 — 


commuñs dans les basses-cours, malgré la délicatesse de 
leur chair. | 

Nous notons en passant : Dindon rouge des Ardennes et 
Dindon noir de Sologne, deux races particulières à la France. 


Cocos ET Pouces. — Les races qui s'offrent à notre vue 
sont trop nombreuses pour que nous puissions les mention- 
ner toutes. Nous nous contenterons de citer les suivantes : 


La Crèvecœur, l’une des plus vieilles races françaises ; 
bonne pondeuse, mais ne s’acclimatant pas partout. 

La Flèche, cousine germaine de la Crèvecœur, mais plus 
rustique qu'elle. 

La Dorking, racé anglaise, excellente pondeuse, joignant 
aux qualités d’une belle race, une livrée du plus bel effet. 

La Padoue frisée, variété naine de luxe. 

La Négresse soie du Japon, jolie petite volaille d'ornement 
ayant la chair absolument noire ; race très précieuse comme 
couveuse et éleveuse pour les animaux les plus délicats. 

La Brahmapoutre, grosse race asiatique, très mauvaise 
pondeuse, mais bonne couveuse. 

L'Orpinglon, création anglaise possédant les meilleures 
qualités requises pour une volaille ; bonne pondeuse d'hiver 
à la chair délicieuse. 

- La Banalam de Pékin et la Nangasaki, races de luxe. 

La Faverolles, race française obtenue par le croisement 
sélectionné de la Houdan et de la Brahmapoutre. Type de la 
race de ferme. 

, Le Combattant Indien, race de combat dont le plus grand 
mérite est de renforcer le sang affaibli des races du pays. 

Le Combattant nain, race de luxe. | 

La Gasconne et la Caussade, races françaises qui peuvent 
lutter avec les meilleures races étrangères tant par la ponte 
que par l’excellence de leur chair. Elles sont remarquables 
par leur rusticité et par leur précocité, comme du reste tout 
ce gui est méridional. | 


ES 


49 — 


Les Courtes-palles, vieille race française, excellente sous 
tous les rapports et dont la conformation Jui assure le mérite 
de ne pas pouvoir gratter dans le sol. 

La Houdan, race française dont l’ensemble des qualités lui 
a valu le surnom de reine des basses-cours. La tête est pour- 
vue d'une huppe ; la crête est double, très petite chez la 
. poule ; la gorge bien développée : les pattes portent cinq 
doigts. La race de Houdan est rustique et a l’avantage de 
s'adapter à tous les milieux. 


Piceons. — La volière spéciale aux pigeons compte un 
grand nombre de races parmi lesquelles nous relevons : 


Le Montauban, la plus grosse race; il arrive à peser 
r,200 grammes. 

Le Romain, frère, par la taille, du Montauban, mais d’une 
plus grande envergure ; il atteint parfois 1" 10. 

Le Polonais, remarquable par ses grands yeux. 

_ Le Queue de Paon, dont la queue est en éventail. 

Le Culbutant qui, en volant, fait des cabrioles. 

Le Pie a le plumage semblable à celui de l’animal auquel 
il emprunte son nom. 

Le Poule a la queue en l'air comme la poule, et le corps 
trapu et ramassé. | 

Le Tunisien, le plus petit de tous les pigeons connus : 
parfois il ne pèse pas plus de 120 grammes à l’âge adulte. 

Le Pigeon-voyageur, curieux par le sens de l'orientation 
qu'il possède à un degré très élevé ; vif, alerte, les ailes lon- 
gues recouvrent les trois quarts de la queue ; le bec est 
garni de deux petites mouilles et l'œil est entouré d’un 
mince filet. 

. Le Brésilien, le ongross. le Boulant, le Nègre à crinière, le 
Bouvreuil, le Papillon de Damas, le Salin étincelé, le Maillet de 
Caux, le Cravaté d’Anatolie, le Miroité, le Frisé Milanais, le: 
Frisé Hongrois, le Rondoni, qui tous se singularisent par 
quelques particularités remarquables. 


 — 


Citons enfin le Capucin, curieux par le capuchon de plumes 
qui entoure sa tête. 


Lapins. — Le lapin est originaire de l'Afrique. Quoique 
du même genre que le lièvre, il est, plus que celui-ci, sus- 
ceptible d'éducation. Pour être moins bonne que celle du 
lapin - sauvage, la chair du lapin domestique n’en est pas 
moins justement appréciée. 

On peut, dans l’éducation du lapin comme dans celle de 
toutes les espèces d'animaux domestiques, augmenter ses 
revenus en élevant les races les plus précieuses ou en sélec- 
tionnant les races communes. Une bonne qualité ne coûte 
pas plus à nourrir qu’une mauvaise, et donne de plus grands 
bénéfices. C’est la réflexion que nous faisions tous en admi- 
rant les belles races suivantes qui se distinguent autant par 
leur grande taille que par la richesse de leur fourrure. 

Le Lapin noir el feu, bonne race anglaise. 

Le Géant de Flandre, le plus gros des lapins domestiques. 

Le Bélier, remarquable par sa grande taille et par la lon- 
gueur de ses oreilles. | 

Le Russe, l’Argenté de Champagne et l’Angora dont les 
poils sont une source de revenus, car ils servent à faire les 
feutres les plus fins. La fourrure de ces trois races de lapins 
est si belle que les fourreurs la convertissent en loutre de 
Colombie, loutre électrique, loutre d’Asie, loutre de Virgi- 
nie, et, quand elle est blanche, en herminette et en hermine 
royale. 

Au moment de notre départ, une agréable surprise nous 
attendait sous la forme de rafraîchissements offerts à l’ombre 
des grands arbres du jardin. A la pluie du matin avait 
succédé un temps magnifique qui avait altéré nos gosiers. 
On choque le verre à la santé de nos amphytrions, à celle 
des membres présents et à la prospérité de notre Société. 
L'’organisateur de l’excursion me prie d’être auprès de 
M"° et de M. Turrel l’interprête de nos remerciements una- 


= 48 — 


nimes pour le bienveillant accueil qui nous a été réservé en 
leur absence. Nous nous rendons ensuite à la halte de 
Raonel où, quelques minutes après, le tramway à vapeur 
emportait nos collègues vers Narbonne et Carcassonne. 


A. BLANQUIER. 


BIBLIOGRAPHIE 


BourreT : Port de la Nouvelle. 

CauvET (E.) : Etude historique sur Fontfroide. 

Baron TRouUvYÉ : Département de l'Aude. 

Mouyxés et TissiEr : Archives de Narbonne. 

RouviLe (DE) et ViGuIER : Carte géologique de l'Aude. 
TounNaL : Bassin Inférieur de l'Aude. 

AUGÉ (Claude) : Dictionnaire de la langue française. 

LA CHATRE (Maurice) : Dictionnaire de la langue française. 


EXCURSION 
Des 19 D 20 Mai 1907 


A BUGARACH ET FOURTOU 


Par M. A. FAGES 


Il ne restera plus bientôt dans notre département un 
hameau que notre vaillante Société n'ait visité. Dans les 
premiers temps, combien nombreux étaient les excursion- 
nistes ? On n’y travaillait pas davantage peut-être, mais 
nous étions plus largement représentés. Peut-être aussi 
nos fervents d'autrefois croient-ils avoir tout vu : qu'ils 
se détrompent. Que de beautés, que de sites ignorés, 
même aux portes de la ville! La tâche, il est vrai, est 
plus difficile pour le Comité d’excursions, car il faut voir du 
nouveau et ne pas repasser aux mêmes endroits. Mais les 
excursionnistes seraient largement récompensés de leurs 
peines, s'ils répondaient en plus grand nombre à l’appel de 
notre devoué Secrétaire. 


PREMIÈRE JOURNÉE 


L'excursion de la Pentecôte, du compte-rendu de laquelle 
on a bien voulu me charger, était fort intéressante. Déjà plu- 
sieurs fois nous avions traversé la région que je vais 
décrire, mais elle n’avait jamais été explorée avec attention. 
Et pourtant la station de la Viallasse, si riche en fossiles du 
turonien, méritait bien une halte. 

C’esi ce que nous fimes le 19 mai. À neuf heures du ma- 
tin, notre caravane suivait les deux rives de la Blanque, 
tandis que nos voitures allaient nous attendre à Bugarach. 

Le turonien se présente ici sous l’aspect d'une roche gri- 
sâtre très dure, mais bientôt, au premier tournant, il cède 
le pas aux calcaires marneux schistoïdes gris-bleu, toujours 


= ET = 


très fossilifères. Quelle belle récolte nous y faisons ! Nos 
sacs sont pleins en peu de temps ; une halte est même 
nécessaire pour opérer un triage. Pendant ce temps, les 
botanistes qui étaient montés vers l'ouest nous rejoignent. 
Leurs boites ou cartons ne débordent pas de plantes ; à leur 
air, nous comprenons que leur récolte est maigre. Un regard 
dans la direction qu'ils viennent de parcourir répond à notre 
interrogation : sur une étendue de plusieurs kilomètres, le 
feu a tout dévasté ; seules quelques plantes tardives poussent 
au milieu de tas de pierres. 

Vous me permettrez d'ouvrir une parenthèse pour vous 
toucher quelques mots de ces incendies trop fréquenis. Il 
se peut qu'ils soient dus à une cause accidentelle, mais 
vous n’ignorez pas que lorsque les arbres et les arbustes 
deviennent touflus, les herbages disparaissent. Or, je suis 
d'avis que le plus souvent ce sont les bergers qui y mettent 
le feu. Remarquez que ces « accidents » ne se produisent 
que pendant la nuit. | 

La première année, on voit surgir quelques rares plantes, 
mais une année après, tous ces parages sont recouverts d’un 
tapis vert, excellente pâture pour les troupeaux. : 

Tout doucement nous montons à pied vers Bugarach où 
nous arrivons vers onze heures. 

D’après Fédié, Bugarach aurait été un oppidum gallo- 
celtique établi au pied du fameux pic qui. avant la conquête 
romaine, servait de limite entre la Gaule Narbonnaise et le 
pays des Sardons, devenu plus tard le Roussillon. 

Dans le Cartulaire de l’abbaye de Saint-Polycarpe, vers 
la fin du 1x° siècle il est fait mention pour la première fois de 
Bugaragium. C'est dans une charte datée de juin 889 que le 
roi de France, Eudes ou Odon, confirme en faveur des abbés 
de Saint-Polycarpe les donations faites par les rois, ses pré- 
décesseurs, et leur garantit la possession de plusieurs 
villages. . 

Après le démembrement de l’abbaye de Saint-Polycarpe, 


_ &8 — 


Bugarach demeura attaché à l’abbaye d’Alet qui lui conserva 
les mêmes droits et privilèges. Après la guerre des albi- 
geois, Bugarach fut confisqué et donné en apanage à Perrot 
de Voisins. | 


Les habitants de Bugarach, gâtés par les abbés, voulant 
user de leurs anciens privilèges, furent souvent en guerre 
avec leurs seigneurs. Malgré leur résistance, ceux-ci furent 
forcés de répondre à la requête de leurs vassaux, ainsi que 
le constate la transaction passée à Caderonne en 1307. 


En 1529, quand fut dressé le rôle de la noblesse qui fut 
convoquée à la revue passée à Caunes-Minervois, le seigneur 
de Bugarach figure pour un homme d’armes. 


À partir du xvn° siècle, Bugarach dépendit de la seigneurie 
de St-Just. 


Après la Révolution, celte commune fut érigée en chef- 
lieu de canton, titre qu’elle perdit d’ailleurs peu de temps 
après. | 

Le baron Trouvé, dans sa Slalistique du département de 
l'Aude, parue en 1818, dit que Bugarach possédait à cetle 
époque 179 maisons et trois moulins à eau. La population 
élait de 807 âmes. Les hameaux de la Vialasse, de Linas, de 


Capitaines et de la Sauzade faisaient partie de la commune... 


A près un excellent déjeuner à l’hôtel Périer. nous remontons 
en voiture, pour aller visiter les sources de l’Agly. Celles-ci 
naissent au pied du Linas, au milieu d’un pré émaillé de 
bruns orchis et de jaunes primevères. Elles forment deux 
petits ruisseaux qui se réunissent dans la gorge qui ne livre 
passage qu’à leur cours et au chemin de Cubiêres. A° 1500 
mètres plus bas, une grande source sort d'une grotte, et 
c'est en réalité à cet endroit que l’Agly commence, car dans 
les grandes chaleurs de l'été , les premières sources sont 
taries. 


Nous gravissons les pentes sur lesquelles s'élève le hameau 
de Linas, afin de visiter. un gisement fossilifère signalé 


10 — 


par nos maîtres en géologie. En effet, grâce à notre collègue 
Malet, nous trouvons, à l’ouest de la ferme, des polypiers 
qui, forment une zone intérmédiaire entre les Rudistes et les 
Echinodermes de l'étage supérieur. 

Il faut rentrer, car nous avons encore à visiter les restes 
du château de Bugarach. C’est la dernière partie du pro- 
_ gramme de cette première journée. 

Le château de Bugarach ne remonte guère qu'à linnée 
1350. On y remarque encore une tour carrée et la partie pen- 
dante d’une tour ronde où monte un escalier en spirale, qui, 
d’après les anciens, communiquerait avec un souterrain. On 
ne peut visiter le moindre château sans qu’il s'y rattache une 
histoire de souterrain allant déboucher plus ou moins loin 
dans la campagne. Pour nous, nous croyons tout simple- 
ment que l'escalier en quesnon conduisait dans une cave ou 
un cellier. 

L'histoire du château est courte. Pendant les guerres de 
religion, les calvinistes, au cours de l'an 1553, s’en emparè- 
rent, mais ils ne purent le conserver. En 1586, les religion- 
naires, ayant à leur tête le duc de Montmorency, se présen- 
térent en force devant le château qui était en bon état de 
défense, mais qui tomba en leur pouvoir après un siège 
meurtrier. Il ne fut pas reconstruit. 

Nous nous séparons aux portes du château pour nous 
retrouver à l’hôtel à 7 heures, pleins d'entrain et prêts à 
recommencer le er 


DEUXIÈME JOURNÉE 


Dès cinq heures du matin nous sommes éveillés par notre 
chef d'excursion. Debout en un clin d'œil, nous cassons les- 
tement une croûte, et sac au dos, nous prenons ensuite à tra- 
vers champs la direction du Col de Capella, guidés par. 
M. Simon, garde forestier, Le se fait un plaisir de nous 
accompagner. 

Comme hier, nous traversons en sens opposé les marnes 


à Echinodermes et nous ne pouvons nous dispenser de ra- 
masser encore quelques jolis échantillons. 


Le sentier que nous suivons a une pente très sensible, 
aussi est-ce avec lenteur que nous le gravissons, ce qui 
nous permet d'admirer encore une fois le pays parcouru, 
surtout le pic de Bugarach que les premiers rayons du soleil 
viennent éclairer. Nous croirions notre rapport incomplet 
si, malgré tous les travaux qui ont été publiés sur ce fameux 
pic, nous n'en disions pas quelques mots. 


Il termine une sorte de rameau poussé par la chaîne de Ga- 
lamus, d’où il se détache, à l’ouest du défilé de l'Agly, près 
du plateau de Malabrac, pour se diriger ensuite vers le nord- 
ouest, en atteignant une altitude de 1231 mètres. L’extré- 
mité de cette haute crête rocheuse, tournée vers le nord, et 
qui en forme le pic, s'élève abruptement au-dessus de la 
plaine qui l'entoure, au nord du ravin de Lauzadel où se 
trouvent les sources de la Blanque. 


Dominant toute cette partie des Corbières, ce massif 
rocheux, par ses formes anguleuses et heurtées, par son échine : 
nue et coupée presque carrément, par sa position élevée 
au milieu d’une vaste plaine, offre un aspect imposant et 
tout particulier, quels que soient le côté ou la distance d’où 
on l’aperçoit. Il frappe surtout le regard par son élévation 
relativement au relief du pays environnant, par sa forme et 
sa teinte sombre, et les lignes de perspective qui s'y ratta- 
chent. De quelque côté qu’il se montre, son profil se détache 
toujours de la manière la plus nette et la plus bizarre au- 
dessus des montagnes et des taillis qui l'entourent. 


‘Enfin nous voici au col du Capella, petit sentier qui tra- 
verse le roc de Balesou: une halte ici est nécessaire, car 
nous sommes dans le cénomanien. En peu de temps notre 
récolte fossilifère est faite, et en descendant, nous récoltons 
encore l'Orbitolina plana, et plus bas l'Orbitolina lenlicularis. 


Nous continuons notre course vers la Source salée. Quel 


changement de décor ! Autant le côté sud que nous venons 
de parcourir est abrupt et aride, autant le côté nord est cou- 
vert d’une végétation luxuriante. Nous descendons sous un 
dôme de verdure formé par l’enchevêtrement des hèêtres : 
des mousses et des fougères tapissent le sol que viennent 
égayer des Dentaria pinnala en fleurs. | 


Les sources de la Salz naissent à 200 mètres d'altitude et 
torment la rivière de ce nom. Bon nombre de personnes, 
nous dit-on, viennent y puiser de l’eau afin de se procurer 
le sel nécessaire pour leur ménage. 


Autrefois les gens de Sougraigne en retiraient du sel 
qu'ils vendaient dans la contrée. Pour ce motif, les sources 
étaient l’objet d’une active surveillance de la part des pos- 
sesseurs de la ferme des gabelles, qui y avaient établi un 
poste en vue d'empêcher les paysans d’alentour d'utiliser 
ces eaux. Quand les évènements rendirent cette surveilance 
plus difficile, on s'y prit d’une autre façon pour priver d’eau 
salée les habitants du pays. En 1790, la plus grande source 
fut comblée par les employés de la ferme préposés à sa 
garde. De sorte qu’elle n’a plus aujourd’hui ni bassin, ni 
cours déterminé, et sourd çà et là à travers un terrain 
boueux, d’une couleur noirâtre, où nous récoltons de nom- 
breux cristaux de quartz bipyramidés. Plus haut, sur une 
butte, nous voyons, toujours avec des cristaux, quelques 
morceaux de gypse. Ce qui nous fait supposer que, comme 
aux environs du Bézu, nous sommes dans le frias. Quoique 
nous n'ayons pas d’entomologiste avec nous, je signalerai 
la récolte de coléoptères que nous fimes, dans le pré qui 
domine les sources, et dont je puis donner les noms grâce 
aux déterminations de M. Gavoy 


Cicindela campestris. Chlænius fulgidicollis. 
Carabus cancellatus, type et variétés. Ateuchus laticollis. 
Pæcilus dimidiatus. Geotrupes vernalis. 


Harpalus rubripes. Hoplia cœrulea. 


— #9 — 


À dix heures, nous étions à Fourtou, petit village situé 
sur le ruisseau de ce nom. Après avoir déposé nos sacs à l’hô- 
tel Cros, nous nous dirigeämes vers les cascades qui se trou- 
vent à 1200 mètres en aval. Quel ravissant tableau ! Les eaux 
du ruisseau tombent d’une hauteur d'une centaine de mètres 
à travers une végétalion luxuriante. Plus bas, à travers les 
arbres, on distingue noyées dans la verdure les ruines d’un 
moulin. A droite d2scend de la même hauteur le ruisseau 
du moulin qui prend sa source non loin de là. Il glisse 
sur une roche lisse. Ses eaux claires se changent en écume 
dans un passage très brusque, et rebondissent à mi-hauteur 
comme deblancs flocons de neige. Fatigués par notre longue 
course du malin nous ne descendons pas jusqu’au fond de 
la chute. L’année dernière, guidé par notre ami M. Allard, 
nous y parvinmes, Là aussi, le spectacle est magnifique. le 
lit du ruisseau est formé d’un chaos au milieu duquel nais- 
sent plusieurs sources. 

C’est là encore que se trouvent les trois grottes que j'ai 
déjà signalées dans une de nos séances. La première est sur 
Ja rive droite du ruisseau, à 62 mètres de la chute. Son ouver- 
ture est de 2 m. 50 de haut sur 2 m. de large. Elle est for- 
mée d’un couloir S.-N. qui va en se retrécissant, et n’est 
plus, à partir d’une certaine distance, qu’un boyau de 
0,70 sur 0,90. On la dit longue de 300 mètres. Elle 
porte le nom de Grotte des Surcières. "D'après les gens du 
_pays, en temps d'orage, on entend sortir des mugissements. 
Lors d’une précédente visite nous nous sommes expliqué ce 
phénomène. La grotte doit avoir une seconde ouverture par 
où elle reçoit les eaux de pluie. Or, comme le sol a une pente 
assez forie et accidentée, le rebondissement des eaux produit 
ces bruits que l’imagination populaire a attribués à des sor- 
cières. La preuve la plus concluante que cette. grotte livre 
passage aux eaux de pluie c'est que le sol en est lavé. 

En face et à 20 mètres au dessus de la route qui va à Mou- 
thoumet, se trouve la Grotte du Saut. Son orifice de 1 m. 20 


— #9 — 


sur o m. 80 va s’élargissant jusqu'à 1 m. 95, et se trouve 
soudain comblé par un éboulement. Le jour de l’excursion 
notre dévoué collègue, M. Malet, y trouva une partie de 
maxillaire humain empâté dans une stalactite, ce serait donc à 
une grotte sépulcrale que nous aurions à faire. Nous nous 
proposons de la fouiller dès que nous en aurons le loisir et 
de faire connaître le résultat de nos recherches. 

Enfin, toujours sur la rive gauche, et à 200 mètres en 
amont, se trouve la Grotte de l'Embarrado : c’est un long boyau 
de 1 m. 80 sur 0,60 creusé dans le turonien. Elle est très 
curieuse par les hippurites qui en tapissent les parois, On y 
a trouvé deux haches .en pierre polie. 

Midi sonne, c’est l'heure du déjeuner. Nous nous rendons 
à l’hôtel, dont le patron, M. Joseph Cros, est un de nos 
collègues, disons plutôt un ami. 

La fin de notre programme indiquait : visite des ruines du 
château, dolmen, fossiles du turonien. Que de travail et nous 
avons si peu de temps devant nous ! Et puis on vient de 
déjeuner. c’est tout dire. Malgré cela les plus dévoués vont 
visiter le château. On y voit de grands murs sur une éten- 
due d’une centaine de mètres. Par qui a-t-il été habité? 
Qui a rasé ses murs? Un habitant du pays nous dit que 
‘c'est Les Casleillasses et c'est tout. Si nous étions un peu plus 
autorisé en archéologie, nous dirions que c’est du wisigo- 
thique ; c’est bien la construction en petit appareil. A d’au- 
tres mieux versés que nous dans cette science de résoudre 
la question. | 

Le dolmen se trouve à quelques mètres à gauche. La dalle 
supérieure a 4 mètres sur 6 et ne repose plus que sur un 
seul pied. | | 

L'heure du départ a sonné. Nous remontons en voiture et 
nous arrivons à 4 heures à Sougraigne, localité classique 
pour les géologues. À 5 heures nous sommes à Rennes, où 
nous faisons une halte de quelques minutes pour serrer 
la main aux nombreux amis que nous y avons et à 9 heures 


— 54 — 


nous rentrons à Carcassonne, enchantés de l’emploi de nos 
deux ; jours de vacances. | 


Fossiles récoltés dans le : 


. SÉNONIEN TURONIEN 


Janits quadricostata d'Orb. Nautilus Sp. ? 

Spondylus spinosus Sow. Ammonites varians d'Orb. 

Ostrea vesicularis Lm. Trochus Sougraignensis d’'Arch. 
Tellina fragilis d'Arch. Natica lyrata Sow. 

Crassatella regularis d'Orb. Rostellaria pyrenaica d'Orb. 
Rostellaria pyrenaica d'Orb. Phaladomya ligerensis d’Orb. 
Natica lyrata Sow. Astrea Sp.? 


A. FAGES. 


EXCURSION 


Du 30 Juin 1907 


LA 


À SAINT-DENIS ET SAISSACG 


Dans la Montagne-Noire 


Par M. Germain SICARD 


PROGRAMME OFFICIEL 


h. 45 matin. — Rendez-vous boulevard de la Préfecture devant l'an- 
cienne gendarmerie. 

6 h. — Départ en voiture. 

9 h. 30. — Arrivée à Saint-Denis sur le Lignon. Visite du village et 
de ses abords. — Les prairies. — Herborisation. — Entomo- 
logie. 

12 h. — Diner. 

2 h. soir. — Départ en voiture pour Saissac, sur la Bernassonne. — 
Visite des ruines du château. Menhir. 

5 h. — Départ de Saissac. 

8 h. — Arrivée à Carcassonne. 

Cotisation : 3 fr. 25 pour les Sociétaires.— Vivres dans le sac. 


RÉCIT DE L’EXCURSION 


Carcassonne, 30 juin 1907, 6 h. du matin. 


Quelques légères gouttes de pluie, filtrant à travers la 
luxuriante frondaison des platanes de nos boulevards, 
avaient jeté comme une appréhension d'inquiétude sur 
notre départ. Menaces vaines, à cette heure matinale, aga- 
çantes provocations de la nature, à présent dans tout son 
éclat, et qui se parant de fleurs irisées pour mieux accen‘ 
tuer ses charmes, semblait nous repousser tout d'abord, pour 
nous mieux séduire ensuite, et tout à l’heure nous favo- 


— 56 — 


risera de ses plus gracieux sourires, justifiant l’antique 
adage : « Pluie du matin n’est pas journalière » (1). 

Maintenant nous filons allègrement dans un vaste break 
au trot cadencé de trois solides chevaux, fuyant la ville, ses 
rues étroites et ses miasmes matinaux, aspirant à pleins 
poumons l’air vivifiant de la campagne. 

Nous dévalons sur la route de Pennautier, moëlleusement 
enveloppés dans nos chaudes couvertures, regardant dans 
un doux bien-être de rêverie se déployer sur notre droite 
les interminables files de peupliers qui bordent les rives du 
du Fresquel. Emergeant d'une buée d’une douteuse diapha- 
néité, leurs tiges grèles et élancées semblent de vraies per- 
ceuses de ciel ; de vagues et blanches vapeurs, filles du 
malin, errantes des airs, s’accrochent parfois à ces fières 
hampes comme si elles voulaient leur servir de drapeau, et 
envelopper de leur gaze légère l’essaim tourbillonnant de leurs 
feuilles vertes qui paraissent, à celte hauteur, papillonner 
dans l’éther; mais au contact de la flèche aigue. elles se 
déchirent en lambeaux et vont s’évanouir dans l'azur. Les 
paysages entrevus dans ce brouillard matinal se teintent de 
fantastiques et changeantes nuances, les images sont défor- 
mées. les contours indécis, les distances confondues, \mais 
bientôt des rayons plus vifs les colorent, les traits de feu par- 
tis du char d’Apollon dissipent soudain toutes les appa- 
rences chatoyantes et trompeuses, pour éclairer d’un vif et 
réel éclat la contrée que nous allons parcourir. 

Nous avons maintenant quitté la vallée où sur de riches 
alluvions verdoient d’opulentes cultures, au milieu desquelles 
serpentent languissament les eaux limpides du Fresquel. 

Nous obliquons à présent vers le Nord. La route, jusqu'ici 
à peu près plane, accentue la déclivité de ses courbes et nous 
attaquons les premières croupes de la Montagne-Noire. L'as- 
pect du pays se modifie déjà avec la nature du sol. Ce n’est 


(1) On dit aussi : « Pluie du matin, n’effraie pas le pèlerin -». 


| — 57 — 

pas encore la montagne, la vraie montagne, la montagne 
avec sa chevelure de hêtres et ses pieds de granit, mais ce 
sont déjà les ondulations prononcées. les céréales succédant 
aux vignes, des rochers calcaires émergeant deci delà dans 
les cultures et au bord du chemin. Derrière nous l'horizon 
se révèle, vasle encore, nous permeltant de voir ce que 
nous venons de quitter, mais tout nous fait pressentir que 
notre route encaissée dans d’étroits vallons ne nous lais- 
sera plus revoir que des hauts plateaux les riches plaines 
que nous venons d'abandonner et que nous ne contemple- 
rons plus qu’encadrées dans les lointains vaporeux d'un 
admirable panorama. | 

La nature essentiellement calcaire du terrain qui nous 
environne se manifeste de plus en plus par sa flore composée 
de buis, de cistes, d’ajoncs et autres plantes calcicoles, par 
ses roches qui montrent sur leurs parois d’inombrables tra. 
ces d’alvéolines et de nummulites. Nous sommes en effet ici 
en plein terrain nummulitique, débaptlisé aujourd’hui par 
les néogéologues qui, comme les conseillers municipaux 
néostyle, mettent leur gloire à changer les noms. (Ïl n’y 
aurait plus de honte aujourd’hui à prendre le Pirée pour 
un nom d'homme). | 

Ce terrain ‘est maintenant le Lutétien inférieur ou Ypres- 
sien, marqué sur la nouvelle carte géologique par les 
letires e, a e,;, comme Îles angles des figures géométriques. 

Mais les falaises bleuâtres mouchetées de points blancs 
qui nous environnent restent toujours pour nous les vieilles 
roches nummulitiques et en dépit des nouvelles détermina- 
tions nous saluons en passant l'antique calcaire de Ventenac. 

Nos équipages vont lentement sur cette route toujours mon- 
tante. Nous en profitons, au voisinage d'Aragon, pendant 
que les voitures décrivent une courbe en lacet, pour dégour- 
dir nos jambes et accélérer le jeu de nos poumons par 
quelques- instants de marche : les botanistes auront ainsi 
tout loisir pour recueillir des plantes, pendant que leurs 


) 


— 58 — 
collègues cheminent en devisant gaiemeut. Nos deux véhi- 
cules doivent nous rejoindre à Aragon que nous allons 
atteindre plus rapidement qu’eux par un chemin de traverse. 

Le village d'Aragon (1) offre aux yeux du touriste l’aspect 
le plus pittoresque. Orienté au Midi, toutes Les fenêtres de ses 
maisons groupées en amphithéâtre sont largement ouvertes 
comme pour sourire aux rayons d'un bienveillant soleil. Ce 
ne sont plus déjà les habitations de la plaine dont les ouver- 
tures craintives ne laissent, en cette chaude saison, pénétrer 
que par une étroite fissure les rayons étincelants de l’astre 
du jour. On sent qu'ici l'atmosphère est plus fraîche, l’air 
plus pur et plus vif et que la chaleur de Phébus vivifie sans 
brüler. 

La route traverse le village. C’est Dimanche, les habi- 
tants du lieu ne sont donc pas occupés aux travaux des 
champs ; sous leurs habits de fête ils nous regardent curieu- 
sement passer. Passer est le mot, car nous traversons Ara- 
gon sans même visiter l’église, en remarquant seulement 
sur une place une eroix en pierre sculptée, paraissant dater 
de l’époque de la Renaissance. 

La route s’élève en contournant le village et nous passons 
bientôt devant les antiques remparts qui se dressent au nord 
d’Aragon sur de hautes falaises nummulitiques. On remar- 
que encore des tours et des restes de défenses, dans les- 
quelles s'ouvrent des fenêtres d'habitations particulières. 

La forteresse qui protégeait jadis Aragon, construite sur un 
mamelon isolé, était fort bien placée et sa situation en faisait 
un point inexpugnable. Son origine est fort ancienne, 


(1) Aragon, 465 hab. en 1893. Carte du Ministère de l'Intérieur. — 
604 hab. en 1875. Géographie de l'Aude, de Ditandy. 

En consultant le Dictionnaire des Communes de l'Aude, la —— 
du département de l'Aude, par A. Ditandy (18%5)-et en se rapportant 
au chiffre des habitants inscrits sur la carte du Ministère de l’Intérieur 
datée de 1893, on constate dans tous les villages de la Montagne-Noire, 
comme à Aragon, une diminution notable de la population. | 


— K9 — 


puisqu'il en est dèjà question en 1126, époque ou Guillau- 
me Roger d'Aragon prêta serment de fidélité à Bernard Aton 
comte de Carcassonne (1). Plus tard, en 1269, Pierre d’Ara- 
gon, restant fidèle au Saint-Siège, se joignit à Simon de 
Montfort pour s'emparer des châteaux de Montréal et de 
 Fanjeaux. Mais ces antiques remparts ont pendant de longs 
siècles subi d’incessantes transformations et ne conservent 
plus aujourd’hui que quelques traces de l’architecture mili- 
taire des xvr° et xvn° siècle. 

Avant d'atteindre Aragon nous avons franchi le cours du 

Trappel que nous laissons à notre gauche. Nous traversons 
une étroite bande de Sparnacien et arrivons jusqu’à Fraisse- 
Cabardés dans le terrain désigné aujourd'hui sous le nom de 
Montien. 
__ Fraissé-Cabardès (2) est également une très ancienne loca- 
lité qui existait dès le 1x° siècle, et fut donnée par Charles 
le Chauve à Oliba. comte de Carcassonne. Depuis, les évé- 
ques de ce diocèse en ont conservé la seigneurie jusqu’en 1789. 
_ La route en lacets traverse et contourne le village. Du reste, 
rien d’intéressant à y voir, l'église ne renferme rien de 
remarquable et il ne subsiste plus que quelques pans de 
murs de l’ancien château féodal. 

Les quelques kilomètres qui nous séparent de Brousses ne 
prennent que quelques instants, et à 9 heures nous l’aper- 
cevons sur notre droite. Brousses a jadis été un centre indus- 
triel assez important. Les eaux vives et abondantes de la 


(4) Manu, Tom. I. p. 46.— On a découvert près d'Aragon, en défon- 
çant un champ appartenant à M. le baron Peyrusse, une plaque de 
marbre ainsi décrite dans le Cartulaire sus-nommé :.V(ivens), L(ucius), 
Cornel(ius). — Sibi et Rutiliæ Exorat (æ). — Ce morceau de marbre 
était au fond d’une tombe formée de tuiles à rebord (mss de M. Mariane, 
géomètre en chef du cadastre. Cabinet de M. Cros-Mayrevieille), — II 
existe probablement un menbhir dans le territoire d'Aragon puisqu’un 
de ses tènements porte le nom de Peiro-plantado. 

(2) Fraissé-Cabardès, 240 hab. en 1893. — 292 hab, en 1875. 


— 60 — 


Dure, coulant sur l’imperméable sol granitique, actionnaient 
plusieurs usines où l’on fabriquait du papier et du carton 
pour emballer les draps que de nombreuses manufactures 
confectionnaient alors à Carcassonne et dans les environs. 

On remarque aussi à Brousses une exploitation agricole 
appelée le Chälet qui témoigne de l'esprit inventif et prati- 
que de son créateur, M. Benoît Journet qui, en 1855, utilisa 
les eaux de la Dure après leur emploi comme force motrice 
pour irriguer des terrains jusqu'alors incultes, et qui bien 
nivelés et bien disposés purent, malgré la nature du sol et 
le peu d'épaisseur de la couche arable, donner des reve- 
nus satisfaisants. 

Aujourd'hui Brousses. (1) a bien perdu de son ancienne 
activité industrielle et le nombre de ses usiues et de ses 
moulins est bien réduit. Au x° siècle la communauté de 
Brousses existait déjà et passa en 934 du pouvoir du comte 
de Carcassonne, Acfred II, à celui des religieux bénédictins 
de l’abbaye de Montolieu qui en jouirent jusqu’en 1789. On 
voit encore, non loin du village, les ruines d’un château 
appelé le Pescaïras (2) et qui fut, dit-on, l’antique habitation 
des moines, possesseurs et seigneurs de Brousses. 

Les eaux de la Dure coulent sous d’épais ombrages. im- 
prégnés de toute la fraîcheur spéciale aux terrains graniti- 
ques : aux alentours de ses rives des ruissellements de sour- 
ces sourdent à chaque pas. Un pont élevé sur une courbe 
de la rivière, en face d’une usine, nous permet d'accéder à 
la rive opposée et en quelques minutes nous arrivons à Vil- 
laret, annexe de Brousses. 

Le hameau de Villaret, qui ne comprend que quelques 
feux, eut jusqu’en 1792 son existence propre : il appartenait, 
comme Brousses, à l’abbaye de Montolieu et nous voyons 
dans une bulle du pape Agapet II en 950 que son église dédiée 


(1) Brousses et Villaret : 393 hab. en 1893, Carte du Ministre de 
l'Intérieur. — 450 hab. en 1875, Géographie de l'Aude, par Ditandy. 


(2) Mauuz : T, IV, p. 406. 


— 1 — 


à St-Etienne était du nombre des possessions confirmées à 
cette abbaye (r). 

Nous passons rapidement au milieu des humbles demeu- 
res pittoresquement dispersées à gauche et à droite du che- 
min et entourées de jardins‘et de pâturages et nous voici 
bientôt sur les bords du Lignon. 

Nous traversons le cours d’eau en amont d'un moulin (2) et | 
en aval d’un domaine précédé d’un parc ombragé d'arbres 
séculaires, Autour de nous, tout est verdure et fraicheur, et 
le murmure puissant des eaux bondissantes se mêle au doux 
susurrement du feuillage agité par la brise. 

Nos voitures s’arrêtent et nous descendons pour gravir 
pédestrement les quelques centaines de mètres qui nous 
séparent de St-Denis, 

Un guide aimable et érudit (3) habitant la ville, mais ayant 
ses pénates à Saint-Denis. nous attendait là pour nous faire 
les honneurs de son pays natal, et nous montrer cetle 
curieuse disposition de quadrilatères. séparés par de larges 
avenues rectilignes, qui caractérise si originalement le ter- 
ritoire de Saint-Denis (4). Tandis que les botanistes, les 
amateurs de pittoresque et les dames et demoiselles, qui 
savent si bien par présence assurer un attrait si séduisant à 
nos excursions, se dispersaient par groupes dans les allées 
ombreuses, les archéologues, la boussole et le décamètre à 
la main, mesuraient la largeur des allées qui, après avoir 
formé les rues du village se prolongent dans la campagne et 
étudiaient l'épaisseur el le mode de construction des murs 
d'enclos, celle des maisons et du vieux château. 


(4) Maauz : T. IV. p. 407. 

(2) Moulin de Viste et domaine de Roque-Nègre. 

(3) M. Durand, professeur en retraite du Lycée, qui le premier a 
remarqué l'importance et l'antiquité des alignements de Saint-Denis. 
{Voir Bull. de la Soc. d'Et. Sc. de l'Aude, T. XIX. Séance du 17 février 
1907). 

(4) Saint-Denis : 453 hab. 


4e 


— 62 — 


Le village de Saint-Denis offre en eflet un aspect tout par- 
ticulier et tout diftérent de ses congénères de la Montagne- 
Noire. Si l’on examine une carte quelconque, soit celle de 
l’Etat-major au 80/1000 (feuille 243 Carcassonne), soit celle 
du Ministère de l'Intérieur au 100/1000° (feuille 16 Castelnau- 
dary), on est tout de suite surpris en voyant le quadrillage qui 
enserre cette localité, quadrillage que l’on chercherait vaine- 
ment sur les autres parties des cartes de l’Aude, de l'Ariège, 
de la Haute-Garonne et du Gard où l’on voit d'anciennes villes 
et d’antiques bastides, comme Carcassonne, Mirepoix, Revel, 
Aiguesmortes, avec leurs rues tracées à angle droit, mais 
nulle part on ne trouve le quadrillage de St-Denis, qui 
dénote certainement une idée particulière, une préoccupa- 
tion des auteurs de la carte. Nulle part aussi on ne trouve 
dans ces antiques cités des voies larges de 8, 10 et 12 mètres. 
Les rues de ces vieilles bastides sont, en effet, toutes assez 
resserrées, elles ont tout au plus 4 à 5 mètres de largeur, si 
nous tenons comple de celles qui n’ont pas été élargies : et 
si nous considérons la façon de bâlir aux xiv° et xv° siècles 
avec étages à encorbellements, nous pouvons affirmer 
que les faiseurs de plans de ces cités n’eurent jamais en 
vue les larges proportions, l'idée d’aération, de grandiose, 
que pouvaient avoir ceux qui ont tracé les avenues de Saint- 
Denis. 


Evidemment, à l’aspect de ces voies si larges, une pensée 
surgit dans l’esprit de l'observateur. celle des vastes propor- 
tions et des splendides aspects, qu'aimaient les architectes 
et les géomètres romains : mais ici un obstacle nous arrête, 
car si les avenues de Saint-Denis présentent des proportions 
de largeur vraiment romaines, le peu d'’élendue de la 
surface des rectangles qu’elles enserrent nous donne à 
réfléchir. Plus loin, il-est vrai, les limites qui s’étendent dans 
la campagne et qui se profilent sur celles du village attei- 
guent de plus vastes dimensions, mais pour conclure de là 
à une division de terrains établie par les arpenteurs romains, 


» 


. | PU EEE 

surtout pour les terres attribuées aux colons (ager divisus 
adsignatus coloniarum), nous nous heurtons à de nombreuses 
difficultés, notamment à l’étendue des surfaces parcellaires. 
Si nous étudions, en eftet, la manière de procéder des 
géomètres romains, décrites par les gromalici veteres (1), les 
travaux de M. Schulten (2), et le savant mémoire de M. Tou- 
tain (3) sur -le cadastre de l'Afrique romaine, nous appre- 
nons que les carrés ou rectangles appelés centuries avaient 
de 704 à 710 mètres de côté, et ces côtés étaient orientés 
sur deux lignes de base, le Decumanus maximus allant de 
l'Est à l'Ouest et le Kardo maximus allant du Nord au Sud. 
Remarquons en passant que les avenues de Saint-Denis sont 
orientées dans ce sens. Seulement les rectangles que nous 
trouvons ici n’ont que 65 à 70 mètres ou 70 à 75 mètres de 
côté. Serait-ce des divisions ou des subdivisions de 
centuries ? Serait-ce des scamna ou des strigæ, rectangles 
dont le plus grand côté était soit du côté du Decumanus 
maæimus, soit du côté du Kardo maximus et dont je n’ai pas 
trouvé les dimensions dans les auteurs ? C’est ce que nous 
ne pouvons dire, nous bornant à constater les faits. Il est 
toutefois certain que si l’on se place sur un point élevé, et 
si l’on porte ses regards sur la partie du territoire de 
Saint-Denis qui s'étend au sud vers Montolieu, on distingue 
encore très bien des lignes de division indiquées soit par 
des files d'arbres, des haies ou de petits murs, et embras- 
sant des surfaces bien plus grandes que celles des enclos du 
village. Le peu de temps que nous avons passé en ces lieux 
ne nous a pas permis d'apprécier d’une manière plus 
approfondie la disposition de ces surfaces. 


(1) Gromatici veteres : Ed. Lachman et Rudorfi. 
(2) M. ScuuLTen. — L'arpentage romain en Tunisie. (Bull. Arch. du 
. Comité des Travaux hist. 1902). | 

(3) TouTain. — Le cadastre de l'Afrique romaine. Paris, Imprimerie 
Nationale, 1907. 


pi — 


Il faut d'abord tenir compte des différents modes de cons- 
truction des bâtisses qui forment l'ensemble de Saint-Denis. 
Les murs de clôture très épais qui bordent les larges voies. 
sont bâtis en pierre sèche, le vieux château qui rompt leur 
alignement en retrécissant considérablement les rues qui le 
bornent au nord et sud et qui leur est certainement bien pos- 
térieur, est solidement construit à pierre et à chaux, enfin les 
maisons relativement anciennes sont bâties en pierres schis- 
teuses et granitiques reliées par de la terre batlue. (Ne par- 
lons pas des constructions modernes édifiées suivant le mode 
actuel). 

Donc, tout en admettant la création d’une bastide à Saint- 
Denis au .xm1° siècle, nous pouvons déduire, en étudiant les 
différentes bâtisses, que les avenues et leurs murs sont anté- 
rieurs à la fondation du château qui en rompt l’alignement 
et que cependant la plupart des maisons ont été édifiées en 
conservant l’ordre du plan primitif. Rien ne nous empêche 
de supposer que cette première disposition est due aux 
romains. | 

Il n’y aurait rien d'étonnant à ce que ces habiles conqué- 
rants aient installé une station militaire dans cet endroit si 
propice, appuyé sur deux cours d'eau. dominant une 
immense étendue de pays, et d’où l’on pouvait ‘suivre de 
très loin les mouvements de troupes en marche, correspon- 
dre par des signaux avec les postes disséminés dans la plaine 
ou sur les montagnes opposées, et enfin se porter rapide- 
ment à la défense des cols voisins qui font communiquer le 
versant Méditerranéen avec celui de l’Océan. 

L’emplacement de Saint-Denis n'’aurait-il pas élé ainsi 
utilisé comme position stratégique, et ses division( re£tan - 
gulaires ne marqueraient-elles pas les derniers vestiges 
d’un camp permanent avec sa place centrale etses sept russ 
divisant les cantonnements des différentes armes (1). les lots 


(1) Dict. des antiquités grecque et romaine. Castrum, p. 120. 


=, 


de terres plus grands s'étendant dans la campagne d'une 
rivière à l’autre, environ 2 kilomètres et très loin au nord 
et au sud (10 kilomètres), étant les parcelles de terres 
cultivables destinées à approvisionner dans une certaine 
mesure les troupes stationnées en ces lieux. Et l'hypothèse 
d'une colonie romaine dans cette position se trouve corro- 
borée par les lignes suivantes que nous trouvons dans 
l'Histoire des Romains de V. Duruy(r). « L'ancienne colonie 
romaine n’était véritablement qu’une garnison, envoyée sur 
les terres de l’état et, comme Machiavel la nomme, une sen- 
tinelle (2). Elle ne s'établit pas au hasard dans les contrées 
les plus fertiles (3), sur les bords d’un fleuve. en face d’un 
port. Elle a pour but non sa prospérité, mais la garde d’un 
territoire. Au lieu de bâtir une ville à son choix, elle occupe 
en des gorges étroites, sur des montagnes escarpées, de 
vielles cités enceintes de bonnes murailles et qui comman- 
dent au loin le pays. L’agrimensor, parti de Rome avec les 
colons en armes, tous vieux soldats, leur partage les mai- 
sons comme les terres ». 

Reclus, dans sa nouvelle Géographie universelle, nous 
cite un exemple de terres divisées qui pourrait s'appliquer 
sous certains rapports aux alignements rectangulaires de 
Saint-Denis. « Il subsiste encore des traces de délimitation 
faites par les agrimensores. En suivant la voie Emilienne 
entre Cesena et Bologne, de même que, çà et là, dans Île 
Modenais et le Parmesan, le voyageur est tout surpris de 
voir des cheminots égaux, tous parfaitement parallèles, équi- 
distants et perpendiculaires à la grande route. Ils sont tous 
coupés à angles droits par d’autres routins également régu- 


(4) V. Duruy. — Hist. des Romains, T. I. p. 375. 

(2) Le mot est vraiment de Cicéron. Dans le Pro Fontein, il appelle 
Narbonne specula populi romant et propugnaculum (aut supra). 

(3) Tacite dit que les colons se plaignaïient de la mauvaise qualité 
des terres qu'on leur attribuait et qui étaient stériles et remplies 
d’ajoncs. | | 


= 'QÙ 


liers, de sorte que les champs ont exactement la même 
surface. Vues des contreforts des Apennins, ces campagnes 
ressemblent à des damiers de verdure ou de récoltes jaunis- 
santes, et les cartes détaillées prouvent qu’en effet le sol 
de ces districts est découpé en rectangles d'une égalité 
géométrique, ayant 714 mètres de côté et près de 5r hecta- 
res de superficie. Or, ce carré est précisément la centurie 
romaine, et Tite-Live nous apprend que toutes ces terres, 
après avoir été arrachées aux Gaulois, furent mesurées, 
cadastrées et partagées entre les colons romains. Il est donc 
hors de doute que ces réticules si réguliers de chemins, de 
canaux et de sillons, datent de vingt siècles et sont bien 
l’œuvre des vétérans de Rome ». (1) 

Après avoir lu les lignes ci-dessus et en examinant la 
carte d'une colonie romaine, figurée page 376, T. 1, de 
l'Histoire des Romains, de M. Duruy, on est frappé : 1° De 
l'étendue considérable de la surface de terre attribuée à 
. chaque colon, près de 5:1-hectares, d’après Reclus, ce qui, 
de nos jours, représente une assez grande propriété deman- 
dant à être exploitée par un personnel relativement impor- 
tant, et qui paraît être bien considérable pour avoir été 
attribuée à un seul colon ; 2° On se demande comment les 
divisions primitives, en admettant qu'elles aient été au 
début toutes égales, ne se seraient pas sectionnées et 
amoindries ensuite par suite de partages ultérieurs, prove- 
nant de cessions. de ventes ou d’héritages, mais toujours 
divisées régulièrement en portions rectangulaires par les 
Agrimensores, la nue propriété restant toujours apparte- 
nance de l'Etat ; 3° Enfin, nous voyons, en examinant la 
carte de M. Duruy, que les parcelles, en conservant leurs 
angles droits, sont de dimensions bien diverses, ce qui est 
absolument pareil pour les divisions du territoire de Saint- 
Denis. Malgré tout cela nous ne pouvons nous hasarder qu'à 


(4) Reczus. — Nouvelle Géographie Universelle, T. I, p. 344. 


RE 


émettre des hypothèses. Les documents anciens, les preu- 
ves, les sources nous manquent et ce n’est qu’à partir de 
Philippe-le-Bel (1307) que nous pouvons reconstituer l’his- 
toire écrite de Saint-Denis (1). Nous ne trouvons d'autre 
indice de l'occupation romaine que dans la découverte 
fortuite, faite il y a déjà quelques années, d’une tombe, 
avec briques à rebords, où, à côté d’un squelette, on 
recueillit une lampe romaine à 3 becs (2). 

Il est vrai que nulle fouille sérieuse n’a été encore faite 
dans ces parages, et que cette région n'a jamais été bien 
étudiée. Peut-être ces quelques lignes. modestes et hasar- 
deuses appréciations, parvenant jusqu'aux savants archéo- 
logues qui s’appliquent à faire la lumière sur les anciennes 
civilisations, leur feront-elles tourner les yeux de ce côté et 
les engageront-elles à venir résoudre sur place et avec certi- 
tude cet intéressant problème. 

Mais laissons pour un moment les questions archéologi- 
ques, car nous voici tous réunis devant la porte da l’hôtel 
Septours où ont remisé nos équipages. A notre grand 
regret, nous allons nous séparer de nouveau pendant l'heure 
du diner. 

Qu'est devenu le temps où nous nous échappions de la 
ville pour goûter le plaisir d’un déjeuner champêtre, et où 
tous, réunis à l'ombre verdoyante d’un arbre séculaire, ou 
sous l’arcade d’une mystérieuse grotte, nous disposions 
Joyeusement nos vivres du sac sur l'herbe touffue, ‘souvent 
près d’une source d’eau vive, et prenant pour table une 
pierre grossière, passions gaiement le temps du repas au 
milieu des rires et des joyeux propos. C'était alors que 
s'élaboraient en commun les projets pour des courses nou- 
velles, que l'on se rappelait les incidents des précédentes, 
que l’on recevait par acclamätion de nouveaux collègues : 


(1) Mau : T. IV. p. 460. 
(2) Bull. de la Soc. d'Et. sc. de l'Aude (Séance du 17 février 1907), 


_— 68 — 


enfin, comme l’on dit vulgairement, que l’on se faisait pour 
longtemps une provision de bon sang. Ajoutons à ‘cela le 
profit que chacun retirait scientifiquement en écoutant le 
récit des trouvailles et des remarques faites dans la matinée 
par les naturalistes, les archéologues et autres chercheurs. 
Cet heureux temps n’est plus, et c’est avec regret que nous 
voyons depuis quelques années les porteurs des vivres du 
sac, fidèles au programme officiel, s’en aller en petit nom- 
bre déjeuner mélancoliquement à l’ombre d'un vieux mur, 
ou sur le coin d’une table de café, tandis que leurs collègues 
vont triomphalement dans une auberge jouir à table d’hôte 
de tout le confort des commis voyageurs. Cela crée, d’une 
manière regrettable. deux catégories d’excursionnistes. Le 
programme devrait être suivi à la lettre, tous ensemble pour 
le repas, soit à l’hôtel, soit en plein air, ainsi pas de sur- 
prises désagréables et pas de catégories. 

Pour cette fois les rôles ont été bien intervertis, et la gra- 
cieuse et copieuse hospitalité qui nous fut offerte par notre 
aimable guide, M. Durand, valait certes bien mieux 
qu'un repas d’auberge, et si une seule chose manqua à notre 
déjeuner, accompagné des délicates attentions de notfe am- 
phytrion, ce fut la présence de nos collègues (1). | 


Assis sur des sièges rustiques, à l'ombre d’une véranda 
enguirlandée de feuillage, nous pümes contempler, en 
savourant de délicieuses fraises des bois et en dégustant les 
vins généreux de notre hôle. l'ensemble splendide que déve- 
loppait à nos pieds l'aspect de toute une vaste contrée, de- 
puis la base de la Montagne-Noire, la région de CasteÏlnau- 
dary, le territoire de Carcassonne, les collines du Minervois 


(1) En outre des remerciements que nous devons à M. Durand pour 
son sympathique et bienveillant accueil, je tiens à le remercier parti- 
culièrement ici de tous les renseignements qu'il a bien obligeamment 
voulu me donner sur Sainf-Denis et qui ont contribué à me docu- 
menter pour composer ce récit (Vote de l'auteur), 


— 69 — 


jusqu'aux puissantes ondulations des Corbières, s'allongeant 
jusqu'aux cimes neigeuses des Pyrénées, tandis qu’à l'Est 
un vague miroitement nous faisait soupçonner la mer. 

Le village de Saint-Denis est situé sur un des hauts pla- 
teaux de la Montagne- Noire, et son territoire affecte la forme 
d’un anticlinal dont les pentes, s’abaissant à l'Est et à 
l'Ouest, vont plonger dans les thalwegs du Lignon et de 
l’Alzau. Au Sud, la commune confronte celles de Montolieu 
et de Brousses, au Nord celles de Lacombe et de Fontiès, à 
l'Est Cuxac-Cabardès, à l'Ouest Saissac. 

Les terres de Saint-Denis sont relativement très fertiles, si 
on les compare à celles des communes voisines ; on y récolte 
des céréales, des pommes de terre, et d'excellents pâturages 
y nourrissent de nombreux troupeaux (1), des arbres d'es- 
sences très variées y croissent en prospérité et d’abondantes 
eaux, jouissant, dit-on, en outre de leur agréable saveur, de 
propriétés curatives pour certaines affections, y viennent 
entretenir une agréable fraîcheur. 

Ces eaux sont amenées à Saint-Denis par un immense 
réservoir alimenté par les eaux vives de la rivière d’Alzau 
et permettant d'irriguer la plus grande partie de ses terres. 

Voici les notes qui m'ont été fournies par l'honorable et 
érudit M. Durand au sujet de la création de ce vaste bassin : 
« Le 8 Mars 1817, une ordonnance royale autorise la cons- 
truction de digues et de chaussées nécessaires pour retenir 
les eaux destinées à l’arrosage des prairies dépendant da la 
commune de Saint-Denis. Cependant, la construction n'eut 
pas lieu à cette époque, faute de fonds probablement. Le 
5 Mai 1820, le Conseil municipal renouvelle sa demande en 
autorisation de construction, et le bassin fut construit. Il 
- fut exhaussé en 1852 ». 


(4) Les communes où l'élevage de la race bovine est le plus impor- 
tant dans l'Aude sont : Saissac, Saint-Denis, Fontiès-Cabardès, Brous- 
ses et Cuxac (Géographie de l'Aude, par Ditandy, p. 105). 


— T0 — 


Nous trouvons en outre, sur le Cartulaire de M. Mahul, 
que ce réservoir fut établi, d’après les plans de l'ingénieur 
Geoffroy, sur le cours supérieur de l'Alzau, et que ce barrage 
de retenue pouvait tenir en réserve 180,058 mètres cubes 
d’eau. Par l’exhaussement du barrage, la quantité de liquide 
retenu est actuellement portée à 304,000 mètres cubes. 

Aussi tous les environs de Saint-Denis ressemblent-ils à 
une vaste et verdoyante prairie, gigantesque émeraude 
taillée à facettes par ses égales divisions, lac de verdure par- 
semé d’ilots, qui sont des hameaux et des campagnes, pres- 
que tous édifiés sur les lignes primordiales qui s’étendent en 
réseau sur toute cetle région. 

Parmi ces hameaux et ces constructions nous ne saurions 
passer sous silence les Tours nègres ou Tours de Constans (1). 

À quelle époque pouvons-nous faire remonter la fonda- 
tion de cet appareil de défense? Est-il romain ou simple- 
ment roman? Toujours est-il que le plan de cet édifice, sa 
position, la forme de ses ouvertures et sa disposition d’en- 
semble semblent devoir lui faire attribuer une origine très 
reculée. 

C’est dans une gorge étroite de l’Alzau, à 2 kilomètres 
-environ en aval de Saint-Denis, entre deux berges escarpées, 
abondamment boisées de chênes-verts, dont la sombre 
verdure accentue encore l’aspect sauvage et solitaire de ces 
bords, que se dressent sur une roche altière les fières et 
noires murailles du vieux donjon. Le roc sur lequel repo- 
sent les antiques fondations s’élance verticalement sur la 
rive gauche du torrent et présente de ce côté une face inac- 
cessible. La porte d'entrée de la forteresse s’ouvre en dehors 
des murs sur le bord du précipice: du côté opposé sont 
accumulés les moyens de défense. Les Tours nègres se 
composent de deux bâtiments carrés disjoints, mais com- 


(4) Constans est un hameau distant d'environ 300 mètres des Tours 
nègres qui sont comprises dans son territoire. 


muniquant entr’eux et appuyés par de fortes tours : celle du 
Nord est en forme d’hémicycle, absolument plate du côté 
qui fait face à l’abîime ; une tour carrée aux trois-quarts 
démolie se dresse encore près de la porte, deux autres exis- 
taient encore dont on ne trouve plus que les fondations. 
Des meurtrières fortement ébrasées défendent l'accès du côté 
opposé à la rivière. Ces vieux remparts mériteraient certai- 
nement une étude plus approfondie pour permettre de 
reconnaître, au moins approximativement, leur âge. Une 
légende du pays prétend qu'il existe un souterrain faisant 
communiquer les Tours nègres avec le château de Saissac. 
C’est un peu la variante de celle qui fait aboutir les souter- 
rains de la Cité de Carcassonne aux châteaux de Lastours. 

Mais le moment arrive où il faut repartir, et tous en 
groupe devant la façade de l'hôtel, à demi cachée par la 
verdure d’une superbe glycine encore parée de ses grappes 
de fleurs azurées, nous étudions la seconde partie du pro- 
gramme. 

Il est décidé que nous irons en voiture jusqu’au hameau 
du Cros, sur la rive droite de l’Alzau, et que, laissant là 
nos voitures, nous gagnerons à pied Saissac où nous 
retrouverons nos équipages. 

Nous voilà donc partis, quittant non sans regret cette 
charmante localité qui ferait pour les citadins un délicieux 
séjour estival, si l’on y ménageait quelques demeures con- 
fortables et si l’on y bâtissait quelques pittoresques chàlets. 

Nous passons, en sortant du village, devant un beau bâti- 
ment moderne que ses attributs extérieurs désignent comme 
maison religieuse (1). C’est en effet un couvent, pensionnat . 


(1) Le Couvent de Saint-Denis a été établi vers 1855 par M'!° Marie 
Nespoulet, qui se fit religieuse et donna tout son avoir pour cette fon-. 
dation. Il comprenait au début trois religieuses de l'Ordre de Saint- 
Joseph d'Ouillas (Tarn). Ces Sœurs s’occupaient des malades et des 
enfants pauvres. Plus tard ce Couvent s’est transformé uniquement 
en maison d'éducation (Communication de M. Durand). 


= 7 — 


de jeunes filles dirigé il y a peu de temps encore par des 
religieuses, remplacées aujourd'hui par des maîtresses 
laïques. Cet établissement d’une belle apparence paraît fort 
bien aménagé et les pensionnaires qui l’habitent jouissent, 
dans un local tout neuf, de l’air toujours pur et sain de la 
montagne, et de toutes les conditions que réclame l’hygiène 
moderne. En face de cet établissement se trouve l’église qui 
paraît restaurée récemment ; elle est de style ogival et n'offre 
rien de remarquable. 

Quelques pas plus loin, sur la gauche, nous ‘voyons la 
modeste gare des tramways à vapeur de l'Aude, dont la 
ligne va d'ici à Bram. La voie suit toutes les courbes hardies, 
toutes les déclivités prononcées de cette contrée montagneuse. 
Aussi les convois ne se composent-ils que de deux ou trois 
voitures au plus, dans lesquelles les voyageurs sont fort 
secoués. Nous traversons bientôt sur un pont hardi l'Alzau, 
dont les eaux resserrées dans une gorge étroite se couvrent 
d’une blanche écume ; nous sommes à présent sur sa rive 
droite et un chemin en corniche nous amène vers le col qui 
sépare la vallée que nous venons de quitter de celle de la 
Bernassonne. 

Nous descendons au hameau du Cros, laissant nos voitures 
s’acheminer lentement sur Saissac et nous nous dirigeons 
vers les habitations pour demander quel est le plus court 
_ chemin pour gagner la ferme de l’Azérou : mais,le Dimanche, 
hameaux et campagnes sont déserts; cependant, à nos appels 
se présente une avenante jeune fille, parée de ses habits de 
fête et prête à partir pour Saissac. Gracieusement elle nous 
donne les indications demandées, et nous étonne par sa 
sagacité à si bien lire nos cartes et à nous montrer sur celles- 
ci le sentier qui doit nous mener rapidement au but. 

Notons encoreici l'utilité des progrès de l'instruction qui se 
répand aujourd’hui jusqu’au fond des hameaux les plus recu- 
lés, et permet aux modestes habitants de ces campagnes de 
connaître leur pays d’une manière intellectuelle et non rou- 


LI 


_— 73 — 


tinière comme jadis où souvent l'indication donnée par eux 
servait plutôt à égarer le voyageur qu’à le mettre dans la 
bonne direction. : 

Un étroit sentier se dirigeant vers le nord nous amène 
bientôt au milieu de prairies’ émaillées de fleurs, aux plus 
diverses et chatoyantes couleurs. Quelle bonne fortune pour 
les botanistes, aussi se précipitent-ils vers cet eldorado 
scientifique, chaque plante, chaque corolle aux nuances 
variées, chaque frondaison nouvelle les attire. 

Ces vertes pelouses diamantées semblent pour eux le but 
unique de l’excursion et c’est avec regret qu'ils abandonnent 
la’ cueillette de ces riches moissons qui auraient si vite 
rempli leurs herbiers. 

. Le domaine de l’Azérou est vite atteint. C’est une vaste 
ferme, aux bâtiments écrasés et entourés de fumiers, comme 
beaucoup de leurs pareils dans cette contrée : de grands 
arbres les ombragent, de vastes bassins contigus servent à 
abreuver les bestiaux et à arroser jardins et prairies. Cette 
propriété appartient au bureau de bienfaisance de Saissac 
auquel elle fut léguée en 1833 par Madame Bénazet, veuve 
Mahul. 

Le nom de la campagne de l’Azérou, d’après le Cartulaire 
de M. Mahul, viendrait du diminutif patois d’Azerolier, 
variété à baie rouge comestible, mais il est plus probable 
que ce nom vient d’acer, érable, car il se trôuve beaucoup 
d'arbres de cette essence dans les environs (1). Avec peine 
nous cherchons âme qui vive dans les bergeries et dans les 
étables ; enfin nous avons la bonne fortune de rencontrer 
le fermier lui-même, M. Bonnafous, qui, avec la meilleure 
grâce, nous guide vers le menhir cherché. 


(1) Aserou : les érables à petites feuilles, l’érable de Montpellier et 
l'érable champêtre, du latin acer, érable. Ces espèces fournissent un 
chauffage de bonne qualité mais peu abondant, d'où l'aphorisme : 
Aserou ! Aserou ! qué laisso mouri sa maide al cantou (Bull. de la Soc. 
d'El, sc. de l'Aude, T. XVI, p. 149). 


10 


SR ee 


Le monolithe s'élève dars une dépression de terrain, à 
6 ou 700 mètres au N.-0. de la ferme. Il est en pierre de 
granit et a 2" 10 de hauteur et 0" 90 sur o" 70 de tour à 
cinquante centimètres au-dessus du sol. Il va en s’évidant 
en forme de cône vers son sommet. Un buisson d’aubépine 
lui sert d'encadrement. Quoiqu’en contre bas, sa silhouette 
s’aperçoit d'assez loin, dressant sa masse sombre au milieu 
de terres incultes, couvertes de genêts, de bruyères, de fou- 
gères et d’ajoncs. Plus près de la ferme de l’Azérou nous 
avons pu remarquer aussi plusieurs pierres dressées.de forme 
quadrangulaire, grossièrement taillées, de 1 mètre à 1° 20 de 
hauteur et le fermier nous a affirmé que ce n'était pas d&s 
bornes destinées à la délimitation des terres. Elles m’ont 
paru indiquer les restes d’un alignement triangulaire ; les 
pierres subsistant encore semblant former les sommets de 
ce triangle. Elles sont entourées à leur base d'une légère 
intumescence circulaire, formée de galets de granit posés de 
champ : une chaussée en pierres de même nature, affleurant 
à peine la surface du sol et large d’un mètre environ, rejoint 
les emplacements des pierres disparues, dont on reconnaît 
la place à la saillie circulaire signalée plus haut. La princi- 
pale de ces pierres droites est située sur un point culminant 
à l’ouest de l’Azérou et se voit de fort loin. 

Il est certain (sans vouloir en rien préciser que nous som- 
mes en présence d'anciens alignements mégalithiques) que 
de nombreuses pierres levées existaient ici, soit pour désigner 
un lieu sacré, soit pour tout autre motif, et qu’une quantité 
considérable de menhirs ou pierres droites ont disparu en 
beaucoup d’endroits. | 

Dans un grand nombre de communes de notre départe- 
ment, si nous considérons sur les plans cadastraux la dési- 
gnation des tènements,nous trouvons fréquemment employés 
les termes de Peiro-dreilo, Peiro-ficado, Peiro-plantado et 
tantôt à l’endroiïit signalé on. rencontre soit le monument 
lui-même, soit son souvenir ou sa légende, et quelquefois 


_ 7 — 


rien ne reste que le nom inscrit sur le plan. Cependant ce 
nom indique certainement l’existence d’un menhir encore 
“debout ou détruit. Beaucoup de choses, sans tenir compte 
des causes naturelles, ont énormément réduit le nom- 
bre de ces mégalithes. Les uns gênaient pour les défri- 
chements et la culture des terres, d’autres ont été employés 
comme matériaux de construction, témoin celui de Bagnoles 
qui a été brisé à l’époque où fut bâtie la distillerie Valent : 
enfin un grand nombre ont été détruits intentionnellement 
dans plusieurs régions, comme monuments du paganisme 
et d’après les prescriptions énergiques de l'Eglise. Un con- 
cile tenu à Nantes en 895 en fait foi. 

" « Lapides quas in ruinosis locis et silvestribus dæmonium 
« ludificationibus deceplis, venerantur, ubi el vota vovent et 
« deferunt, funditus effodiantur, atque in tali loco projiciantur 
« ubi nunquam a culloribus suis inveneri possint » (L’all.T. IT, 
col. 148). Cependant la Bible consacrait l’orthodoxie des 
monuments de pierre brute. Aussi beaucoup de mégalithes 
ont été conservés par le soin qu’on a pris de les surmonter 
d’une croix ou de calvaires (1). 

Au nombre de ceux signalés ci-dessus nons pouvons citer 
le menhir de Rieux-en-Val que nous fûmes visiter lors de 
notre excursion dans le Val de Dagne, le 14 Mai 1905, et qui 
porte une croix sur son sommet (2). 

Mais ce n’est pas précisément le menhir de l’Azérou que 
nous devions venir reconnaître et dont nous n'avions appris 
l'existence que quelques jours avant l’excursion ; celui dont 
il est fait mention sur le programme, et que nous devons 
officiellement visiter, se trouve bien aussi dans le territoire 
de Saïssac, mais au moins à 3 kilomètres à l’Ouest de celui 
dont nous venons de parler. M. Bonnafous, le fermier de 


(1) Dict. arch. de l'Yonne, par M. Salmon (époque celtique), préface, 
page 8. | 
(2) Bull. de la Soc. d’Et, sc. de l'Aude, T. XVII, p. 89. 


= 70 — 


l’Azérou, nous donne tous les renseignements désirables 
pour atteindre notre but par la ligne la plus directe. Nous 
franchissons à gué quelques petits cours d’eau, nous passons 
près de campagnes (r) dont les bâtiments, restaurés à neuf, 
s’abriteront un jour sous l’ombrage des plantations nou- 
velles qui les entourent ; le sentier que nous suivons 
toujours nous conduit à la route de Saissac à Lampy et au 
milieu d’un plateau marécageux 6ù paissent les nombreuses 
vaches d’un important troupeau ; nous apercevons de loin 
la massive silhouette du puissant monolithe, se dressant 
isolé dans ce terrain désert. | 

Ce n’est pas sans difficulté que l’on peut s'approcher du 
Menhir et, quoique placé dans une dépression de terrain aù 
sol humide et mouvant, l’aspect et l'ordonnance du site le 
font remarquer d’assez loin. S'ila été placé en cet endroit 
pour frapper les yeux, le but n’a pas été manqué. 

La route de Saissac au bassin du Lampy vient, après plu- 
sieurs courbes, effleurer cette vaste fondrière, assainie par 
de nombreuses tranchées et où, cependant, le passage 
semble dangereux si l'on ne suit les talus bordant les rigo- 
les. À chaque instant, ce sont des ruisseaux à franchir, 
avec grand risque de s’enfoncer jusqu’à mi-jambe dans des 
pelouses perfides. Une flore particulière à ces terrains bour- 
beux pousse en cet endroit ; mais nos collègues, qui ne 
cessent de remplir leurs boîtes vertes, nous renseigneront 
sur les bonnes espèces que leur flair de botaniste leur a fait 
découvrir. Non sans attraper de la boue.et après avoir fait 
preuve du bon état de nos muscles propulseurs, nous arri- 
vons à proximité du monolithe qui, défendu par son maré- 
cage, semblait nous dire comme l'aubépine de la chanson : 
« Voyez, mais n'y touchez pas ». Gependant le filet du déca- 
mètre se tend sur les flancs du géant de granit et l’objectif 
sans le toucher confirme les mesures et les proportions. 


RER 


(1) Comps, Bousquet et au-dessus Picarel. 


se 117 — 


Ge menhir, plus considérable que celui de l’Azérou, a 
-3 m. 56 de haut et 5 m. 70 de tour à un mètre au-dessus 
du sol. Il se termine en forme de pyramide triangulaire. 
: Non loin de ce monument se trouve la ferme de Picarel et, 
par une coïncidence assez curieuse, notre érudit collègue, 
M. Miquel de Barroubio, dans son Essai sur l'arrondissement 
de Saint-Pons (1), décrit un menhir fort remarquable qui 
porte le nom de Picarel et sur lequel on voit gravé un 
serpent et un œuf. Y aurait-il quelque corrélation de nom a 
élablir entre le menhir de Picarel (Hérault)et celui de Saissac 
(Aude) ? Toujours est-il que nous n’avons remarqué sur ce 
menhir aucune trace de gravure ou de sculpture : on lui 
donne dans le pays le nom de Peiro plantado. 


Tous rassemblés autour de l’énorme pierre, nous jetons, 
avant de reprendre notre route, un dernier regard sur le 
paysage qui nous environne ; au nord, les grands arbres 
qui bordent la rigole de la Montagne et nous signalent le 


bassin de Lampy frangent l'horizon de leur feuillage diapré ;” 


au dessous, sur des pentes verdoyantes, s'étagent des fer- 
mes et des châteaux ; à l’est, serpentent les sinuosités de la 
route blanchâtre ; autour de nous s’étend la sombre végéta- 
lion de la lande marécageuse, marquée parfois de taches 
claires, là où l’eau stagnante a fait croître les glauques 
feuilles de végétalions aquatiques : de faibles mouvements 
de terrain moulonnent la concavité de. cette plaine fan- 
geuse, de légers talus en rident la surface et indiquent les 
tranchées ou s’'épanche mollement une eau verdâtre, comme 
s’écoulerait de ses veines refroidies le dernier sang d’un 
géant terrassé. Au sommet de cette région déserte, le méga- 
lithe isolé dans son troublant mystère, semble rester l’éter- 
nel témoin d'événements à jamais inconnus, éclatantes 
victoires ou cruelles défaites, et protégeant peut-être encore 


(4) Essai sur l'arrondissement de Saint-Pons, par M. Miquel de Bar- 
roubio. 1° fasc. p. 27. 


v 


—— 


ee ee 


de son ombre puissante les âmes erranies de disparus 
oubliés. 

L'aspect. impressionnant et triste de cette sombre lande 
a produit son effet sur nous tous, et c’est'en silence que 
nous prenons, à la file, au milieu d’un immense champ de 
seigle, l'étroit sentier qui aboutit à de vertes prairies et 


nous amène en quelques minutes à Saissac. Nous débou- 
chons dans ce gros bourg, chef-lieu de canton (1), près de 


la station des tramways, tout en haut du village, et par une 


route ombragée bordée de riantes habitations, nous parve- 
nons à la place centrale, située en contre-bas et où nous 
nous arrêtons un instant pour jouir d’un repos bien mérité 
et rafraîchir nos lèvres desséchées par l’air vif des hauts 
plateaux. 

Le bourg de Saissac s'étale dans un large ravin à proxi- 
mité du cours de la Bernassonne ou Vernassonne que nous 


>: 


avons déjà traversé à gué entre l’Azérou et Comps. Ses 


maisons, gracieusement étagées sur les deux penchants, 


paraissent de loin former un hémicycle regardant le midi 
et semblent disposées en amphithéâtre comme la section 
d’une gigantesque arêne. Au centre de la dépression le sol, 
se relevant en un monticule détaché, supporte les ruines 
considérables d’une vieille forteresse qui, parfaitement 
isolée et entourée de pentes abruptes, semblait défier toute 
attaque et ne communiquait que par un pont-levis, précédé 


_ par un étroit chemin en arête, avec les habitations de la cité 


voisine. Cependant ce château, auquel l’histoire assigne une 
date fort ancienne, puisqu'il existait déjà en 950, fut souvent 
attaqué et même pris d’assaut, malgré son apparence inex- 


(1) Saissac : Chef-lieu de canton, arrondissement de Carcassonne. 
D'après la Géographie de Ditandy, Saissac avait, en 1875, 1472 habi- 
tants dont 816 dans le village et le reste épars dans de nombreuses 
métairies. La carte du Ministère de l'Intérieur, en 1893, n’en compte 
plus en tout que 1320. Superficie du territoire : 5.783 -hect., hauteur 
moyenne d'altitude 450 mètres. | 


— 79-— 


pugnable. Simon de Montfort en eut raison en 1209 et bien 
plus tard, en 1568, il fut pris de vive force par les Calyi- 
nistes ; mais en 1580. il résista à tous leurs efforts et les 
réformés abandonnèrent Saissäc, non sans l'avoir saccagé 
et pillé. 

M. Mahul dans son Cartlulaire sur l’ancien diocèse de Car- 
cassonne, Tome 1v, page 470, nous apprend que « La seigneu- 
« rie de Saissac appartint dès le x°- siècle aux comtes de 
« Carcassonne qui l’inféodèrent, le sièclesuivant, à plusieurs 
« vassaux de la contrée. Ceux-ci qui prirent parti pour 
« leur suzerain lors de la croisade albigeoïise (1209) ne 
« furent que momentanément dépouillés de leur seigneurie. 
« Elle leur fut restituée en partie par le roi Saint-Louis. 
« Mais une part resta à Lambert de Thury (de Thurio), l’un 
« des compagnons de Simon de Montfort. Cette part, qui 
« forma par suite la principale, est transmise successive- 
« ment par alliance matrimoniale à la maison de Levis 
« (xrie siècle), à la maison de Clermont de Lodève (xvi° et 
« xvue siècle), enfin à la maison de Luynes (xvii siècle) où 
elle finit par suite de la révolution de 1789 ».. 

Le vieux château, dont les ruines sont encore imposantes, 
mais où se montrent, désolées, béantes, et dénudées, les 
-ouvertures privées de leurs anciens encadrements de pierre, 
n’est plus qu’un enchevêtrement de hautes murailles, revê- 
tues de la teinte sombre dont les enduit la patine inévitable 
du temps et des siècles écoulés. Il y a déjà un certain 
nombre d'années, vers 1862 je crois, les ruines du château 
de Saissac furent achetées par une compagnie fondée dans 
le but de rechercher de problématiques trésors enfouis dans 
les souterrains. Des fouilles importantes furent pratiquées: 
l'enceinte du château fut à cette époque rigoureusement 
interdite aux regards des profanes curieux ; mais on na 
jamais su quel résultat fut obtenu, si le trésor a été décou- 
vert ou s’il gîit encore ignoré et enseveli dans les sombres 
Jlabyrinthes et les cryptes mystérieuses qui formaient le sous- 


— 80 — 


sol de tous ces chateaux moyenägeux, et leur servaient 
d’appareil obligé de défense et de sauvegarde pour la fuite, 
dans les cas malheureux. 

Au nord du château, à pèine séparée des maisons d’un 
faubourg du village, s'élève l’antique église, qui a dù subir 
bien des transformations ; elle est aujourd’hui de style ogi- 
val, mais elle a dù être primitivement construite dans le 
style roman. Une vieille pierre portant en relief une figure 
de saint et paraissant dater d’une époque très reculée se voit 
dans le porche au-dessus de la porte donnant accès dans la 
nef et doit provenir de la primitive église. 

Pour regagner la route, nous prenons une rue du village 
qui doit nous y conduire directement, mais c'est une véri- 
tablé ascension que nous entreprenons, mille fois plus pénible 
que celles que nous avons faites jusqu'ici. Enfin nous par- 
venons au terme de cette montée ardue et nous rejoignons 
la grande voie près de la vieille tour de l'horloge, haute 
construction carrée qui devait faire partie des remparts du 
bourg. Ce bâtiment élevé présente un élégant aspect et sa 
plate-forme est munie à ses angles de quatre échauguettes. 
De récentes restauralions lui conservent l’air d'harmonieuse 
grandeur qui caractérise tous les édifices de cette époque (1). 

Non loin de là, nos voitures et nos cochers impatients 
nous attendent. Nous avons en effet, dépassé l’heure fixée 
pour le départ, mais la route qui doit nous ramener accuse 
une déclivité constante. Nous reprenons donc place dans nos 
véhicules respectifs et à vive allure, par Montolieu, Moussou- 
lens et Pezens, nous regagnons Carcassonne, notre point de 
départ. 


G. SICARD. 


(1) Probablement xiv' siècle. 


LA 


, 


MENHIR DE L AZEROU 


MENHIR DE SAISSAC 


Digitized by Google 


= 
BOTANIQUE 


Nous devons à l’obligeance de M. G. Rebelle une liste des 
plantes les plus intéressantes qui furent recueillies pendant 
notre excursion. Nous nous faisons un plaisir d'en remer- 
cier notre aimable collègue ct de l’ajouter à notre récit. 

Avant notre arrivée à Saint-Denis, quelques arrêts de 
voiture nous permettent de récolter : 


Linum campanulatum L. | Laserpitium gallicum L. 

—  salsoloïdes Lamk. | Centaurea Cyanus L. 

Inula montana L. | Lysimachia vulgaris L. 

Jasonia tuberosa DC. | Catananche cœrulea L. 
Carduus nutans L. 


Saint-Denis : Autour du village et dans le bois de 
Fargues : 


Lysimachia nemorum L. Brunella grandiflora Mœnch. 

Æthusa Cynapium L. —  Jaciniata L. 

Pimpinella saxifraga L. Geranium Robertianum L. 

Vicia sepium L. — nodosum L. 

Aira cupaniana Guss. Tamus communis L. 

BrachypodiumsilvaticumR.etSch. | Melampyrum pratense L. 

Molinia cœrulea Mœnch. Ranunculus Flammula L. 

Luzula maxima DC. Veronica scutellata L. 

Osmunda regalis L. Nasturtium pyrenaicum KR. Br. 

Hypericum linearifolium Vahl. Helianthemum guttatum DC. 

Stellaria Holostea L. .| Malva moschata L. et rar. inter- 
—  uliginosa Murr. media G. G. 

Dianthus Armeria L. Galeopsis ochroleuca Lamk. 

Lactuca muralis Fres. | Salix Caprea L. 

Scabiosa succisa L. Umbilicaria pustulata Hffm. 


Le temps dont nous pouvions disposer ne nous a pas 
permis de voir les alentours du barrage, principalement sur 
là rive gauche où on peut trouver les espèces suivantes : 

\ 


Hydrocotyle vulgaris L. Elodes palustris Spach. 
Hieracium umbellatum L. Carum verticillatum K. 
var. ericetorum Arv. Touv. et G, Gautier. | Heleocharis palustris R. Br. 


— 82 — 
Et sur la rive droite, parmi les broussailles : 


Serratula tinctoria L. | Gentiana Pneumonanthe L. 


. De Saint-Denis à Saissac : 


Arnoseris pusilla Gœrtn. ‘ Orchis montana Schmidt. 
Trifolium parisiense DC. | —  coriophora L. 
Radiola linoides Gmel. Serapias Lingua L. 
Filago minima Fries. —  cordigera L. 
Corrigiola telephiifolia Pourr. Menyanthes tritoliata L. 


Antirrhinum Asarina L. 


Sur les murs du château : 


Dianthus lougifolius Rouy. 


EXCURSION 


Des 13, 14 et 15 Juillet 1907 


AUX FORÊTS DE CALLONG, DE PICAUSSEL, DE LA PLAINE, A BELCAIRE 
Et dans la Vallée du Rébenty 


Par M. G. COMBELERAN 


Notre dévoué Secrétaire, M. Gavoy, me rappelle de deux 
solides coups de crayon: bleu apposés sur le feuillet qui 
constitue le procès-verbal de la dernière séance, que les 
récits d’excursion doivent être réunis avant la fin de l’année 
et que la science, la pure science et non plus la fantaisie, 
l'imagination, doit faire tous les frais des « relations » 
d’excursion. 

Or, mes chers Collègues, je vous fais juge de ma pénible 
situation. Nous sommes le 16 décembre ; les pays que nous 
avons parcourus en juillet sont sous la neige. Mes occupa- 
tions sont plus particulièrement nombreuses à cette époque 
de l’année. Et pourtant je ne voudrais pas attendre jusqu’à 
Pâques, comme l’an dernier, où, je l’avoue en toute humi- 
lité, j'ai tellement retardé que cet excellent M. Evrot fut 
obligé de se dévouer à ma place. 

Je me trouve dans le rapide de Bordeaux à Paris, 
ayant manqué hier soir la correspondance à Toulouse. Je 
vois défiler devant moi, éclairés par un soleil qui me parait 
d'autant plus beau que je ne l’ai pas encore vu depuis deux 
mois, sous un ciel d'azur, dans la prestigieuse magie d’une 
journée que l’on dirait d’été, les larges plaines de la Dordo- 
gne, les longs côteaux de l'Angoumois, les verts pälurages 
poitevins, avec des détails toujours intéressants : châteaux, 
donjons, vieilles tours, clochers, rivières qui regorgent 
d’eau, champs inondés par les récentes pluies. Je fais des 
_ remarques intéressantes sur les changements de mœurs, de 


— 84 — 


costumes, sur les formes des aménagements champêtres, 
sur l’inclinaison des loits qui s’accentue à mesure que l’on 
monte vers le Nord, sur le style des constructions qui paraît 
correspondre au caractère des habitants... 

Mais je m'aperçois que je viole outrageusement les règles 
imposées par notre Comité et que je me lance dans la fan- 
taisie, à moins toutefois que je puisse baptiser d’un nom 
nouveau la science du voyage en chemin de fer. 

Certes, torites ces observations, numérotées, classées. 
étiquetées doivent bien constiluer une science. Mais moi, je 
ne suis qu'un simple touriste qui, après avoir vu beaucoup 
de pays, trouve le mien parfaitement digne d'être connu et 
visité, estimant qu’il peut bien se comparer à beaucoup 
d'autres plus connus et qui ne le valent pas. 

C’est pourquoi, mes chers Collègues, je ne sais trop si je 
suis digne d'envoyer ma prose à votre docte Revue, car je 
ne me sens pas l’âme scientifique. 

Peut-être fais-je de la science sans le savoir, comme 
M. Jourdain faisait de la prose. En ce cas, je demande à 
être classé dans les sciences faciles, la géographie, par 
exemple, ou l’orographie, si vous voulez, puisque je vais 
vous conter notre excursion au pays de Sault et dans le 
massif du Serrembarre. | 

Je vous ferai grâce, tout d’abord, du commencement ; 
vous connaissez d’ailleurs les cffusions habituelles dues au 
plaisir de se retrouver à la gare qui est devenue l’endroit où 
l'on trouve tout le monde, l’interminable voyage de Car- 
cassonne à Quillan dans la nuit (2 heures de trajet, 11 sta- 
tions), l’arrivée, la distribution des logements. 

Voici la liste des excursionnistes : 

M. Bonnafous, de Carcassonne ; M'"° Bousquet, de Car- 
._ cassonne ; M. et M"° Brunel, de Carcassonne ; M. Combelé- 
ran, de Carcassonne : M. Escarguel-Flaujat, de Carcassonne ; 
M. ct M'e Evrot, de Carcassonne ; M. et M"° Adrien Fabre, 
d'Olonzao ; M'e A. Franck, de Carcassonne ; M'e Guiraud, 


— 85 — 


de Carcassonne ; M'"° Laborde, de Carcassonne ; M. et M"! 
Marty, de Carcassonne ; M. le D' Mellier, de Blan (Tarn) : 
M. Méric, de Limoux ; M, M" et M'° Métral, de Carcas- 
sonne ; M. et M°"° Roger, d'Homps ; M. et M'° Vidal, de 
Carcassonne. 

Malgré les fatigues prévues et annoncées, l'élément 
féminin domine. Aussi le soleil nous envoie-t-il ses plus 
clairs rayons. Le temps est idéal ; pas un nuage au ciel ; il 
en sera ainsi durant nos deux journées d’excursion. 


Dimanche 14 juillet. — Il est 6 heures du matin, 
toute la caravane est en voiture après une bonne nuit passée 
dans les hôtels Moulines et Verdier. On grimpe lentement 
les rampes du col du Portel. Route bien connue. A chaque 
tournant Quillan apparaît s’enfonçant de plus en plus. Le 
cirque de Ginoles s'étend à nos yeux dans toute sa majesté, 
et, disons-le, dans toute sa beauté (1). 

Au col du Portel, halte de quelques minutes pour contem- 
pler l’intéressant panorama sur Nébias et Puivert dont le 
château flamboie au soleil matinal. Autre arrêt un peu plus 
loin au banc du Touring-Club, pour contempler le même 
panorama, mais plus étendu et plus beau. 

On atteint Coudons, avec un sérieux retard sur l’horaire. 
Les cloches de l’église nous saluent à notre arrivée et Mon- 
sieur le Curé, dont il faut louer la complaisance, nous attend 
pour commencer sa messe. Les uns se rendent à son appel 
pendant que les autres prennent les devants. 

On va quitter maintenant la grand’route pour s'engager 
dans les chemins forestiers ; voici les preiniers lacets d’où 
l'on aperçoit dans son ensemble le plateau de Sault, dominé 
par l’Ourthizet et’ entouré d’une belle ceinture de forêts. 


(1) Consulter les cartes suivantes : Etat-major, 50.000° ou 80.000°, 
Quillan N.-0. et S.-0 ; Foix N.-E. et S.-E. Carte du Ministère de 
. l'Intérieur au 100.000"; feuilles de Lavelanet et Ax. 


Voici le petit hameau de Montmija dont les habitants ont 
abattu de leurs propres mains la belle forêt de l’Agre qui 
leur faisait face. L'Etat vient d'acquérir le terrain pour le 
reboiser ; les gens de Montmija attendront longtemps avant 
de voir leur montagne pelée se couvrir de son ancien man- 
teau de verdure et aussi avant de retrouver le débit régulier 
de la source qui les alimentait. 

_ Nous abandonnons bien volontiers ces parages déserti- 
ques où l’on dirait qu’un terrible ouragan s’est.abattu, 
emportant tout sur son passage, pour nous enfoncer dans 
les premiers taillis de la forêt de Callong. 

Il faudrait une plume de poète et de bon poète, pour 

décrire comme elles le méritent les magnifiques forêts du 
_ pays de Sault. Il n’en est pas de comparables dans toutes 
les Pyrénées et seul le Jura, en France, peut montrer 
d'aussi beaux sapins. | 

Et pourtant, combien de Français ignorent jusqu’à leur 
existence. La plupart des forestiers eux-mêmes ne les 
connaissent pas ; un ancien directeur de l'Ecole forestière 
de Nancy écrivait tout dernièrement : « On dit que, dans 
l'Aude, il existe des massifs intéressants... ». C’est partout 
et toujours la même ignorance de notre pays que l'on se 
représente comme une vaste plaine de vignes s’étendant à 
droite et à gauche de la grande ligne du chemin de fer 
parcourue à l’occasion d’un quelconque voyage dans le 
Midi ! 

On trouve dans les traités courants de géographie des 
renseignements complets sur les sapinières de la Forêt 
Noire « dont les arbres, dit-on, atteignent jusqu'à 30 et 40 
mètres de hauteur ». On cite comme un phénomène le fameux 
« Président » de la forêt de la Joux, dans le Jura, que les 
forestiers officiels vont contempler en un pèlerinage annuel 
et qui mesure Ag mètres, d’après Joanne. | 

Cependant, chez nous, les arbres de 30 et 4o mètres 
foisonnent ; le massif de l’Abezaïille, dans la forêt de la 


— 87 — 


Plaine, comporte un arbre de 49 mètres, mesurant 3"75 de 
circonférence à 130 de hauteur, admirable de venue et de 
proportions. entouré d’une quinzaine de géants presque 
aussi grands que lui. | 

Nous avons consacré toute une journée à parcourir cet 
incomparable massif forestier et nous ne pourrons malheu- 
reusement en voir qu’une faible partie, non que les routes 
fassent défaut, mais parce que seule, la voiture automobile 
peut faire assez de kilomètres dans la journée pour les 
traverser toutes. | 

Notre exploration se bornera aux forêts de Callong, de 
Picaussel, de la Benague et de la Plaine, le tout coupé par 
un légitime déjeuner à Espezel. 

Point par point le programme est exécuté. On quitte les 
voitures et c’est à pied que toute la caravane parcourt la 
forêt de Callong ; la route, trop facile, est abandonnée par 
les plus intrépides qui s'engagent dans les taillis délicieux 
de cet immense parc naturel ; plus on avance vers le cœur 
de la forêt, plus grands et beaux deviennent les sapins ; ce 
sont bien là « les fûts de colonne d’une immense cathédrale 
qué la nature a lentement élevée à sa gloire ». 

Nos voitures se sont imprudemment engagées dans 
J'amorce de la future route de Belvis qui se termine en un 
sentier étroit où les roues sont littéralement calées centre 
deux rochers. Nous sommes obligés de prêter main forte 
aux cochers pour les aider à sortir de ce mauvais pas. Cet 
incident nous a fort heureusement conduits au pied d’un des 
plus beaux sapins de la forêt; trois paires de bras sont 
requis ; ils suffisent à peine pour l’entourer. Après une 
heure de marche qui a paru trop courte à tout le monde, 
on se trouve à la sortie de Callong, dans un petit vallon qui 
descend rapidement sur le hameau de la Malayrède. Troi- 
sième panorama : le ravin de Lescale par lequel passerait le 
chemin de fer électrique de Montlouis... si jamais il était 
construit ; dominant le ravin, la route de Puivert à Espezel 


— 88 — 5 


par le col de Babourade ; les forêts de Puivert et de Sainte- 
Colombe, à droite, de Picaussel à gauche : au loin, le pic 
Saint-Barthélémy élève sa crête dentelée au-dessus de ce 
tableau impressionnant. 

Le hameau de la Malayrède et sa petite chapelle sont 
bientôt rejoints : on monte en voiture pour suivre la route 
qui conduit à Belvis ; mais au bout d’un kilomètre on prend 
à droite la route forestière de Picaussel. 

__ Longue et dure montée dans la forêt de sapins ; les pentes 

se font plus raides, les éboulis apparaissent : nous dominons 
au sud le ravin de Lescale : belle échappée de vue sur Pui- 
vert dont le château s’aperçoit dans tout son développement 
et sur les collines du Plantaurel qui le dominent; en bas 
une quantité de fermes blanches parsemées dans la campagne 
portant toutes le même préfixe : Cammarcel, Cambonnaure, 
Cambarberouge, Camferrier, Camsadourny, etc.; je respecte 
l'orthographe des officiers d’Etat-major ; mais je crois encore 
ici à une erreur. | | | 

On monte dans les belles sapinières de Picaussel jusqu’à 
la rencontre d’une autre route forestière ; voici le point cul- 
minant (1000 mètres); nous descendrons désormais et la 
forêt change de caractère ; c’est maintenant une magnifique 
hêtraie aux arbres centenaires que nous traversons au grand 
trot, ce qui nous amène bientôt au carrefour de la route qui 
va de Puivert à Espezel. 

La promenade sous bois fut si agréable que l’on s'enga- 
gerait volontiers sur la route pleine de promesses du Bois 
des Ombres et de la forêt de Coumefroide ; mais les chevaux 
en ont assez et, raison majeure, nos estomacs crient famine. 
La vue du clocher d’Espezel rassure les uns et les autres et 
après une rapide traversée du plateau de Sault nous trou- 
vons à l’hôtel Limouzy l’habituel et excellent repas. Il est 
midi: nous avons regagné notre retard de Coudons ; l’ho- 
raire est respecté. 

À deux heures on remonte en voiture. L'itinéraire suit 


200 = 
d’abord la route de Bélesta et traverse le plateau de Sault où 
nous admirons les magniques récoltes que le soleil de juillet 
mürit en même temps qu’il fond la neige de l’Ourthizet et 
du Saint Barthélémy. 

Mais voici l’Arrémassadou, dénomination naturelle de 
l'école qui réunit à cet endroit les enfants de toutes les fer- 
mes voisines. On tourne à gauche sur la route forestière et 
l’on entre bientôt dans les sapinières de la Benague : en 
5 kilomètres on monte de 880 à 1020 et l’on atteint les bois 
communaux de Belcaire dont les arbres encore jeunes pro- 
mettent de devenir les plus beaux, les plus réguliers de tout 
le pays. Tout d’un coup la forêt cesse et l'on se trouve 
devant « la Plaine » sorte de vaste clairière dont le fond 
plat donnerait assez l’aspect d’un ancien lac desséché, n'était 
la constitution géologique du pays de Sault dont le sol 
entièrement calcaire absorbe toutes les eaux à mesure 
qu’elles tombent ; la Plaine est donc une des nombreuses 
vallées sans issues que renferme le plateau. au fond de 
laquelle sont accumulées et nivelées les terres descendues 
des montagnes voisines. 

Les voitures s'arrêtent: tout le monde descend ; nous 
sommes à la fontaine de Langrail, à la limite de la forêt de 
la Plaine. A pied l’on gravit le court sentier qui monte sur 
les pâturages de Serre Sec et l’on a devant soi lé quatrième 
panorama de la journée, un des plus beaux qu'il soit permis 
de contempler ; qu’on en juge : au premier plan, s’étagent 
à nos pieds les sombres sapinières de Bélesta, à droite ce 
sont les forêts de Coumefroide, Picaussel et Callong, domi- 
nées à l’horizon par le roc de Bugarach , devant nous, à 
perte de vue, les chaînons parallèles du Plantaurel, l’Ariège, 
la Haute-Garonne, le Razès et la plaine du Fresquel, bornée 
au Nord par la Montagne-Noire ; la Cité de Carcassonne se 
distingue parfaitement à la lunette ; nous en sommes à 
60 kilomètres, en ligne droite ; enfin à gauche, la masse 
du Saint-Barthélémy s’élève brusquement au-dessus des 


11 


— 90 — 


prodigieux précipices de l’Affrau jusqu'à la pointe Galinat 
(2.552 m.): mais le plus beau détail est encore le château de 
Montségur. Célèbre dans l'histoire par les formidables 
tueries des guerres de religion, il n'offre plus aujourd’hui 
que de vastes ruines, mais combien pittoresques. Quelle 
devait être au temps jadis l’allure de ses remparts et de ses 
tours ! Perchée sur une sorte d’immense pain de sucre, la 
forteresse dominait de 4oo mètres le petit village de Mont- 
ségur qui semble écrasé par ce voisinage. 

Nous grimpons à travers les herbages sans pouvoir déta- 
cher nos yeux de ce magnifique panorama ; nous avons 
gravi près de 200 mètres sans presque nous en apercevoir 
et nous franchissons le mur de clôture de la forêt de la 
Plaine ; les uns vont au Pas de l’Ours contempler de plus. 
près les précipices de l’Affrau, gorge que la petite rivière de 
l’'Hers a creusée à plus de 600 mètres en contre-bas ; ils 
redescendent à travers les plus belles parties de la forêt par 
le col de Lancize jusqu'aux voitures qui les attendent sur la 
route ; les autres coupent au plus court et après une agréa- 
ble promenade à travers de jolis taillis dégringolent la tire 
de Langrail qui les ramène à la fontaine. | 

En voiture nous traversons la forêt qui est sans contredit 
la plus belle de tout le pays et nous descendons à pic sur 
Belcaire par une route invraisemblable. 

A Belcaire grande réception ; M. le Maire, M. le D' Martre, 
M. Toustou, brigadier forestier, M. Bonnaïil. qui nous avait 
pilotés depuis Espezel, Séraphin Bayle, l’hôte du pays, tout 
le monde se met à notre disposition pour nous faciliter les 
délicates opérations du logement. Il serait ingrat de notre 
part de ne pas leur adresser à tous, au nom de notre COSIEte 
nos plus vifs remerciements. 

Après un excellent diner, dù aux talents culinaires de 
Madame Bayle, grand conciliabule en vue de l’excursion à 
pied du lendemain. On décide, sur l’avis de MM. Toustou et 
Bonnail, de diviser la caravane en trois parties ; l’une se 


— 


— 91 — 


mettra en route à 5 heures et entamera l'ascension par la 
forêt de Niave, l’autre partira en voiture à 6 heures jusqu’au 
col des Sept frères. d’où elle suivra le sentier de Cortalpic, 
la troisième ira en voiture à Lafajole où les deux autres la 
rejoindront après déjeuner. 

Là-dessus chacun aurait dû s’aller coucher ; mais les 
accords lointains de l'orchestre invitaient la jeunesse au bal 
du 14 juillet et les derniers lampions ne s’éteignaient qu’à 
onze heures. | 

Aussi le lendemain les caravanes ne partirent pas à l'heure. 


Lundi 15 juillet.— Il s'agissait pour les deux premiers 
groupes de traverser tes deux chaînons parallèles qui 
bornent la vallée d'Enpourna arrosée par le ruisseau de 
la Coume, lequel se jetté dans le Rébenty un peu en dessous 
de Lafajole. | 

Le premier groupe, conduit par M. Bonnail et composé 
des plus intrépides. partant de Belcaire (1020 mètres), mon- 
tait directement dans la forêt de Niave par la traverse, 
atteignait la route forestière en face la baraque (1300), 
remontait par le chemin à la fontaine du Buc (1400), et 
ensuite à travers la forêt grimpait sur l'extrémité occiden- 
tale de la crète de Gébetz (1700); il lui fallut ensuite dégrin- 
goler à pic dans le bac'd'Enpourna et après la traversée du 
ruisseau (1400) remonter les pentes du Serrembarre (1800) 
pour redescendre de nouveau à pic à la fontaine de Pradel 
(1550). 

Le second groupe, piloté par M. le brigadier Toustou se 
fait conduire par la roule au col des Sept frères ; là les voi- 
tures suivront la route forestière de Niave et descendront à 
Belfort d'où elles remonteront la vallée du Rébenty jusqu'à 
Lafajole, où tout le monde les rejoindra ; M. Séraphin Bayle 
portera sur sa jardinière le déjeuner au col du Pradel pour 
satisfaire les estomacs des deux premiers groupes. 

On quitte donc les voitures au col des Sept frères (1260) ; 


— 92 — 


il est sept heures, c’est beaucoup trop tard et nous conseil- 
lons pour les courses en montagne un départ plus matinal ; 
on va voir pourquoi. Nous laissons à droite le village de 
Camurac et en vue du moulin d’el Bosc nous nous enga- 
geons dans le chemin du Bois de Cortalpic ; on ne pouvait 
mieux baptiser cette forêt de hêtres dont la pente alteint 
bientôt un pourcentage inquiétant: enfin après un bel 
effort où quelques jambesise sont ressenties des ébats choré- 
graphiques de la veille, le sommet est atteint et nous nous 
trouvons dans un joli herbage, arrosé par une source gla- 
ciale “qui alimente un abreuvoir (1570): halte et déjeuner 
sur l’herbe, plaisirs champêtres... à nos pieds, un ravin où 
naît l’un des bras de l’Hers, 2n face, les villages de Camu- 
rac, Comus, Prades, Montaillou, dominés par le Saint-Bar- 
thélémy dont nous ne sommes sépérés que par une dizaine 
de kilomètres à vol d'oiseau. 

Nous nous remettons en marche et nous atteignons immé- 
diatement un passage que la carte appelle Col de Teil, mais 
que personne ne connaît sous ce nom dans le pays. A 
partir de ce point nous marchons dans l'inconnu ; M. le 
brigadier Toustou est à l’extrême limite de son domaine et 
nous ne pouvons nous diriger qu'avec les indications de la 
carte ; or, celle-ci fourmille d'erreurs. Elle indique bien le 
ravin d'Enpourna dont nous gagnons le fond en Île remon- 
tant aussi haut que possible à flanc de montagne : mais on 
a tracé deux branches au ruisseau de la Coume ®t c’est là 
une première erreur ; nous suivons donc le ruisseau, à tort, 
car nous allons tomber beaucoup trop au Nord et ällonger 
inutilement notre course. En effet, nous grimpons lente- 
ment 250 mètres environ dans les herbages, en poussant 
toujours vers le Sud et, lorsque nous atteignons la crête 
(1710), nous croyons triomphalement nous trouver au pied 
du Serrembarre ; en réalité, nous sommes en face le pic qui, 
sur la carte, domine le bois de Montaud, mais, à ce mo- 

ment, nouùs ne le regrettons pas, car le plus magnifique des 


s 


= 109.2 


panoramas (en”fait, nous ne les comptons plus) s'étale à nos 
yeux ; toute la vallée de l'Ariège se creuse devant nous : à 
droite, les vallées d’Ascou, d'Orlu, tout le massif de Car- 
litte, couvert de neige, le pic de l'Homme, la dent d'Orlu, 
le pic Péric, le Pédroux, le Carlitte enfin qui les domine 
tous de ses 2.915 mètres, au loin les montagnes de l’An- 
dorre ; en face, les crètes de Fontargente élalent leurs à-pic 
invraisemblables ; au loin, le Montcalm, le mont Vallier : 
à l'horizon les montagnes de Luchon ; au Nord, le Saint- 
Barthélémy : pas un nuage au ciel ; l’atmosphère est d’une 
pureté parfaite ; on dirait que les montagnes se FApEOCAEnt 
de nous ; c’est un spectacle merveilleux. 

Il est 10 heures 45 et nous sommes quelque peu en 
retard ; heureusement, pensons-nous, le col est tout près 
et dans une petite demi-heure nous serons rendus. Nous 
contournons une montagne en forme de piton que gravis- 
sent deux intrépides ; nous croyons, dé l'autre côté, rencon- 
trer la route d’Ax au col, pas du tout, il faut encore franchir 
un vallon ; l’un de nous part en reconnaissance, il monte 
sur le plateau et nous fait signe que la route est à côté. 

Et voici que se produit le phénomème redouté dans 
toutes les excursions en Montagne : il ne reste plus à fran- 
chir qu’un petit kilomètre de chemin avec une montée de 
ho mètres et une descente de 60; mais il est midi : c’est 
l'heure fatale où les découragements se produisent ; quelques 
petits détails : un sac perdu, long à retrouver, la route que 
l'on n’aperçoit que lorsque l’on est dessus, les voitures 
cachées derrière les arbres à 100 mètres en dessous du col ; 
cela suffit à fatiguer notre petite troupe, pleine de force 
une demi-heure avant. 

Enfin, l’on retrouve le sac, la route, les voitures, les 
camarades, le déjeuner, mais il faut encore aller à la source 
par un ravin assez escarpé ; c’est un supplément de fatigue 
que certains supportent difficilement. 

Après un déjeuner exquis autour de la source glacée. la 
partie valide descend à Lafajole par la traverse (600 mètres 


de dénivellation en 4 kilomètres environ); l’autre partie, les 
fatigués, emprunte la jardinière de Séraphin Bayle et la voi- 
ture que par une précaution très appréciée, nous avions fait 
monter au col par la route. 

Cette route du col du Pradel à Lafajole est d’ailleurs ma- 
gnifique, la descente à travers la forêt est une des merveilles 
encore trop ignorées de notre ESPRNERCRE Elle vaudrait 
le voyage à elle seule. 2 

Lafajole : repos, on se restaure comme l’on peut dans ce pays 
privé de ressources : mais il est tard et nous ne pouvons pas 
espérer retrouver le derniertrain à Quillan.Qu'à cela netienne! 
Nous allons commander un bon diner, retenir nos chambres 
et nous prendrons le train demain matin. M. Bayle se 
charge des précieux télégrammes qu'il laissera à Espezel. 

Tout le monde maintenant prend pendant 36 kilomètres 
un repos mérité en contemplant les magnifiques paysages 
que nous offre la valtée du Rébenty, les gorges de Mérial, 
de Niort, le roc de Louis XVI, les jolies prairies de Bel- 
fort, les gorges d’Able et de Joucou, les forêts de Marsa, la 
Pierre Lys, toutes ces merveilles défilent agréablement 
devant nos yeux. Voici enfin les quilles de Quillan. 

Nous avons manqué ‘le train d’une demi heure, la demi- 
heure du Serrembarre. Ah ! messieurs les officiers de 
l'Etat-major, vous êtes bien coupables d'ajouter des ruis- 
sceaux là où il n’y en a pas. | 

Nous y gagnons un repas succulent chez Moulines et chez 
Tournier et après une bonne nuit de repos nous rentrons 
à Carcassonne, ayant presque oublié nos fatigues, ravis 
de notre excursion faite en si aimable et gaie compagnie 
et... prêts à recommencer. 

Moralité : avant d’ahorder la montagne il faut s’entrainer, 
ensuite il faut se pénétrer de cette maxime vieille comme le 
monde :.si tu veux te lever tôt, ne te couche pas trop tard. 


G. C. 


TROISIÈME PARTIE 


Notes et Travaux Scientifiques 


Digitized by Google 


FAUNE ENTOMOLOGIQUE DE L'HÉRAULT 


(Coléoptères) 


nee 


Les divisions administratives de territoire, telles que celles 
de nos départements, ne sont pas d'ordinaire conformes aux 
régions naturelles dépendant des fleuves, des montagnes, etc. 
L'Hérault est relativement privilégié. Il est en effet constitué 
par un grand quadrilatère, long d'environ 120 kilomètres, large 
de 60, qui a pour limites naturelles, au Nord-Ouest les Céven- 
hes, au Sud-Est la Méditerranée, le cours du Vidourle au Nord- 
Est et celui de l'Aude au Sud-Ouest. Les cantons de la Salvetat 
et du Caylar, empiétant, le premier sur le département du Tarn 
et le second sur celui de l'Aveyron, sortent, il est vrai, de nos 
limites naturelles, par contre du côté du Gard, les cantons de 
Sommières, Quissac et Saint-Hippolyte franchissent le Vidourle 
à notre détriment. Nous pourrions, du côté de l'Aude, réclamer 
au même titre tout le canton de Ginestas et bonne partie de 
celui de Coursan. : 

Malgré ces irrégularités le géographe naturaliste n’a pas trop 
à se plaindre et la faune de l'Hérault dans son ensemble a bien 
un Caractère qui lui est propre. 

Le cours d'une rivière, peu importante au point de vue poli- 
tique et ethnique, forme parfois une limite tranchée en ce qui 
concerne la faune. Pour beaucoup de naturalistes du Nord de 
la France la différence de faune entre les rives droite et gauche 
du Bas-Rhône, par exemple, n'existe guère et nous étonnons 
souvent nos collègues en leur disant que dans l'Hérault nous 
n'avons ni (maseus vulgaris, ni Pedinus, ni Dendarus, ni Biopha- 
nes, ni Vesperus, ni Arima, etc., si abondants sur la rive gauche. 
Que de formes ne franchissent pas le grand fleuve ! Bien plus, 
que d'espèces l'ayant franchi, s'arrêtent au Vidourle, le petit 
fleuve qui nous sépare du Gard. Du côté de l'Aude la différence 
parait moins tranchée, la faune de l'Ouest semble se fondre 
plus insensiblement avec la nôtre. Ce qui n'empêche pas la 
rivière l'Aude d'arrêter brusquement certaines formes espa- 
gnoles telles que Vesperus Xatarti, Cebrio Fabricii, etc. 

En résumé le territoire de l'Hérault forme entre les faunes 
provençale et espagnole un terrain de transition dont les limites 

12 


_— 98 — 


sont sensiblement indiquées par les deux petits fleuves, Aude 
et Vidourle. . 

Aucun travail d'ensemble n'a été publié sur la faune des 
coléoptères du département de l'Hérault (1). Fixé depuis plus 
de quarante ans dans le pays, nous avions depuis longues 
années projeté de combler cette lacune. Nous n'avons cessé de 
prendre des notes et si plus tôt nous ne nous sommes mis à 
l'œuvre, c'est que réduit où à peu près à nos propres moyens, 
nous constations chaque année, par la rencontre d'espèces 
ignorées jusque là, combien étaient incomplètes nos connais- 
sances. Que de localités n'ont pu encore être visitées ! 

Il faut pourtant commencer et dussions-nous, comme nous 
l'avons fait pour notre faune des Albères (2), publier un supplé- 
ment considérable, nous nous mettons à l’œuvre, 

Les quelques travaux publiés jusqu'à ce jour pourraient être 
. intitulés contributions à la faune de la Région de l’OUlivier. Ce 
sont des listes s’élevant à quelques centaines d'espèces recueil- 
lies surtout aux environs de Montpellier, de Béziers et de 
Lodève et si l'une d'elles cite quelques espèces des régions 
montagneuses c’est que l’auteur a eu entre les mains des notes 
fournies par nous-même. 

Ces documents sont les suivants : 4° Une liste parue en 1824, 
signée Marcel de Serres, et faisant partie du gros volume inti- 
tulé Statistique du Département de l'Hérault, par Creuzé de Lesser. 
Dans ce travail administratif auquel ont collaboré plusieurs 
auteurs, la partie sciences naturelles a été confiée à Marcel de 
Serres, le géologue montpelliérain bien connu. Pas plus alors 
qu'aujourd'hui on ne pouvait être à la fois géologue, même 
éminent et entomologiste. La liste dressée par le professeur de 


(4) Montpellier qui a produit tant de botanistes, qui dans Rondelet 
a vu naitre Je premier grand zoologiste français (Histoire des pois- 
sons 1554), n'a pas fourni d’ entomologistes dignes de la postérité. 
Dans tout le xix'° siècle l’entomologie n'y a été représentée que par 
trois amateurs : de Villiers (Lépidoptères), dont la collection en vitri- 
nes hermétiquement closes existe encore à la Faculté des Sciences de 
notre ville; Daube, marchand-naturaliste (Lépidoptères et Coléop- 
tères), et Guinard (Coléoptères), cité plusieurs fois par Jacquelin 
Duval dans son travail sur ses chasses à Montpellier. 

(2) Miscellanea entomologica, 1904. 


— 99 — 


la Faculté des Sciences de Montpellier, comprenant tous les 
ordres d'insectes, s'élève à 1140 espèces dont 330 de coléoptères. 
L'auteur ayant compris dans son énumération nombre de 
formes qui ne se sont jamais rencontrées dans notre départe- 
ment, telles que Carabus vagans, Vesperus strepens, etc., et en 
ayant omis d'autres caractéristiques de notre faune, telles que 
Carabus auratus var. lotharingus, etc., nous ne pourrons tirer 
grand parti de son œuvre. 

20 L'énumération des Coléoptéres trouvés dans le Midi de la 
France et en Catalogne, par Von Kiesenwetter (Ann. Soc. Ent. 
1851, p. 385 et 9717)., 

3° Le travail intitulé Quelques observations sur les Coléoptères 
des environs de Montpellier, par Jacquelin Duval et Lareynie 
(Ann. de la Soc. Ent. de France 1852, p. 719), résultat d’un 
séjour de huit mois dans notre ville. L'énumération comprend 
120 espèces seulemeït, « choisies, disent les auteurs, parmi les 
nombreux insectes recueillis dans nos chasses ». Nous n'avons 
qu'un regret, c'est que la liste entière de ces chasses n'ait pas 
été publiée. | 

&o Le Compte-rendu du Congrès Entomologique de Montpelker en 
1857, par Fairmaire (Soc. Ent. de France 1857, p. 619 et 627), 
dans lequel nous trouvons citées 563 espèces. 

5o Une Liste des Coléoptères capturés à Lodève du 15 mars au 
34 août 1889 par le capitaine Minsmer, s'élevant à 700 espèces 
(L'Echange 1890, p. 150 et 156). 

6° Le Catalogue des Coléoptères du Languedoc, par Marquet, de 
Toulouse, dont la dernière édition, la seule complète, est de 
1899. Le titre est un peu prétentieux. De notre département 
l'auteur ne connaissait bien que l'arrondissement de Béziers 
d'où il était originaire et où il avait séjourné près de quarante 
ans. Les notes par nous fournies sur le reste du département 
ont été assez mal utilisées par l'ami regretté si souvent compa- 
gnon de nos chasses. Ce travail, d'un octogénaire affaibli par 
l'âge, semble de plus avoir été revu, à la correction des épreu- 
ves, par quelqu'un qui n'était pas entomologiste. La note 
publiée par Marquet sur l'étang de Vendres (Bulletin Soc. des 
Sc. nat. de Béziers 1881) ne relate rien qui ne soit dans le 
Catalogue des Col. du Languedoc. | 


— 4100 — 


Des documents sérieux nous ont en outre été. fournis par 
quelques entomologistes ayant séjourné à Montpellier, tels que 
nos amis le capitaine Minsmer, de Saint-Etienne, qui a été en 
garnison plusieurs années dans notre ville, et le docteur 
Sériziat, de Nancy, qui y a séjourné trois mois, d'avril à 
juillet 4905. Mentionnons encore MM. de Peyerimhoft, Sérullaz 
et Chobaut, qui ont chassé, les deux premiers à Ganges et à 
Saint-Guilhem, le dernier à Balaruc-les-Bains, enfin nos collè- 
gues Lavagne, Puel et Henri Sicard, tous les trois nos élèves 
ét qui, depuis plusieurs années, sont devenus d'excellents 
chasseurs. | 

L'Hérault a enfin été exploré par beaucoup d'entomologistes 
de passage. Nous avons eu, depuis quarante ans, le plaisir d'y 
piloter de nombreux collègues parmi lesquels des maîtres, 
tels que : Mulsant, Guillebeau, Rey, Aubé, Grenier, Ch. Brisont 
de Barneville, de Bonvouloir, Géhin, Puton, Abeille, etc., etc., 
et plusieurs espèces ont été notées sur leurs indications. 

Les carnassiers se nourrissant d'herbivores, on peut dire que 
tous les animaux vivent de végétaux. La faune d'un pays est 
donc sous la dépendance directe de sa flore et nous n'’hésitons 
pas à adopter les régions naturelles admises par les botanistes 
de l'Hérault : 4° Région maritime, entre0 et 20 m. environ au- 
dessus de la mer ; 2° Jiégion de l'Olivier, entre 20 m. et 400 m. 
environ ; 3° Jtégion des petites montagnes, appelée souvent dans 
ses parties siliceuses Région du Châtaignier, entre 400 et 800 m .; 
Région du hêtre, entre 800 et 1122 m., point culminant des 
Cévennes de l'Hérault situé à la source de l’Agoeut (versant de 
l'Océan) sur la montagne de l’Espinouse. | 

Chacune de ces quatre zones, que l'on peut comparer à de 
gigantesques gradins, offre une population animale assez tran- 
chée, beaucoup plus que dans les départements voisins, le Gard 
et l'Aude. Nous le devons surtout à la plaine de l'Hérault, large 
de 40 à 50 kilomètres qui, surchauflée pendant l'été, éloigne du 
littoral les espèces de montagnes. Nous n’en citerons que deux 
exemples : le Carabus catenulatus qui, dans l'Hérault, ne se 
trouve pas au-dessous de 500 mètres d'altitude, descend dans le 
Gard jusqu'à Nîmes (Mingaud), à 50 mètres à peine au-dessus 
de la mer, l’Ægosoma scabricorne qui met à mal les vieux 
tilleuls et les ailantes de la promenade de la Fontaine à Nîmes 


— 4101 — 


est inconnu à Montpellier et ne commence à se rencontrer qu'à 
Lodève. | | ; 

Nous avons dit que la faune dépendait de la flore. L'absence 
de forêts de conifères, sapins et pin sylvestre notamment, nous 
prive d'une foule d'espèces, par contre la présence du pin 
d'Alep dans la région de l'olivier et du pin laricio dans nos 
Cévennes nous en fournit d’autres. 

Dans chaque région entomologique de France il y a des lieux 
de chasse privilégiés. Paris a Fontainebleau et Compiègne, 
Lyon le mont Pilat, Grenoble la Grande Chartreuse, Avignon 
le Ventoux, Marseille la Sainte-Baume, Carcassonne les val- 
lées de l'Atée et de l'Ariège, etc. L'Hérault peut revendiquer 
au même titre la forêt de Saint-Guilhem le Désert, arrondisse- 
ment de Lodève, et l'étang de Vendres, près Béziers. Que 
d'espèces ne se trouvent que là dans notre. département ! La 
forêt de Saint-Guilhem, composée de pins laricio, étonne par 
sa faune toute spéciale, et l'entomologiste qui, s'y trouvant 
brusquement amené, aurait pour un instant perdu la notion du 
méridien, pourrait se croire transporté dans les Maures ou 
l'Estérel. Là seulemént se rencontrent : Temnochila cœrulea, 
Chalcophora Mariana, Anthaxia parallela, A. sepulchralis var. 
helvetica, Acmæodera 6 pustulata, Sphenoptera metallica, Oxypleu- 
rus Nodieri, Cœnoptera Marmottani, Pogonochærus Caroli, Mono- 
hamus galloprovincialis, Leptura unipunctata et sa var. noire, 
Cryptocephalus Mayeti, etc., etc. L'étang de Vendres, où depuis 
quarante ans nous avons piloté tant de naturalistes, offre aussi 
nombre d'espèces qui paraissent cantonnées là : Oodes gracilis, 
Pedius inæqualis, Drypta distincta, lPlatynus Thoreyi, Cardiopho- 
rus Elconorae, Phytæcia erythrocnema, etc., etc. | 

Nous eussions désiré, pour la nomenclature, suivre le dernier 
catalogue paru, celui de Von Heyden, Reïtter et Weise de 1906 ; 
mais notre travail était en partie rédigé avant son apparition. 
Nous suivrons donc le catalogue des mêmes auteurs, de 1891, 
nous eflorçant d'y introduire toutes les nouveautés parues 
entre les deux éditions. Le signe ! suivant l'usage, désignera 
les espèces capturées par nous-même. Pour les autres, en 
dehors des vulgarités, le nom de l’entomologiste sera mentionné. 


VALÉRY MAYET. 


— 102 — 
CATALOGUE RAISONNÉ DES COLÉOPTÈRES DE L'HÉRAULT 


CICINDELIDÆ 


1. Cicindela campestris L. — Printemps, dès la fin de mars 
et parfois automne, terrains compacts plutôt que 
sablonneux, rare dans la zone maritime, abondante 
dans les trois autres régions ; la var. connata HEeR, 
spécialement dans les premières petites montagnes. 
Pic Saint-Loup, Saint-Guilhem, Causse de la Selle, 
Saint-Chinian ! L'insecte parfait qui s'est envolé 
devant le chasseur va de préférence se poser dans 
l'herbe où sa robe verte le dissimule. De la larve 
élevée en pot, nourrie pendant l'été avec des mou- 
ches et de petites chenilles, nous avons obtenu la 
nymphe les premiers jours de septembre et l’imago 
à la fin du même mois. Ce dernier reste d'ordinaire 
blotti dans sa loge nymphale jusqu'au printemps ; 
mais si l'automne est beau, un certain nombre d'in- 
dividus apparaissent avant les froids. 

2. — hybrida L. — Mai à septembre, région du hêtre, 
bords sablonneux des ruisseaux. Plateau du Som- 
mail, La Salvetat, Fraïisse ! 

3. — trisignata Des. — Juin à septembre, région litto- 
rale, de l'embouchure de l'Aude à celle du Vidourle, 
sables fins salés, humides, plages et marais salés ; la 
plus maritime de nos Cicindèles ! 

&. — circumdata LarTr. — Du milieu de juin au milieu 
de septembre, région maritime, jamais aux bords 
mêmes de la mer, marais salés, abondante sur les 
efflorescences salines où sa robe claire la dissimule. 
Grâce à ses longs pieds elle court plus qu'elle ne 
vole. Les Onglous, Cette, Palavas, Maguelonne ! 

5. — flexuosa F. — De février à mai, enterrée l'hiver 
dans le sable, l'éclosion se fait en automne. Régions 
maritime et de l'olivier, sable fin salé ou non, plutôt 


— 103 — 


non salé, versant Nord des dunes maritimes, de 
l'embouchure de l'Aude à celle du Vidourle, Mont- 
pellier, Sablières de la Pompignane, Béziers bords 
de l'Orb. La var. verte mélangée au type ! 

littoralis F. — Avril à septembre, toute la région 
littorale, plages de la mer et des marais salés. 
S'avance parfois dans l'intérieur des terres, Montpel- 
lier bords des mares de la Pompignane, domaine du 
Rochet, commune de Castelnau ; Béziers, bords du 
ruisseau Saint-Antoine! 

scalaris SERvV., paludosa Dur. — Juin à août, ter- 
rains salés compacts, courant plutôt que volant. 
Etang de Vendres, côté de l'embouchure de l'Aude, 
Cette, bords du fossé séparant le chemin de ronde 
de la montagne, de la Saline de Villeroy, Palavas, 
sur les terrains de curages argileux des canaux, 
canal des barques et canal des étangs ! Balaruc les 
Bains, domaine de l'Usine Saint-Gobain (ingénieur 
Denis). 

germanica L. — De mi-juin à fin août, endroits 
clairsemés des prairies non salées, courant dans 


Jherbe. Montpellier, mare du pré d'Aréne ; Lattes, 


terrains de la gare ; Celleneuve, prairies et luzer- 
nières des bords de la Mosson ! 


CARABIDÆ 


9. Cychrus rostratus L. — Eté et automne, région du hêtre, 


10. 


assez commun sous les pierres et la mousse dans les 
bois. La Salvetat, le Soulié, forêt de la Blanque ! 

attenuatus F. — Septembre, région du hêtre, un 
seul exemplaire, forêt de Bureau, au-dessus de la 
cascade de Vézole ! C'est l'espèce dominante dans la 
Montagne Noire (Tarn). 


11. Calosoma inquisitor L. — Juin, rare dans l'Hérault. Deux 


captures accidentelles seulement, l'une à la gare de 
Vias, prés Agde, par feu Lichtenstein ; l'autre par 
nous-même à Montpellier, traversant la route, près 
le Pont Juvenal ! ‘ 


12. 


13. 


— 104 — 


sycophanta. — Juin et juillet, régions littorale de 
l'olivier et des petites montagnes, rare d'habitude, 
abondant certaines années sur les chênes, les pins et 
les saules attaqués par diverses chenilles. L'insecte 
est diurne et se prend parfois au vol. Montpellier, 
Cette, Agde, Béziers, Lamalou! Lodève /Minsmer) 
Saint-Guilhem (Lavagne) 

Maderae F., indagator F. — Juin et juillet, région 
de l'olivier, peu commun d'ordinaire. Bien que 
muni d'ailes l’insecte ne monte jamais sur les arbres. 
Comme les Carabes, dont il a les mœurs, il se nourrit 
de toutes les proies. On le trouve sous les pierres ou 
courant vers quatre à cinq heures du soir dans les 
luzernières dont les taupinières lui servent d'abri, 
abondant parfois sous les tas de luzerne séchant 
dans les champs (Marquet), venant parfois le soir, à la 
lumière. jusque dans les villes. Montpellier, Béziers, 
étang de Vendres ! Lunel {Dr Sicard). Nous avons 
décrit la larve dans le Bulletin de la Société Ent. 
1887, p. 171. 


14. Carabus coriaceus L. — Printemps et surtout automne, 


45. 


16. 


régions maritime, de l'olivier et des petites monta- 
gnes, sous les pierres, au bord des champs. Montpel- 
lier, Agde, Béziers, Vendres, St-Guilhem, Lamalou- 
les-Bains ! Lodève {Minsmer!). 

violaceus L. var. purpurascens DurrT. — Printemps 
et automne, dans les quatre régions, prairies et bois 
humides ; les exemplaires de la région chaude, de 
grande taille, représentent la var. bitterensis LAPOUGE. 
Montpellier, prairies de Lattes, Béziers, Lamalou, 
La Salvetat ! Saint-Guilhem (Lavagne). 

catenulatus Scop.— Printemps et automne, régions 
montagneuses, plateau du Sommail (1000 m.), la 
Salvetat, le Caroux. les Verreries de Moussan ! L'es- 
pèce, qui à Marseille (vallée de l'Huveaune), à Nimes 
et à Collioure descend non loin du niveau de la mer 
par suite du voisinage des montagnes, ne se trouve 
pas dans l'Hérault au-dessous de 500 mètres. 


17. 


18. 


19. 


— 105 — 


intricatus L. — Automne, rare dans l'Hérault. Ré- 
gion du châtaignier. Un seul exemplaire en septem- 
bre, bords du Thoré, les Verreries de Moussan ! 
L'espèce est bien certainement dans les châtaigne-- 
raies qui environnent Lamalou-les-Bains. 


hispanus L. — Printemps et automne, régions du 
châtaignier et du hêtre, sous les pierres moussues 
dans les bois et dans les souches pourries. La Salve- 
tat, Fraïsse, bois de Salvagnères, commune du Poujol, 
près Lamalou-les-Bains ! Lodève, ravin de Monplai- 
sir (Minsmer). | 
auronitens F. var. festivus Des — De fin septembre 
à fin mai, région du hêtre. sous les pierres moussues 
et la mousse recouvrant le pied des chênes et des 
hêtres, une seule localité jusqu'à présent, bois des 
Taillades près Fraïsse, vallée de l’Agout à environ 
1000 mètres. L'auronitens type qui se trouve non loin 
de nous, au Mont Aigoual (Gard), ne s’est pas encore 
rencontré dans l'Hérault. 


auratus L. — De mars à juin. Le type classique, au 
corps allongé, à la robe vert doré et aux pieds jaune- 
rougeâtre, ne se trouve bien pur que dans la région 
du hêtre. Il court en plein soleil dans les prairies et 
les sentiers herbeux. La Salvetat, Fraïsse, plateaux 
du Sommail, du Caroux et du Larzac; la variété 
brune, plus ou moins foncée, allant jusqu'au noir, 
dans la proportion de À à 2 °/o. La variété lotharingus 
DEs., c'est-à-dire aux formes épaissies, à la robe vert 
olive etaux cuisses brunes, est des régions maritimes 
et de l'olivier. On la trouve principalement dans les 
luzernières. Dans la zone des petites montagnes, 
Saint-Chinian, Lodève, Lamalou-les-Bains, etc., on 
rencontre des exemplaires de transition, ayant les 
formes lourdes du lotharingus et les pieds rouges de 
l'auratus type ! Un lotharingus typique, mais d'un noir 
profond, a été pris et à moi oftert par M. H. Sicard 
dans la petite chaîne de la Séranne près Ganges. 


21,* 


22. 


23. 


24. 


— 106 — 


clathratus L. var. arelatensis LAPouGE. — Hiver et 
printemps, région maritime, dans les marais saumä- 
tres, abondant parfois en avril et mai, sous les gros 
détritus et les débris de roseaux rejetés par les crues, 
en hiver dans le terreau des vieux saules. Béziers, 
étangs de Vendres et de Capestang ; Montpellier 
bords des étangs de Pérols et de Mauguio, palus de 
Gramenet près Lattes et de l'Estagnol près la station 
de Villeneuve-les-Maguelonne ! 

cancellatus ILL. — De mai à septembre, Tr. du 
hêtre, le. jour sous les pierres, le soir courant dans 
les sentiers. Cette vulgaire espèce est rare dans 
l'Hérault. Nous n’en avons pris que deux exemplaires 
sur le plateau du Sommail, entre l'auberge du Caba- 
rétou et la cascade de Vézole ; un troisième exem- 
plaire trouvé par nous à Montpellier même, le 10 no- 
vembre, fraichement écrasé, dans le domaine de 
l'Ecole d'agriculture, doit être considéré comme d'in- 
troduction accidentelle. 

nemoralis MüLz. — Printemps et automne, régions 
du châtaignier et du hêtre, dans les bois, sous les 
pierres et la mousse. Les exemplaires typiques, à 
robe d’un bronzé cuivreux, sont rares, les robes 
foncées bleuàtres ou vert bronzé brillant plus fré- 
quentes. Villecelle, près Lamalou-les-Bains, la Sal-: 
vetat, Mont Caroux ! 

alysidotus IL. — De janvier à mai, zone maritime, 
forme italienne (marais de la Toscane) rappelant par 
ses élytres rugueux les C. Rossii et (enci. Elle a en 
France plusieurs stations dont nous connaissons les 
suivantes : dans le Var, montagne de Courmette près 
Grasse, prairie tourbeuse (Sainte-Claire Deville), 
dans les Bouches-du-Rhône, étang de Montmajour 
près Arles (frère Zoël), étangs littoraux du Gard et 
de l'Hérault, en decà de Montpellier, Aigues-Mortes 
(Baron Tisson), Pérolset Lattes (de Lapouge, Lavagne, 
Henri Sicard). Nous l'avons personnellement capturé 
à la ferme du Maupas entre Lattes et Pérols. L'insecte 


— 107 — 


ne dépasse pas vers l'Ouest la longitude de Montpel- 

” lier, ses apparitions sont intermittentes et paraissent 
suivré les grandes inondations telles que celles de la 
fin de 14907 (1). 

29. — convexus. — Mai et juin, région du hêtre, peu 
commun, quelques exemplaires seulement sur le 
plateau du Sommail, entre le Cabarétou et la cascade 
de Vézole. 

26. Leistus spinibarbis. — Printemps et automne, endroits 
humides et ombragés, sous les pierres, commun à 
toutes les altitudes ! | 

27. — montanus STEPH. puncticeps FAIRM. — Montpellier, 
rare! Béziers {l’uel), Pérols, Lodève /Minsmer), Saint- 
Guilhem (Lavagne). | 

28. — fulvibarbis Des. — Avril et mai, région maritime 
et de l'olivier, fossés humides, Montpellier, prairies 
de Lattes, Béziers, étang de Capestang ! 

29. — ferrugineus. — Mai et juin, région du hêtre, talus 
des chemins ombragés, sous les pierres. La Salvetat, 
Fraïsse, Mont Caroux ! d 

30. Nebria complanata L. — Printemps et automne, l'hiver 
enterrée dans les dunes, région maritime, de l'em- 
bouchure de l'Aude à celle du Vidourle, plages de 
- Sable fin humide, non loin du flot. sous les galets, 
les tas de fucus. les débris de toutes sortes ! 


(1) L'insecte a été trouvé en nombre une fois, en 1888, par M. de 
Lapouge, bibliothécaire universitaire à Montpellier. aujourd'hui à 
Poitiers, l'auteur bien connu de la Phylogénie des Carnbuxs. « Le 
Carabus alysidotus, dit-il, est une espèce presque éteinte. Elle est 
aquatique et préfère les eaux saumâtres. Sa larve vit sous le drap 
. marin des étangs littoraux et sous les détritus inondés d'eau salée. 
J'ai vu moi-méme l'adulte coùrir sous l’eau et j'ai pris des exem- 
plaires sous vingt centimètres d'eau. {lysidotus devient une rareté 
dont la capture est très accidentelle. J'en ai pris, en ISS8, soixante- 
quatre exemplaires en une heure, dans les marais de Laltes, près 
Montpellier, et cette chasse miraculeuse a permis à nombre d'entomo- 
logistes de voir pour la première fois ce carabe. Avant et depuis cette 
aubaine, je ne l’ai pris qu’isolément ». (Bull. de la Soc. scient. et méd. 
de l'Ouest, 4° trimestre 1899, p. 12). 


— 108 — 


31. — psammodes Rossi. — De milieu mai à fin octobre, 
région des petites montagnes, bords des rivières 
sous les galets et les plaques de vase desséchée. Dans 
la région de l'olivier, l'insecte descend assez bas le 
long des rivières importantes. Béziers, Lamalou-les- 
Bains, bords de l'Orb, Pézénas, bords de l'Hérault ! 
Lodève {Minsmer), Canet (Chégaray). 


32 — brevicollis F. — Avril à octobre, à toutes les alti- 
tudes, partout sous les pierres dans les endroits 
humides ! | 


33. Notiophilus palustris Durr. — Espèce peu. répandue dans 
l'Hérault. Béziers, bords du ruisseau le Lirou (Puel). 

34. — rufipes CurrTis. — Mai à septembre, régions du 
châtaignier et du hètre, commun sous les feuilles 
mortes et la mousse sèche. Lamalou, La Salvetat, le 
Mont Caroux ! 

39. — biguttatus F., semipunctatus STurM. — Maï à sep- 
tembre, à toutes les altitudes, mêmes conditions. 
Béziers, Capestang, La Salvetat ! Moins commun. 

36. — substriatus \WATERH., punctulatus SCHAUM. — Avril 
à septembre. A toutes les altitudes, commun dans 
les dunes maritimes aussi bien que dans la région 
du hêtre, l'espèce la plus commune à Montpellier, 
Cette, Palavas, Lamalou, La Salvetat ! 

37. Omophron limbatum F. — Mai à septembre, régions mari- 
time et de l'olivier, enterré dans le sable fin, au 
bord des eaux courantes et des mares saumâtres des 
dunes maritimes. Il sort et court rapidement sur le 
sable piétiné ou arrosé. Béziers, bords de l’Orb ! 
dunes d'Agde et de Vias à l'embouchure de l'Hérault 
(Marquet). 

38. Scarites arenarius Bon. — Mai à septembre, région mari- 
time, jamais au bord même de la mer, uniquement 
dans les marais salés où il n'est pas rare sous Îles 
pierres et les débris d'algues. La larve, fortement 
chitinisée et oculée, a les mœurs de l'imago, chassant 
comme lui matin et soir. Cette, Frontignan, Palavas! 
Béziers, parages maritimes {Marquet). 


39. 


40. 


— 109 — 


A plusieurs reprises, mais par individus isolés, 
l'insecte a été capturé en dehors de la zone maritime, 
non dans l'Hérault, mais dans le Vaucluse : étang de 
la Bonde, commune de la Motte d’Aigues (Fagniez), 
Avignon, bords du Rhône et de la Durance {Chobaut). 


buparius Forsr. gigas F. — Printemps et automne ; 
en hiver enterré à 25 ou 30 centimètres dans le sable, 
exclusivement dans les dunes, chassant à l'affût le 
matin et le soir, non loin de l'entrée de son terrier. 
Agde, Cette, Palavas ! Béziers (Marquet). La larve 
aveugle dont l'abdomen est peu chitinisé, presque 
blanc, ne quitte jamais le sol (1). Nous l'avons trou- 
vée à plusieurs reprises mangeant des larves d'Ano- 
mala vitis abondantes dans les dunes. 

laevigatus F. — Mai à septembre, région mariti- 
me. Sur les plages de sable fin, enterré non loin du 


_ flot ou abrité sous les tas de fucus. Partout, de l'em- 


bouchure de l'Aude à celle du Vidourle ! 


EMA. Dyschirius numidicus Purz. rugicollis Fairm. — Mai à sep- 


42. 


43. 


tembre, zone maritime. Une des espèces les plus 


communes dans nos terrains sablonneux salés. 
Comme toutes les espèces du genre on le capture en 
arrosant le sable humide. Agde, Cette, Frontignan, 


Palavas ! 


chalceus Er.—Zone littorale, peu répandu. L'espèce 
est plutôt des bords de l'Océan, Vias, mares des 
dunes de l'embouchure de l'Hérault {Marquet). 


nitidus ScaauM. — Zones littorale et de l'olivier, 
mai à septembre, bords sablonneux des rivières et 
flaques des dunes maritimes, commun certaines 
années. Béziers, Bords de l'Orb, Agde, Cette, Bala- - 
ruc ! Palavas /Minsmer). 


(1) Pour plus ämples détails sur les larves des divers Scarites voit 
les descriptions par nous publiées dans les Opuscules Ent. de Mulsant 
16° cahier, p. 77, sur S. arenarius et Bull, Soc. Ent. 1887, p. 162 sur 
S. buparius. | | 


44. 


45. 


46. 


41. 


48. 


90. 


— 110 — 


macrodetrus CHAUD. — Zone maritime, rare. Séri- 
gnan, à l'embouchure de l'Orb {Marquet). M. Gavoy 
(Cat. de l'Aude) l'indique de Narbonne d'après 
Putzeys et Puton. 

cylindricus Des. — Mai à septembre, uniquement 
au bord des eaux salées. Cette, bords de l'étang de 
Thau, terrains voisins du laboratoire de Zoologie 
maritime de la Faculté des sciences de Montpellier, 
Agde, Balaruc, Palavas ! Sérignan /Marquet). 

tensicollis Marseuz. — Terrains salés de notre 
littoral ; longtemps confondu avec D. cylindricus, dis- 
tingué et décrit comme nouveau par M. Sainte-Claire 
Deville sous le nom de. Fleischeri (Bull. Soc. Ent. 
27 janvier 1904), finalement ramené par lui au tensi- 
collis Mars. (l'Abeille T. xxx, p. 261). Cette (Gavoy), 
Palavas (Minsmer). 

punctatus Des. — Mai et juin, zones de l'olivier et 
des petites montagnes. Béziers et Lamalou- les-Bains 
au bord de l'Orb! 

substriatus Durr. — Mai, bords de l'étang de 


-Vendres, quelques exemplaires après une forte 


inondation de l'Aude (1). L'espèce est des montagnes 
pyrénéennes et ne fait pas, croyons-nous, partie de 
la faune naturelle de l'Hérault. Les insectes dits 
d'inondation doivent être considérés comme d'ori- 
gine douteuse ! 

salinus ScHaAuM. — De mai à septembre, région 
maritime, sables salés, commun. Cette, Frontignan, 
Palavas ! Agde {Marquet). 

æneus Des. — Mai à juillet, sables salés ou non 
salés. Cette, bords de l’étang de Thau, Béziers, bords 
de l'Orb! | 


(1) L'étang de Vendres qui, géologiquement, est un reste de l’ancien 
estuaire de l’Aude, est assez fréquemment rempli par les inondations 
de ce petit fleuve. Certaines espèces des Corbières et des FJFEnees 
peuvent s’y rencontrer. 


91. 


#2. 


54. 


— 111 —9 


chalybaeus Purzeys. — MArQuUET dit l'espèce com- 
mune à Cette et à Vias, Gavoy (Cat. Col. de l'Aude) la 
cite de Narbonne, d'après Fauvel. Nous ne la voyons 
pas notée dans nos chasses personnelles. Selon 
Benz (Faune du Bassin de la Seine, T. 1, p.158), ce 
n'est qu'une variété de l'œneus. 

apicalis Purz. — Terrains salés, peu commun, un 
seul exemplaire noté Cette ! Béziers {Marquet) ; Fron- 
tignan {Minsmer). Gavoy (loc. cit.) indique l’espéce 
de Narbonne, d'après Pandellé. 

_globosus HERBsT. — Bord des eaux, à toutes les 
altitudes, mais plus commun dans les montagnes. La 
Salvetat, en nombre en Aoùt dans les détritus de 
l'Agout, Lamalou en juillet, bords de l'Orb ! Aussi 
dans la région chaude, en certain nombre en hiver, 
ei tamisant du terreau de saule au bord du marais 
de l'Estagnol près la gare de Villeneuve-les-Mague- 
lonne {H. Sicard). 

luticola CHaup. liguriensis Purz. — L'espèce prise 
par M. Puez en Camargue et à Aigues-mortes, à 
quelques kilomètres des confins de l'Hérault, se 
trouve bien certainement aux bords de nos marais 
salés. 


55. Clivina fossor L. — Printemps, aux diverses altitudes, 


6. 


bords des fossés sablonneux, assez souvent dans les 
jardins maraichers sous les pierres et les pièces de 
bois avoisinant les creux à fumier. Montpellier, 
Béziers | 

collaris HerBsT. — Printemps, mêmes conditions; 
plus fréquent, semble-t-il, dans les montagnes. 
Lamalou, La Salvetat ! Lattes (Lavagne). 


57. Apotomus rufus OL. — Mars à juin, région maritime ; forme 


africaine assez localisée dans l'Hérault, abondante 
sous les pierres au bord de l'étang de Vendres près 
Béziers, plus rare à Montpellier au bord de l'étang 
de Pérols ! Lattes, ferme du Maupas' (Minsmer, 
Lavagne). 


— 112 — 


58. Broscus cephalotes L. — Juin, région du hêtre, localisé 


aux bords de certaines rivières. Il vit au fond d’un 
terrier creusé dans le sable fin, parfois sous les 
pierres. Plateau du Sommail, bords de l’Arn, Fraïsse, 
bords de l’Agout ! L'espèce n’est pas exclusivement 
montagnarde, nous l'avons prise dans l'Aude, à 
Saint-Marcel, près Narbonne, aux bords mêmes de la 
rivière, toujours dans les mêmes conditions. 


59. Tachypus caraboides Scark. — Mai à septembre, zones de 


60. 


61. 


63 


54. 


GS. 


66. 


l'olivier et des petites montagnes, bords graveleux 
des rivières, peu répandu. Béziers, Lamalou, Ganges ! 
Lattes (Lavagne). 

pallipes Durr. — Mêmes conditions, mêmes loca- 
lités, commun ! 

flavipes L. — A toutes les altitudes, bords des 
eaux un peu vaseux ou argileux, bords des fossés. 
Montpellier, Lamalou, La Salvetat ! 


. Limnaeum Abeïllei Benz. — Mai et juin, zone maritime. 


. Bembi 


Cette, bords de l'étang de Thau, sous les galets et les 
petits tas de zostères ou d'algues reposant sur le 
sable, peu commun | 


dion striatum F. foraminosum SrTurM. — Mai, un 
seul exemplaire noté Vendres, amené peut-être dans 
l'étang par une crue de l'Aude ! Nous doutons un 
peu que l'espèce appartienne à notre faune. 


pygmaeum F. — Avril à septembre, -bords des 
cours d’eau, peu commun. Béziers bords de l'Orb, 
Montpellier bords du Lez ! 


lampros HERBsT. — Février à octobre, à toutes les 
altitudes. Une des espèces les plus communes, ter- 
rains humides et découverts, courant de tous côtés 
aux premiers beaux jours ! 


punctulatum DraPp. — Avril à septembre, plaine 
et montagnes, commun au bord des cours d'eau 
caillouteux ou salanneux. Béziers, Lamalou, Ganges, 
La Salvetat ! | 


67. 


69. 


70. 


71. 


72. 


73. 


74. 


— 4113 — 


varium OL. (4) — Avril à septembre, zones mari- 
time et de l'olivier, bords des eaux sfagnantes dou- 
ces, salées et surtout saumâtres. Montpellier, Cette, 
Béziers et toutes les terres basses du littoral ! 

ephippium Marsa. — Février à septembre, zone 
maritime, uniquement dans les terrains salés, sous 
les algues desséchées. Cette, Palavas, Vendres ! 

fasciolatum Durr. — Avril à septembre, régions 
de l'olivier et des montagnes, au bord des cours 
d'eau. Le type spécifique rare, Béziers bords de l'Orb; 
la var. cœruleum Des., commune, Montpellier bords 
du Lez, Béziers et Lamalou bords de l'Orb, Saint- 
Guilhem et Ganges, bords de l'Hérault ! 

conforme Des. — Région de l'olivier, rare. Saint- 
Guilhem. (Lavagne). 

atrocæruleum Srepx. — Avril à septembre, région 
du hêtre, sous les galets des torrents. La Salvetat, 


. Fraïsse | 


Redtenbacheri DANIEL. — Juillet, région du hêtre, 
mêmes conditions, plus rare. La Salvetat ! (2) 

tricolor F., Erichsoni Duv. — Eté, région des peti- 
tes montagnes, sous les galets des torrents. Saint- 
Guilhem, Ganges, Lodève ! 

eques STURM. — Mai à septembre, région des 
petites montagnes, sous les pierres des torrents, peu 
commun. Lamalou, Ganges ! Béziers, inond. de 
l'Orb (Marquet). 


(1) Les Bembidion dentellum Thunb, noté par Marquet (loc. rit.) de 
tout le Languedoc et B. adustum, signalé par Gavoy (loc. cit.) comme 
des environs de Narbonne, n'ont jamais été rencontrés par nous dans 
l'Hérault. Certaines variétés de B. varium sont faciles à confondre 
avec ces deux espèces plus septentrionales que méridionales. 

{2) Pour les Bembidion du groupe fasciolatum, cœruleum, atrocæru- 
lem, tibiale et Redienbacheri qui offrent quelques difficultés, nons 
avons eu recours aux lumières de notre ami Sainte-Claire Deville. Le 
tibiale, que nous avions cru d’abord se trouver dans nos Herenne® de 
l'Hérault, ne paraît pas s’y rencontrer. 


143 


— 114 — 


75. —  Andreæ F. — Avril à octobre, plaine et montagne, 
abondant au bord de tous les cours d’eau ; la var. 
femoratum SrurM.uniquement région montagneuse, 
La Salvetat ! 

76. —  ustulatum L. — Mai et juin, régions de l'olivier et 
des petites montagnes, endroits humides, bords des 
fossés et des marais, plutôt que bords des rivières. 
Vendres, Capestang, Montpellier bords du Lez, 
Lamalou ! Lodève {Minsmer), Castelnau /Lavagne). 

77. —  decorum Panz. — Avril à juin, à toutes les altitudes, 
plus répandu dans les montagnes, graviers et galets 
des rivières. Béziers et Lamalou, bords de l'Orb, 
Ganges bords de l'Hérault, Montpellier, La Sal- 
vetat ! 

78. —  Fauveli Gancis.— Mai, région de l'olivier. 2exempl. 
pris aux bords de l'Hérault, au-dessus de Saint- 
Guilhem le Désert ! (1). 

79. —  nitidulum Marsa. — Mai à septembre, régions des 
basses et hautes montagnes, çà et là dans la plaine, 
dans les jardins, non loin des habitations, endroits 
humides et ombreux sous les pierres. Lamalou, 
La Salvetat, Béziers, Montpellier ! 


80. —  monticola SrurM. — Juillet, région du hêtre, quel- 
ques exemplaires. La Salvetat ! 
81. —  hypocrita Der. — Région du châtaignier, rare; un 


exemplaire marqué Lamalou! Lodève (Minsmer). 
Marquet l'indique dans sa liste de l'étang de Ven- 
 dres, mais l’omet dans le Catalogue du Languedoc. 
82. —  Dahli Des. — Avril à septembre, région de l'olivier, 
marais et bords de rivières, commun par places. 
Béziers, Vendres, Capestang ! Nous ne l'avons pas 
observé à Montpellier. Lodève (Minsmer). 


(1) L'espèce soumise à M. Sainte-Claire Deville sous le nom de praeus- 
tum Des. a été ramenée par lui au B. Fauveli GaAnGLs. Le praeustum 
Des., maintenu comme espèce dans le Catal. Reitter 1906, se trouve- 
til dans l'Hérault comme il est dans le Gard { Puel, in litt.) ? C'est à 
rechercher. 


84. 


85. 


86. 


87. 


88. 


89. 


90. 


91. 


92. 


— 115 — 


cribrum Duv. — Méêmes conditions, mais moins 
localisé. Béziers, Agde, Cette, Montpellier, Lunel ! 

elongatum Des. — Avril à septembre, bords des 
rivières, à diverses altitudes, mais plus fréquent 
dans les régions chaudes. Montpellier, Béziers 
Lamalou, Ganges ! Lodève (Minsmer). 

aspericolle GERM., lepidum DEs.— Mars à septembre, 
zone littorale, uniquement dans les marais salés, 
mœurs des Pogonus, sous les algues avec B. ephip- 
pium. Cette, Palavas, etc. ! Pérols (Lavagne). 

minimum F.— Mars à septembre, régions maritime 
et de l'olivier, bords des eaux douces et surtout 
salées. Les var. latiplaga et rivulare avec le type. 
Béziers, Cette, Montpellier, Palavas, Ganges! 

normannum Des. — Mémes conditions que le mini- 
mum, un peu moins halophile cependant. Cette, 
Montpellier, Lamalou ! 

4 guttatum F. — Avril à septembre, gravier et 
galets des bords de rivières. Béziers, Lamalou, 
Ganges ! Un ex. marqué Cette, flaque salée, peut 
être rapporté à la var. Genei, c'est-à dire à corps 
plus allongé ! Castelnau, inondations du Lez 
(Lavagne). 

laterale Des., callosum KüsT. — Mêmes conditions, 
régions de l'olivier et parfois des montagnes. 
Béziers, Montpellier, Saint-Guilhem, La Salvetat ! 

4 pustulatum Serv. — Mèmes conditions, peu com- 
mun dans l'Hérault: nos étiquettes de localités 
sont : Béziers, Vendres et Lamalou, bords de l'Orb! 
Castelnau, inondations du Lez (Lavagne). 

4 maculatum L. — Béziers (Marquet). Nous ne 
l'avons pas pris nous-même dans l'Hérault; mais 
Gavoy le signale des bords de l'Aude qui baigne 
la partie ouest du département. 

tenellum Er. — Avril à septembre. Région littorale, 
terrains non salés, bords vaseux des rivières et des 
fossés. Béziers, Vendres, Montpellier, Lattes! 
Lodève (Minsmer). 


— 446 — 


93. —  articulatum GyLz. — Avril à septembre. Régions 
littorale et des montagnes, bords des cours d’eau. 
Etang de Vendres, Lamalou, bords de l'Orb! 

94 — 8 maculatum Gorze, Sturmi PANz. — D'avril à octo- 
bre. Région littorale. Une des espèces les plus 
communes au bord de nos marais saumâtres ou 
d’eau douce, sous les détritus. Béziers, Montpellier, 


Lunel ! 

95. —  fumigatum Durr. — Mêmes conditions et localités, 
mais beaucoup moins commun | 

96. —  assimile GyLzz. — Avril. Marais peu ou point salés, 


peu commun dans l'Hérault. Quelques exemplaires | 
notés étang de Vendres, détritus, un exemplaire 
noté marais de l'Estagnol ! Lattes (Lavagne). 

97. —  obtusum STURM.— A peu près toute l’année. Régions 
maritime et de l'olivier, sous les détritus peu 
humides, commun enhiver en tamisant les feuilles 
mortes des Zamarix plantés en terrain sec. Cette, 
Béziers, Montpellier! La var. rectangukum n'est 
notée que de Béziers ! 

98. —  guttula F. — Printemps et automne. Région mari- 
time, bords des étangs sous les pierres et les détri- 
tus. Vendres, Frontignan, Montpellier, prairies de 

| Lattes ! 

99. —  biguttatum F.— Mai à septembre. Région de l'olivier. 
Bords des fossés de prairies irriguées, en nombre . 
sous les détritus après les pluies. Béziers, Agde, 
Montpellier, localisé, spécialement, prairie irriguée 
de l'Ecole d'agriculture ! 

100. —  iricolor Benez. — Mai à septembre, zone littorale, 
terrains salés ; longtemps confondu avec le précé- 
dent, toujours plus grand et de teiñte un peu irisée. 
Cette, Frontignan, Palavas! Palus de Gramenet 
(Laxagne). 

4014. —  lunulatum Fourcr. — Montpellier, un exemplaire 
(Puel). | 

102. Ocys harpaloides SErv. — Avril et mai, zones de l'olivier 

et du châtaignier, endroits humides et ombragés, 


— 117 — 


sous les pierres, les écorces, dans le bois pourri, 
parfois en battant. Béziers, Capestang, Lamalou, 
Saint-Guilhem, Montpellier ! 

103. — 5 striatus GyLc. — Eté, régions montagneuses, en 

battant les arbres ou sous les écorces. Lamalou, 

” Saint-Guilhem, La Salvetat ! Lodève (Minsmer). L’es- 
pèce pour nous est exclusivement arboricole ; un 
exemplaire trouvé dans l'étang de Vendres sous une 
pierre provenait, bien certainement, d'une crue de 
l'Aude. 

104. Tachys bisulcatus Nicoc., Focki Humm. —- A peu près toute 
l'année, endroits humides et obscurs, terreau des 
jardins, fréquemment dans les rez-de-chaussée humi- 
des, les écuries, parfois même cavernicole. Béziers, 
Lamalou, Montpellier grotte de la campagne, Pou- 
tingon sur la route de Ganges ! 

105. —  haemorrhoïdalis Des. — Mars à juillet, zones litto- 

_rale et de l'olivier, une des espéces communes dans 
les détritus de marais et le long des fossés de prai- 
ries. Béziers, étang de Vendres, Montpellier, prairies 
de Lattes ! D'après Fauvel (Faune Nouvelle Calédonie, 
p. 220), l'espèce est cosmopolite. 

406. — 6Gstriatus Durr., angustatus Des. — Rare dans la 

| région de l'olivier, il est plutôt des petites monta- 
gnes. Montpellier marais de l'Estagnol, Lamalou 
bords de l’Orb, Béziers inondations de l'Orb, Palavas 
détritus rejetés par le flot après une crue du 
Vidourle ! (1) 


(1) Sur la côte de l'Hérault les courants marins vont toujours de 
l'Est à l'Ouest et les détritus rejetés après les crues du Rhône et du 
Vidourle peuvent donner des espèces étrangères à la faune locale. 
C’est ainsi que, sur la plage des bains de Cette, nous avons trouvé, il 
y a quelques vingt ans, le cadavre d’un Castor du Rhône et que, plus 
récemment dans le même endroit, nous avons constaté une véritable 
couche de Rhizotrogus pygialis, espèce inconnue dans la localité, mais 
commune en Camargue. De la même façon est expliquée la présence 
d'un insecte du châtaignier, l’Helops cœruleus, trouvé à Palavas sous 
des détritus marins par M. Lavagne. 


107. 


108. 


109. 


110. 


11. 


112. 


— 8 — 


Lucasi Duv. — Région littorale, janvier, un exem- 


plaire inondation des marais de Lattes (Lavagne), 


aujourd'hui in coll. Chobaut. 


4 signatus DurrT. — Printemps, zones littorale et 
de l'olivier, peu répandu, vivant dans le sable 
des bords de rivières. Béziers bords de l'Orb et 
du Libron, Ganges, bords de l'Hérault, sous les 
galets ! 


parvulus Des. — Avril à juillet, zones de l'olivier 
et du châtaignier, bords des ruisseaux, sous les 
grosses pierres un peu adhérentes et les plaques 
d'argile. Béziers, bords du Libron ; Montpellier, 
bords de la Mosson, en dessous du village de Gra- 
bels ; Lamalou, bords de l'Orb ! Saint-Jean de Buèges 
(H. Sicard). 


fulvicollis Des. — Mai et juin, zone maritime. 
Marais de Vendres, prairies basses de Lattes près 
Montpellier, d'habitude peu commun ! Cette (Rey). 
Pour prendre en nombre cette espèce on doit se : 
servir du procédé employé en Camargue par M. Puel. 
Il consiste en un petit tas d'herbes arrachées sur 
lequel on met une grosse pierre. Dès que les herbes 
commencent à fermenter, les Tachys y arrivent en 
nombre. 


2 striatus Durr. var. elongatulus Des. et var. 
gregarius CHAUD. — À peu près toute l’année, à 
diverses altitudes, marais, prairies, bords de rivière. 
et écorces, étang de Vendres, Béziers, bords de l'Orb, 
Lamalou bois pourri de châtaignier, Montpellier 
prairies de Lattes, terreau de saule ! Le type et les 
variétés viennent souvent à la lumière. | 


scutellaris Srepx. var. dimidiatus Morscs. et var. 
atratus Cosra. — A peu prés toute l'année, région 
maritime, de l'embouchure de l'Aude à celle du 
Vidourle ; l'espèce la plus commune du genre dans 
les marais salés, courant de tous côtés quand on 
piétine ou qu'on soulève les algues! | 


— 119 — 


113. Tachyta nana GyLz. — Mai à septembre. Régions monta- 
gneuses, dans les bois, sous les écorces, principale- 
ment celles des souches. Lamalou, châtaignier, La 
Salvetat, hêtre et chêne ! 


114. Limnastis galilaeus Bruz. — Septembre, bords du palus 
de Gramenet débordé, un seul exemplaire (Lavagne). 
L'insecte est aujourd'hui à Avignon dans la collec- 
tion Puel. 

115. Anillus Mayeti BrisouT. — Automne et printemps, région 
de l'olivier, sous les pierres enfoncées, dans des 
terrains à la fois boisés, humides et un peu décou- 
verts. L'insecte capturé pour la première fois aux 
environs d'Agde, a été retrouvé par nous à Saint- 
Thibéry, vallée de l'Hérault, à Roquebrun, vallée de 
l'Orb, à Lodève, vallée de la Lergue (localité précise 
parc de Montplaisir), à Montpellier enfin, vallée de 
la Mosson (localité précise parc de Caunel). L'insecte 
se tient le plus souvent fixé contre la pierre, mais 
on en trouve aussi dans les fissures du sol ou circu- 
lant dans les galeries des lombrics ! Nizas (H. Sicard). 


116. Perileptus areolatus CREUTZ. -- Avril à septembre, à 
toutes les altitudes, bords sablonneux des cours 
d'eau. Béziers, Lamalou, Saint-Guilhem, Ganges, La 
Salvetat ! Castelnau (Lavagne). 


117. Thalassophilus longicornis Srurm. — Mai à juillet, dans 
le sable au bord des rivières, mœurs des Bembidion. 
Béziers, Lamalou, bords de l'Orb ! 


114. Trechus 4 striatus Scaranck, minutus F. — A peu près 
toute l'année, à toutes les altitudes, commun dans 
les marais, dans les bois, sous les feuilles mortes, la 
mousse et même sous les pierres dans les endroits 
secs ! CR 


119. Anophtalmus Simoni A8. — Mars et avril. Grotte de la 
Coquille ou d'Aldène, près Minerve ! L'espèce décou- 
verte par M. Simon en 1880 à, croyons-nous, disparu 
depuis par suite de la mise en exploitation de la 
caverne riche en phosphate de chaux (débris d'ours, 


— 12 — 


de cerfs, etc., de l’époque quaternaire) (1). D'après 
nos calculs, le nombre des exemplaires recueillis 
peut s'élever en tout à une vingtaine, capturés par 
nos amis Simon, Gavoy, Cambournac, Argod et 
nous-même. 


120. Pogonus pallidipennis Des. — Région maritime, d'avril à 


121. 


122. 


123. 


124. 


125. 


126. 


septembre, marais salés, de l'embouchure de l'Aude 
à celle du Vidourle, sous les algues et les détritus. 
En terrain découvert, près de la gare de Palavas par 
exemple, l'insecte se creuse un puits vertical de 
quelques centimètres, au fond duquel il se tient 
blotti. : 

gilvipes Des. — Mêmes conditions, mais ne se 
creusant pas de terrier, une des espèces [es moins 
répandues, toujours localisé. Cette, bord de l'étang 
des aux blanches, Frontignan, étang d'ingril, 
Palavas, étang de l'Arnel ! 

littoralis Durr. — Mêmes conditions, commun 
dans les prairies demi salées. Etangs de Vendres et 
de Capestang, Cette, Palavas, Gramenet ! 

chalceus Marnsx. — Terrains très salés, commun 
dans les salines des Onglous, de Cette et de Fronti- 
gnan ! Palavas, près le cimetière (Lavagne). 

riparius Des. —Mêmes conditions, moins répandu 
que le chalceus. Cette, Palavas ! 

meridionalis Des. — Mêmes conditions et locali- 
tés, un des plus abondants, paraissant dès le mois 
de mars, mélangé aux deux espèces précédentes ! 

gracilis Des. — Peu répandu, se prend surtout 


(1) La voûte a été percée pour faciliter l'exploitation et le chantier 
où les wagonnets étaient amenés et les bennes accrochées à la chaîne 
du treuil a été établi à l'endroit même où nous capturions l’insecte, 
c'est-à-dire dans la salle dite du pilier. Questionnés sur le résultat 
financier de l'opération, les industriels qui ont ruiné cette localité 
entomologique et mis au pilon des centaines de squelettes d'Ursus 
spelœus ont répondu que c était à peine si l’entreprise avait pu joindre 
les deux bouts. 


— 121 — 


sous les pierres dans les endroits dépourvus de végé 
tation. Cette, Frontignan, commun parfois en mai 

- dans le palus de Gramenet sous les plaques de vase 
desséchée | 

127. — ‘ testaceus Des. — Mémes conditions que le graci- 

‘dis, réuni parfois en familles sous la même pierre 
isolée. Quand l'eau envahit le terrain, l'insecte monte 
prestement sur la pierre et prend son vol ! 

128. Deltomerus rufipennis Des. — Avril à juin, régions de 

l'olivier et surtout des petites montagnes, ruisseaux 

à sec, sous les pierres encore humides, talus des 

chemins avec suintements. L'espèce se déplace faci- 

lement, quittant parfois pour longtemps une localité 
et y reparaissant sans cause apparente. Montpellier, 
chemin creux argileux avec suintements, derrière 
l'Ecole d'agriculture, Saint-Chinian, Lamalou, Cler- 
mont-l'Hérault! Béziers (Marquet, Mathieu), Lodève 

(Minsmer). 

129. Atranus collaris MÉN. — Automne et hiver, bords des 
rivières. Les mœurs étant inconnues, on ne prend 
l'insecte que lors des inondations. Béziers, octobre, 
inondations de l'Orb, sous les détritus, à l'écluse des 
épanchoirs, rive droite ! C'est là que, pour la pre- 
mière fois Marquet l'a capturé et il n'a été signalé 
nulle part ailleurs dans le département. L'aire géogra- 
phique de l'espèce comprend cependant toute l’Eu- 
rope, des Pyrénées au Caucase. Marquet la signale à 

| Toulouse et Gavoy à Carcassonne. 

130. Perigona nigriceps Des. — Printemps, un exemplaire pris 
dans du terreau de saule à Lattes, près Montpellier, 
_par de Lapouge, en 1889. Deux autres exemplaires 
ont été signalés d’Albaron (Camargue) par Sainte- 
Claire Deville (F4 beille, T. xxx, p. 184) comme pris à 
la lumière par notre ami Puel (1). 


(1) L'espèce est cosmopolite, surtout américaine et parait ètre en 
train de Se répandre en Europe. Des Gozis l’a prise à Cannes, les 
exemplaires de notre collection proviennent de Bordeaux. « Elle a été, 


— 122 — 


131. Platynus (Anchomenus) ruficornis Goeze, pallipes F. — A 


132. 


133. 


134. 


135. 


136. 


137. 


138. 


peu près toute l’année, à toutes les altitudes, endroits 
humides et sombres, sous les pierres, souvent près 
des habitations ! : 

(Limodromus) assimilis Payx., angusticollis F. — 
Rare, peu commun dans l'Hérault, régions de l’oli- 
vier et du châtaignier, d'habitude arboricole. Les 
Verreries de Moussan, souche de châtaignier ! Lattes, 
bois pourri de saule (Zavagne, coll. Puel); Béziers 
Marquet). 

(Agonum) 6 punctatus L. — Mai à septembre, 
régions du châtaignier et du hêtre, sous les pierres, 
au bord des sources et des rivières. Lamalou, bords 
de l'Orb, La Salvetat, Fraïsse, bords de l’Agout | 

viridicupreus Goëze, modestus STURM. — Mai, 
région de l'olivier, peu répandu. Etang de Vendres ! 
Saint-Guilhem, bords du Verdus (Minsmer). 

marginatus L. — Avril à juin, prairies humides, 
peu commun. Etang de Vendres, palus de Gramenet! 

Mülleri Herssr, parumpunctatus F. — A peu près 
toute l’année, à toutes les altitudes, commun sous les 
détritus, spécialement dans les jardins, sous les tas 


. d'herbes fanées. 


lugens DurrT. — Avril à juin, région maritime, 
marais saumâtres, pierres et détritus. Vendres, Esta- 
gnol, moins commun et plus localisé que les espèces 


” suivantes ! 


viduus Panz. — Mai à septembre, pluë commun 
en montagne qu'en plaine. Montpellier, sources du 
Lez, Vendres et Capestang après les inondations de 
l'Aude, plateau du Sommail, bords de l'Arn et des 
tourbières ! 


dit Fauvel (Revue d'Entomologie 1903, p. 223), signalée de la Guade- 
loupe, de la Nouvelle-Calédonie, etc. Je l'ai prise à Madère; la furia 
descriptiva des auteurs a donné déjà sept noms de genre et dix noms 
d'espèce à ce petit Carabique ». 


439. 


141. 


142. 


143. 


144. 


147. 


— 193 — 


_ Dahli Borre. — Avril à septembre, région de 
l'olivier, marais et prairies saumâtres. Béziers, Ven: 
dres, Capestang, Montpellier, le seul qui abonde . 
dans la prairie irriguée de l'Ecole d'agriculture ! 

atratus Durr., lucidus Fairm. — Région de l'olivier, 
marais et prairies saumâtres. Béziers, Vendres, 
Capestang, Montpellier, un des plus communs dans 
le palus de Gramenet ! 

fuliginosus Paz. — Rare dans l'Hérault ; un exem- 
plaire dans notre collection est marqué Béziers, un 
autre Balaruc, comme venu à la lumière en septem- 
bre à l’'Usine Saint-Gobain, reçu de M. l'ingénieur 
Denis. 

piceus L. — Béziers, détritus d'inondations de 
l'Orb (Marquet). Nous regrettons de ne pas avoir les 
types sous les yeux. La collection Marquet a été . 
acquise par M. René Oberthür. 

Thoreyi Des. — Avril à juin. L'espèce, jusqu’à 
présent, n'a été trouvée que sur les bords de l'étang 
de Vendres, où elle n’est pas rare certaines années ! 

(Clibararius) dorsalis PonT.,prasinus THUNBERG. — 
A peu près toute l’année, à toutes les altitudes, com- 
mun sous les pierres et les détritus. contre les murs, 
surtout dans les jardins où on le trouve souvent en 
compaganie de divers Brachynus. 


. Oliothopus rotundatus. — Petites montagnes. Saint-Jean 


de Buèges, la Séranne (1. Sicard) (1): 

glabricollis GERM. — Mai à septembre, région de 
l'olivier, peu répandu, principalement en battant les 
buissons de chêne, d'érable, etc. Montpellier, bois de 
l'hôpital, Boisseron, vallée du Vidourle ! | 

fuscatus DEJ. — Avril à septembre, régions mari- 
time et de l'olivier, commun partout sous les pierres, 
les détritus secs ou humides, dans le sable des dunes 


. (4) Fairmaire et Laboulbène (Faune ent. fr. 1854) signalent l'Olistho- 
pus rotundatus à Montpellier même, nous ne l’y avons jamais observé. 


— 1% — 


maritimes aussi bien que dans les terrains argileux 
de l'intérieur ! 

148. Synuchus nivalis Panz. — Mai à septembre, région du 
hêtre, sous les pierres, la mousse, dans les bois. Le 
Sommail, La Salvetat, Fraïsse ! 

149. Bedelius circumseptus GErM. — Avril à septembre, ter- 
rains sablonneux. Cette, dunes et terrains incultes 
voisins des salins, Montpellier, sablières de la Pom- 
pignane ! Béziers, jardins maraîchers des bords de 
l'Orb, sous les détritus (Marquet). 

150. Calathus luctuosus Larr., gallicus Farm. — Juin et juillet, 
région du hêtre, sous les pierres. La Salvetat | 

151. —  fuscipes Gorze, cisteloides Paz. et var. puncti- 
pennis GERM. — Mai à septembre, à toutes les altitu- 
des, commun partout sous les pierres et les détritus ; 
la var. punctipennis spéciale à la région de l'olivier ! 

452. — erratus Sauce., fulvipes GyLL. — Mai à septembre, 
région de l'olivier, moins commun que l'espèce pré- 
cédente, terrains un peu sablonneux. Saint-Chinian, 
Agde, Cette ! Béziers (Marquet). | 

153. — ambiguus PAnNz., fuscus F. — Régions maritime 
et de l'olivier, terrains sablonneux. Cette, dunes et 
champs sablonneux les avoisinant, Montpellier, 
sablières de la Pompignane ! Béziers (Marquet). 

154. —  melanocephalus L. — A toutes les altitudes, à peu 
près toute l’année, sous les pierres, les détritus, etc., 
une des espèces les plus communes ! 

155. — mollis Marsa. — Régions maritime et de l'olivier, 
uniquement dans les terrains sablonneux. Dunes de 
tout le littoral, Agde, Cette, Palavas, etc.! Montpel- 
lier, sablières de la Pompignane, sables dolomiti- 
que de la vallée de l'Hérault, Saint-Guilhem Île 
Désert, Mourèze, etc. ! 

156. Laemosthenes complanatus Des. — Espèce exotique, pro- 
bablement d'origine américaine, qui est en train de 
se répandre en Europe. Marquet la fait figurer dans 
son Catalogue de l'étang de Vendres (nous avons du 
reste vu l’exemplaire) ; il n’y a rien d'extraordinaire 


157. 


158. 


159. 


160. 


dans cette capture, vu que nous avons pris l'insecte 
en certain nombre, il y a vingt ans, non loin de là, 
aux environs de la gare de La Nouvelle (Aude). 

venustus CLainv. — Mai et juin, région de l'oli- 
vier, espèce d'ordinaire arboricole, rare dans l'Hé- 
rault. Nous n’en connaissons que trois captures, à 
Montpellier même, la première par notre ami, le 
capitaine Minsmer, au pied d'un platane de la route 
de Palavas, sous une écorce, la seconde par un de 
nos futurs médecins, le jeune Héraud, dans un 
poulailler abandonné, la troisième par nous-même 
en enfumant le creux d'un chêne dans le parc de 
Caunel, vallée de la Mosson ! 

algerinus Gory. —*A peu près toute l’année, 
l'espèce la plus répandue dans les régions littorale 
et de l'olivier, dans les caves, les écuries, les rez-de- 
chaussée un peu humides, çà et là loin des habita- 
tions, au pied des murs de pierres sèches ! Plus 
commune dans l'arrondissement de Montpellier que 
dans celui de Béziers ! 

terricola HEerBsT. — Régions de l'olivier et du 
châtaignier, dans les mêmes conditions que l'espèce 
précédente, mais cohabitant rarement avec elle. 
L'algerinus domine de beaucoup comme nombre 
dans la région chaude et cède entièrement la place 
au terricola dans les montagnes. Celui-ci est fréquem- 
ment arboricole même dans dans la plaine (vieux 
châtaigniers et vieux saules). La variété cyanescens 
est cavernicole (grottes de Minerve, de Saint-Pons et 
de la Magdeleine, près Montpellier). Béziers, Mont- 
pellier, Lamalou, Ganges ! | 

oblongus Des. — Région des petites montagnes 
et du hêtre. Le type est des Pyrénées centrales. L'es- 
pèce n'est représentée chez nous que par les deux 
variétés latebricola FairmM. et Balmae DELAROUZÉE, la 
première vivant spécialement dans les forêts de 
hêtres (grosses pierres et mousses) du canton de La 
Salvetat, la seconde dans les grottes. Le type de 


— 496 — 


description du Balmae, indiqué à tort de Montpellier, 
est de la grotte des Demoiselles, près Ganges, à 45 
kil. N. de Montpellier. Nous l'y avons capturé et 
l'avons pris également dans les grottes de Saint. 
Guilhem le Désert, de Montplaisir près Lodève (1) et 
de la Séranne, près Ganges | 

161. Sphodrus leucophthalmus L.— A peu près toute l’année 
dans les caves, les celliers, les magasins humides, à 
toutes les altitudes. L'espèce, sans doute d'origine 
étrangère (Asie Mineure, nord de l'Afrique), ne se 
rencontre jamais loin des habitations de l’homme et 
lui paraît inféodée ! 

162. Platyderus ruficollis Marsx. — Avril à septembre, à toutes 
les altitudes, dans les bois peu humides, sous les 
pierres et la mousse, assez répandu, mais toujours 
isolé. Montpellier, bois de pins de Fontfroide, 
Lamalou, châtaigneraies, La Salvetat, bois de hêtres ! 
Saint-Guilhem (Lavagne). 

163. -—-  rufus Durr. — Béziers, bords de l'Orb (Marquet). 

164. Lagarus vernalis Panz. — Avril à juillet, à toutes les 
altitudes, marais et bords de rivières. Les exemplai- 
res de montagne plus petits que ceux de plaine. 
Lunel, bords du Vidourle, Montpellier, bords du Lez, 
Béziers, bords de l'Orb et étang de Vendres, plateau 
du Sommail, tourbières et bords de l'Arn ; la var. 
cursor DEJ., maritimus GAUBIL, c'est à dire de grande 
taille à reflets irisés, exclusivement dans les marais 
saumâtres du littoral, Vendres, Capestang pire 
Béziers et Gramenet près Montpellier ! 

165. Poecilus punctulatus ScHazz. — Avril et mai ; insecte 

. localisé dans une seule région de l'Hérault, la route 
de Béziers à Vendres. La localité précise commence 
a l'endroit appelé Garigue du roi et continue jusqu'au 


(4) Un exemplaire pris par nous-mème dans la grotte de Mialet 
(Gard), à 20 kil. des confins de l'Hérault, peut être assimilé à la var. 
Jacquelini des Pyr.-Orientales, ce qui confirme la réunion spécifique 
de ces diverses variétés au type oblongus des Pyr. centrales. 


166. 


4167. 


171. 


— 497 — 


village de Vendres. Un exemplaire a été pris par 
nous sous une pierre au bord même de l'étang, un 
peu avant la distillerie. 


dimidiatus OL. — D'avril à juillet, à toutes les 
altitudes. Le type à corselet doré et aux élytres verts, 
uniquement des montagnes, Lamalou, La Salvetat ; 
la variété bronzée, unicolore, variant du vert au 
brun en passant par le cuivreux, de la région de 
l'olivier, commun partout au printemps sous les 
pierres ou courant dans les chemins, rare certaines 
années | . 

Koyi GERM., viaticus Des. — D'avril à juillet, 
plaines et montagnes, sous les pierres, plutôt dans 
les terrains sableux, variant du bleu violet au noir 
profond, rarement tirant sur le vert. Les exemplaires 
métalliques, spécialement des régions montagneu- 
ses, les noirs, de la région de l'olivier ; moins 
répandu que le dimidiatus. Montpellier, Cette, 
Béziers, Saint-Guilhem, Lamalou, La Salvetat ! 

lepidus Leske. — Mai à septembre, région du 
hêtre, sous les pierres, prairies et bords des champs. 
Le Caylar sur le Larzac, plateau du Sommail, La 
Salvetat ! 


cupreus L. — Avril à septembre, à toutes les 
altitudes, courant dans les chemins, sous les pierres 
et les détritus, abondant aux bords des marais de 
Vendres et de Capestang. Béziers, Montpellier, Saint. 
Chinian, Lamalou, Ganges, La Salvetat ! Lodève 
(Minsmer). Les exemplaires de montagne plus foncés 
que ceux de plaine. 


cœrulescens L., versicolor STuRM. — Juillet et 
août, parties les plus élevées de la région du hêtre, 
sous les pierres des pâturages. Cambon, Montagne 
de l’Espinouse ! Saint-Jean de Buèges (H. Sicard). 

cursorius Des. — Avril à juin, bords des marais 
saumâtres, sous les pierres et les détritus, étangs de 
Vendres et de Capestang, Lattes, palus de Gramenet ! 


172. 


173. 


174, 


175. 


176. 


177. 


178. 


4179. 


181. 


— 19% — 


—  striatopunctatus Durr. subcæruleus ScHAUM. — 
Un exemplaire pris à Palavas par M. Lavagne contre 
le mur de la campagne de Saint-Maurice. L'insecte 

_ provenait sans doute des crues du Rhône dans les 
oseraies duquel il n'est pas rare. 

—  puncticollis Des. — Avril à juin. Zone maritime. 
marais saumâtres de Vendres, de Capestang et de 
Gramenet. Abondant sous les pierres, les détritus et 
les plaques d'argile un peu soulevées! 

— infuscatus Des. — Mêmes conditions et localités, 
mais beaucoup moins répandu ! 

Pedius inæqualis Marsx.— Avril et mai, étang de Vendres, 
sous les pierres et les détritus, commun certaines 
années | 

Lyperosomus aterrimus HerBsr.— Mai. Région des petites 
montagnes, bords des rivières. Béziers, détritus 
d'inondation de l'Orb ! Lamalou (AH. Sicard). La var. 
nigerrimus Des. signalée de Béziers par M. Puel. 

—  elongatus Durr., meridionalis DEJ— Avril et mai. 
Région maritime, marais saumâtres de Vendres, de 
Capestang et de Gramenet. Commun sous les pierres 
et les détritus, assez souvent en fauchant! : 

Platysma niger SCcHALL. — Avril à juin, prairies humides 
des régions montagneuses, çà et là dans la région de 
l'olivier: La Salvetat, Lamalou, parc de Fontmagne, 
près Montpellier, étang de Vendres après les inon- 
‘dations de l'Aude! 

Pseudomaseus nigritus F. — Avril à septembre, à toutes 
les altitudes, marais et prairies humides. Mont- 
pellier, Béziers, tourbières du plateau du Sommail, 
La Salvetat ! Plus commun en montagne qu'en. 
plaine. 

— -gracilis Des. — Mèmes conditions et localités, plus 
abondant en plaine qu'en montagne | 

Steropus madidus F. — Avril à septembre. Régions des 
petites montagnes et du hêtre, sous les pierres. 
Lamalou, la Salvetat, Fraisse ! Lodève ({Minsmer), La 
croix de Mounis (Lavagne). La var. concinnus à pieds 


\ 


— 1499 — 

noirs est mélangée au type dans la proportion de 
& sur 10. La var. amplicollis FArrM. toujours à pieds 
noirs est tellement distincte chez nous du type con- 
cinnus, n'offrant avec lui aucune forme de transition, 
qu'il faut l'autorité de Chaudoir et de Fairmaire (1) 
pour que nous ne l'admettions pas comme espèce. 
Elle est de forme obèse, d'une taille à peu près double, 
atteignant 17 à 19 mill. de long sur 6 à 7 de large, 
tandis que les concinnus, toujours sveltes de forme, 
vont de 13 à 14 mill., 15 au plus, sur 4 à 5 de large. 
Fauvel (Cat. de la Faune gallo-rhénane) indique Stero- 
pus Lacordairei comme pris à Carcassonne. Il a eu 
évidemment sous les yeux un de nos grands ampli- 
collis pris dans la Montagne-Noire, à 40 kilom. de Car- 
sonne. Entre le Lacordairei des Pyrénées cantabriques 
et certains de nos amplicollis, nous ne voyons pas de 
différence et Reïtter qui, dans le Catalogue de 1891, 
faisait une espèce du Lacordairei, est logique, dans 
celui de 1906, en l'admettant comme variété au même 
titre que l'amplicollis. 

Les localités de ees gros exemplaires sont, dans 
l'Hérault, La Salvetat, Fraisse, le Soulié et les Verre- 
ries de Moussan! Lodève (Minsmer); la croix de 
Mounis (Lavagne). 


182. Pterostichus cristatus Dur., parumpunctatus GERM. — Mai 


183. 


à septembre, partie ouest de la région du hètre, con- 
finant à la Montagne-Noire (Tarn), sous les pierres, 
le long des ruisseaux. Les Verreries de Moussan et, 
comme stations avancées vers l'est, plateau du Mont 
Caroux (1000 m.) au-dessus de Lamalou! Lodève 
(Minsmer). L'insecte ne paraît pas cohabiter chez nous 
avec le femoratus. 

femoratus. — Mai à septembre. Région du hêtre, 
sous les pierres humides, dans les bois et le long des 
ruisseaux. La var. cantalicus, aux pieds noirs, dans 
la proportion de 2 à 3 sur 10. Versant nord du Som- 


(4) FAIRMAIRE. Miscellanea entomologica. Ann. Soc. Ent. 1862, p. 549. 


14 


— 130 —. 


«. :, : mail et de l'Espinouse, la Salvetat, Fraïsse, Cambon, 
le Soulié (1). 
184. Abax ater Vizers, striola F. — Mai à septembre. Région 
du hêtre. Mêmes conditions, peu commun. La Sal- 
_vetat | 
185. Stomis pumicatus Panz. — Avril à juin. A toutes les alti- 
 tudes, bords des rivières et prairies maréCcageuses. 
Etang de Vendres, prairies de Lattes, palus de Gra- 
 menet ! Béziers, inondations de l'Orb, la Salvetat, 
bords de l’Agout ! Lodève (Minsmer). 

186. Abacetus Salgmanni GERM. — Avril à septembre. Régions 
de l'olivier et du châtaignier, pierres et graviers des 
bords des rivières, mœurs des Bembidion. Béziers et 
Lamalou, bords de l'Orb, Saint-Guilhem et Ganges, 
bords de l'Hérault ! Castelnau (Lavagne). 

187. Amara fulvipes SERv., striatopunctata Des.— Mai à juillet, 
à toutes les altitudes, plus commun toutefois en mon- 
tagne, souvent sur les graminées dont il paraît se 
nourrir. Montpellier, prairies de la Mosson, étangs 
de Vendres et de Capestang, Béziers, détritus d'inon- 
dation de l'Orb, Saint-Guilhem, prairie du Verdus. 

| La Salvetat, commun en fauchant fin juin ! 

488. — rufipes Des., lepida Fainm. — Mai et juin. Région 
de l'olivier, prairies marécageuses, en fauchant. 
Etangs de Vendres et de Capestang, palus de Gra- 

| menet | 

489. — erythrocnemis Zimm., floralis Gau8.— Mêmes con- 

| ditions et localités ! 


(1) Un exemplaire de P. femoratus aux pieds noirs devenu acciden- 
tellement cavernicole, nous a été apporté des environs de Minerve 
(300 m. d’alt.) par un spéléologue bien connu, M. E. Ferrasse de Mont- 
pellier, comme recueilli par lui au fond de la grotte du. Torrent qui 
s'ouvre. à quelques 20 mètres au-dessus du lit de la Cesse. L'insecte 
entrainé sans doute par une crue, des hauteurs où la rivière prend 
sa source (800 m.), arrivé en plein pays brûlé, s’est réfugié où il a pu 
pour trouver de la fraicheur. Etant donné le P. microphthalmus de la 
grotte de Betharram (Basses-Pyrénées), notre premier examen, on le 
conçoit sans peine, s’est porté sur les yeux. Ils sont normaux. 


84 


190. 


191. 


192. 
193. 
194. 


195. 


196. 


197. 


201. 


202. 


203. 


— 131 — 


tricuspidata Des. — Octobre. Région de l'olivier, 
rare dans l'Hérault, un seul exemplaire, détritus de 
l'étang de Capestang ! 

plebeja GyLc. — Juin et juillet. Région du hêtre, 
courant au soleil. La Salvetat ! 

similata GyLL. — Béziers (Puel). 

nitida STurM. — Béziers (Marquet). 

communis PANz.— Juin et juillet. Région du hêtre. 


La Salvetat ! 


aenea DEGEER, trivialis GYLL. — A peu près idute 
l’année, à toutes les altitudes, courant au soleil dès 
le mois de mars, jusque dans les villes ! 


eurynota Panz., acuminata Payk.— Mars à juillet. 
Régions maritime et de l'olivier, terrains sablonneux. 
Béziers, Cette et surtout Montpellier, courant au soleil 
ou sous les pierres ! | 

familiaris Durr.— Avril à juillet, à toutes les alti- 
tudes, courant au soleil ou sous les détritus. Mont- 
pellier, Béziers, Lamalou, La Salvetat ! 

anthobia VizLa. — Béziers (Puel). 

lucida Durr. — Rare dans l'Hérault. Régions 
montagneuses ; 2ex. seulement, l'un de Lamalou, 
l’autre de La Salvetat ! 

equestris Durr., patricia Durr. — Juin et juillet. 
Région du hêtre, pâturages élevés, sous les pierres, 
Plateau du Sommail l 

ingenua Durr. — Avril à juin. Région littorale, 
sables humides salés ou non, abondant certaines 
années sous les pierres et les pièces de bois. Etang 
de Vendres, Agde, Cette, Lattes, palus de Gramenet ! 

fusca Des. — Avril à juillet. Régions littorale et 
de l'olivier, terrains sablonneux. Cette, salin de Vil- 
leroy, Montpellier, sablières de la Pompignane, Saint- 


Chinian, bords du Vernazobre! Palavas, rive droite 


(Lavagne). 
eximia Des. — Avril à juillet. Région de l'olivier, 
collines calcäires connues sous le nom dé garigues, 


204. 


205. 


— 132 — 


sous les pierres. Commune à Béziers, Cette, Fronti- 
gnan, rare à Montpellier | 

apricaria PAyK. — Avril et mai. Régions littorale 
de l'olivier et du châtaignier, terrains sablonneux, 
même un peu salés, bords de rivières également. 
Cette et Palavas dunes, Montpellier, sablières de la 
Pompignane et polygone . génie, Lamalou, bords 
de l'Orb! 

fulva DEGEEr. — Avril à juillet, à toutes les altitu- 
des, terrains sablonneux, salés ou non. Béziers, bords 
de l'Orb, Cette, Palavas, Saint-Guilhem, bords de 
l'Hérault, La Salvetat, Fraïsse, détritus de l’Agout ! 

aulica PaAnz. — Juillet. Région du hêtre, sous les 
pierres et en fauchant sur les graminées dont elle 
broute l’épi. La Salvetat ! 


207. Zabrus tenebrioides Goeze, gibbus F. — Printemps et sur- 


” 208. 


tout automne, à toutes les altitudes, terrains sablon- 
neux. Agde et Saint-Thibéry, cendres volcaniques, 
Cette, Palavas, dunes mises en cultures, Montpellier, 
sablières ! La Salvetat, bords de l'Agout ! Comme tous 
ses congénères, cet insecte est végétarien et dans les 
sols sableux peut devenir nuisible aux céréales ; la 
larve à mœurs souterraines attaque le collet de la 
plante, l'insecte parfait l'épi. | 

curtus Des. — Juin et juillet. Région du hêtre. 
Sables dolomitiques du plateau du Larzac (7 à 800 m.) 
au-dessus de Lodève, Le Caylar, sous les pierres! 
L'insecte paraît répandu sur tout le plateau, dont la 
plus grande partie est dans l'Aveyron. Nous l'avons 
capturé notamment à la Cavalerie et au domaine de 
Belvezet sur la route de Nant. 


209. Daptus vittatus Fiscx. — Avril et mai. Région maritime, 


assez localisé. Nous ne le capturons que dans deux 
localités de notre littoral. Balaruc le vieux, à l'em- 
bouchure de la Vène dans l'étang de Thau et Palavas, 
à l'endroit dit des 4 canaux! L'insecte se prend faci- 
lement au moyen d'un couteau, il se creuse un terrier 


210 


211. 


212 


213. 


214. 


215 


— 133 — 


d'abord vertical de 2 à 3 centimètres terminé par une 
galerie horizontale dans laquelle il se tient blotti. 


. Acinopus picipes OL., tenebrioides Durr. — Avril à septem- 


bre. à toutes les altitudes ; mais plus rare dans les 
zones élevées, sous les pierres ou circulant sur les 
chemins. A la Salvetat nous ne l'avons pris qu'une 
seule fois en septembre, traversant la route près de 
l'aqueduc appelé arceau de Rieumajou. 

megacephalus Rossi, bucephalus Des. — Avril à 
juin. Zone maritime, terrains marécageux, sous les 
pierres et les mottes de terre. Etangs de Vendres et 
de Capestang, palus de Gramenet ! Bords de l'étang 
de Vias, sous les détritus {Marquet). 


. Aristus capito Des. — Mai et juin. Région de l'olivier, en- 


droits secs, sous les pierres ou courant sur le sol. Peu 
répandu. Béziers, Agde ! Nous ne l'avons pas observé 


-à Montpellier. À Palavas, 1 ex. aux quatre canaux, 


un autre à Saint-Guilhem (Lavagne). 

clypeatus Rossi. — Mai à septembre, à toutes les 
altitudes, l'espèce la plus commune, sous les pierres, 
courant sur le sol ou sur les graminées dont il broute 
les épis ! 

sphaerocephalus OL. — Juin et juillet. Région de 
l'olivier, endroit les plus secs et les plus chauds, sous 
les pierres, peu répandu. Béziers, Montpellier, com- 
mun sur la montagne de Cette ! 


. Ditomus calydonius Rossi.— De fin février à fin mai. Zone 


de l'olivier, difficile à trouver, étant données ses 
mœurs nocturnes et le terrier profond qu'il se creuse 
sous les pierres. Béziers, Agde, Montpellier ! On le 
prend généralement courant le matin et le soir sur 
les chemins. Nous en avons capturé plusieurs sur les” 
terres de l'Ecole d'agriculture de Montpellier au 
moyen de vases à moitié remplis d'eau, placés ras 
terre, dans lesquels l'insecte tombe pendant ses 
courses nocturnes. 

fulvipes Dir. — D'avril à juin. Région de l'olivier, 
prairies humides, sous les pierres ou broutant diver- 


— 438 — | : 


ses plantes, souvent en fauchant. Etangs de Vendres 
et de Capestang, prairies de Lattes et palus de Gra- 
menet ! Nous l'avons observé à Lattes broutant en 
plein jour les feuilles de la Carlina corymbosa. Il les 
entame par le bord et suce avidement le liquide 
laiteux qui s'écoule de là blessure. 


217. Scybalicus oblongiusculus Des. — Région de l'olivier, 


rare dans le département. Trois captures seulement 
par nous constatées, l'une aux bords de l'étang de 
Vendres ; la seconde en juin, non loin de Mèze, aux 
bords d’un fossé marécageux ! Mars, palus de Gra- 
menet (H. Sicard) ; Béziers (Marquet). 


218. Ophonus ditomoides Des. — Juin, région de l'olivier, deux 


219. 


220. 


221. 


222. 


. exemplaires à notre connaissance. Montpellier, 


Ecole d'agriculture, détritus d'inondation du ruis- 
seau le Verdanson. Aimargues (Gard) à 4 kil. des 
confins de l'Hérault {Baron Tisson). 

sabulicola PANz. — Avril à juin, zone de l'olivier, 
localisé, sables dolomitiques de Saint-Guilhem le 
Désert, bords de l'étang de Vendres, assez abondant 
certaines années ; la var. columbinus Des. mélangée 
au type ! 

diffinis Des. — Avril à septembre, zones maritime 
et de l'olivier, commun, ainsi que la var. rotundi- 
collis Fairm., dans tous les terrains marécageux, 
sous les pierres et les détritus. Etangs de Vendres et 
de Capestang, étang de Pérols, palus de Gramenet, 
Estagnol ! 

punctulatus Durr. — Mai et juin, zone de l'olivier, 
aux bords des champs, sous les pierres et les mottes 
de terre. Montpellier, domaine de l'Ecole d’agricul- 
ture, toujours isolément, mais capturé chaque 
année en un ou deux exemplaires | 

incisus Des. — Mai à juillet, région de l'olivier, 
localisé dans certains terrains secs ou humides où 
croit le fenouil. L'insecte se tient caché tantôt sous 
les pierres, tantôt à l'intérieur de l'ombelle dont il 
broute la fleur et la graine. Béziers, étang de Ven- 


224. 


225. 


226. 


221. 


228. 


229. 


230. 
231. 


= 435 — 


dres, Monisolies garrigue de Maurin, creux de 
Miège, etc. ! 

rupicol& STURM, — Avril à juillet, région de l'oli- 
vier, endroits secs sous les pierres. Béziers, Mont- 
pellier, montagne de Cette ! 

rufibarbis F. — Mai à septembre, zones des peti- 
tes et des hautes montagnes, endroits secs et sablon- 
neux. Saint-Guilhem, Causse du Larzac, le du 
La Salvetat ! | | 

puncticollis PAyk. — Avril à juillet, an de 
l'olivier, sous les pierres, sur la lisière des champs 
cultivés, bords des rivières. Béziers, bords de l'Orb, 
Montpellier, champs de l'Ecole d' agriculture, détritus 
d'inondation du Lez | 

meridionalis Des., subquadratus Des. — Avril à 
juin, régions maritime et de l'olivier, endroits 
incultes sous les pierres, parfois dans les terrains 
salés. Béziers, les Onglous, Cette, Montpellier, gari- 
gue de Boisseron, vallée du Vidourle! Lodève 
(Minsmer). 

cordatus Durr. — Région de l'olivier, à la limite 
des petites montagnes. Versant Nord du pic de Saint- 
Loup. Valflaunès! Montpellier {Fairmaire), Béziers 
(Marquet). 

rotundatus Des. — Région de l'olivier, rare dans 
le département; un seul exemplaire étiqueté Agde ! 
Montpellier (J. Duval), Mireval (Lavagne). 

azureus F. — Mars à juillet, à toutes les altitudes, 
rare dans la région de l'olivier. Lamaloue La Salve- 
tat ! A Montpellier nous ne le prenons que dans la 
vallée de la Mosson, dans le parc de Caunel ! Nous 
n'avons pas observé la var. similis Des, décrite de’ 
Montpellier comme espèce. Béziers (Marquet), Pala- 


vas, détritus d'inondation rejetés par la mer 


(Lavagne). 
cribricollis Des. — Béziers {Marquet, Puel). 


_ maculicornis DurT. — Avril et mai, zones monta: 


gneuses, sous les pierres et les détritus, bords des 


| 232. 


234. 


235. 


236. 


237. 


— 136 — 
, 


champs et des rivières. Saint-Jean de Buèges, Lama- 
lou, La Salvetat ! Béziers, commun sous les détritus 
d'inondation de l’Orb (Marquet). 

hirsutulus Des. — Avril à juillet, plaines et mon- 
tagnes, plus abondant dans ces dernières. Bords de 
l'étang de Vendres, Béziers, bords de l'Orb, Lamalou, 
La Salvetat! Nous ne l'avons observé que dans 
l'arrondissement de Béziers. 

mendax Rossi. — Avril et mai, région littorale, 
prairies un peu saumâtres. Etangs de Vendres, de 
Capestang, de Frontignan, de Pérols, palus de Gra- 
menet | 

cephalotes Farnm. — Cette belle espèce décrite de 
la Dordogne et toujours rare en France, a été captu- 
rée en mai aux bords de l'étang de Vendres par 
notre ex-collègue à la Soc. Ent., aujourd'hui profes- 
seur au collège de Tlemcen, M. Séguy. Nous possé- 
dons l’exemplaire et sommes sûr de sa provenance. 
D'après Reitter, l'aire géographique comprend 
l'Europe centrale, la Russie méridionale et le Caucase. 

pubescens MüLr., ruficornis F. — Mars à octobre, 
à toutes les altitudes, friches et terrains incultes, 
surtout près des habitations, sous les pierres et les 
pièces de bois, insecte à peu près cosmopolite : 
Europe, Algérie, Maroc, Canaries, Sibérie, Japon, 
ile Bourbon, etc. | 

griseus PANZ. — Avril à septembre, à toutes les 
altitudes, mêmes conditions, mêmes mœurs, un peu 
moins commun, venant fréquemment le soir à la 
lumière. Nous avons pris plusieurs fois l'insecte 
mangeant en plein jour les fleurs du Daucus carotta. 

calceatus Durr. — Juin à septembre, régions de 
l'olivier et des petites montagnes, terrains sablon- 
neux, bords de rivières, pierres et détritus, venant 
souvent le soir à la lumière. Béziers, Saint-Guilhem, 
Lamalou, Montpellier ! 


238. Harpalus punctatostriatus Des. — Avril à juillet, régions 


littorale et de l'olivier, peu commun, parfois mélangé 


__ 


239. 


240. 


241. 


242. 


243. 


244. 


245. 


246. 


— 137 — 


au dispar dont le distinguent sans peine les angles 
droits de son prothorax. Montpellier, Lattes, Cette et 
Agde, terrains salés ! Béziers (Marquet). 

dispar Des., Chobauti ReITTER. — Mars à octobre, 


région maritime, commun partout où le sol est salé, 


sous les pierres et les pièces de bois. Etang de Ven- 
dres, Agde, Cette, Frontignan, Palavas, palus de 
Gramenet ! 

aeneus F. — Avril à septembre, régions monta- 
gneuses, sous les pierres, les détritus et les feuilles 
radicales des plantes ; on ne le trouve dans la plaine 
que lors des inondations. Lamalou, les Verreries de 
Moussan, La Salvetat, plateau du Sommail ! Béziers 
(Marquet), sans doute après les crues de l'Orb. 

psittaceus Fourcroy, distinguendus Durr. — Mars 
à septembre, à toutes les altitudes ; mais plus com- 
mun dans la plaine, où il remplace l'aencus, que 
dans la montagne, courant au soleil au premier 
printemps, jusque dans les villes ! 

oblitus Des., patruelis Des. — Mai, région de 
l'olivier, rare dans l'Hérault ; plusieurs exemplaires 
notés Montpellier, endroits humides tels que le bar- 
rage de la Paillade, la vallée de la Mosson et le palus 
de Gramenet ! Béziers {(Marquet). 

cupreus DEJ. — Avril à juin, région maritime, 
prairies marécageuses, sous les pierres et les détri- 
tus. Etangs de Vendres, de Capestang et deFrontignan, 
palus de Gramenet ! Béziers {(Marquet). 

smaragdinus Durr., discoideus ER, — Avril et mai, 
a toutes les altitudes, endroits sablonneux. Béziers, 
plus rare à Montpellier, commun seulement dans les 
terres sablonneuses du polygone du Génie, La Sal- 
vetat ! 

rubripes Durr. — Mai à septembre, parties les 
plus élevées de la région du hêtre sous les pierres. 
Plateaux du Sommail, de l'Espinouse et du Caroux ! 

latus L. — Mëêmes conditions et localités ! | 


247. 


218. 


249. 


250. 


251. 


253. 


256. 


— 138 — 


atratus LaTR., hottentota Durr. — Mai à septem | 
bre, régions montagneuses. Lamalou, plateaux du 
Caroux et du Sommail ! 

neglectus Des. piger Gyz. — Région de l'olivier, 
peu répandu, mais à peu près toute l'année dans les 
terrains sablonneux sous les pierres et les plantes 
rampantes. Montpellier, polygone du Génie, sabliè- 
res de la Pompignane, Cette et Palavas pas rare dans 
les dunes ! Vias {Marquet). 

rufitarsis DurT., ignavus DurT., decipiens DEs. — 
Avril à septembre, régions de l'olivier et surtout des 
montagnes. Lamalou, La Salvetat, un seul exemplaire 
noté Montpellier ! Béziers, bords de l'Orb /Marquet). 

honestus Durr. — Juin à septembre, régions des 
petites montagnes et du hêtre. La Salvetat ! Saint- 
Jean de Buèges (H. Sicard), Lattes, marais débordés 
(Lavagne). 

sulphuripes GERM. — Avril à septembre, endroits 
secs, sous les pierres, à toutes les altitudes, plus 
commun dans les montagnes. Montpellier, Cette, 
Saint-Chinian, La Salvetat ! 

attenuatus Srepx., consentaneus Des. — Région de 
l'olivier, endroits secs sous les pierres. Agde, Mont- 
pellier, Pic Saint-Loup, Cette ! Béziers (Marquet). 

pygmaeus DES. — Avril à juin, région de l'olivier, 
endroits humides, pierres et détritus. Montpellier, 
jardins maraïichers, sous les herbes fanées, polygone 
du Génie ! Etang de Vendres, palus de Gramenet ! 

tenebrosus Des. — Avril à septembre, région: de 
l'olivier, endroits secs, peu commun. Béziers, Mont- 
pellier ! ; 

litigiosus Des. — Mars et avril, région de l'olivier, 
peu commun. Montpellier, deux exemplaires ! Lattes, 
inondations des marais (Lavagne), Balaruc Le be 
Denis), Béziers (Puel). 

melancholicus Des. — Avril à septembre, région 
de l'olivier, endroits sablonneux, souvent courant 
au soleil comme un Amara. Montpellier, sablières, 


987. 


258. 


260. 


261. 
262. 


263. 


— 499 — 


Minerve, lit de la Cesse ordinairement à sec, Cette, 
dunes ! Vias (Marquet). | 

dimidiatus Rossi, caspius STEV., semiriolaceus DeE)y. 
— Avril à septembre, à toutes les altitudes, endroits 
cultivés, sous les pierres, aux bords des champs. 
Béziers, Cette, Montpellier, La Salvetat, plateau du 
Larzac, le Caylar ! 

Froelichi SrurM. — Avril à septembre, région de 
l'olivier, mœurs du melancholicus, mais moins 
arénicole, souvent dans les terres cultivées. Mont- 
pellier, domaine de l'Ecole d'agriculture ! 

serripes QuExs. — A'’peu près toute l'année, à tou- 


_tes les altitudes, friches et endroits incultes, sous les 


pierres, plus abondant dans les quartiers sablon- 
neux ! 

tardus Panz. -- Mars à juin. Région de l'olivier, 
terrains sablonneux, rare à Béziers, commun à Mont: 
pellier ! 

anxius Durr. — Mars à septembre, à toutes les 
altitudes, friches et endroits incultes, sous les pierres! 

modestus Des., flavitarsis Des. — Mai. Région du 
hêtre, rare. La Salvetat ! 

picipennis Durr.— Juin. Région de l'olivier, rare. 
Montpellier, quelques exempl. sous des herbes fanées 
dans un jardin:maraîcher ! 


264. Pangus scaritides Srurm. — Rare, mais disséminé sur une 


grande surface ; huit individus capturés, à notre con- 
naissance, en Languedoc : deux dans les détritus de 
l'Orb à Béziers, un. troisième à Narbonne, un qua- 
trième et un cinquième à Toulouse par J. Duval et 
Marquet, un sixième et un septième à Carcassonne, 
inondations de l'Aude, par Gavoy,un huitième au pont 
du Gard par Puel. D'après Reitter (Harpalini, Trad. 
Carret, Miscellanea Ent. 1906, p. 49), l'aire géogra- 


_ phique comprend l'Europe centrale et orientale, le 


Caucase et les Régions transcaspiennes. 


265. Anisodactylus binotatus F. — Avril à septembre, à toutes 


les altitudes, endroits humides sous les pierres, 


« 


266. 


267. 


268. 


— 440 — 
Etangs de Vendres et de Capestang, palus de Grame- 


net, La Salvetat ! La var. spurcaticornis Des. (à pieds 
rouges) plutôt des montagnes que de la plaine! 


intermedius Des. — Avril et mai, région de l'oli- 
vier. Etang de Vendres, assez commun après certaines 
inondations de l'Aude! Marquet le signale comme 
pris à Coursan (Aude) dans les mêmes conditions. 

nemorivagus Durr. — Juillet. L'insecte, rare par- 
tout, a été trouvé par nous en un seul exemplaire à 
Lamalou, aux bords de l'Orb! | 

pœciloides STepx., virens Des. — Avril à juin. 
Région littorale, marais saumâtres. Etangs de Vendres 
et de Capestang, palus de Gramenet! Mare de la 
Pompignane près Montpellier {/Minsmer). La variété 
bleue dans la proportion de un sur dix. 


269. Gynandromorphus etruscus Quexs.— Avril à juin. Région 


210. 


271. 


212. 


de l'olivier, coteaux secs sous les pierres, commun 
à Béziers, rare à Montpellier, nous ne l'y avons guère 
pris‘ que lors des inondations du Lez! L'insecte 
signalé à Lattes sur le Lez par Minsmer doit avoir 


Ja même origine. 
Diachromus germanus L. — Avril à septembre, à toutes 


les altitudes, prairies humides sous les pierres et les 
détritus, parfois sur les graminées dont il broute les 
épis. Béziers, Montpellier, Lamalou, la Salvetat! 
Lodève {Minsmer). j 


Dichirotrichus obsoletus Des. — Avril à octobre. Région 


littorale. Marais salés argileux, sous les pierres et les 
plaques d'argile, plus abondant qu'ailleurs près des 
chaussées bordant ces marais. La nymphose se fait 
dans leurs talus à l'abri des crues et en mars, en pio- 
chant à quelques centimètres de profondeur, on 
trouve l'insecte sous toutes ses formes. Etang de 
Vendres, Cette, Palavas, palus de Gramenet ! 


_Bradycellus distinctus Der. — Avril à septembre, région 


littorale, détritus des dunes et des marais salés, 
enterré en hiver au pied des touffes de J'uncus mari- 


213 


2174. 


— 141 — 


nus. Etang de Vendres, Cette, Palavas ! Balaruc, 


venant à la lumière {ingénieur Denis). 

verbasci Durr., rufulus Des. — Régions maritime 
et de l'olivier, de juin à octobre, prairies humides 
salées ou non, venant le soir à la lumière. Vendres, 
Lattes, en nombre une année (septembre, 9 h. du 
soir), contre les fanaux de la gare de Frontignan ! 

harpalinus Des. — Juin à septembre, à toutes les 
altitudes, plus commun dans les montagnes, détri- 
tus des bords de rivières. Béziers, Lamalou, la Sal- 
vetat ! ; ; | È 


275. Stenolophus teutonus SCHRANK. — Avril à septembre, à 


216. 


271. 


278. 


279. 
280. 


toutes les altitudes, commun sous les pierres et les 
détritus, dans les endroits humides, prairies et jar- 
dins, jamais dans lee bois ! | 

skrimshiranus STEP. — Mai à juillet, régions 
maritime et de l'olivier, bords des rivières et des 


marais, sous les détritus. Béziers, bords de l'Orb, 


étangs de Vendres et de Capestang, Lattes et Grame:- 
net, fossés des prairies ! 

discophorus Fiscx. — Avril à septembre, bords 
des rivières à sable fin, peu commun ; on le prend 
enterré dans le sable, en arrosant, parfois au vol le 
soir. Béziers, bords de l'Orb, Lespignan, bords de 
l'Aude ! 

mixtus Hergsr, vespertinus PANz. — Avril à juillet, 


région maritime, pierres et détritus, marais saumäâ- 


tres, commun. Etangs de Vendres et de Capestang, 
palus de Gramenet, Estagnol de la Magdeleine ! 
proximus Des. — Mêmes conditions et localités | 


marginatus Des. — Mai, région maritime, rare 
dans l'Hérault. Un seul exemplaire pris à Cette, il y a 
quelque trente ans, au bord de l'étang de Thau à 
l'endroit où est aujourd'hui construit le laboratoire 
de Zoologie maritime ! L'espèce, dont l'aire de dis- 
persion comprend tout le pourtour méditerranéen, 
qui est signalée du Gard, de l'Aude et des Pyrénées- 


— 142 — 


è 


Orientales, doit avoir dans notre département d'’au- 
tres localités que Cette. 


281. Acupalpus elegans DES. — Avril à juillet, région mari- 


284. 
285. 


286. 


281. 
288. 


289. 


time, terrains salés, sous les pierres et les détritus, 
peu commun. Cette, Palavas! 

flavicollis STurM, nigriceps Des. — Rare dans 
l'Hérault, un seul exemplaire noté Cette, un second 
de la collection Perris noté Montpellier (J. Duval) ! 

brunnipes STurM. — Printemps et automne, 
régions maritime et de l'olivier, pierres et détritus, 
prairies marécageuses. Etangs de Vendres et de 
Capestang, Montpellier, mare de Grammont, prairies 
de Lattes et de Gramenet ! 

dorsalis F. — Mêmes conditions ! 

luteatus Durrt., pumilio ScHAuUM. — Mêmes condi- 
tions, moins commun ! 


luridus Des. — Mêmes conditions et localités : 
difficile à distinguer de l'espèce précédente, confon- 
dues dans le catalogue Reïtter (1891), séparées dans 
l'édition de 1906. 

exiguus Des. — Mêmes conditions ! 

meridianus L. — Avril à juillet, à toutes les alti- 
tudes, souvent plaqué sous les pierres, dans tous les 
endroits humides, sablonneux spécialement | 

quarnerensis ReiTTER. — Printemps, région litto- 
rale, détritus des marais, venant le soir à la lumière. 
Béziers, étang de Vendres, Montpellier, palus de 
Gramenet et Estagnol ! Lattes (Lavagne). 

consputus DurT. — Avril à septembre, régions 
littorale et de l'olivier, prairies marécageuses et 
bords de rivières, sous les pierres et les détritus, 
commun. Béziers, bords de l'Orb, venant le soir à la 
lumière jusqu'en ville! Vendres, Montpellier, Lattes, 
Gramenet ! Balaruc {ingénieur Denis). 


291. Amblystomus metallescens DE. — A peu près toute 


l'année, régions littorale et de l'olivier, un des insec- 
tes les plus communs. prairies salées ou non, venant 


le soir à la lumière, hivernant en nombre.sous les 
écorces ! | 

292. — : niger Heer. — Mars à juillet, régions de l'olivier 
et des petites montagnes, moins commun que le pré- 
cédent avec les petits exemplaires duquel il est facile 
de le confondre. Montpellier, Pérols, mare de Gram- 
mont en fauchant, Lamalou, détritus de l'Orb! 
Lattes, abondant en hiver aux bords des étangs 
débordés (Lavagne). | 

293. Badister unipustulatus Box. — Printemps et automne, 

; région de l'olivier, peu commun. Bords de l'étang de 
Vendres, un exemplaire, fossés des prairies de 
Lattes, plusieurs exemplaires! Capturé plus fréquem- 
. ment par MM. Minsmer et Lavagne. 

294, — bipustulatus. — Avril à septembre, commun à 
toutes les altitudes, pierres et détritus humides des 
prairies et bords de rivières ! 


295. — sodalis Durr., fumeralis Box. — Béziers, détritus 
de l’Orb /Marquet). 
296.  — peltatus Paxz. — Avril à juin, régions littorale et 


de l'olivier, sous les pierres et les détritus des prai- 
ries saumâtres. Béziers, commun à l'étang de Ven- 
dres, Montpellier, Estagnol de la Magdeleine ! 

297. Licinus granulatus Des., si/phoides F. — Juin à septembre, 
dans toute la région de l'olivier, garigues et coteaux 
secs sous les pierres, souvent par couples. Nous 
avons décrit les métamorphoses de l'insecte dans le 
15° cahier des Opuscules entomologiques de Mulsant, 
p. 81. La nymphose a lieu les premiers jours de juin 
sous les pierres dans une loge terreuse à peine 
ébauchée ! 

298. Oodes gracilis ViLLa. — Avril à juin, région littorale, 
marais saumâtres, pierres et détritus. Etang de Ven- 

 dres ! Estagnol de la Magdeleine {Minsmer). 

299. Chlaenius chrysocephalus Rossi. — Avril à juin, régions 
littorale et de l'olivier, dans les marais, sous les 
pierres peu adhérentes, reposant même sur des 
détritus. L'insecte se tient plaqué le ventre contre 


300. 


301. 


302. 


303. 


304. 


305. 


306. 


= 16 — 


la pierre et cela parfois par centaines, aidé souvent 
par des masses de Brachynus. On a pu dire que dans 
certains de nos marais, l'étang de Vendres notam- 
ment, il y avait des pierres noires d'insectes en 
dessous. Bords des étangs de Vendres et de Capes- 
tang, palus de Gramenet, Estagnol de la Magdeleine ! 

azureus Durr., rufipes Des. — Mars à juin, zones 
chaudes, peu commun, toujours isolé, rarement sous 


‘les pierres ; on le trouve plutôt courant matin et 


soir sur les chemins dans le voisinage des marais et 
des prairies irriguées. Vendres, Capestang, Lattes, 
prairie irriguée de l'Ecole d'agriculture de Montpel- 
lier ! | 

tristis ScHALL., holosericeus F. — Avril à juillet, 
zones littorale et de l'olivier, prairies humides plan- 
tées de saules, rare sous les pierres, préférant à tous 
autres abris les écorces un peu soulevées, le bois 
pourri et les fissures des saules creux. Vendres, 
Capestang, Lattes, commun dans les conditions 
ci-dessus | 

nigricornis F. — Avril à juin, mêmes conditions 
et mœurs que C. azureus, se tenant toutefois un peu 
plus fréquemment sous les pierres. Béziers, Mont- 
pellier, Lattes ! | 

tibialis Des. — Juin à septembre, régions monta- 
gneuses, bords des fessés de prairies irriguées et des 
rivières, sous les pierres, peu répandu. Lamalou, 
mont Caroux, la Salvetat ! Montagnac, bords de 


l Hérault (Chegaray). 


vestitus PAyÿk. — Mars à septembre, à toutes les 
altitudes, commun sous les pierres, près des sources 
et des suintements plutôt qu'aux bords des rivières fl 

variegatus Fourcroy, agrorum OL.— Mai à juillet, 
à toutes les altitudes, bords des eaux courantes, sous 
les pierres | 

festivus F. — Avril à juin, régions littorale et de 
l'olivier, étangs saumâtres sous les pierres et les 
détritus au pied des touffes de Tamarix. Vendres, 


309. 


— 468 — 


Capestang, palus de Gramenet ! Estagnol de la Mag- 
deleine (H. Sicard). | 


velutinus Durr. — Avril à septembre, mêmes 
conditions que €. variegatus, plus commun en mon- 
tagne qu'en plaine ! 

circumscriptus Durr. — Mêmes conditions et 
localités que C. festivus, plus fréquemment qu'ailleurs 
aux bords de l'étang de Vendres à la suite des crues 
de l’Aude qui, le bassin rempli, font refluer sur la 
rive orientale les détritus chargés d'insectes. 


spoliatus Rossi. — Avril à juillet, région de l'oli- 
vier. Bien que vivant par îlots dans le Nord de la 
France (Bassin de la Seine, Bretagne, bords du 
Rhône à Lyon, etc.), l'espèce est en réalité méridio- 
nale (Pourtour méditerranéen, Canaries, etc.). Elle 
est fréquente dans notre Midi, en raison directe de 
l'abondance du sel marin dans le sol. Toujours peu 
commune près de l'eau douce, elle pullule aux bords 
de nos marais salés. En Camargue, à l'étang du Vac- 
carès, notamment, accompagné de notre ami Puel, 
marchant fin mai sur une couche de zostères rejetées 
par les hautes eaux de l'hiver, nous faisions lever ces 
Chlænius, non par dizaines, mais par centaines. Les 
mêmes mœurs halophiles ont été observées en Espa- 
gne par notre collègue, l'abbé Pantel, dans la pro- 
vince de Cuenca, aux bords du Rio Salado (Ann. de 
la Soc. Esp. d'Hist. nat. 1888, p. 206). 


310. Panagaeus crux major L. — Printemps et automne, zone 


311. 


littorale, prairies humides, au pied des arbres. Ven- 
dres, Capestang, Lattes | 

_bipustulatus. — Mai et juin, région du hêtre, 
sous les pierres, au pied des haies. Bains de Rieu 
Majou, près la Salvetat | 


312. Masoreus Wetterhali GyLL. — Juillet, région du hêtre, 


terrains sablonneux granitiques, endroits stériles 
sous les pierres, plateau du Sommail, la Salvetat, 


peu commun ! Béziers, sables du bord de l'Orb, 


19 


— 146 — 


enterré au pied d’un Verbascum, probablement amené 
par les inondations {Marquet). 


313. Somoplatus fulvus -Muzs. — Cette espèce cosmopolite, 


d'origine sénégalaise, décrite sur nos types par Mul- 
sant (Opuscules 45° cahier, p. 128), trouvée par nous 
en mars, courant sur les quais:de Marseille, a été 
signalée de Cette par Reitter. 


314. Lebia pubipennis Durr. — Régions de l'olivier et des peti- 


315. 


316. 


347. 


318. 


319. 


tes montagnes, peu commune, éclose dès l’automne, 
on la prend en hiver en creusant au pied des arbres 
(peupliers, châtaigniers), de mars à mai sous les 
pierres, sous les écorces de platane, ou courant en 
plein jour sur les chemins. Montpellier, Lamalou ! 
Béziers, sous les pierres au milieu des touffes de 
fenouil (Marquet). 

cyanocephala L. — Mars à juillet, régions de 
l'olivier et des petites montagnes, commune en bat- 
tant les buissons, spécialement les divers genèêts 
fleuris, aussi sous les écorces des platanes. Béziers, 
Lamalou, Montpellier, Cette, Pic Saint-Loup, Saint- 
Guilhem, Ganges ! Lodève /Minsmer). 

chlorocephala HorrM. — Juin, région du hêtre, 
rare ; deux beaux exemplaires en battant un genêt, 
Sarothamnus purgans, la Salvetat | | 

rufipes Des. — Mars à juin, région de l'olivier, en 
battant les genêts épineux fleuris {Genista scorpius), 
en hiver, sous les écorces de platanes, moins répan- 
due que L. cyanocephala. Béziers, Saint-Guilhem, 


 Mourèze, Montpellier ! Lodève (Minsmer). 


crux minor L. var. nigripes Des. — Avril et mai, 
rare dans l'Hérault. Montpellier, quelques exemplai- 
res seulement sous les pierres aux sablières de la 
Pompignane! Nous n'y avons pas trouvé le type 
crux minor. Ce dernier a été capturé au mont Marcou, 
au-dessus de Saint-Gervais, par M. Lavagne. 

trimaculata Vizza, cyathigera Rossi. — Avril à 
juillet, région de l'olivier, endroits secs, au prin- 
temps sous les pierres, en été en battant les arbres 


921. 


— 147 — 


touffus, chênes-verts, cyprès, orme, etc., plusieurs 
fois au vol vers midi. Cette, Montpellier ! Béziers, en 
nombre une fois sur des ormes en buissons attaqués 
par Galerucella luteola (Marquet et Pellet). 
marginata Fourcroy, haemorrhoidalis F. — Juin 


“et juillet, région du hêtre. La Salvetat, en battantles 


buissons de peupliers ! | 

scapularis Fourcroy, turcica F. — Mars à juillet, 
en hiver sous les écorces, région de l'olivier. Une des 
espèces les plus communes, spécialement sur l’orme 
où elle vit aux dépens des larves de (Galerucella 
luteola ! | 


322. Lionychus quadrillum Durr. — Mars à juillet, régions 


323. 


montagneuses, ne se prenant dans la plaine qu'à la 
suite des crues, mœurs des Bembidion, graviers des 
rivières. Lamalou, Ganges, la Salvetat ! Béziers, crues 
de l'Orb (Marquet) ; Lodève (Minsmer) ; Lattes, inon- 
dations du Lez (Lavagne). 

albonotatus Des. — Hiver et printemps, région 
de l'olivier, d'avril à juin, gravier des rivières, d’oc- 
tobre à mars, sous les écorces de platane, assez loca- 
lisé. Montpellier, Ecole d'agriculture, Agde, Saint- 
Guilhem ! Béziers, Vias (Marquet). 


324. Apristus subaeneus CHo., Prophettei REicHE. — Un seul 


exemplaire trouvé à Lodève par le capitaine Mins- 
mer et à nous communiqué. Îl est identique à ceux 
que nous avons capturés en Algérie. 


325. Metabletus obscuroguttatus Durr. - Mars à septembre, 


326. 


régions littorale et de l'olivier, partout dans les ma- 
rais et prairies humides, sous les pierres et les détri- 
tus ! 

Myrmidon Farm. — Région de l'olivier, deux 
exemplaires seulement; le premier, (le type de 
description), trouvé à Bellevue, près Béziers, par 
feu Pellet, en 1857 ; le second, par notre ami Puel 


. qui l’a pris, croit-il, dans les mêmes parages, c'est- 


à-dire à Peytavie, route de Béziers à Pézénas. Un 
troisième exemplaire a été pris dans l'Aude par 


321. 


— 148 — 


M. Gavoy à la Malepère, non loin de Carcassonne, 
sur un genêt épineux. 

foveatus Fourcroy, foveola GyLL. — Avril à sep- 
tembre, régions montagneuses, pierres, feuilles 
mortes et détritus, courant souvent en plein jour 
dans les prairies un peu sèches. Lamalou, mont 
Caroux, la Salvetat ! Béziers, détritus de l'Orb {Mar- 
quet) ; Saint Jean de Buèges (H. Sicard) ; Castelnau 
(Lavagne). 


328. Microlestes (Blechrus) minutulus Goeze, glabratus Durr. — 


329, 


330. 


331. 


392. 


333. 


A peu près toute l'année, à toutes les altitudes, écor- 
ces, détritus et feuilles mortes ! La var. Apfelbecki 
Hop. signalée de Béziers par M. Puel. 

fulvibasis RerrTer. — Région de l'olivier, mêmes 
conditions que minutulus avec lequel il est facilement 
confondu. Nous ne saisissons pas pourquoi le catalo- 
gue Reïitter de 1906 en fait une variété de plagiatus. 
Montpellier, Béziers | 

exilis SCHAUM, maurus GANGLB. — Région de l'oli- 
vier, mêmes conditions, plus rare que minutulus. 
Montpellier ! Béziers (Marquet). 

Abeillei Bris. — Région de l'olivier, peu répandu. 
Béziers ! 

plagiatus Durr. var. corticalis Durr. (1) — A peu 
près toute l'année, région de l'olivier, endroits secs 
ou humides, pierres et détritus, abondant en hiver 
sous les écorces ! 

Dromius longiceps Des., capitalis FARM. — Mars, 
région littorale. L’insecte, qui est de l’Europe cen- 
trale, qui est cité de Nanty par Bourgeois (Cat. des : 
Vosges et régions limitrophes), n'a été trouvé dans 
l'Hérault qu’en très petit nombre. Le premier exem- 
plaire capturé par Marquet et sur lequel Fairmaire 


(1) Avec Reitter (Cat. 1906) nous conservons le nom spécifique de 
plagiatus et malgré le travail de Holdhaus (Bestimmungs-Tabellen, 
1906), faisons de notre insecte français, à taches élytrales ovales légè- 
rement divergentes en arrière, la var. corticalis Duft. 


334. 


339. 


336. 


337. 


398. 


339. 


340. 


— 149 — 


avait décrit son D. capitalis, a été pris vers 1870 non 
loin de l'embouchure de l'Hérault, aux bords du 
petit étang de Vias, en battant des roseaux secs ; huit 
autres exemplaires ont été pris le 15 mars 1872 par 
feu notre frère, Benjamin Mayet, aux bords de 
l'étang de Vendres, sous des détritus secs datant de 
l'année précédente. Aucune autre capture n'a été 
signalée depuis. 

linearis OL. — A peu près toute l’année, à toutes 
les altitudes, l'espèce la plus commune, détritus 
secs, écorces, aussi en fauchant et en battant ! 

agilis F., var. bimaculatus Des. — Juin et juillet, 
à toutes les altitudes, mais plutôt dans les monta- 
gnes, en battant les arbres, spécialement les conifè- 
res. La Salvetat, sur le sapin, Montpellier, parc de 
Grammont, sur le chène ! Lattes {(Minsmer). 

meridionalis DE. — Printemps et été, zone de 
l'olivier, en battant les pins, en hiver sous les écor- 


_ces de platanes. Montpellier, Béziers, Cette ! Lodève 


(Minsmer). 

bifasciatus Des. — Janvier. Lattes, bords des 
étangs débordés, quelques exemplaires (Lavagne). 

quadrisignatus Des. — Mars à septembre, à toutes 
les altitudes, arbres feuillus et conifères, en hiver 
sous les écorces. Béziers, Montpellier, Lamalou, La 
Salvetat ! 

nigriventris THoms., /fasciatus Des. — Mêmes 
conditions, à toutes les altitudes, aussi en fauchant 
dans les marais saumâtres ; un des plus communs, 
en hiver, sous les*écorces de platane. Montpellier, 
route de Palavas, Béziers, Lamalou, La Salvetat !| 

melanocephalus Des. — Régions littorale et de 


l'olivier, printemps et été en battant, en hiver sous 


les écorces, parfois dans les gros détritus des marais ; 
moins commun que le précédent. Montpellier, 
Béziers ! Lodève {(Minsmer). 


341. Demetrias imperialis Germ., var. ruficeps ScHauM. — Mars 


à juin, région littorale marécageuse, en battant : 


— 150 — 


les grands débris de roseaux secs, également en fau- 
chant dans les marais au coucher du soleil. Etangs 
de Vendres et de Capestang, palus de Gramenet! 

atricapillus L. — Mars à juin, régions littorale et 
de l'olivier, marais et prairies humides en fauchant. 
Béziers, étangs saumâtres ; Montpellier, Lattes, 
mare de Grammont, palus de Gramenet ! 


343. Cymindis humeralis Fourcroy. — Mai à septembre, région 


344. 


346. 


du hètre, pâturages élevés sous les pierres. Le Som- 
mail, l'Espinouse ! | 

axillaris F., homagrica Durr., et var. lineola Dur. 
— Avril à octobre, région de l'olivier, collines cal- 
caires sèches connues sous le nom de garigues, sous 
les pierres. Chaîne de la Gardiole, de Montpellier à 
Balaruc, Pic Saint-Loup, Cette, Agde, Frontignan ; 
la var. lineola mêlée au type, mais beaucoup plus 


.commupne dans le voisinage de la mer! Sur la mon- 


tagne de Cette, par exemple, à l'endroit dit des l'ierres 
blanches, on ne prend guère que le type, tandis que le 
long de la mer, sur les falaises qui s'étendent du Fort 
Saint-Pierre au Lazaret, il n'y a que la var. lineola ! 
Béziers (Marquet). | 

melanocephala Des. — Mai à septembre, régions 
du châtaignier et du hêtre, endroits découverts sous 
les pierres. La Salvetat, le mont Caroux, les Verre- 
ries de Moussan, plateau du Larzac, Pic d'Anjau! 
Cette forme pyrénéenne s'avance dans nos Cévennes 
jusqu à Langogne (Lozère). 

coadunata Des. — Juin et juillet, région du hêtre, 
quelques exemplaires mélangés à l'espèce précédente. 
La Salvetat, plateau du Sommail ! 


8347. Cymindoidea Faminii Des. — Avril à juin, zone maritime, 


terrains salés, non sablonneux sous les pierres, espèce 
assez localisée. Frontignan, bords de l'étang, contre 
les terrasses soutenant les vignes, étang de Vendres, 
berges au delà de la distillerie ! Palus de Gramenet, 
près le pont de la Mosson, 2 exemplaires (Lavagne). 


348. Polystichus connexus Fourcroy. — Avril à juin, régions 


: — 151 — 
maritime et de l'olivier, commun dans les marais 
saumâtres de Vendres, Capestang, Gramenet, etc., 


également dans les terrains non salés humides. 
Pézénas, bords de l'Hérault, Béziers, détritus de l'Orb! 


349. Zuphium olens F. — Avril à juin. Région maritime, dans 


390. 


nos marais saumâtres, généralement plaqué sous les 
pierres, parfois en hiver dans le terreau de saule. 
Etang de Vendres et de Capestang, pas rare certaines 
années, étang de Pérols un exemplaire ! Lattes 
(Minsmer). 

L'aire de dispersion de l'espèce est vaste. Elle com- 
prend tout le pourtour méditerranéen et le Caucase. 
Nous l'avons reçue de l'Inde (Trichinopoly) et du 
Siam (Bangkok). 

Chevrolati Casr. — Mars et Avril. Région de l'oli- 
vier, une seule localité dans l'Hérault située sur la 
pente Nord du volcan d'Agde ou Mont Saint-Loup. 
L'insecte vit là sous les blocs de lave qui, retournés 
au levier, nos ont donné les premiers A{nillus Mayeti. 
Entre les divers entomologistes que nous y avons 
conduit, MM. Marquet, Chobaut, Minsmer, Lavagne, 
Puel, Théry et nous-même, il ne s'est pas pris plus 
de neuf exemplaires, un par chacun de nos amis et 
trois par nous-même, en plusieurs séances. Ces 
Zuphium ayant un faciès un peu particulier, la tête non 
rembrunie, une faible taille, 4 à 4 mill. au lieu de 6, 
étant privés d'ailes, méritent un nom de sous-espèce 
et pourront être appelés Z. Agathense Mayer (1). 


851. Drypta dentata Rossi, emarginata OL. — Mars à septem- 


bre. Régions maritime et de l'olivier, commune dans 
les prairies humides saumäâtres ou d'eau douce. 
Montpellier, bords du Lez et de la Mosson au pied 
des arbres, prairies de Lattes et de Gramenet, Pala- 


(1) Une seconde localité vient d’être découverte, dans le départe- 
ment de l'Hérault, pour cette espèce dont un exemplaire nous a été 
soumis par M. H. Sicard, de Montpellier, comme pris à Saint-Jean de 
Buèges, près Ganges, sous une pier&e enfoncée. Il est aptère comme 
ceux capturés à Agde et il a les élytres encore plus courts (Note 
ajoutée pendant l'impression). 


392. 


__ 159 — 


vas, quartier des quatre canaux, Béziers, étangs de 
Vendres et de Capestang, sous les pierres | 

distincta Rossi, cylindricollis F. — Mai. Région 
maritime, rare. Etang de Vendres sous des détritus, 
un seul exemplaire ! trouvé également par Marquet 
et Minsmer. Etang de Capestang, 1 ex. (Puel). 


353. Odacantha melanura L. — Mai. Zone maritime, prairies 


saumâtres, sous les débris de roseaux, peu commune. 
Saline de Frontignan, une seule fois le 20 mai, une 
dizaine d'exemplaires ! Etang de Vendres, 2 ex. 
(Marquet); même localité, plusieurs ex. (Mathieu) ; 
Lattes, écorces de platane (Lavagne). 


354. Brachynus humeralis Aur., causticus Des. — Avril et mai. 


395. 


396. 


391. 


358. 


Zone maritime, prairies marécageuses saumäâtres, 
sous les pierres peu adhérentes, assez localisé, rare- 
ment isolé, vivant en société comme tous les Brachy- 


_ nus. Aux environs de Montpellier nous le prenons à 


à Lattes, ferme du Maupas, à Gramenet et à Pérols. 
Dans cette dernière localité, sous une seule grosse 
pierre, aidé de MM. Minsmer et Lavagne, nous en 
avons recueilli d'un coup une quarantaine. Aux envi- 
rons de Béziers, aux bords de l'étang de Vendres, les 
colonies sont moins populeuses, mais occupent une 
région plus étendue. 

exhalans Rossi. — Avril à juin. Région maritime, 
marais saumâtres de Vendres, de Capestang, de 
l'Estagnol et de Gramenet, en nombre sous les pierres 
et au pied des plantes ! Pour le prendre sans peine 
par centaines au moment du vol on n'a qu'à faucher 
fin mai, un peu avant le coucher du soleil ! 

incertus BRULLÉ, atricornis FAIRM. -- Mêmes con- 
ditions et localités, mais beaucoup moins commun ; 
il est même rare certaines années! 

immaculicornis Des. — Mêmes conditions et loca- 
lités ; on le trouve aussi dans les prairies humides 
non salées ! | | 

crepitans L. — Avril à juin. Commun dans les 
montagnes, au bord des champs sous les pierres, 


399. 


360. 


361. 
362. 


363. 


— 153 — 


jamais dans les marais. Saint-Pons, Lamalou, La 
Salvetat ! Bédarieux (Marquet). Cette espèce ne craint 
pas les terrains secs. 

. Obscurus HEER. — Avril et mai. Région de l'oli- 
vier, où il paraît remplacer le B. crepitans des régions 
montagneuses, vivant comme lui au bord des champs. 
Montpellier, domaine de l'Ecole d'Agriculture, Saint- 
Martin de Londres, Viols le fort ! 

psophia Des. — Avril et mai. Régions de l'olivier et . 
des petites montagnes, bords desprairies, des marais, 
des rivières ; parfois aux bords des champs, mélangé 
là à des espèces de terrain sec. Montpellier, prairies 
de Lattes ! Béziers, étang de Vendres ! Saint-Chinian 
bords des champs, Lamalou châtaigneraies des bords 
de l'Orb! 

bombarda Der. — Avril à juin. Région littorale ; 
marais salés, plutôt argileux que sablonneux. Mont- 
pellier, route de Palavas, au palus de Gramenet et à 
l'embouchure de la Mosson, Béziers, étangs de Ven- 
dres et de Capestang ! 

sclopeta F. — Mars à juillet, à toutes les altitudes, 
terrains secs, sous les pierres. L'espèce la plus répan- 
due, aux bords des champs, le long des murs de 
pierres sèches, jusque dans les jardins, surtout s'il y 
a des tas de pierres ! (1) 

explodens Durr.— Mars à juillet. Régions monta- 
gneuses, terrains secs, mêmes conditions que l'espèce 
précédente, souvent mélangée avec elle, mais ne se 
rencontrant pas, à notre connaissance, dans la zone 
de l'olivier. 


(1) Les habitudes sociales des Brachynus sont connues ; ma's nulle 
part nous n'avons vu mentionnées leurs migrations ou plutôt leurs 
émigrations. Toutes les fois qu’une colonie est fortement dérangée, 
elle commence par se remiser où elle peut, puis la nuit venue, elle 
émigre au vol vers une destination inconnue. Dans une note publiée 
récemment (Bull. Soc. Ent. de France, 1907, p. 114) nous citons une de 
nos observations confirmant le fait. 


GÉOGRAPHIE PHYSIQUE DE L'AUDE 


Par l'Abbé A. SABARTHÉS  : 


Correspondant du Ministère de l'instruction Publique. 


I nous a paru utile de réunir ici, dans un ensemble précis 
et commode, tout ce que l’on trouve disséminé un peu par- 
tout sur la géographie de notre département. Cet ensemble 
aidera, croyons-nous, à mieux connaître notre petite patrie : 
la variété des richesses de tout genre qu’elle contient, bien 
que sommairement décrites ici, frappera le lecteur et lui 
fera apprécier un sol si fécond, un climat si salubre, une 
végétation si luxuriante et si riche. 

Le coup d'œil rétrospectif que nous ‘jetons parfois sur le 
passé lui rappellera, vaguement il est vrai, mais d’une façon 
certaine, le souvenir de nos ancêtres, qui furent ici les Cel- 
tes, les Ibères, les Ligures, les Romains, les Visigoths, les 
Sarrazins. En relevant les traces de leur passage, en voyant 
leurs nombreuses stations historiques, quelques-unes en 
ruine, il est vrai, d’autres encore habitées, le lecteur n'aura 
pas de peine à croire que c'est avec complaisance que cha- 
cun de ces peuples foula un pays si bien doué de la nature. 

Enfin si modeste et si imparfait que soit notre travail, 
nous souhaiterions qu'il aidât à réaliser un vœu depuis long- 
temps émis : à savoir, que la Géographie de l’Aude fut ins- 
crite au programme des études primaires; que cette matière, 
à titre facultatif et avec tel coëfficient que l’on voudrait, fut 
ajoutée aux divers programmes des examens élémentaires. 


I. — Description 


Compris pour sa majeure partie dans le versant de la Mé- 
diterranée, le département de l’Aude s’étend entre le 42°, 38° 
ho” ct le 43°, 26°” 22° de latitude Nord; et entre le o°, 38” 52” 
de longitude Ouest, et o°, 54’ de longitude Est. Il est enclavé 


— 155 — 


entre les départements de l'Hérault et du Tarn, au Nord, 
ceux de la Haute-Garonne et de l'Ariège à l'Ouest, et celui 
des Pyrénées-Orientales, au Sud. Il est baigné à l'Est par la 
Méditerranée sur un développement de 50 kil. environ. Sa 
plus grande longueur de l'Est à l'Ouest est d'environ 120 
kil.; sa plus grande largeur du Nord au Sud est d'environ 
85 kilomètres ; son pourtour est de {50 kil. environ; sa 
superficie totale est de 631.324 hectares: sa population est 
de 310.513 habitants. 


Le département de l’Aude‘tire son nom du principal cours 
d’eau qui le traverse du Sud au Nord jusqu’à Carcassonne, 
de l'Ouest à l’Est jusqu'à la Méditerranée. L’Aude prend sa 
source dans les Pyrénées-Orientales, au pied du pic Carlitte, 
et sort d'un étang, en un point bien digne d'observation : à 
3 kil. de là, en effet, prend naissance la Sègre qui coule vers 
le Sud et entre en Espagne par Puycerda ; à 8 kil., la Tet 
se dirige vers l'Est et passe à Perpignan: à ro kil. se trouve 
la source de l'Ariège qui passe par Foix, entre dans la 
Garonne et par à dans l'Océan. Le cours supérieur de l’Aude 
dans les Pyrénées-Orientales est de 28 kil. : pénétrant dans 
notre département, cette rivière traverse des terrains grani- 
tiques, en des détours multipliés et en une course rapide ; 
elle s’élargit au-dessous de Quillan jusqu’à Couiza ; à Alet, les 
bancs se rétrécissent, maïs, après Alet, le lit de l'Aude s’élar- 
git à nouveau, recevant jusqu’à Carcassonne l'apport de 
nombreux affluents qui descendent des Corbières et du chai- 
non de montagnes qui depuis Limoux se dirige vers Saint- 
Benoît, Fanjeaux et le col de Naurouze. Au-delà de Carcas- 
sonne, l'Aude dévie presque à angle droit (direction O E.) et 
reçoit désormais les eaux du revers méridional de la Monta- 
gne-Noire et du bassin des Corbières (l’Orbieu et ses 
affluents...). Rétrécie un instant jusqu’à Sérame, l’Aude entre 
désormais dans les plaines plus vastes de Canet, Cuxac- 
d’Aude, Coursan, devient moins rapide, changeant parfois 
de route, et, multipliant ses embouchures, se jette dans la 


f 


— 156 — 


mer à la limite des départements de l'Aude et de l'Hérault. 
Son parcours total est de 208 kilom., dont 180 dans le dépar- 
tement ; flottable depuis Quillan, cette rivière servait, avant | 
la création de la voie ferrée (ligne de Carcassonne à Quillan), 
au transport des bois des forèls supérieures. Très variable 
dans son régime, son volume d'eau varie, selon les saisons, 
de 5 mètres cubes à 3.000 inètres cubes par seconde, elle 
dépose sur le littoral, annuellement, 1.700.000 mètres cubes 
de limon. | 

L’Aude reçoit, à droite : la Guette (Aïguette), la Valette, le 
‘ Couleurs, la Sals, la Valette d’Alet. le ruisseau de Saint-Po- 
lycarpe, le Lauquet, le Basalac, le Merdeaux, la Bretonne, le 
Rieutort, l’Azagual, la Jourre d’Escales, la Jourre de Lézi- 
gnan, l’Orbieu ; à gauche, le Rébenty, le ruisseau de Fa, la 
Corneilla. le Lagagnoux, le Cougain, le Sou, le ruisseau 
Grand, le ruisseau de Gaure ou de Villarzel, le ruisseau de 
Saint-Thomas, le ruisseau de Baudrigue ou de la Caune, 
le Taure, le ruisseau de Fontaine-Catuffe, le Fresquel, l’Or- 
biel, l’Aiguille ou rigole de vidange de l’étang de Marseil- 
lette, l’Argentdouble, l'Ognon, le Répudre, la Cegse, le Rec- 
Audier, et les ruisseaux de vidange de l'étang de Capestang. 

L’Aude baigne ou approche à sa droite : Escouloubre, 
Axat, Saint-Martin-Lys. Cavirac, Couiza, Luc, Alet, Vendé- 
mies, Pieusse, Pomas, Cornèze, Couffoulens, Cavanac, Car- 
cassonne (Cité), Berriac, Fontiès-d'Aude, Floure, Barbaira, 
Capendu, Douzens, Saint-Couat, Roquecourbe, Castelnau, 
Tourouzelle, Canet, Marcorignan, Moussan, Narbonne, 
Coursan, Salles-d’Aude, Fleury: à sa gauche : Campagna, 
Bessède, le Clat, Artigues, Caïlla, Belvianes, Quillan, Cam- 
pagne, Espéraza, Montazels, Cornanel, Limoux, Villemartin, 
Cépie, Rouffiac, Preixan, Carcassonne, Villedubert, Trèbes, 
Marseillette, Blomac, Puichéric, la Redorte, Azille, Homps, 
Argens, Roubia, Paraza, Ventenac-d’Aude, Saint-Nazaire, 
Saint-Marcel, Sallèles-d’'Aude, Cuxac-d’Aude, 


— 157 — 


Au point de vue orographique, le département de l’Aude 
est formé par trois grandes rides parallèles : les Pyrénées, les 
Corbières et la Montagne-Noire. A la région Pyrénéenne, 
‘appartiennent les cantons de Belcaire, d’Axat, de Quillan, 
et une partie du canton de Chalabre ; aux Corbières, les 
cantons de Tuchan, Durban, Mouthoumet, Sigean, Lagrasse, 
Narbonne, Couiza, Limoux, Alaigne : à la Montagne-Noire, les 
cantons de Saissac, du Mas-Cabardés, le canton de Castel- 
naudary-Nord et la partie supérieure des cantons d’Alzonne 
et de Peyriac-Minervois. Les autres Faiene appartiennent à 
la région des plaines. 

Les sommets les plus élevés des Pyrénées de l'Aude sont : 
le pic de Bernard Sauvage(2.437 m.), le Sarrat de Bellaire 
(2.029 m.), le Pic de la Fajole (2.027 m.), le pic de la Glèbe 
(2.024 m.), le Sarrat des Esclots (1.827 m.), le pic de l’Aguzou 
ou la Guzou (1.882 m.), la montagne Rase- et le Tuc 
Dourmidou (1.845 m.), le Tuc d'Espenchens (1.567 m.), le 
roc d’Embrides (1.513 m.), le roc de Gasteldos (1430 m.), 
le pic de la Rouquette (1.390 m.). 

Les Corbières, qu’on divise en Corbières orientales et Cor- 
bières occidentales, forment un relief montagneux, qui s'étend 
depuis les derniers contreforts de Tuchan et la forêt des 
Fanges jusqu'aux premiers contreforts de la Montagne- 
Noire. Les principaux reliefs des Corbières occidentales 
sont : les collines de Laurac au nord de Fanjeaux (412 m.) 
les crêtes au sud de Montréal (420 m.) jusqu’à Preixan, 
qu’on nomme la Malepeyre, et les collines de Saint-Benoît 
(602 m.). Les Corbières orientales, ou simplement Corbières, 
s'étendent depuis la vallée de l’Aude jusqu’à la Méditerranée; 
les points principaux sont : le pic de Bugarach (1.231 m.), 
le mont Alaric (600 m.), les chaïnons de ROSES et le 
massif de la Clape (200 m..). 

Entre les Pyrénées de l’Aude et les Corbières existe une 
bande (E.-0.) de montagnes de moyenne élévation (800 à 
1.000 m.) qui sert d'’intermédiaire orographique autant que 


— 488 — 


géologique entre les deux régions : le plateau de Sault, le 
plateau des Fanges, et la chaine de Saint-Antoine-de-Gala- 
mus à Tuchan. Cette bande sert de limite entre le bassin de 
l'Orbieu, affluent de l’Aude, et les bassins de l’Agly et du 
Verdouble (Pyr.-Or.) 

La Montagne-Noire, dernière ramification des Cévennes, 
s'étend, sur une longueur de 60 kilom. enWiron. du col de 
Naurouze (190 m.) ou col de Saint-Félix jusqu’à la source 
. du Jaur (Hérault). Elle est séparée des Corbières par la vallée 
du Fresquel et le cours moyen et inférieur de l’Aude. A 
l'inverse des Corbières: la Montagne-Noire n'offre pas de 
solution de continuité; mais profondément déchirée dans 
ses flancs, elle laisse passer dans ses rides de nombreux 
cours d’eau sensiblement parallèles : le Tenten, le Lampy, 
l’Alzau, le Trapel. l'Orbiel, l’Argentdouble, , l'Ognon et la 
Cesse. D'une altitude de 212 m. à l'Ouest, elle s'élève peu à 
peu (bassin de Saint-Ferréol, 665 m.; Villemagne 651 m.; 
Ramondens 916 m.; Montaud, 1.024 m.: pic de Nore 
‘1.210 m.), pour redescendre à 913 m. à la limite du dépar- 
tement. 


La disposition des montagnes de l'Aude rend ce dépar- 
tement, à cheval sur la ligne du partage des eaux, tributaire 
de l'Océan et de la Méditerranée. Mais ce qui rend cette posi- 
tion plus précieuse, c’est qu'elle a offert l’idée et fourni Îles 
moyens d'exécution du Canal du Midi ou des Deux-Mers. I] 
s'agissait de capter les eaux supérieures de la Montagne- 
Noire et de les conduire au col de Naurouze pour en faire, à 
ce point de partage, la distribution à l’ouest vers Toulouse 
et l'Océan, à l’est vers Cette et la Méditerranée. En 1662, 
Riquet fitconnaître son plan : de 1664 à 1665, ce plan fut véri- 
fié sur les lieux ; en mai 1665, Riquet faisait construire la 
rigole de la Montagne-Noire et enlevait tous les doutes. 
Cette œuvre exigea une dépense de 16.279.508 francs ; elle 
comprend dans le département de l’Aude : la Rigole de la 


— 159 — 


Montagne qui capte les eaux de l’Alzau, de la Bernassonne 
(du Lampy, après la création du Canal de Jonction) et du 
‘Rieutort et oftre, de la prise d’Alzau aux Cammazés, une 
longueur de 24 kil. 351 m.: la Rigole de la Plaine (long. 
(34 kil. 206 m.) est en partie seulement comprise dans l’Aude. 
Aqueducs, ponts-aqueducs, ponceaux, épanchoirs à siphon, 
déversoirs, prises d’eau sur les rivières d’Orbiel, du Fresquel 
et de la Cesse, écluses pour vaincre les obstacles naturels, 
pour parer aux nécessités de la navigation, pour franchir les 
différences de niveau : rien n’a arrêté le génie de l'homme. 
La création du Canal de Jonction, la canalisation de la Ro- 
bine, la création du nouveau bassin de Lampy, le nouveau 
tracé du Canal à Carcassonne ont successivement complété 
cette œuvre d’une manière générale, tout spécialement 
assaini les basses plaines de Narbonne et mis une seconde 
fois cette ville en contact avec la mer. Dans un temps où les 
voies rapides n'étaient pas connues pour l’avantage du com- 
merce et de l'industrie, ces cours d’eau artificiels ont sin- 
gulièrement favorisé les relations et la fortune du Langue- 
doc et de la région de l’Aude en particulier. 

Néanmoins, encere aujourd’hui, la batellerie tire grand 
avantage des canaux ; la statistique suivante nous en don- 
nera une idée suffisante. 


4° Longueur des cours d'eau dans le département de l'Aude : 


Canal du Midi........................ 122.012 m. 
Canal de Jonction..................... 4.871 m. 
Traversée de l’Aude................... 389 m. 
Robine de Närbonne.................. 31.662 m. 
TOTAL, cire aus 158.934 m. 
Rigole de la Montagne et partie de la 
rigole de la Plaine.................. 47.695 m. 
TOTAL GÉNÉRAL...... . 206.629 m. 
2° Différence de pente à racheter : Nombre d'écluses : 
Ligne ‘principale. ............ 157 48 39 
Jonction..................... 23% 09 7 


Robine:.ii iii css se 8" 48 6 


— 4160 — 


3° Tonnage effectif : 


_ Ligne principale... 329.925 tonnes (pour 1899). 
Jonction et Robine.. 74.474  — Le 
ToTaLz....... 404.399 tonnes 


4° Frais d'entretien pour le département.... 178.164 fr. 50. 


Le littoral de l’Aude est pour ainsi dire la terre classique 
des naturalistes et des géologues, particulièrement dans les 
terrains fossilifères d’Armissan et les Sidrières de Fitou. Au 
point de vue économique, ce littoral n'est pas sans impor- 
tance : ses pêcheries alimentent les marchés de Narbonne 
et de Carcassonne de poissons et de coquillages ; il fournit 
à notre marine une partie de ses équipages de matelots ; ses 
salins fournissent une abondante provision de sel marin; 
son port, si mauvais soit-il, a pourtant sa valeur et son ‘ 
utilité. 


La mer baigne le département sur un espace de 50 kilo- 
mètres environ ; sur ses bords existent de grands étangs qui 
communiquent avec elle par des ouvertures appelées graus 
(gradus). Les principaux de ces étangs sont : l’étang de Bages 
et de Sigean, l’étang de Peyriac-de-Mer, l'étang de Gruissan, 
l'étang de Leucate et de Lapalme ; ils représentent une 
superficie totale de 12.010 hectares. 


Le seul port de l’Aude est celui de la Nouvelle, primiti- 
vement Saint-Charles : port rudimentaire, car il consiste 
simplement en un chenal de 2,200 m. de long, sur 60 m. 
de large, formé par deux levées qui s’avancent vers la mer; 
port bien insuffisant, car les sables l’'envahissent journelle- 
ment, et où ne peuvent conséquemment aborder que des 
navires d’un faible tirant d’eau (3 à 4 m.) et de 4o à 50 m. 
de longueur, ou des vapeurs atteignant 65 m. de longueur 
et mouillant de 4 m. à 4 m. 25. Le port de la Nouvelle est 
relié au Canal du Midi par le Canal de la Robine dont il est 
le point terminus. 


— 161 — 


Voici pour 1899 le mouvement de la navigation pour la 
Nouvelle : 


Entrés ou sortis, 1032 navires jaugeant 74.876 tonneaux 
et montés par 7.244 hommes d'équipage. 
Dépenses d’entretien du port : 76.000 francs. 


= Verra-t-on jamais d’autre port dans ces parages ? un ca- 
nal maritime viendra-t-il bientôt modifier la situation 
actuelle et redonner à ce pays quelque peu de sa splendeur 
passée ? . 

Si l’on compare en effet les descriptions des anciens géo- 
graphes avec l’état actuel des côtes maritimes de l'Aude, on 
constate que la mer n'était qu’à 1200 pas de Narbonne (1). 
Depuis longtemps, elle s’est retirée, laissant un long espace 
de terre qu’elle baignaït autrefois ; recouvertes jadis par le 
Lacus Rubresus. les basses-plaines sont aujourd’hui atterries 
et livrées à la culture ; au lieu de vastes lagunes, aujour- 
d’hui des vignobles et des prairies. La main de l’homme, il 
est vrai, aidant la nature, a creusé des canaux (le rec Mayral, 
le Canal du Passelis, le Canal de Grand-Vignes, le Canal 
Sainte-Marie) pour  dessécher l'Etang Salin, et aider au 
colmatage, lors de l’inondation des plaines de Cuxac, de 
Coursan et de Narbonne. 

Néanmoins, malgré cet appauvrissement général et l’é- 
panchement, dans l'étang de Bages, d’un énorme volume 
d’eau douce.et sablonneuse, excédent de la batellerie de la 
Robine, la pêche n’y est pas trop en souffrance. h 

Voici la statistique de la pêche côtière en 1899 : 128.378 
kilogrammes de poisson, représentant une valeur de 63.986 
francs (le poisson se vend en moyenne 2 francs le kilo pour 
la qualité supérieure, 1 fr. 4o pour la qualité inférieure). 
La pêche côtière a occupé 78 bateaux, jaugeant ensemble 
160 tonnes, montés par 103 hommes d’équipage. 


(1) Puine, lib. 3, cap. 4. 


” 


16 


— 162 — 


D’autres étangs ne communiquent plus avec la mer ; ce 
sont : l'étang de Mateille, l’étang de Pech-Maynaud et 
l'étang de Gamarre (c"* de Gruissan), et l’étang du Doul 
(c"° de Peyriac-de-Mer). | 

Ne quittons pas le littoral sans mentionner les îles ; ici 
encore de profondes modifications. On sait qu’Aviénus men- 
tionne deux groupes d'îles entre la mer et les étangs qui 
régnaient alors sur la côte de Narbonne : fres maæimæ 
insulæ... insulasque quatuor piplas. Ont été atterries par les 
alluvions successives de l'Aude, l’île de la Clape ou del Lec, 
l'île de Gruissan, l’île Saint-Martin: l'île Sainte-Lucie ou de 
Cauquenne est devenue une presqu'ile par la bande de 
terre qui donne aujourd’hui passage à la Robine et au che- 
min de fer de Narbonne à Perpignan. 


À ce premier groupe, il faut joindre sùrement l’île de 
Leucate, le massif montagneux de. Peyriac-de-Mer, car 
l'étang de Saint-Paul communiquait autrefois avec l’étang 
de Bages, et enfin l'ile Mouisset, en face de l'étang de 
Deume. | | | 

Seuls existent encore, au milieu de l'étang de Sigean, les 
îlots de la Planasse, de la Margotte, du Soulier, des Ouillous, 
de l’Aute et de la Nadière : dans l'étang de Leucate ou de 
Salses, les îles rocheuses des Sidrières, les îles de la Rascasse 
et de Vy, et, sur ses bords, des îles changeantes de vase et 
d'herbe. ; 

Dans l’intérieur des terres existaient autrefois plusieurs | 
‘étangs d’eau douce aujourd’hui desséchés : les étangs d’A- 
zille, de Castelnau, de Cruscades, d’Escales, de Jouarres, 
de Lézignan, de Marseillette, de Montredon près Narbonne, 
de Fleury, de Puivert, de Boyé et de Sainte-Croix près de 
Sigean ; de Pudre près de Peyriac-de-Mer, de Deume, près 
du Lac. Ces deux derniers ont servi à l'établissement de 
salins : les autres ont été desséchés et livrés à la culture. 


— 163 — 


II. — Climat et météorologie 


- Si l’on excepte quelques endroits marécageux sur les 
bords de la mer, l’Aude jouit d’un air pur et salubre ; dans 
les régions de Narbonne et de Carcassonne, le climat est 
généralement doux, plus chaud que tempéré ; il est plus 
froid dans les régions de la Montagne- Noire et du pays de 

_ Sault. Le département est plus fréquemment exposé à une 
longue sécheresse qu’à une grande humidité ; si les années 
sèches se reproduisent plusieurs fois de suite, il en résulte 
une période nuisible aux sources et à la végétation. Voici 
d’ailleurs le résultat des observations météorologiques pen- 
dant l’année 1899. 


À Pradelles-Cabardès (altit. 800"), la plus grande chaleur 
(28°, 5°) a été observée le 5 août : le plus grand froid (—%o, 8’), 
le 15 décembre. A Chalabre (384"), la plus grande chaleur 
(39°, 5’) a été observée le 30 juillet ; les plus grands froids 
(— 0°, 4°) les 2 et 25 mars. À Carcassonne (120"), au 31 
juillet, le thermomètre montait à 35°, 5” ; il descendait à 
— 6°, 8’, le ri décembre. À Bize (60"), la plus grande cha- 
leur (35°) était observée le 30 juillet ; le plus grand froid 
(—5°) le ro décembre. A Narbonne (5"), le thermomètre 
s'élevait à 34°, 3 le 28 juillet : il descendait à — 6° le 11 
décembre. A ces divers points d’observation, la moyenne de 
l’année est sensiblement différente ; elle est de ro, 77° à 
Pradelles : de 13°, 05’ à Chalabre : de 14°, 27° à Carcassonne ; 
de 18, 13’ à Bize ; de 15°, 8 à Narbonne. Carcassonne étant à 
peu près le point central du département, voici la moyenne 
des saisons : pour l'hiver, 8.73"; pour le printemps, 15°, 85’; 
pour l'été, 21°,86° ; pour l’automne, 10°,6’. 


Le régime des pluies est aussi varié que le climat. Dans 
cette même année 1899, il est tombé sur les Pyrénées de 
l'Aude: 569""* 5 au Bousquet (1114" d’altit.) ; 713""% 9 à 
Mérial (944") ; 758""° à Rodome (946%) ; 650""* à Belcaire 


— 164 — 


-(1023*) ; 731" à Gesse (551") ; 477""? à Quillan (285) ; à 
Chalabre (384"), 953% r. 

Sur la Montagne-Noire, il est tombé BG rm de pluie aux 
Martys (780") ; 1127"% à la Loubatière (761") ; 1029""% 7 à 
Pradelles-Cabardès. | 

Dans les Corbières, versant N. de l'Alaric : 424""% 49 à 
Barbaira ; 2795""° 9 à Moux ; dans la vallée du Rialsesse, 
759""% 2 à Arques ; 733" 5 à l’Estagnol ; 595""#à Cas- 
tillou ; à Montlaur, 572""% 8 ; à Mouthoumet, 767""% 5 : à 
Couiza, 548""% 6. # 

Dans la plaine de Castelnaudary, il est tomhé 668 "" de 
pluie ; au Bosc, ferme-école, 577""* 9. Dans les plaines de 
Narbonne : à Bize, 343""# : à Narbonne, 459"", le plus fort 
volume à la mi-octobre (101""*); le plus faible (8""%), le 15 
juillet. | 

Quant au nombre de jours de pluie, dans l’année, on 
constate qu’il a plu 84 jours à Arques ; 88 jours à l’Estagnol : 
68 jours à Castillou ; 4o jours à Montlaur ; 64 jours à Mou- 
thoumet ; 68 jours à Couiza ; 43 jours à Barbaira ; 22 jours 
à Moux ; 76 jours à Caunes (Bibaud et sous hois): hors 
bois, 51 jours ; enfin r07 jours à Lespinassière. 

Ces dernières données de la statistique prouvent bien 
l'influence des forêts sur le régime des pluies, et l'intérêt 
qu’aurait l’agriculture à peupler les collines si nues et si 
stériles de la plupart de nos montagnes. | 

Durant le xIx° siècle, on compte quatre années de pluies 
exceptionnelles qui ont produit de grandes inondations. Le 
6 octobre 1820, l'Aude s'élevait à Carcassonne à 7"40 au 
dessus de l’étiage ; le 1° août 1872, à 6"50 ; le 23 juin 
1875, à 5"5o ; le 25 octobre 18g9r, à 7"80. 

Si l’on prend Carcassonne comme point central d’obser- 
vation pour établir le régime moyen de la pluie dans 
l'Aude, on constate qu'il est tombé 564""# 04 d’eau, dont 
91" 49 en hiver ; 169""* 6 au printemps; 162""* 85 en été: 
14o""% 1 en automne. D'autre part, pendant que la neige 


— 165 — 


séjourne des mois entiers sur les Pyrénées de l'Aude, à 
Narbonne il a neigé quatre jours : il a gelé pendant 18 
jours ; le brouillard s’est montré pendant 11 jours ; la grêle 
est tombée deux fois. 

Deux sortes de vents, sans tenir compte de leurs dérivés, 
soufflent sur le département alternativement et livrent au 
pays des combats presque continuels : le cers, ou vent du 
nord-ouest, et le rnarin qui souffle du sud-est. Modérés aux 
points extrêmes du département, ils deviennent l'un et 
l’autre impétueux en s’avançant vers les points opposés, le 
marin vers Castelnaudary ; le cers, vers Narbonne. On 
explique ce phénomène des vents par la disposition des 
montagnes de l’Aude. L'air est généralement sec et froid 
par le vent de cers ; il est chaud et humide par le vent 
marin. 

Malgré le climat tempéré dont jouit généralement notre 
pays, il éprouve parfois les rigueurs d’un grand froid. En 
1709, par exemple, « l’hyver fut si rude, qu'homme vivant 
« n’en avoit veu un pareil (—18°) et le vent fut si fort... que 
« les oliviers périrent et les figuiers ». Les communautés du 
diocèse de Narbonne se ressentirent pendant trente ans de 
la perte de leurs oliviers\; la récolte du blé tomba de 
180.000 seliers à 34.233 : de 725 setiers, la récolte du méteil 
fut réduite à 25 setiers : la récolte des fèves de 5.000 à 170 
setiers ; les légumes de 990 à 190 setiers. La perte, pour le 
diocèse de Narbonne, s’éleva à 1.000.000 de livres ; elle 
aurait été de 1.500.000 livres, aux prix de l’année com- 
mune. On cite encore comme très rigoureux l'hiver de 
1829. 

III, — Géologie. 


C1 


Après avoir promené nos regards sur la superficie du sol, 
il est temps de pénétrer plus avant, pour étudier les riches- 
ses naturelles qu'il recouvre. D'ailleurs au point de vue géo- 
logique, le département de l’Aude est l’un des rares de la 


— 166 — 


France que l'on puisse étudier avec fruit, car à lui seul il ren- 
ferme tous les étages classiques de la géologie : aussi bien 
les découvertes paléontologiques, faites dans ses divers ter- 
rains, ont contribué largement à faire connaître la flore et 
la faune des premiers âges de notre planète. 

L'Aude, aw point de vue géologique, peut-être divisé en 
trois régions distinctes : les Pyrénées de l’Aude, la Monta- 
gne Noire et les Corbières, dans lesquelles il faut compren- 
dre, non pas seulement les montagnes désignées géographi- 
quement sous ce nom, mais encore tous les reliefs qui 
s'étendent depuis la vallée de l'Ariège et le col de Naurouze 
jusqu'à la Méditerranée. Parcourons, sans aucune prétention 
scientifique et successivement, ces trois régions et leurs 
divers reliefs, car c’est autour de ces noyaux que, sous l’im- 
pulsion de mouvements divers et sous différentes orienta- 
tions, se sont produits les phénomènes géogéniques, les 

dépôts divers et les formations successives du département. 


$ 1. TERRAIN PRIMITIF. — Dans les Pyrénées de l'Aude, ce 
terrain est représenté par une pointe granitique que le 
département envoie vers le Sud entre l’Ariège et les Pyré- 
nées-Orientales. Cette pointe comprend Roquefort-de-Sault, 
le Bousquet, Escouloubre. Quelques -îlots granitoïdes se 
montrent, dans une bande E.-O. du calcaire primitif, dans 
les régions de Salvezines, Bessède, Aunat, Galinagues, et 
aux environs de Comus et de Camurac. 

Dans la Montagne-Noire, le granite et le gneiss granitoïde 
forment de l'E. à l'O. toute la limite nord du départément, 
se rattachant ainsi aux formations de l'Hérault et du Farn. 
Appartiennent au terrain primitif, le roc de Peyremaux, 
le pic de Nore, les villages de Pradelles-Cabardès, les Mar- 
tys, Laprade, Fontiès-Cabardès, Saint-Denis, Brousses, 
Saissac, Cennes-Monestiés, Villemagne. 11 faut y compren- 
dre encore un îlot granitoïde, compris entre la Pomarède. 
le bassin de Saint-Ferréol, les Cammazés et Labécède-Lau- 


— 167 — 


raguais. Cet îlot est séparé de la précédente surface par une 
bande de terrair de transition comprise entre Verdun et la 
Rigole de la Montagne. | 

Si l’on admet que le calcaire primitif appartient au terrain 
primitif, il faut signaler ici une bande O.-E., qui, depuis 
Saint-Béat (Haute-Garonne), Vicdessos, Prades (Ariège), 
entre dans l’Aude à Comus, Rodome, aux Gorges de Saint- 
Georges, à Gincla, pour reparaître à Sournia et à Estagel 
(Pyrénées-Orientales). 


$ 2. TERRAIN DE TRANSITION. — Les terrains primaires 
(silurien, dévonien et carbonifère) sont représentés, dans les 
Pyrénées de l'Aude, par une bande O.-E. qui, de Montail- 
lou (Ariège) et le bois de Cortalpic (Aude), traverse le dépar- 
tement jusqu’à Gincla et la forêt de Boucheville et pénètre 
dans les Pyrénées-Orientales. À cette bande appartiennent : 
la Fajolle, Mérial, les crêtes de Pailhères, le pic de Laguzou, 
_ Campagna-de-Sault, Fontanés, Sainte-Colombe-sur-Guette 
(avec une pointe sur Counozouls et le Tuc Dourmidou) et 
Montfort. : | 

Le silurien ne se montre qu'aux Pailhères : le carbonifère, 
en une étroite bande entre Mérial et la Fajolle, le bois de 
Cortalpic, col du Teil, au $S. de Camurac, Fontanès, forêt de 
Canelle, forêt de Gesse, col de la Malayrède. 

Dans ces régions, on trouve des gisements métallifères 
peu importants : filons de galène, de cuivre carbonaté vert 
et de cuivre oxydé au N. d'Escouloubre : de cuivre panaché 
et de fer oxydé, à la forêt de la Fajolle; de fer et de manga- 
nèse, près de Montfort. Enfin on trouve des carrières de 
gypse à Campagna-de- Sault. 

Le terrain de transition forme la plus grande partie du 
massif des Haules Corbières. C'est une longue bande de 45 
kilomètres de long, sur une largeur moyenne de 10 kilomè- 
tres, limitée par Couiza et Limoux, à l'O.: par Saint-Jean- 
de Barrou à l'E. ; par Albas, Vignevieille et Villardebelle au 


— 168 — 


N.: enfin au S. et d'une manière très-irrégulière, par 
Tuchan, Padern, Fourtou et les Bains-de-Rennes. On 
remarque encore quelques affleurements de ce terrain sur 
les contreforts et au sommet du mont Alaric, ainsi que près 
de Treilles et Fitou. 

C'est dans cette partie du département que l’on trouve le 
calcaire griotle et ses variétés (à Missègre, à Cascastel, au 
Pech, aux Grouillets, à Font-de-Razouls, à Mouthoumet et à 
Félines) ; notons encore les gîtes métallifères des régions 
de .Davejean, Palairac, Padern, Montgaillard, Maisons, 
Canelle. Sainte-Marie, Massac, Cédeillan, Montgaillard, 
Blanchefort, Duilhac, Cascastel, Embres, Lanet, Bouisse, 
Auriac, Mouthoumet, Albas, Montjoi, Serremijeanne (Vil- 
lerouge), la Pouzzanque (près de Limoux), Villardebelle. 

Ici les poudingues supérieurs au dévonien présentent 
un plus grand développement que dans les Pyrénées de 
l'Aude ; on les constate dans trois grands îlots successive- 
ment compris entre Véraza, Terroles et Valmigère, entre 
Valmigère, Bouisse, Lanet et Albières, entre Auriac et Four- 
tou. Quelques bassins houillers sans valeur industrielle 
existent à Durban et à Ségure. 

Dans la Montagne Noire, les terrains de transition sont la 
continuation de ceux de l'Hérault. Ils occupent dans l’Aude: 
1° Une bande qui se développe au N.-0. de Castelnaudary 
entre Verdun et Labecède-Lauraguais, pour entrer dans le 
Tarn aux Cammazés ; 2° Une autre bande est limitée au N. 
par le terrain granitique et descend jusqu'au parallèle de 
Villardonnel, Salsigne, Sallèles-Cabardès et Caunes où elle 
entre dans l'Hérault. A cette région appartiennent les gîtes 
métallifères de Salsigne, de Villanière, de Lastours, de 
Fournes, de Gitou, de Castanviels, de Villerambert, de 
Saint-Andrieu, de Villeneuve-les-Minervois, de Cabrespine, 
ainsi que les carrières de marbre de Caunes et de la Cau- 
nette (vallée de l’Orbiel). On y constate quelques traces de 
gisements carbonifères, découverts depuis peu dans les envi- 
rons de Caunes, 


— 169 — 


$ 3. TERRAINS SECONDAIRES. — 4). Dans l’Aude, les terrains 
triasique el jurassique sont peu développés en surface et en 
épaisseur. Largement représentés dans les Pyrénées de 
l'Ariège, ils disparaissent complètement dans les Pyrénées de 
l'Aude, pour ne se montrer que dans les Corbières : au col 
de Saint-Louis, à Sougraigne. au Pic de Bugarach (revers 
méridional), dans le relief à l’ouest de Duilhac, à Cucugnan. 
Au nord de ce dernier village, le trias se développe près du 
Mont Tauch, au nord de Padern, à Massac, à Montgaillard et 
à Dernacueillette. 

À partir de Tuchan, les terrains secondaires se dévelop- 
pent vers le Nord formant une bande d'une largeur irrégu- 
lière mais qui n’est pas interrompue jusqu'à Narbonne : 
Tuchan, Fitou, Treilles, Fontjoncouse, Embres. Saint-Jean- 
de-Barrou, Fraissé, Durban, chaîne de Fontfroide, collines 
des environs de Narbonne, Montredon, \évian, Ornaisons 
et de la région de Boutenac. Ils reparaissent enfin, après 
une large interruption, aux environs de Bize. Dans cet étage 
géologique, on compte, dans l'Aude, jusqu’à soixante-deux 
espèces de la faune jurassique. 


B). Le crélacé inférieur, au contraire, est plus largement 
représenté. 1° Dans les Pyrénées de l'Aude, dont il constitue 
presque entièrement la masse, il apparaît dans une bande 
limitée au nord par la forêt de Carbone, les forêts de Sainte - 
Colombe et de Coumefroide, et au sud par la vallée du 
Rébenty. Cette bande traverse encore la vallée de l'Aude et 
comprend Quillan, Saint-Just, Saint-Julia. Saint-Louis, la 
forêt des Fanges, Axat et Puilaurens. 

2° Dans les Corbières, on retrouve le crétacé inférieur dans 
les chaînes de Lesquerde et de Saint-Antoine (limite sud du 
département), dans les régions de Padern et de Paziols en 
remontant jusqu'au mont Tauch, d'où il prend la direc- 
tion N.-E., région de Roquefort-des-Corbières, Montpé- 
zat, jusqu'à l’ouest de la Nouvelle et au midi de Portel. Les 
massifs de la Clape, les îles de Gruiïissan, de Saint-Martin 


170. = 


appartiennent encore au crétacé inférieur. C’est dans ce 
terrain que les géologues retrouvent une faune riche et 
variée qui ne comprend pas moins de {9 espèces. 


C). Au crélacé moyen et supérieur appartiennent Îles 
régions de Puivert. Saint-Jean-de-Paracol, Nébias, Rouve- 
nac, Fa, Espéraza, Campagne. Brenac : sur la rive droite de 
l’Aude : Granès, Saint-Ferriol, Rennes, Couiza, jusqu'à 
Alet au nord et jusqu’à Soulatge et Rouffiac-des-Corbières à 
l'ouest. Ce terrain reparaît dans les environs de Lagrasse, 
Ribaute et le versant méridional du mont Alaric, ainsi qu’à 
Thézan, Saint-André-de-Roquelongue, Montséret et Biza- 
net. 

Dans la Montagne-Noire, il occupe une bande irrégulière, 
limitée au nord par les terrains primitifs et primaires déjà 
- décrits, et suivant au midi les derniers replis de la monta 
gne par Trausse, Villeneuve-les-Minervois, Conques et Mon- 
tolieu : il est à remarquer cependant que, dans cette partie 
du département, l'étage supérieur du crétacé est seul repré- 
senté. 


$ 4. TERRAINS TERTIAIRES. — À). Au lerrrain nummuli- 
tique appartiennent les régions de Sainte-Colombe-sur- 
l'Hers, Rivel, la velléc de Festes, Bouriège, Roquetaillade, 
les reliefs de la Serpent. Antugnac, Montazels, Couiza, Cas- 
saignes, Peyrolles, Luc-sur-Aude. Une étroite bande, pas- 
sant par Vendémics, Belcastel-et-Buc, Caunettes-sur-Lau- 
quet. relie cette région à la Val de Daigne et à la vallée 
inférieure de l’Orbieu (Saint-Laurent, Coustouge, Fontjon- 
couse), et aux reliefs de Conilhac, Montbrun, Argens, Tou- 
rouzelle et Pouzols. Dans la Montagne-Noire, les dernières 
ramifications (Carlipa, Saint-Martin-le-Vieil, Raissac-sur- 
Lampy. Moussoulens, Aragon) appartiennent au même ter- 
rain nummulitique, qui se développe un peu plus large- 
ment à l'est, dans la même région, c'est-à-dire à Montolieu, 


— 171 — 


Conques, Villegly et Trausse, où il disparait sous le calcaire 
à lignites de l'Hérault. 


B). Mais la majeure partie du département est occupée par 
le grès de Carcassonne. Le Lauraguais. le Chalabrais, le 
Razés, le Carcassés appartiennent à cet étage qui va se per- 
dre, en des îlots. jusqu’au Minervois inférieur et jusqu'à 
Ginestas, à l’ouest; jusqu’à Saint-Martin-des-Puits, Saint- 
Pierre-des-Champs, Talairan et Tournissan au sud. Il est à 
remarquer qu’à ce dernier étage, d'origine exclusivement 
lacustre, appartiennent les gisements fossilifères de Ville- 
neuve-la-Comptal et du Mas-Saintes-Puelles, dont les espè- 
ces pour la plupart ont été déterminées par Cuvier. 


C). Enfin l’Oligocène apparait à Narbonne (le Quatourze), 
à Bages, à Portel, Armissan, Peyriac-de-Mer, Sigean, Lapal- 
me, — le Miocène, à Argeliers, Moussan, Sainte-Lucie et 
quelques autres points des côtes de la Méditerranée. — Le 
Pliocène si largement développé dans les Pyrénées-Orienta- 
les n'est indiqué dans l'Aude que par accident dans quelques 
ilots des environs de Leucate. 


$ 5. TERRAINS QUATERNAIRES. — Îl s’agit ici de cette grande 
assise de terrain de transport qui forme presque partout la 
terre végétale, et qui n’est recouverte, en quelques lieux, 
que par les alluvions des eaux actuelles. 

Au terrain quaternaire, comme alluvions fluviales ou 
fluvio-marines, appartiennent les vallées de nos fleuves ou 
rivières, la longue plaine qui commence depuis Castelnau- 
dary à Bram, se rétrécit de Pézens à Trèbes, pour se déve- 
lopper entre Marseillette et Capendu jusqu’au Narbon- 
nais. 

Par suite des modifications apportées au cours inférieur 
de l’Aude, et en raison du régime spécial des eaux. les 
basses plaines de Narbonne, Cuxac, Coursan, Fleury, Gruis- 


> _— 1792 — 


san, Bages, Sigean, Lapalme et autres terres limitrophes 
des étangs salés, appartiennent au qualernaire actuel. 

Dans l’intérieur du département, quelques plaines ont été 
aussi modifiées par le desséclrement, l’atterrissement de plu- 
sieurs étangs. Les unes, comme les plaines d’Espezel, appar- 
tiennent au quaternaire des alluvions anciennes ; les autres 
appartiennent aux alluvions modernes, ce sont les étangs de 
Puivert, d’Azille, de Jouarres, de Laredorte, d’Escales, de 
Lézignan, de Cruscades, de Montredon (Narbonne), et sur- 
tout l'étang de Marseillette, le plus grand par sa superficie 
et le dernier desséché. 


IV. — Minéralogie 


À la suite du géologue, le minéralogiste veut aller plus 
profondément pour rechercher les gisements divers que 
recèle la terre. Esquissons donc rapidement le régime miné- 
ral de l'Aude. | 

Les écrivains de l’époque romaine ne nous ont rien con- 
servé sur les mines du pays des Atacins et des Volces. Il 
existait bien dans la Narbonnaise des fermiers concession- 
naires de mines « conductor ferrariarum » (1), ce qui sup- 
pose une exploitation ; maïs c'est tout. Néanmoins les 
nombreux vestiges d'anciens travaux miniers ; les scories, 
abondantes en certains endroits et de toute sorte, que l'on 
trouve aux alentours des anciennes exploitations minières 
prouvent bien l’activité que l’on a déployée à diverses épo- 
ques. Exécutés à l’aide du feu et avant l'invention de la 
poudre, ces travaux doivent être attribués aux Romains, 
aux Visigoths et aux Sarrazins, durant leur occupation 
successive. | 

Au moyen-âge, les travaux dans les mines de l'Aude sont 
constatés dans les documents. En rig1, un différend exis- 


= 


(4) TourNaL, Catal. du musée de Narb., p. 27, n° 157. 


— 4173 — 


tait entre Roger, vicomte de Béziers, et les seigneurs de 
Termes, au’sujet des mines de Palairac et des environs, et 
de celles du Termenès (1). En 1252, il est fait mention d’une 
mine d’argent à onze cannes du monastère de Fontfroide (2). 
En 1259, Bérenger, abbé de Lagrasse, concède à Olivier de 
Termes la moitié des mines de Palairac et de Quintillan (3). 
L'approfondissement des travaux et l’imperfection des 
moyens entrava pour longtemps l'exploitation des mines de 
l’Aude ; celle ne fut reprise que vers 1667. De cette épo- 
que datent les forges et les martinets qui existent encore, 
mais en ruines, ou au repos, dans la Montagne Noire, au 
pays de Sault ou dans les Corbières. Ce fut la période d’acti- 
vité et de production. 


A Mérial, l'archevêque de Narbonne possédait une forge à 
fabriquer le fer. un martinet pour affiner le fer et fabriquer 
la clouterie; on y manipulait 80 quintaux de fer par semaine 
environ, et le martinet travaillait, en moyenne, de trois à 
six mois de l’année. A Gesse, encore une forge et un mar- 
tinet, appartenant au Chapitre de Saint-Paul-de-Fenouillèdes. 
La famille de Poulpri possédait des forges et des martinets 
à Montfort, à Sainte-Colombe-du-Roquefortés et à Couno- 
zouls ; le marquis d’Axat, à Axat: le marquis d'Hautpoul, à 
Roquefort-de-Sauit : M. Varnier, à Quillan; M. Rivals, à 
Puilaurens et à Gincla ; le marquis de Puivert, à Sainte- 
Colombe. Voilà pour les diocèses d’Alet et de Mirepoix. 
Dans le diocèse de Närbonne, il existait des forges à Auriac, 
à Cubières, à Maisons, à Montgaillard ; à la forge de Padern, 
on manipulait le fer de Cascastel; à la forge de Saint- 
Pierre-des-Champs, on traitait les fers de Villerouge et de 
Saint-Pierre. Les documents nous apprenent même ce détail: 


le fer coûtait 15 livres le quintal pris à la forge ; il revenait 


(1) Hist. Lang., VIE, pr. 75. 
(2) Arcb. Aude, H 211, f. 23. 
(3) Ibid., H 26. 


— 174 — 


à 16 livres, chez le marchand, lequel le revendait au public 
à 18 livres. 

Dans le diocèse de Carcassonne, mentionnons les forges 
et martinets suivants : la Fargue, commune de Castans ; 
la Ferrière, commune de Cuxac-Cabardès ; la forge de 
Lacombe, au terroir de la Galaube ; la Fonde, commune de 
Fontiers-Cabardès : la Fargue, commune de Saint-Denis : la 
Fargue de Montrouch, commune des Martys... et autres que 
nous passons (1). 

Mais une nouvelle accalmie devait cruellement frapper 
l’industrie minière dans l’Aude : nous voulons parler de la 
manie du défrichement et du déboisement qui se fit surtout 
sentir de 1789 à 1825. La disparition des forêts féodales 
supprima le combustible des usines, l’exploitation minière 
ne pouvait que succomber. Depuis lors, de nouveaux tra- 
vaux ont été repris avec des méthodes nouvelles, si pas 
toujours avec succès, avec l’espoir du moins que les 
moyens de transport rapide donneront aux minerais un 
écoulement plus facile et plus rémunérateur. 

Après cet exposé général, nous donnons d’abord l’état 
nominatif des mines concédées avec leur étendue ; nous 
 relèverons ensuite celles qui sont l’objet de recherches en. 
attendant la concession, enfin les divers affleurements que 


l’on relève dans l’Aude. 


$ 1. Concessions. — FER. — Mine de Balança, concédée 
le 18 juillet 1831 et comprenant 220 hectares, situés dans les 
communes de Cascastel et de Villeneuve.— Mine de fer et man- 
ganèse à Castanviels, concédée le 24 juillet 1875 et comprenant 
une superficie de 516 hectares, situés dans les communes 
de Caunes, Citou ‘et Villeneuve-Minervois. — Mine de la 
Caune des Causses, commune de Palairac, comprenant 570 


(4) Voir, dans notre Dictionnaire topographique de l'Aude, leë mots 
Fargue, Fargues, Ferrière, Ferrières, Forge. 


— 475 — 


hectares, concédée le 25 novembre 1843. — Mine de La 
Caunette, commune de Lastours, comprenant 87 hectares, 
concédée le 28 août 1845. — La Falliera, concédée le 21 
août 1848, comprenant 71 hectares situés dans les commu- 
nes de Villerouge et de Talairan. — La Ferrière, concédée 
le 25 septembre 1848, comprenant 119 hectares dans la 
commune de Montjoi. — Fourques et lu Bouchère des Clau- 
zels, concédée le 15 décembre 1848, comprenant 115 hecta- 
res, situés dans les communes de Talairan, Palairac, Ville- 
rouge et Quintillan. — Péchairoux, commune de Montjoi, 
concédée le 25 septembre 1848, comprenant 66 hectares. — 
. Salsigne (fer et pyrites), concédée le 24 décembre 1847, com- 
prenant 278 hectares, situés dans les communes de Salsigne 
et de Villanière. — Serremijeanne et las Coupes, concédée le 
10 janvier 1821, comprenant 170 hectares situés dans les 
communes de Villerouge et de Palairac. 


MaANGaNèsE. — La Ferronnière, concédée le 16 juillet 1835, 
comprend 493 hectares situés dans les communes d’Arques, 
de Bouisse et de Valmigère. — La Pou:anque, concédée le 
29 juin 1839, comprend 225 hectares dans la commune de 
Villardebellé. — Villerambert, concédée le 12 juin 1838, 
comprend 122 hectares, commune de Caunes. — Saint- 
Andrieu, commune de Villardébelle, concédée le 8 avril 
1838, comprend 24 hectares. 


Cuivre. — Auriac (cuivre et plomb argentifère), concédée 
le 7 décembre 1859, comprend 1173 hectares. commune 
d'Auriac. — Puy Merle, commune de Saint-Polycarpe, con- 
cédée le 16 juin 1876, comprend 180 hectares. 


PLOMB ET ARGENT. — La Caunetle, commune de Lastours, 
concession du 10 février 1879, comprend 87 hectares, 15 
ares. — Padern et Monlgaillard, concession du 17 juin 1872, 
comprend 1428 hectares. — Villeneuve-les-Chanoines, con- 
cession du 24 février 1844, comprend 1590 hectares, 


æ 


— 1796 — 


ANTIMOINE. — Mine de la Boutole, concédée le 27 avril 
1838, comprend 37 hectares, situés dans les communes de 
Maisons et de Palairac. 


ARSENIC. — Villanière, concédée le 11 avril 1898, com- 
prend 684 hectares, situés dans les communes de Villanière, 
les Ilhes et le Mas-Cabardès. 


Houizze. - Durban, concédée le 19 avril 1826, comprend 
116 hectares dans la commune de Durban. — Ségure, con- 
cession du 28 mai 1812, comprend 1643 hectares, situés 
dans les communes de Tuchan, de Quintillan et de Palairac. 


Lente. — Mine de Mailhac, concédée le 30 avril 1828, et 
comprenant 569 hectares. — Pouzols et Sainte-Valière, con- 
cédée le 16 juin 1830. comprend 2535 hectares situés dans 
les communes de Pouzols, Mailhac, Sainte-Valière, Paraza, 
Ventenac et Ginestas.— Bice (lignite, alun, couperose), con- . 
cédée le 2 décembre 1814, comprend 1646 hectares. 


$ 2. MINES A L'ÉTUDE. — À Limouzis, une instance est 
_ faite en concession d’une mine de cuivre, d'or et d’argent. 
— À Alet et aux environs, des recherches ont lieu en vue 
d’une mine de cuivre, urane et phosphates. — A Arques et 
aux environs, pour des phosphates noirs. 


$ 3. AFFLEUREMENTS. — Dans la Montagne-Noire, depuis 
Fournes, Marmorières, Limouzis, Trassanel, jusqu’à Cabres- 
pine, Citou et Castanviels, tout le pays contient des gise- 
ments de fer plus ou moins importants. Dans les Corbières 
et le pays de Sault, les gites de fer sont encore plus nom- 
breux. On signale ce minerai à Vignevieille, à Fourtou, à 
Bugarach, à Durban, à Gincla, Axat, Montfort, Puilaurens, 
forêt de Mérial, étang de Rébenty, Espezel, Camurac ; à 
Bouisse, Lanet, Félines-Termenès, Villerouge-la-Crémade, 
Villardebelle, Alet, Comigne…. 

À Leucate, existent des traces d’exploitation remontant à 


— 177 — 


cinquante ans ere le fer y est mêlé au manganèse et au 
plomb en des proportions insignifiantes. Le gîte y affecte la 
forme de filons en chapelet. Une nouvelle tentative d’ex- 
ploitation a été opérée (1906-1907) ; mais la pauvreté du gîte 
ferreux, les infiltrations des eaux de l'étang voisin ont fait 
cesser les travaux. 

On trouve quelques filons de manganèse à la métairie de 
la Pasquière, c"° de Villardebelle ; à Rennes-les bains ; à 
Bouisse, près du hameau de Salagriffe : al Clot dal Bosc, 
c"° de Peyrolles ; à Salza ; à Montfort ; au Prunet, c" de La- 
net. 

Des gisements de cuivre peu importants sont signalés à 
Salsigne, lieu dit aux Asprès ; à Villanière, aux domaines 
de la Farenque et du Cammazou, et au versant méridional 
des ruisseaux de l’Ahélanet et du Grésillou ; à la montagne 
de Fendeilles, c"° de Lastours ; au col de la Grave, c"° de 
Fournes ; au ruisseau des Cors, c" de Limousis, le mine- 
rai de cuivre est mêlé au plomb argentifère : enfin à Labas- 
tide-Esparbairenque, on trouve du fer mêlé à des pyrites de 
cuivre. . 

Dans les Corbières, depuis Tuchan jusqu’à Escouloubre 
d'une part. et depuis la Fajolle et Salvezines jusqu’à Alet de 
l’autre, on compte plus de quinze gisements de cuivre 
argentifère. En dehors des concessions déjà citées, mention- 
nons les affleurements de Puychinier, c" de Saint- 
Polycarpe ; de Sainte-Marie, les Canals, le Sarrat d’en 
Poutz et Pech-Agut, c'"° de Maisons ; à la Guiraude, lieu dit, 
c"° de Lanet; al Sarrat d'al Bouich, c"° d’Albières ; al col 
d’al Blaou, c"° de Salvezines ; à la Boudine, c"° de Villarde- 
belle ; aux Bals, c"° de Vendémies : aux Caussès, c”° d’Alet ; 


” à Laffrau- basse, c"° de Terroles..……. 


Des filons de plomb et d'argent sont signalés à la Lou- 
batière, à Couize, à Peyrecouverte, à Davejean et à Cascas- 
tel : à Rennes-les-bains, lieu dit Roquenègre ; à Bugarach, 
lieu dit les Capitaines ; à Saint-Ferriol ; à Alet, lieu dit 


17 


— 178 — 


Pech Misier et au col de la gare : au Clat, près de la rivière 
d’Aude, et à Escouloubre, lieu dit à la Coneille das Cas- 
tels... On signale enfin du mispickel ou arsénio-sulfure 
d’arsenic à Villanière (montagne de Carrus) et à Salsigne, 
lieu dit à la Font de Santat. | 

Comme combustibles minéraux, des affleurements de 
lignite sont constatés à Lescale (c"° de Puivert), à Saint- 
Benoit, à Tourreilles, à Véraza, à Luc sur-Aude, à Crausse 
(c"° de Saint-Hilaire), à Fourtou, à Sougraigne, à Massac, 
lieu dit à la Bade (houille): à Saint-Martin-des-Puits, à 
Boutenac, à Gasparets, à Donos, à Thézan, à Villerouge-la- 
Panouse, à Gaussan, à Saint-Martin-de-Toques, à Tauran, 
à Portel, à Gléon, à Taurize, Paziols, la Caunette, Villar- 
debelle, Clermont, Saint-Hilaire, Albières, Arques : à Alet 
entre Véraza, le ruisseau de la Valette et la rivière de Fajol : à 
Castel-Viala (c"° de Tuchan), à Soulatge, à Armissan.……. 

En 1841, le service des mines en France était divisé en 5 
inspections, formant cinq arrondissements d'ingénieurs en 
chef, subdivisés en 38 stations d'ingénieurs ordinaires. 
L’Aude et les Pyrénées-Orientales formaient la 31° station 
dépendant de la 3° Inspection. En 185r. l'Aude dépendait 
de la 3° Inspection (division du Sud-Est) ; le chef-lieu d’ar- 
rondissement minier était Alais, il comprenait l'Ardèche, 
l’Aude, le. Gard, l'Hérault, la Lozère et les Pyrénées-Orienta- 
les. | | | | 

Aujourd’hui l’arrondissement minéralogique de Toulouse, 
à la tête duquel est placé un ingénieur en chef des mines, 
comprend. huit départements. Le sous-arrondissement de 
Toulouse-Est, à la tête duquel est placé un ingénieur ordi- 
daire, comprend le Tarn, l’Aude et les Pyrénées-Orientales, 
ayant chacun un contrôleur des mines pour le service 
local. | | | 
A cette richesse minérale du sol, il convient d'ajouter en- 
core les matériaux de construction (pierre dure, sables et 
graviers, chaux, plâtre, argile tuilière), les matériaux d’in- 


— 179 — 


dustrie (argile à faïence et à poterie, engaube, dalles, ballast), 
les matériaux pour l’agriculture (chaux pour amendements, 
gypse, talc), les matériaux d’ornements (marbres, stéatites), 
que l’on trouve dans l'Aude et qui produisent, année 
moyenne, un revenu de 850.000 francs. 

Mentionnons les sources d'eau salée à Sougraigne, au- 
jourd'hui abandonnées, mais qui en 1839 donnaient 800 
mètres cubes d’eau salée par 24 heures et qui produisaient 
16 grammes 4025 de chlorure de sodium par litre. Neuf ma- 
rais salants sont livrés à l’industrie, pour une superficie de 
553 hectares et donnent 5.582 quintaux de sel marin et un 
revenu, sur le carreau, de 62.630 francs. 

On compte dans le département 38 sources minérales. Les 
unes sont restreintes aux seuls habitants du pays; ce sont 
les sources d’Alzonne, d’Arzens (terroir de Corneille), de 
Bize, de Bouriège, de Cabrespine, de Couffoulens (terroir de 
Cornèze), d’Issel, de Ladern (au terroir de Roque-Argen- 
tière), de Lagrasse, de Lastours (au Prestil). de Leuc (aux 
Jusègues). de Limoux (chemin de Ladigne), de Limousis, 
des Martys (au Fau-Grand), de Narbonne (à Tauran), de Pa- 
ziols (à la montagne de Villarzel), de Raïssac-sur-Lampy (à 
la Boudouïre), de Rivel (Font de fer, Font de Catséou), de 
Roquefère (Rahuls), de Saint-Martin-le-Vieil, de Salles- . 
d'Aude, de Salsigne, de Ventenac-Cabardès (à Ventaillole), 
de Villanière (au Pesquié). D’autres. comme Alet (3 sour- 
ces), Campagne (3), Escouloubre, Ginoles, Rennes (2), atti- 
rent beaucoup d'étrangers, et leurs eaux sont transportées 
au dehors. La statistique moyenne donne le chiffre de 4.500 
malades traités dans les établissements, et 580.000 bouteil- 
les d’eau expédiées au dehors. 

Deux sources minérales ont disparu : l’une à Conques, 
près du Pont, par suite d’une inondation de l’Orbiel : l’au- 
tre à la Boual, c" de Lavalette. j 


— 180 — 


V. — Agriculture. 


Mais la richesse du pays dépend surtout de la fertilité et 
de la culture intelligente du sol. Nous verrons que sous ce 
rapport et d'une manière générale l’Aude n’a rien à envier 
à ses voisins. 

Ïl n'en fut pas toujours ainsi. Durant la période gauloise, 
en effet, le pays était couvert de nombreuses forêts : le be- 
soin d’une culture étendue ne se faisant pas sentir, les défri- 
chements étaient bien restreints, la charrue était abandon- 
née pour le soin des troupeaux, et chaque pays produisait 
tout au plus ce qui était nécessaire à ses habitants. D'’ail- 
leurs, les habitudes guerrières des Gaulois, leurs divisions 
en tribus ennemies, ou n’ayant entre elles aucun lien, les 
voies de communication et les moyens de transport res- 
treints, tout était un obstacle à la production et à la culture 
du sol. 

Ce ne sera qu'après la conquête romaine que nos aïeux 
s’adonneront à l’agriculture ; ce sera aux Romains que notre 
pays devra sa civilisation et sa fortune. Ceux-ci en effet, 
comme dit Bossuet (1), n'établissaient pas « leur domination 
« sur la ruine des peuples vaincus: ils rendaient meilleurs 
« ceux qu'ils prenaient ». Malheureusement des gouverneurs 
concussionnaires, des spéculateurs, des fermiers des impôts 
se jetèrent sur le pays pour en absorber le plus clair de ses 
revenus, retardant ainsi le progrès de l’agriculture (2). 

L'administration impériale fut plus ferme et plus futélaire. 
Aussi, grâce à la fertilité et au climat de notre pays, vit-on 
se produire de grandes transformations. Perpendiculaire- 
ment à la voie Domitienne, des voies secondaires furent 


(A) Hist. univ., III part. 

(2) Fontéius, gouverneur de la province (70 av. J.-C.), établit un 
droit de quatre deniers par amphore sur les vins transportés de Nar- 
bonne à Toulouse. 


— 181 — 


tracées, facilitant le commerce et les transactions, activant 
conséquemment la culture et la production. De plus, sous 
César et principalement sous Auguste, tout le midi de la 
Gaule se peupla de colonies et de villes latines (1). 

De ces centres agricoles, l'activité romaine exerça son 
génie colonisateur dans les belles plaines des alentours, 
créant partout des villas, centre de vastes et riches domaines 
qui furent le berceau de nos villages modernes ; dès lors, 
les colons, les indigènes se partagèrent les terres, en alten- 
dant que les vétérans des légions romaines, prenant leur 
part de butin, apprissent aux Gaulois à devenir agriculteurs. 

- C’est sous ce rapport surtout que l'influence romaine se 
fit sentir. Chez les Gaulois, l’amour de la guerre paralysait 
l'agriculture, qui, d’ailleurs, était réservée au peuple, véri- 
table esclave sur qui pesaient le travail et l’impôt, tandis que 
les druides et les grands composaient la nation et le gou- 
vernement. Le romain, au contraire, aimait la vie des 
champs, non seulement comme séjour de repos, mais com- 
me source de production et de revenus. Après la victoire, 
plus d’un patricien retrouvait la charrue ; et César, après 
Sylla et Pompée, ne crut pas pouvoir mieux récompenser 
les vétérans de ses légions victorieuses qu’en leur donnant 
des terres. Dans notre pays, les vétérans de la dixième lé- 
gion vinrent s'établir à Narbonne, « colonia Decumanorum. » 
N'était-ce pas le meiïlleur-moyen d’assurer au pays des bras 
pour cultiver les terres inoccupées, et à Rome des défen- 
seurs capables de résister aux indigènes ? 

Les Romains aimaient le vin, ils couvrirent de vignes nos 
côteaux ensoleillés. Dès lors, après avoir parlé des vignes 
et des crûs de l’Italie, Pline pourra décrire nos vignobles et 
juger nos vins ; il nous dira qu’à cause de la violence des 
vents on se servait d’échalas pour soutenir la vigne ; il men- 


(1) Dans l'Aude, Narbonne appartient à la première catégorie ; Car- 
cassonne, à la deuxième. 


— 182 — 


tionnera la vilis helviana, qui fut le cépage planté dans toute 
la Narbonnaise, nunc lola provincia illam inseril, et qu’on 
appela à cause de cela vitis Narbonensis (1). Enfin le climat 
de l'Aude le permettant, les Romains apportèrent aussi de 
la péninsule italique l'olivier, qui tend à disparaître des ré- 
gions chaudes de l’Aude, pour faire place à la vigne, désor- 
mais bien envahissante. 

Quant à la prospérité du pays et aux progrès de l’agricul- 
ture, les termes pompeux, avec lesquels Sidoine Apollinaire 
décrit la vie des agriculteurs dans les villas de la Narbon- 
naise (2), ne laissent aucun doute à cet égard jusqu’au V° 
siècle. À cette époque, l’invasion des barbares exerça une 
lamentable influence sur l’état de nos campagnes si souvent 
dévastées par le fer et le feu. Mais vienne la période carlo- 
vingienne, et l’agriculture verra encore des jours prospères. 
Sous le bénéfice de la protection royale, en effet, naïîtront et 
se développeront rapidement les abbayes de Lagrasse, de 
Saint-Hilaire, de Montolieu, de Saint-Polycarpe, de Caunes, 
de Villelongue, d’Alet, de Joucou, de Saint-Martin-Lys, pour 
ne parler que des plus connues ; d'autre part de nombreux 
aprisionnaires s'installeront dans le pays, s’adonnant à la 
culture de la terre et fondant en quelque sorte la propriété 
rurale. À cette époque il faut attribuer le défrichement des 
bois, le desséchement des étangs intérieurs, la création de 
roules répondant aux relations nouvelles, ia construction de 
nombreuses « cella », l'érection de prieurés autour des gran- 
ges monastiques qui multipliaient ainsi les centres agri- 
coles. | 

Longtemps, l’agriculture demeura confinée dans ces limi- 
tes étroites; mais elle assurait déjà la prospérité du pays. 
Sous des restrictions plus apparentes que réelles, la période 


(1) PLinE, Hist. nat., lib. XIV. — Nous croyons qu'il faut voir là le 
fameux cépage appelé Terret. | 
(2) Lib. VIII, epist. IV. ! 


— 483 — 


féodale elle-même favorisera l’agriculture, car le seigneur, 
occupé à la guerre, ne pourra pas par lui-même cultiver les 
fiefs qu'il possède. 1l sera donc amené à les bailler à cens 
(reconnaissances, censives), d'en autoriser la mutation (lods, 
lauzimes) ; conséquemment, la propriété finira par se mor- 
celer, les seigneuries et les fiefs se subdiviseront en petits 
domaines ; et, si, dès le treizième siècle, chaque village a 
son petit seigneur, par voie de conclusion et aussi d’évolu- 
tion, chaque village aura ses tenanciers et ses agriculteurs. 

Voilà ce qu'ont fait les siècles et nos devanciers. Grâce à 
leurs efforts et à leurs exemples, grâce dux efforts des admi- 
nistrations modernes et contemporaines, notre département 
occupe une bonne place dans la carte agricole de la France. 
Les collines calcaires sont couvertes de taillis de chênes- 
verts, chênes noirs, chênes blancs, pins de toute espèce ; 
les sapins, les hêtres et quelques essences exotiques cou- 
vrent ses hauteurs granitiques ; les vallées de la Montagne- 
Noire sont peuplées de châtaigniers, de noyers . de nom- 
breuses prairies verdissent le pays de Sault, les vallons de 
l’Argentdouble, du Clamoux, de l’Orbiel, du Rieutort, de 
l’Alzau et du Fresque]. Les collines inférieures et ensoleil- 
lées nourrissent des oliviers, trop rares aujourd’hui, pen- 
dant que la lavande, l’aspic, la sauge, le thym, le serpolet, 
le romarin embaument l’air de leurs parfums. 

Si, par aventure, des collines comme le Saint-Brès, la 
Madeleine et autres, sont parfois dénudées, elles offrent pour 
l'espèce ovine de bons, quoique maigres, pâturages. Le 
Razès, le Lauraguais, nous donnent de bonnes céréales : 
blé, avoine, maïs, millet, fourrages : la Montagne-Noire et 
les autres pays froids, le seigle, le blé noir; partout, sauf 
de rares exceptions, des arbres fruitiers nombreux et variés. 
Mais l’œil se promène particulièrement satisfait sur le large 
et luxuriant tapis qui, depuis la plaine de Bram jusqu'à 
Carcassonne et de là à la mer, depuis les derniers plis du 
Cabardés jusqu’à Quillan et Tuchan, sans oublier nos Cor- 


— 184 — 


bières, empourpre les plaines et les côteaux : car la vigne 
est la plus abondante et la plus lucrative production du 
département. 

La superficie totale de l’Aude est de 631.324 Dore 
ainsi répartie : 


1° Superfie agricole cultivée....... 395.083 hect. 
‘ { non cultivée... 205.866 » 
2° Superficie non agricole ........... 30.375 


Par superficie non agricole, nous entendons, avec la sla- 
tistique décennale de 1892 à laquelle nous empruntons les 
détails de cet article, les lais de mer, la superficie des eaux 
courantes, Îles glaciers, les routes. 


La superficie agricole non cultivée comprend : 


Landes et bruyères.................. 101.022 hect. 
Montagnes et rochers ............... 100.369 » 
Marécage: isa ein 7. 4.412 
Tourbières seems udsmstens 63 » 


La superficie agricole cultivée se répartit de Îa manière 
suivante : 


Céréales (blé, seigle, orge, maïs, etc.). 106.661 hect. 


Autres graines alimentaires ........ 2.806 » 
Tubercules et racines alimentaires... 9.725 » 

Terres Prairies artificielles et fourrages an- 
labourables : DUÉIS:.. Lei cedusau 35.525 
199.210 hect. Cultures industrielles. ............. | 152 » 
Jardins d’alimentation.............. 2.442 
JACDOFES aussi ess 41.899 » 
Vignes. ais din e eias 115.408 » 
Prairies naturelles................. 10.512 » 
Terres non Herbages permanents .............. 5.710 » 
labourables : Bois et foréts...................... 61.377 » 
195.873 hect. Cultures arborescentes..... ss 1.646 
NOIRE nina audi ae 125 » 
! Jardins d’agrément................. 495 » 


395.083 hect. 


— 185 — 


De la superficie totale cultivée, 13.783 hectares appar 
tiennent à l'Etat : 3 hectares au département ; 24 628 aux. 
communes; 665 hectares aux hôpitaux ; 354.705 aux parti- 
culiers ; 1.299 à tous autres propriétaires. 

De la superficie totale non cultivée, 8.603 hectares appar- 
tiennent à l'Etat: 38 au département : 67.603 aux commu- 
nes ; 352 aux hôpitaux ; 128.379 aux particuliers : 891 à tous 
autres propriétaires, | 

Sous le rapport de la production. la statistique agricole 
de l’Aude est très intéressante. Dans le département, la 
vigne occupe 18 hectares 2, par 100 hectares du territoire 
total ; sous ce rapport, le département de l'Hérault seul a le 
pas sur l'Aude, car la vigne y occupe 27,6 par 100 hectares. 
. Sous le rapport du rendement, l’Aude produit par hec- 
tare une moyenne de 28 hectolitres 48 de vin, quand l’Hé- 
rault produit 42 hectolitres 11, et les Bouches-du-Rhône 
43 hectolitres 75. 

Le froment occupe dans l'Aude le 8 °,, du territoire total, 
le 9°/, du territoire agricole, le 26 °/. du territoire labourable. 
Comme production, le froment donne 123 hectolitres pour 
100 hectares du territoire total ; son rendement moyen est 
de 14 hectolitres, 8, par hectare. Sous ce rapport. le dépar- 
tement de l'Aude occupe le 59° rang, les Alpes-Maritimes 
occupant le dernier avec un rendement de 9 hectolitres, 4, 
et la Seine occupant le premier. avec un rendement de 26 
hectolitres, 8, par hectare de froment. 

L'avoine donne dans l’Aude un rendement moyen de 22 
hectolitres, 4. par hectare, le minimum étant attribué à la 

® Lozère (10 hectolitres, 3), le maximum au département du 
Nord (47 hectolitres. 8). 

Pour les prairies artificielles, Aude occupe le 82° rang,avec 
un rendement de 705 quintaux, 4, pour 100 hectares de 
terres labourables. Il occupe le 78° rang, pour les racines 
fourragères avec 52.534 hectares, la Vendée occupant le 
premier rang avec 248.892 hectares ; la Seine, le dernier 


— 186 — 


avec 3.402 hectares. Il occupe le 28° rang, sous le rapport 
de la production des pommes de lerre ; le 55°, pour l’horticul- 
ture maraichère. Enfin, les cultures industrielles (plantes 
textiles, oléagineuses et autres) occupent dans l’Aude 152 hec- 
tares, alors que les Pyrénées-Orientales oecupent le dernier 
rang avec 14 hectares : et l'Aisne, le premier, avec 67.135 
hectares. | 

Si nous observons dans l’Aude la division du sol, on 
compte 40.205 exploitations au-dessous d’un hectare ; 
25.465 exploitations de 1 à 5 hectares ; 8.139 exploitations de 
5 à 10 hectares : 5.630 exploitations de 10 à 4o hectares ; 
enfin 2.144 exploitations de 4o hectares et au-dessus. La 
culture directe y est représentée par 68.226 propriétaires 
exploitant leurs terres par eux-mêmes et avec leur famille. 
La culture indirecte est représentée par 5.098 métayers et 
colons, et par. 1.859 fermages ou locations verbales; 337 
moteurs et machines agricoles viennent en aide à la main 
des hommes et fournissent une force de 170 chevaux-va- 
peur. Enfin la population agricole s’élève au chiffre de 
61.652, dont 44.755 propriétaires cultivant leurs terres et 
travaillant aussi pour les autres, et 16.897 non propriétai- 
res, c'est-à-dire fermiers, ou journaliers. 


VI. — Forêts. 


Il serait sans doute très intéressant de rechercher la topo- 


graphie des forêts de l’Aude à ses différentes époques, car 


la majeure partie du département est une conquête sur les 


_ forêts ; mais cette recherche est bien difficile, et nous man- 
quons d'éléments D’une manière générale, César nous 
apprend (1) que les Gaulois élevaient d'ordinaire leurs ha- 
bitations au voisinage des bois et des fleuves ; cela prouve 
qu'ils aimaient les arbres, mais rien ne détermine positive- 


(4) De Bello Gallico, VI, 90. 


Li 


— 187 —. 


ment le nombre de leurs oppida, de leurs stations, et, par 
voie de conséquence. l'étendue des forêts à cette époque 
reculée. 

Les documents du moyen-âge seuls nous donneront des 
indications sûres, en nous faisant reconnaître les respecta- 
bles survivants d’une époque antérieure. Il faudra tenir 
compte, néanmoins, qu'à l’arrivée des Romains le pays fut 
livré à la culture, que le défrichement commença de bonne 
heure ; d’ailleurs, l'exploitation des mines par le feu, sous 
les Romains et leurs successeurs, contribua dans une large 
mesure à l'épuisement des forêts. 

Relevons ce que les documents nous ont conservé sur des 
forêts dans l'Aude. En 830, l’abbaye de Saint-Ililaire possé- 
dait des terres hermes « cum selvis, arboribus fructiferis-et 
infructiferis » : en 959, il est question aux environs d'Or- 
sans d'un bois quæ vocant Solanum ; déjà en 1040, la forêt 
de Gébels appartient à l'Archevêque de Narbonne : en rrat, 
l'archevêque Arnald réclame, comme lui appartenant, les 
garrigues, les bois, les foréts, de la seigneurie de Fontjon- 
couse, ainsi que le droit d'y chasser les sangliers, les cerfs el 
les ours (1). En 1152 et 1153, l’abbaye de Villelongue possède 
le boschus de Serrineia, et le boschus de Capramortua ; en 1165, 
la forél de Saint-Benoît (commune de Saint-Martin-le-Vieil) 
En 1206, nous connaissons la forêt de Caranlianum, fief de 
l'abbaye de Saint-Hilaire ; en 1220, le bois de Saissaguès et 
la forêt de Ramondens, l’un des beaux fiefs du monastère de 
de Prouille ; en 1247, la forêt de Mala Pera (Montréal). 
L'abbaye de Lagrasse possédait des forêts à Fourques, à 
Félines et à Palairac (1259), ñnemora lerre nostre ; le Chapitre 
de Carcassonne, le bois de Gramentés et la forêt de la Grèze 
(1270); dans le territoire de Saint-Denis, boscus de lu Serra 
(1307). En 1300, Fitou semble entouré de bois où la chasse 
était abondante : in nemoribus el montanis de Filorio (2). 


(4) Arch. Aude, G 10. 
(2) Arch. Nat., J 1029. 


\ 


— 188 — 


Existent encore: en 1310. nemus vocalum de Nujac; en 
1317, les forêts de Pignols et de Pechluna ; en 133r, les fo- 
rêts de Valhorquière. Mentionnons. en terminant, la forêt 
de Valhésie, de Huute-Niboul qui confine au Tarn ; le bois du 
. Vicomle de Narbonne près de Fontfroide, les bois de Castans, 
nemora seu devesia vocata vulgariler Batut (1341); le bois de 
Bagnères, commune de Mireval-Lauraguais. nemus ad co- 
mam de Banheris (1371); nemus vocalum planum de Monte 
Nero (Montné, commune d’Escouloubre), en 13:17. Enfin 
ces formules générales et fréquemment inscrites dans les do- 
cuments : loca nemorosa et arbores de quercu el de ausino .., 
devesia cervorum et bicharum et cuniculorum, 1360 (Mah., IV, 
430) prouvent surabondamment la grande étendue de bois 
et de forêts, même à des époques relativement près de nous. 

À cetle respectable liste qui est loin d’être complète. ajou- 
tons les défrichements opérés par les communautés reli- 
gieuses, les nombreux lieux-dits : garrigue, Issarts, Issaxs, 
Eicharts, Ichart, et nous aurons une idée de la partie recou- 
verte par les bois dans l’Aude | 

Rien d'étonnant que, dès 1340, il soit question de la ré- 
formation des eaux et forêts dans notre région. A cette date, 
en effet, Guillaume de Fontaines. enquêteur et réformateur 
des eaux el forêts dans le Languedoc, vient fixer les limi- 
tes de Castans et de Pradelles-Cabardés. En 1355, Hugues 
d’Arse, seigneur de Rivarolles et de Dernacueillette, est mai- 
tre des eaux et forêts des sénéchaussées de Carcassonne et 
de Béziers ; en 1408, le maitre des eaux et forêts de Lan- 
guedoc tranche une difficulté dans les environs de Saint- 
Pierre-des-Champs; enfin, en 1553, Pierre de Rivière, sei- 
gneur de Cayrac. est maître des eaux et forêts du comté de 
Lauraguaais. | 

Mais l’administration forestière ne prend corps qu’au dix- 
seplième et au dix-huitième siècles. En février 1680, en 
eflet, Louis XIV rend un édit portant création de seize 
grands maitres des eaux et forêls ; un grand maître est 


— 189 — 


établi à Toulouse. Il avait dans son département les maî- 
trises particulières de Castfelnaudary, Villemur. Rhodez, 
Saint-Pons, Montpellier et Quillan. 

Le registre de la Réformalion de la maîtrise de Quillan 
énumère (1736, T. L.): 1° les forêts du Pays de Sault : 2° les 
forêts du Roquefortés, montagne de Madrés et du Donne- 
zan : 3° Îles forêts des Fanges et celles du pays de Fenouil- 
lèdes. 

Si nous voulions entrer dans le détail, il faudrait men- 
tionner : la forêt du Gravas, l’Aguzou, la forêt du Bousquet 
et d’Escouloubre, le Bac d’Insantou, le Tuc de la Sagaille, 
la forêt de Villeneuve et Rébiscagné, la forêt de Fontanés, le 
Linas, le Bac de la Gouge, la forêt d’Aspre, l'Arex de la 
Combe des Noyers, Comefroide, Picaussel. l’Epinette, les 
bois de Coudons et Galinagues, Bacapis, Callong, Bac- 
Estable, Baquet, Faussibre, Ayguesbonnes et Boucheville, 
la Galine, la Bunague, la Plaine, Rieuvernier, Niave, les 
forêts de Niort, Roquefeuil, Camurac et Comus ; la Fraîchi- 
nouse, Pechpoudroux, l’Agre, Mérial, Gébex ; Ladoux à Ra- 
bouillet, Gesse, Campagna, l’Escarrassou, Bacarissi, Sarre- 
biau, En Malo, Débat, Trabanet ; enfin, dans le Donnezan : 
les forêts de Quérigut, Carcanet, Mijanès, Salvanière, la 
Toffe, les Hares, Navinal, et les forêts de Prades et 
Montaillou. Dans le Termenès, dépendaient aussi de la 
maîtrise de Quillan, les forêts de. Massac, de Carcassès et 
de la Roque-de-Fa ; les bois des communautés suivantes: 
Vignevieille, Quintillan, Villerouge, Paziols, Tuchan, Palai- 
rac, Villar-en-Val, Cubières, Labastide-du-Val de Daigne, 
. Saint-Martin du-Puy, les bois de Rieunette, Rustiques, 
Lairière, Rouvenac, Brenac, Greffeil. Clermont, Villelon- 
gue, Saint-Hilaire, Villebazy, Ladern, Nébias, Leuc, Four- 
tou, Pomas.… 

À la maîtrise du Lauraguais (1767, Insinual. concern. la 
mattr.), appartenaient les bois des communautés suivantes : 
Pechbusque, Labastide-d’Anjou, Mayreville, Avignonet, 


— 190 — 


Saint-Assiscle, Verdun, Villenouvette, la Graulet, Carlipa, 
Montauriol, Gibel, Mireval, Souilhe, Laforce, Villasavary, 
Plaigne, Fontiers-Cabardès, Saint-Amanset, Saint-Gaudéric, 
Orsans, Salles-sur-l'Hers, Issel, les Cammazés, Laurabuc, 
Laurac-le-Grand, Peyrens, les Roussés, Villefranche, Renne- 
ville, la terre de Belloc, Fendeille, Cumiès, Peyrefite, Barai- 
gne ; la forêt de Baziège, la forêt royale de la Selve, la forêt 
de Gramentés, propriété du chapitre Saint-Nazaire de Car- 
cassonne, le bois du chapitre de Montréal, la forêt de Saint- 
Rome, la forêt royale de las Tiradoures, la Greusse, la forêt 
de Tauré, la forêt de Crabes-Mortes, le bois des Bénédictins 
(de Sorèze), la forêt de la Loubatière, propriété des Char- 
treux de Castres, la forêt de l’Eguille, la forêt de Serremège, 
les forêts des grands Carmes et des Jacobins de Toulouse... 

A la Révolution, les forêts domaniales prirent de l’exten-. 
sion par suite de la vente des biens des émigrés ou des 
corps religieux. 

En l'an XI, l'Aude est compris dans la 14° conservation 
forestière, chef-lieu Montpellier : un inspecteur des forêts 
est établi à Castelnaudary ; des sous-inspecteurs à Carcas- 
sonne, à Limoux et à Narbonne. | 

Toutefois, de cette époque jusque vers 1825, la manie 
du défrichement fit disparaître plus d’une forêt ; et il a fallu 
la ténacité de l'administration forestière et le bon sens des 
administrations communales pour conserver, défendre et 
améliorer ce qui existait. Bien mieux, depuis cette époque, 
la situation s’est grandement améliorée, car, dans l’Aude, 
l'Etat et les communes possèdent de belles et nombreuses 
forêts. Voici, d’ailleurs, quelques chiffres qui feront mieux . 
ME notre pensée. 

: Sous le rapport des eaux et forêts, l’Aude forme, depuis 
longtemps, avec le Tarn et les Pyrénées-Orientales, une 
méme conservalion. En 1841, c'était la 27°. Or, à cette date, 
et en dehors des forêts particulières, il existait à peine dans 
le département 16.914 hectares 54 ares de bois ou de forêts, 


? 


— 191 — 


appartenant : 14.408 ha, 36 a. à l'Etat; 2,496 ha, 18 a. aux 
communes ou autres établissements publics. En 1851, Île 
régime forestier a multiplié les résultats : à cette date. l'Etat 
possédait dans l’Aude 40.957 ha, 44 a. de forêts donnant un 
revenu de 285.770 francs ; les communes ou autres admi- 
nistrations publiques possédaient 34.557 hectares 29 ares, 
‘ donnant un revenu de o.boo francs. Soit un total de 
75 514 hectares, 73 ares, et un rendement de 326.270 francs. 

Aujourd’hui, Carcassonne est le chef-lieu de la 25° conser- 
vation. Nous donnons ci-dessous les détails des forêts de 
l'Aude à l'heure actuelle (1905). 

A.) Terrains domaniaux. 


Forêts domaniales................. 10.680 ha. 
Séries de reboisement......... …..  8.5% ° 
Total; 2 ve 49.971 ha. 


Elles ont donné à l'Etat (bois de futaie ou taillis, coupes 
d'amélioration, produits accessoires, droits de pêche et de 
chasse), un revenu de 482 028 francs 80 centimes. | 

B.) Foréts communales. | 

- Contenance : 18.620 ha. Elles ont donné un revenu toial 
de 94.512 francs. 


| VIL. — Commerce et Industrie. 


Bien qu'il soit difficile d’assigner l’époque à laquelle le 
département de l’Aude commença à se livrer au commerce, 
tout porte à croire qu'elle remonte à la plus haute anti- 
_ quité (1). 

Polybe, Diodore de Sicile, Strabon, Pomponius Méla, 


(4) On trouvera de nombreux et précieux détails sur ce sujet, non 
seulement dans l’Essai sur l'histoire du commerce maritime, de Célestin 
Port,mais surtout dans les -Registres de la Chambre de Commerce 
(Arch. Nat., F 12). | 


— 41499 — 
Ausone, parlent avec éloge de la situation avantageuse de 
Narbonne, de son port, le plus marchand de la côte, de 
son commerce, le plus florissant des Gaules. D'après Sulpice 
Sévère, le commerce narbonnaiïs était florissant au Vre siè- 
‘cle, et Narbonne était le rendez-vous des vaisseaux mar- 
chands du nord de l'Afrique et même de l'Egypte. 

En 1146, le comte de Barcelone concède aux marchands 
de Narbonne un marché public à Tortose en Catalogne, avec 
exemption de tous droits et de tous péages. Aux XIT°et XIIT- 
siècles, Narbonne conclut des traités avec les Républiques 
de Gênes, de Pise et la ville de Marseille ; elle entretient des 
des relations commerciales avec Nice, Savone. Vintimille, 
avec la Sicile, Chypre, Rhodes, Constantinople, la Syrie, 
l'Asie, l'Egypte, le Maroc, l’Aragon, la Catalogne, l’Angle- 
terre et la Flandre. 

Vers la fin du XIII: siècle, on trouve sur le marché de 
Narbonne toutes les denrées et marchandises du Levant (1); 
cela dura jusqu'à la fin du XV° siècle. A cette date, le com 
merce de Narbonne est en décadence. D'une part, en Orient, 
les marchés sont déserts par suite de la ruine des Latins et 
par la chute successive des principautés franques. En 
France, la guerre des Albigeoiïs, la création du port d’Ai- 
guesmortes, l'extension de Montpellier qui devient la rivale 
de Narbonne, l'expulsion des Juifs, les incursions des cor- 
saires, le changement du cours de l’Aude, telles sont les 
causes générales de la décadence du commerce maritime de 
Narbonne. 

A l’intérieur des terres, le pays est hérissé de montagnes 
plus ou moins arides, certains cantons sont peu fertiles : 
tout démontre que l’agriculture avait fait peu de progrès, 
l'élevage des bêtes à laine était donc la meilleure ressource 
du pays. Des rivières aux eaux limpides et au cours régu- 
lier le sillonnent en tout sens, il était naturel de songer à 
l'industrie drapière. On se garda d'y manquer. | 


(4) Voir Doat, 50. f. 289 ; 52, f. 75 et seq. ; 53, f. 226 à 243. 


— 193 — 


De bonne heure, l’industrie des draps est connue dans la 
région de l’Ande. En 1218, Raymond de Miraval chantait 
dans ses vers les manufactures de Carcassonne ; en 1303, 
Philippe-le-Bel envoyait un commissaire pour conférer 
avec les surintendants des manufactures de draps de Car- 
cassonne, de Narbonne et de Limoux En 1317, Philippe le 
Long interdisait la sortie des laines et des bêtes à laine de 
la sénéchaussée de Carcassonne. En 1331, Frédéric, roi de 
Sicile, accordait aux marchands de Narbonne la faculté 
d’avoir, à Messine et dans d’autres places de ses états, un 
consul et un marché. Ces mêmes marchands avaient un 
consul à Constantinople, à Rhodes et à Alexandrie. 

Mais c'est surtout au X VIT° siècle que le commerce pren- 
dra un vigoureux essor. En 1666 surgissent à Carcassonne 
les corps de métiers avec leurs jurandes et les règlements 
confirmés ou modifiés suivant les circonstances jusqu’en 
1737. Dès lors, la famille de Saptes établit à Conques un ate- 
lier qui reçoit bientôt le titre de manufacture royale. A leur 
suite et avec le même titre viennent les manufactures de 
Carcassonne (Trivalle), de Montolieu, co Cuxac-Cabardès, 
de Pennautier et de Bize. 

Indépendamment de ces grands ateliers, des manufac- 
tures existent à Limoux et dans les villages de Cabrespine, 
Castans, Caudebronde, Caunes, Cennes, Chalabre, Fourtou, 
Fraissé-Cabardès, Labastide, Lastours, la Tourette, Les 
Ilhes, Limousis, Mas-Cabardès, Miraval, Montréal, Pradel- 
les, Quillan, Roquecourbe, Roquefère, Sainte-Colombe-sur- 
l’Hers, Saint-Denis, Saissac, Sallèles-Cabardès, Trassanel, 
Villanière et Villardonnel. 

Des établissements de filature sont établis à Limoux, à 
Alet, à Brasse, à Camplong, à Couiza, à Quillan, à Puilau- 
rens, à Roquefort-de-Sault, à Belfort, à Mérial, à Maquens, 
à Brousses, à Fontiers-Cabardès, à Lacombe et à Saissac ; 
des effilochages à Carcassonne (8), à Caudebronde, à Sais- 
sac et à Villalier ; des fouleries dé draps, 23 sur l’Orbiel de 


18 


— 194 — 


_Lastours à Conques, 9 à Montolieu, à Cennes et à Limoux. 

Si nous entrons dans le détail, nous trouvons des afi- 
neurs de draps. des apprentis, un bureau de marque, une 
chambre de commerce à Carcassonne. Dans cette même 
ville, des « drapiers drapants et autres fabricants », tels que 
fabricants de bas, gantiers, fabricants d’étoffes pour le Le- 
vant, une manufacture de mouchoirs de soie façon d’Espa- 
gne, des pareurs, des tisseurs. A Limoux et à Chalabre, on 
tisse « à la manière de Hollande des draps seizains et lon- 
dres larges » ; à Saissac, on fabrique « des draps destinés au 
commerce du Levant ». 


À Alet et'à Limoux, on fabrique des « draps, des cadis, des 
serges ».À Narbonne, des serges et des cadis.Le département 
de Carcassonne est surveillé par un inspecteur des manufac- 
tures, à qui les gardes-jurés doivent remettre « tous les 
« trois mois un estat de leurs fabriques contenant la qua- 
« lité, la quantitéet le poids de chaque espèce d'’étoffes 
« qu'ils auront visitées et marquées, et un autre estat cha- 
« que mois des procès-verbaux de visite tant des mes- 
« tiers que des fabricans et autres artisans, avec les extraits 
« des jugements rendus contre les contrevenans ». 


Aujourd’hui, des méthodes nouvelles, plus expéditives, 
plus économiques que les anciennes, ont été introduites, et 
c'est avec peine que quelques ateliers soutiennent la gloire 
d'une vieille industrie. 

Parallèlement à l'industrie drapière, existaient, notam- 
ment à Carcassonne, à Cennes-Monestiès, à Montolieu et à 
Saint-Denis, des teintureries jouissant de tout temps d'une 
grande réputation, grâce à la qualité des eaux qui rendent 
les couleurs plus vives, tout en absorbant les principes non 
fixés. Cette industrie est ici connue de bonne heure, puis- 
que la Nolitia dignitatum Imperii mentionne un « procura- 
tor baphii Narbonensis ». | 


Au XVI: siècle, les documents mentionnent encore à 


— 195 — 


Narbonne des moulins pastelliers et de rédou (1). Mais c’est 
surtout le Lauraguais qui s’adonnait à cette industrie des 
matières colorantes; de là le nom de pays de cocagne 
qu'on lui donnait parce qu'on y préparait le pastel en pâle 
ou pastel de cocagne. 


La mégisserie et la tannerie étaient établies, la première à 
Carcassonne et à Narbonne, la deuxième, à Azille, à Lagrasse 
et à Paziols. Ces diverses industries, malgré les nouvelles 
conditions sociales, se maintiennent encore dans l’Aude. 

Mais l’industrie qui a été la plus répandue est celle du 
fer. Les nombreuses mines, anciennes ou encore en acti- 
vité, ne pouvaient que multiplier dans le pays les forges, 
les laminoirs, les martinets. Il suffit de relever dans les loca- 
lités de l’Aude, les mots : fargue, Jfarguelte, ferrière, forge, 
marlinet, pour apprécier cette industrie. On parle encore des 
forges d’Auriac, de Padern, de Saint-Pierre-des-Champs, 
de Lacombe, de Montolieu, d’Axat, de Sainte-Colombe-sur- 
Guette, de Counozouls, de Sainte-Colombe-sur-l’Hers, de 
Gesse, de Gincla, de Montfort, de Mérial, de Quillan et de 
Roquefort- de-Sault. 


En revanche, par suite du perfectionnement de l’industrie 


 meunière, de nombreux moulins à vent et à eau sont ré- 
duits au silence ou à l’inaction. 

La verrerie a disparu à Gaja-la-Selve, à Molières, à Vigne-- 
vieille et surtout à Villefort, où la famille Robert de la Salle 
sut s’acquérir une grande notoriété. Au contraire, la tuile- 
rie. la briqueterie, la poterie grossière, sont encore connues 
et pratiquées dans presque toutes’ les régions du départe- 
ment. L 

Aujourd’hui, sans compter les industries secondaires et 
de peu d'importance, l’industrie proprement dite s'exerce 
sur la chapellerie à Chalabre et à Espéraza. Quant au com- 


_() Compoix de 1576, p. 301. 


— 196 — 


merce, il porte à peu près exclusivement sur le vin et les 
eaux-de-vie, car l'Aude, sous ce rapport, occupe le troisième 
rang, après l'Hérault et les Bouches-du-Rhône. 


VIII. — Voies de communication. 


Avant les Romains, la viabilité en Gaule n’a laissé aucune 
trace appréciable. Toutefois on ne saurait nier l'existence 
de chemins gaulois, reliant ensemble, en des directions 
fixes, les centres des peuples, peut-être même les oppida les 
uns aux autres. N’étant pas toutes construites, ces voies de 
communication régulières n’ont pu laisser des vestiges po: 
. sitifs qui permettent d’en fixer l'origine, le nombre et la di- 
rection. Relativement aux moyens de communication des 
peuples fixés en Gaule, une seule indication certaine peut 
nous diriger, c'est la nécessité constatée et bien reconnue 
des cols et des passages des montagnes ; nous citerions vo- 
Jontiers dans l'Aude: le col de Saint-Louis, le col de Nau- 
rouze, le col de Jonquières et le col de Boucocers (Nar- 
bonne), et le col de Lagarde, aux environs de Pouzols. 

Mais poussés par leurs intérêts, excilés d’ailleurs par la 
gigantesque entreprise d’Annibal à travers l'Espagne, les 
Pyrénées et les Alpes, les Romains comprirent la nécessité 
d’une route à travers la Gaule. Déjà Polybe, mort 145 ans 
avant J.-C., mentionne une voie romaine jalonnée de bornes 
milliaires entre Ampurias et le passage du Rhône (1). Mais 
une voie plus soignée, que l’on attribue à Domitius Aheno- 
barbus, fut construite de 122 à 118 avant J.-C., réparée de 
76 à 73 par Fontéius. Ge fut la voie Domitienne. Elle tra- 
versait le département, se dirigeant de Béziers à Toulouse 
par Narbonne et Carcassonne, avec bifurcation de Narbonne 
aux Pyrénées. 


(4) IE, xxxix, 8. 


— 197 — 


La Commission de la topographie des Gaules (1864) a 
donné un tableau des voies romaines indiquées par les iti- 
_néraires, croyant que les documents qu'elle avait à sa dispo- 
sition suffisaient pour fixer définitivement la position de 
diverses stations jusqu'alors contestées. Nous donnons ici- 
un extrait de ce tableau, simplement comme référence, car 

la commission elle-même « appelait de nouvelles lumières », 
et ne voyait dans son résumé qu’un « point de départ pour 

_ des études plus complètes ». 


LI. — VOoiE PRINCIPALE. 


Chiffres |n; sci : 

STATIONS. | lune | des documents. | Identification. | qe documents. 
Narbo ........ XVI 16 Itinéraire 389. Narbonne. Itin. 552. Civitas. 
Usuerva ...... XV 15 id. 552. Lézignan ? Mutatio. (1) 
Liviana. ...... XI 11 | Table de Peutinger. | Capendu ? (2?) 

Carcaso. ...... XII 12 id. _ Carcassonne. |Itin.552. Civitas. (3) 
Cedros...,..... VIII 8 Itinéraire 551. | Villesèque ? Mutatio. (4) 
Eburomagus ..| VI 6 "id. Bram. Vicus. (5) 
Sostomagus...| X 10 id. astelnaudary ? Mutatio. (6) 
Fines......... (deest) & | Table de Peutinger. | Les Pesquiès ? (7) 


(4) L'itinéraire porte Hosuerbas au lieu d'Usuerta. T. P., XVI 
(2) Plusieurs éditeurs lisent Lunaria. 


(3) L'itinéraire 552 donne la voie tout autrement, à savoir : Narbo- 
Hosuerbas XV,Tricensimum VIII, Carcaso VIII, ne comptant, ainsi, que 
XVI de Usuerva à Carcassonne, tandis que la Table donne XXIII, dis- 
tance réelle si la Commission ne se trompe pas sur les attributions. 
L'itinéraire n'est évidemment pas exact. 

(4) Identifications différentes : Passage de la Rougranne, d'après 
Walckenaër ; Montsoulens = Moussoulens, d'après Lapie. 

(5) T. P. porte Carcassone Eburomagum XVII, au lieu de AZIIT 
(VIII + VI); XVII est probablement une altération de XZ/11. 

(6) La Table ne donne pas la station Sostomaqus. 

(7, Identifications différentes : Pechbusque, d'après d'Anville. — 
Fines est donné par la Table après Eburomagus, mais sans distances. 


— 198 — 


IT. — EMBRANCHEMENT DE NARBONNE AUX PYRÉNÉES. (1) 

rennes TRS | Distance | Désignation | - 
6: gnation « | 

STATIONS. de réelle. | des documents. Identification. 
Narbo ......... | Narbonne. 
Ad Vicesimum..| XX. 20 Itinéraire 397. Passage du Rieu. 
Combusta. ..... XII. 1% | Itinéraire 397. ! St-Hippolyte ? 

VARIANTE. 

Narbo ......... | Narbonne. 
Salsulis........ XXX. : 30 Itinéraire 389. Salses. 


De Narbonne aux Pyrénées, comme de Narbonne à Tou- 
Jouse y avait-il d’après les itinéraires une seule voie, y avait- 
il deux voies distinctes ? 11 y a longtemps que la question 
est posée. L'existence des deux voies étant admise, les docu- 
ments nous donnent-ils ces deux voies, ou bien n'en don- 
nent-ils qu’une? voilà le véritable problème. Bien micux, 
toutes les identifications qu’on a essayées ne sont que pré- 
sumées, ne reposent que sur des conjectur?s relatives au 
calcul des distances. Peut-être vaudrait-il mieux rechercher, 
dans les premiers temps du moyen-äge, les chemins en 
état de viabilité qui suivaient le même parcours que les voies 
de l'itinéraire romain. Or, il est certain que plusieurs che- 
mins, dans ces mêmes directions, ont subsisté jusqu’après 
le XV° siècle ; ils portent dans les textes des noms particu- 
liers : chemin ferré, chemin de fer, chaussée (ralciata, caussade, 
mounède), peyrou, chemin romieu, eslrade, chemin de Saint- 
Jacques, Mercadal, et presque partout, en France, on les dé- 
signe comme ayant élé d'anciennes voies gauloises ou 
romaines. | 

Parcourons les divers pays de l’Aude, nous les trouverons 
sillonnés par ces sortes de voies. 


(1) La Commission croit que la voie de la Table est la mème que 
celle de l'itinéraire 397, mais diffère de celle de l'itinéraire 389. 


— 199 — 


\ 

Venant de l'Hérault, à Agel, une première voie romaine 
entrait dans le Minervois, à la hauteur de Pépieux, passait 
par Violet (commune de Trausse), par Rivière (commune de 
Caunes), et, après un embranchement sur Cabrespine (via 
in parlbus Albigensium), se dirigeait sur Carcassonne. Une 
deuxième, venant encore de l'Hérault par la Garde-de- 
Rolland, mellait en communication le Bitterrois avec le 
Bas-Minervois et le Carcassés. À Homps, elle se joignait avec 
l'embranchement de Roubia, se dirigeait par Jouarres, Azille, 
Saint-Frichoux, Naucadéry (commune de Laure), vers Car- 
cassonne. 

Sans compter la voie qui de Béziers passait par Ouveillan, 
Argeliers, Mirepeisset ‘et Mailhac, le Narbonnais était des- 
servi par cinq voies bien distinctes : la voie de Narbonne à 
Béziers, par Cuxac et Pontserme; la voie de Narbonne à 
Marcorignan, Sérame, avec embranchement sur la rive gau- 
che de l’Aude par Ventenac et Roubia : la voie de Narbonne 
à Montredon, par le col de Boucocers : la voie de Narbonne 
à Lagrasse, par Aussières, Bizanet, les Palais, avec embran- 
chemenis : le premier sur Hauterive et Prat de-Bosc, le deu- 
xième sur Fontjoncouse, Durban, Fraissé-des-Corbières ; en- 
fin la voie de Narbonne aux Pyrénées. 

Sans compter les routes du Minervois, deux routes prin- 
cipales, venant du Narbonnais, pénétraient dans le Carcassès, 
l'une sur la rive gauche, l’autre sur la rive droite de l’Aude, 
par Saint-Couat, Douzens, Fontiès-d’Aude. 

De Carcassonne, encore deux voies desservaient la vallée 
de l'Aude, l’une par la rive gauche: Villalbe, Preixan, Rouf- 
fiac, Cépie, la plaine de Flacian et Limoux ; l’autre par la 
rive droite : Cavanac, Verzeille, Saint-Hilaire, Gardie. Ces 
deux voies aboutissaient à Alet, Espéraza, Quillan, Belvia- 
nes et le pays de Sault, où nous la retrouvons d’un côté à 
Belcaire, de l’autre à Roquefort-de-Sault. 

À Taïllecbois, près de Limoux, la route de la rive gauche 
bifurquait par Lauraguel, Routier, la Courtète, et desser- 


—_ 900 — 


vait le Razès. A Chalabre, une voie secondaire mettait le 
pays de Chercorb en relations avec les plaines du Bas- 
Razès. à 

Venant de Carcassonne, trois voies se dirigeaient vers le 
Lauraguais et le Toulousain. Deux desservaient la vallée du 
Fresquel : l’une, rive gauche. par Pezens, Alzonne, Saint- 
Martin-la-Lande : l’autre, rive droite, par Sauzens, Villesè- 
que-Lande, Bram et Pexiora ; une troisième desservait 
Arzens, Montréal, Laforce, Villasavary, Laurabuc, Fendeille, | 
Mas-Saintes-Puelles, Saint-Michel-de-Lanès. - 

: À son tour, le Cabardès était desservi par deux routes: 
l'une par Conques, la Caunette, Vilkmière; l’autre par 
Saissac et Sorèze vers Castres. 

Plus pauvre en viabilité était le Termenès ; c'est à peine si 
l’on retrouve trace d’anciennes voies à Laroque-de-Fa, à 
Termes et à Davejean. 

Nous négligeons les tronçons de raccord : Bagnoles-Ville- 
gly, Villalier ; de Carcassonne à Ladern par Saint-Martin- 
de Villaudry ; de Maquens à Pennautier par Salvaza. - 

Evidemment nous ne prétendons pas donner à ces diver- 
ses voies la même antiquité, la même importance, le même 
genre de construction ; mais on voit là un réseau complet 
qui montre la multiplicité et la facilité des rapports entre 
les divers pays de l’Aude ou circonvoisins. On ne s’éton- 
nera point de ce résultat ni de ce programme de colonisa- 
tion, si l’on se rappelle les nombreuses villas romaines, 
centres d'agriculture ou de vie patricienne, que nous comp- 
tons dans l'Aude. 

Plus tard, les centres féodaux ou religieux (abbayes, mo- 
nastères) amenèrent la création de nouvelles routes. La 
stratégie n’ayant rien à faire ici, les chemins bravèrent les 
pentes, abrégeant les distances, évitant les cours d’eaux, 
recherchant les gués; routes étroites et muletières, car 
elles suffisaient bien au motif de leur création. Ces routes, 
on les trouve aujourd’hui partout, délaissées, coupées mé- 


— 90 — 


me à certains endroits, réduites parfois à servir de ruisseau 
pour l’écoulement des eaux. Citons au hasard : l’ancien che- 
min de Carcassonne à Lagrasse par Garcassonne-Cité, Saint- 
Foulc, Palaja ; l’ancien chemin de Leuc à Lagrasse par Sainte- 
Marie des Pins ; l'ancien chemin de Cavanac à Lagrasse, dit 
aujourd'hui de Saint-Martin : l’ancien chemin de Ladern à 
Carcassonne ; le chemin de la Montagne ou des Charbonniers, 
descendant de Caudebronde par la Farenque, la Jourdanne, 
Requieu, Villemoustaussou, Gougens et Carcassonne; le 
chemin du Saly, à Bizanet et à Ginestas ; le chemin du Sergent, 
dans le Lauraguais. Ce furent longtemps les chemins battus. 

C’est à cette période de la viabilité de l’Aude que se rat- 
tache la création des diverses leudes ou péages que l’on 
trouve : à Aiguesvives, Albières, Alet, Arzens, Azille, Bize, 
Bram, Capendu, Caunes, Carcassonne, Castelnau-d'Aude, 
Corbières, la Fajole, Fanjeaux, Gaja-la-Selve, Homps, La- 
grasse, Laredorte, Lapalme, Laure, Limoux, Mailhac, Mont- 
réal, Mouthoumet, Narbonne, Névian, Palairac, Pexiora, 
Peyriac-Minervois, Pouzols, Raissac-d’Aude, Roquefort-des- 
Corbières, Saint-Benoît, Saint-Denis, Saint-Julia-de-Bec, 
Trausse, Termes, Ventenac, Villanière, Villasavary, Ville- 
neuve-la-Comptal, Villegly.. 

Vinrent enfin les routes créées ou améliorées par les 
Etats de Languedoc ou les diocèses : belles et grandes voies 
que nos ingénieurs modernes ont conservées, à part quel- 
ques rectifications, et qui sont le plus beau lot de notre via- 
bilité moderne. Çà et là, sur les accotements, pour marquer 
les distances et les carrefours, on voit encore de solides bor- 
nes : ou, sur le voussoir central des ponts à arc surbaissé, Les 
armoiries du diocèse et de la Province : ce sont des souve- 
nirs du XVIIIe siècle. 

Mais les barrières intérieures ayant été abaissées, le com- 
merce va prendre une nouvelle extension ; à de nouveaux 
besoins, il faudra de nouveaux moyens de transport.Depuis un 
siècle, en effet, les voies de communication se sont multipliées 
au point que chaque village a aujourd’hui sa grand'route, 


— 202 — 


_ Grâce à ces efforts, le département de l’Aude est aujour- 
d'hui couvert d'un immense réseau. Cinq roules nationales 
le traversent en tout sens, sur une longueur de 367.029", 
exigeant une dépense de 376.000 francs. Le département et 
les communes entretiennent des chemins de grande commu- 
nicalion pour une longueur de 1.357.852" et une largeur 
moyenne de 11°. donhant une superfice de 14.936.000 mètres 
carrés ; enfin des chemins d'intérét commun, pour une lon- 
gueur de 1.532.370", unc largeur moyenne de 8"95, don- 
nent une superficie de 13.715.000 inètres carrés. L’entretien 
des chemins de grande communication exige une dépense 
de 631.396 francs; l'entretien des chemins d'intérêt com- 
mun, 494.852 francs ; soit, pour le département et les com- 
munes, une dépense lotale (ressources en argent el en na- 
ture), de 1.502.248 francs. 


Longueurs | Dépenses. 


Routes nationales ....... 367029 316.000! 
Chemins de grande communication. ..| 1.357x852 631.396! 
Chemins d'intérêt commun......... ..| 1.532:370 494.852! 

Total général.............| 3.257k251 | 1.502,248/ 


Après ces diverses routes, mentionnons les voies ferrées 
qui se sont multipliées dans l’espace d'un demi siècle. 


Ï. — CHEMINS DE FER (LONGUEUR DANS LE DÉPARTEMENT). 
1. 
Voie principale (Cette à Bordeaux) ............ 117.320 
Voies secondaires : de Castelnaudary à Castres 
(limite)......... TT CU 14.690 
Voie de Narbonne à Perpignan (limite).......:. 38.445 
— de Limoux à Pamiers (limite)............. 30.896 
— de Bram à Belvèze....................... _ 15.561 
— de Moulin-Neuf à Lavelanet (limite)....... 13.914 
— de Moux à Caunes. .............,....,... 27.771 
— de Narbonne à Bize...................... 20.960 
— de Carcassonne à Quillan................. 54.300 
— de Quillan à Rivesaltes ‘limite)........... 20.617 
Total........................| GS4k476 


— 903 — | | « 


a IT. — TRAMWAYS DÉPARTEMENTAUX. 


kil, 


Lézignan à Olonzae (limite) ................... 14.306 
Lézignan à la Nouvelle......................., 54.202 
Ripaud à-Tuchan............................. 24.872 
Carcassonne à Caunes..,............ ni pic 23.600 
Carrefour de Bezons à Lastours ............... 11.524 
Narbonne à Thézan........................... 26.745 
Ouveillan à Fleury ........................... 30.007 
Les Palais à Mouthoumet ..................... 29.750 
Castelnaudary à Belpech...................... 40.571 
Fabrezan à Saint-Pierre-des-Champs........... 14.552 
Prouille à Saint-Denis .............,... ou 35.916 

1OIAlS Sen aies 305K705 


Après cet exposé géographique et descriptif, il est facile de 
comprendre la valeur et l'importance du département de 
l’Aude. À vrai dire, il présente, grâce à sa position et à son 
climat, comme une carte réduite de la France * ses richesses 
nalurelles, ses productions industrielles et commerciales lui 
procurent de nombreux avantages, longtemps elles lui don- 
nèrent une prospérité digne d’envie : les monuments utiles 
qui couvrent et vivifient ceite contrée attestent l'initiative et 
la sagesse de ses habitants. Sua si bona norint...! le passé, 
même en ces matières, ne pourrait-il pas être un modèle el 
une leçon pour l'avenir | | 

A. SABARTHES, 


Correspondant du Ministère de l'Instruction Publique. 


NOTES COMPLÉMENTAIRES 


Pour servir à l'étude. des Mispickels du Cabardès {:) 


Par R. ESPARSEIL Firs 


Considérations sur l’âge des fractures de Mispickel 
Variation du gite en profondeur 


En 1903, apres avoir étudié sous ses différents aspects le gîte 
de mispickel qui a fait l'objet d'importants travaux dans le 
Cabardes ; après avoir décrit et discuté les travaux effectués à 
cette époque et le projet de ceux que l'on devait effectuer dans 
la suite, nous terminions notre étude en mentionnant, pour mé: 
moire, une galerie”appelée galerie Arton, qui avait été creusée 
dans la continuation du gîte de mispickel, dans le prolonge- 
ment de celui de Bordeneuve, mais sur la rive opposée de l'Or- 
viel. Le fait de signaler cette galerie dans le prolongement des 
travaux de Bordeneuve, impliquerait que le gite se poursuit 
vers le Nord, et que les prospecteurs avaient pensé à cette par- 
ticularité, puisqu'ils y avaient effectué certains travaux. En 
effet, le fameux banquier Arton avait eu l’idée de mettre en 
rapport ce gite et avait choisi précisément le niveau de la route 
du Mas-Cabardès à Carcassonne pour y faire déboucher une 
galerie d'écoulement, par où seraient roulés tous les minerais 
exploités dans le haut de la montagne. L'idée était excellente, 
mais il fallait compter sur l'abondance du minerai, ce qui 
nest précisément pas arrivé. Le filon, d'une épaisseur exploi- 
table à l’affleurement, est allé en se rétrécissant, sans toutefois 
disparaître, mais à l'avancement actuel, il est si mince qu'il 
aurait fallu, pour pousser les travaux, compter sans lui et avoir 
pour unique souci l'écoulement des minerais que l'on devait 
exploiter plus tard. Pour effectuer un pareil travail, il ne fal- 
lait pas songer faire de l'argent avec le mispickel abattu, mais 


(1) R. EsrarseiL.— Etude sur les nouvelles exploitations souterraines 
de quelques gisements du Cabardès (Bull. de la Soc. d'Et. scient. de 
l'Aude, 14° année. Tome XIV, 1903). 


— 205 — 


au contraire il fallait être décidé à en dépenser, quoi qu'il ar- 
rive, sans l'espoir d'une récupération immédiate, ce qui a été 
impossible au banquier en question, puisque c'est justement 
à ce moment-là qu'a éclaté comme un coup de foudre son fa- 
meux krack que tout le monde connait. Cette banqueroute expli- 
que l'abandon dé la galerie qui a été murée dans la suite. 


Nous avons eu l'occasion d'y entrer à l'époque : le. filon et le 
minerai Sy comportent comme les filons N.S. de la région 
étudiés en 1903 ; il est dans les micaschistes avec une épaisseur 
de 0m75, et forme deux lits de mispickel, dont la teneur 
moyenne en arsenic est de 42 °/,, sans argent. Cependant, 
l'épaisseur à l'avancement est bien moindre et presque inex- 
ploitable. Quoiqu'il en soit, il était intéressant de savoir si le 
gite se poursuivait vers le nord d'une façon exploitable, et si, 
dans le prolongement de la galerie Arton, il serait possible de 
trouver des affleurenments révélant l'existence du mispickel en 
profondeur ; on aurait eu alors un amont pendage extraordi- 
paire qui aurait pleinement justifié l'exécution de la galerie 
d'écoulement au bas de la montagne. En effet, si nous suivons 
la direction du filon Arton, vers le nord, nous arrivons au 
hameau de Cupserviés : c'est là que se trouve une série de 
filons parallèles, qui nous à été signalée et que nous nous 
sommes empressé d'aller étudier sur place. Le résultat de 
nos investigations minières à Cupserviès et à Labastide que 
nous nous proposons de consigner dans ce travail complètera, 
sur l’âge des fractures de mispickel du Cabardès et sur leurs 
variations en profondeur, le préambule nécessaire dont une 
partie a déjà paru (1). Il nous sera peut-être possible de dire un 
mot des travaux effectués dans les gîtes de Salsigne et de 
Villaniêre depuis notre précédente étude ; dans tous les cas, 


l'intérêt qui s’en dégagera ne sera que secondaire, si l'on. 


considère que ces travaux étaient déjà prévus et nont fait 
que corroborer nos déductions d'alors relativement à l'allure 
du filon. 


2 


(1) R. EsPARSEIL.— Loc. cit. 


— 906 — 

Gîte de Cupserviès (1). — Pour se rendre de Lastours, point 
terminus de la gare des tramways de l'Aude, à Cupserviès, il 
faut suivre la route départementale du Mas-Cabardès, pendant 
7 kil. environ, jusqu'à l'embranchement de la route de Roque- 
fère que l'on suit jusqu'au village pendant 1 kil. C’est à Roque- 
fere qu'aboutit le chemin sinueux de Cupserviès, qui s'accroche 
sur les flancs des soulèvements constitués par des schistes mé- 

_tamorphiques à séricite et à minéraux. Ces derniers passent 
insensiblement et très rapidement aux schistes micacés du type 
dit de Saint-Léon, jusqu'à Cupserviés, qui est à la limite des 
gneiss (cambrien métamorphisé) et des schistes micacés. Nous 
pensons qu'il est inutile d'insister davantage sur la géologie de 
la région, qui est très simple, comme on le voit du reste, nous 
risquerions de nous répéter, car elle a éte indiquée d’une façon 
plus complète dans notre première étude dont celle-ci est le 
complément (2). 

De Roquefère à Cupserviès il y a trois kil. environ, ce qui fe- 
rait 11 kil. de route descendante qu'il faudrait parcourir pour 
arriver au tramway. | | 

Le gîte qui nous occupe se trouve dans le hameau même, il 
se compose de plusieurs filons parallèles, dont les plus éloignés 

sont à 1502 es uns des autres. Le premier affleuremñent se 
trouve à côté du moulin ; sa direction est N-S heure 10. Il se 
compose d'une belle pyrite arsénicale, à grains très fins, dont 
le quartz prend la place quelquefois. Son épaisseur, à l’affleu: 
rement, nest que de Om10, mais nous savons par les résultats 
obtenus dans la concession de Salsigne, qu'en profondeur tous 
ces filons, si minces à la surface, sont parfaitement exploita- 
bles. Nous l'avons suivi sur le. flanc de la montagne pendant 
plus de 40®. 11 disparaît sous la route, au niveau de laquelle on 

a pris quelques échantillons qui ont donné une moyenne de 

25 °/o d'arsenic et 10 gr. d'or. 


(U) Nous avons appris, une fois cette étude écrite, que l’on venait 
d'entreprendre des travaux de recherches à Cupserviès ; ces derniers 
sont encore trop peu avancés pour qu'il soit possible de juger le gtte : 
l'avenir nous dira ce qu'il réserve. 

(2) R. EsPARSEIL. — Loc. cil. 


— 907 — 

Il se continue sous des prairies, vers le sud, où on le retrouve, 
il plonge presque verticalement à l’ouest, ce qui ferait croire, 
si on le compare aux autres, à un effet de torsion provenant, 
soit d’une dislocation partielle du filon ou des roches avoisi- 
nants, soit d'un mouvement quelconque de ces mêmes roches. 
Nous l'avons suivi vers le nord, sur une distance de 50, jus- 
qu’à sa disparition dans des prairies.Trois autres fractures rem- 
plies par du mispickel lui sont parallèles non loin de là ; la pre- 
mière, que pour plus de clarté nous appellerons le deuxième 
filon, a la même épaisseur que la précédente,et lui est identique 
comme formation. L'érosion, quelquefois, le laisse plaqué à la 
roche encaissante qui est le gneiss ; comme le précédent, il dis- 
paraît sous des prairies, mais se retrouve sur la route, et de 
l’autre côté du ravin. Comme l’autre, il plonge à l’ouest, de 15°. 
11 est de même très compacte, à grains très fins et oxydés sur 
la surface. Le troisiéme filon se retrouve presqu'au bout de la 
cascade, et se continue sur une grande longueur des deux côtés 
dn ravin: c'est celui qui nous a paru le moins oxydé; il se 
rapproche, comme aspect, de celui de Bordeneuve, de la con- 
cession de Villanière, à gros grains ; il pourrait être d'une ex- 
ploitation très rémunératrice dès l'attaque. Le quatrième est à 
50n sous le village, son épaisseur est de Om80, mais il est très 
oxydé à la surface et par là même très friable. Il constituerait, 
à lui seul, un filon pouvant parfaitement devenir très exploita- 
ble ; on le retrouve daus les schistes micacés en direction, mais 
nous n'avons pu vérifier s'il y a eu glissement au contact des 
gneiss avec ces derniers. Ces quatre filons sont séparés environ 
de 150n les uns des autres, sauf le deuxième et le troisième, qui 
ne le sont que de 60"; ils sont tous parallèles. 

Après ce petit aperçu général au sujet de ces quatre filons, 
jetons maintenant un coup d'œil sur le gîte lui-même et sur 
sa formation. Nous nous trouvons en présence de quatre fractu- 
res remplies par du mispickel; l'effort de fracture ne semble 
pas avoir eu des effets immédiats sur les roches avoisinantes, 
si ce n'est quelques dislocations partielles et peu importantes 
qui sembleraient des ramifications stériles des filons. Par 
contre, il n'en est pas de même pour la région affectée par les 
exploitations de Salsigne et de Villanière, surtout pour Villa- 


: — 908 — 

nière, où l'effort de dislocation a été tel qu'il a eu pour effet 
un bouleversement général des schistes lequel a créé des failles 
et des dislocations un peu en toussens, et dont certaines ont été 
rempliesenmêmetempsquelesfractures initiales ou consécutive 
ment ; par exemple le filon E.-W. de Narteau, qui est situé au 
contact des schistes et des calschistes (1). A Cupserviès, nous nous 
trouvons dans un milieu primitif ; or, l'effort, quoique d'une 
certaine intensité, a pu disloquer et séparer les roches excessi- 
vement dures de ce terrain d'une façon moins intense que dans 
les roches primaires qui sont toujours plus tendres. 


(1) Serait-ce à une de ces ramifications résultant d'un effet quelcon- 
que de dislocation ou plus simplement à une fracture parallèle qne 
l'on doit rapporter le filon de Villardonnel, qui est, en ce moment, 
l'objet de travaux très importants. Le peu de renseignements que nous 
avons actuellement sur ces travaux ne nous permettent pas de nous 
prononcer sur ce point. Nous espérons toutefois qu'il nous sera 
donné, dans la suite, l'occasion de l'étudier par nous-même. Dans 
tous les cas, d’après ce que nous en savons indirectement jusqu’à 
présent, il paraitrait que les travaux entrepris pour la reconnaissance 
du gite ont acquis, à ce jour, une certaine importance, puisque 
le minerai reconnu par les galeries de recherches est suffisant pour 
justifier la création d'une usine de traitement en construction aux 
abords de la mine. La direction générale du filon est N.-S, 40 heure 9, 
par conséquent parallèle aux fractures déjà décrites. Depuis la rédac- 
tion de ce travail, nous avons trouvé, au cours d'une prospection dans 
le pays, quelques nouveaux affleurements de mispickel qui, sans nul 
doute, font partie du grand système filonien de la région. Ces affleu- 
rements ressortent dans des ravins situés au nord des travaux de 
Villardonnel ; en seraient-ils le prolongement ? C'est ce qu'une obser- 
vation géodésique pourrait faire voir. Dans ce cas, le filon de Villar- 
donnel devrait être classé franchement dans la catégorie des filons 
parallèles, ce qui n’est pas encore démontré scientifiquement. Il peut 
ètre considéré comme ne sortant pas de la catégorie des filons étudiés 
déjà relativement à leur irrégularité, car la composition du filon est 
excessivement variable, comme du reste celle des filons de Salsigne et 
de Villanière. Nous citerons à Villardonnel une boule de mispickel, 
d'un poids de plusieurs kilogr., qui titrait, à la tonne de mispickel, 
1.800 grammes d'or, alors qu’à la suite de cette accumulation de 
richesse le filon reprenait presqu'aussitôt sa constitution normale. 


; — 999 — 


C'est pour la même raison'que le filon a une épaisseur plus 
grande dans les schistes du silurien inférieur que dans le 
gneiss. Puisque le même effort se fait sentir sur des roches d’i- 
négale résistance, il doit en résulter forcément une inégale 
épaisseur. Le passage des gneiss aux schistes micacés est pres- 
que insensiblé à Cupserviès:; il faut en chercher la raison dans 
le métamorphisme ; un seul filon, le quatrième, peut s'observer 
dans la zone de contact: il s’y caractérise par une oxydation 
ferrugineuse ; de plus, à cet endroit seulement, il semblerait 
qu'il y a eu une sorte d'imprégnation du magma éruptif dans 
les deux épontes. Est-ce que la cause de cette imprégnation se- 
rait due au métamorphisme ? et serions-nous en présence d'un 
gîte d'imprégnation et de contact ? Sur le premier point, ilsera 
très difficile de se prononcer. En effet, on sait que dans les 
gites d'imprégnation il peut parfaitement arriver que, pour une 
cause ou pour une autre, la matière, s'épanchant à droite ou à 
gauche, la gangue apparaisse seule dans la fracture; ici, nous 
sommes dans un milieu siliceux, donc la gangue doit forcément 
être quartzeuse, et par conséquent il faudrait rechercher dans 
le prolongement du filon si le remplissage n'est pas limité au 
quartz seulement. Cette observation nest pas possible, 
à cause de la profondeur du précipice. Toujours est-il que 
si dans la zone de contact il y a imprégnation, on ne peut 
pas dire que celle-ci est complète, parce qu'indépendamment du 
quartz, qui est la gangue rationnelle du gite, on peut observer 
une certaine quantité de sesquioxyde de fer arsénié, ce qui nous 
faisait dénommer ce point le chapeau de fer de ce filon. Evi- 
demment, ces particularités observées dans la zone de contact 
des deux roches ne peuvent être imputables qu'au métamor- 
phisme pour l'imprégnation et à l'oxydation par les eaux super- 
ficielles ou intérieures, chargées d'acides, pour le chapeau de 
fer. Serait-ce un gîte de contact ? Nous pensons que telle ne doit 
pas être l'opinion de l'observateur qui étudierait ce gite, parce- 
que le filon est absolument perpendiculaire au contact, et se 
prolonge dans les deux roches. Les trois autres affleurements 
sont situés dans les gneiss, on ne peut dire, par conséquent, 
s'ils se comportent comme le quatrième filon, étant donné que 
le point de contact est situé vraisemblement sous des prairies ; 


19 


— 210 — 


toutefois, il est plus facile de s'assurer de leur allure dans le 
prolongement. Ils se poursuivent dans les deux directions 
d’une façon très normale : parfois, l'oxydation a complètement 
enlevé le mispickel, laissant le quartz seul plaqué à la roche 
encaissante, mais on ne peut pas dire qu'il y a, à proprement 
parler, imprégnation ou substitution, du fait de rencontrer le 
quartz isolé, étant donné que si ce phénomène existait, on le 
constaterait dans la roche avoisinante, car cette dernière s'y se- 
rait prêtée, soit par sa porosité, soit par son affinité naturelle à 
l'oxydation ; or, il n en est pas ainsi. Dire que l'on ne remarque, 
le long des parois, aucune altération, serait peut-être aller un 
peu loin. On constate, au contraire, une certaine altération, mais 
celle-ci est sûrement due à des mouvements mécaniques qui ont 
produit la fracture, ou encore au contact de certaines solutions 
thermales métallisantes, accentuées par le circuit des eaux 
superficielles, Nous ne devons donc pas nous refuser à considé- 


rer comme vraie l'explication qui tendrait à prouver que l'ab- 


sence du mispickel, par parties, dans ces filons, est purement et 
simplement due à une érosion quelconque, à une sorte de dis- 
solution de la matière effectuée par l'eau chargée d'alcalis et de 
sels empruntés à d’autres roches ou encore par les acides des 
agents atmosphériques. Les affleurements des filons sont 
imparfaitement oxydés à la surface, de telle façon qu'au moin- 
dre coup de marteau le mispickel apparaît sans oxydation, 
avec un vif éclat métallique. Dans le quatrième filon, 
au contraire, nous avons affaire à un véritable chapeau 
ferrugineux et arsénical, dont la seule composition consisterait 
en arsenic, fer et métaux précieux. L'examen attentif 
de ce chapeau ferrugineux pourrait nous fournir certaines indi- 
cations intéressantes sur la constitution du gîte; c'est ce que 
nous allons tenter. 

On peut dire que presque toutes les concentrations 
métallifères ont pour origine. les fumerolles dégagées 
en profondeur par les roches éruptives et associées à 
de la vapeur d’eau, qui les entraine en dissolution, dès que 
cette dernière s’est condensée (1); finalement, ces fumerolles 


DELAUNAY. — Science géologique. 


#P 


— 211 — 


se reprécipitent par des réactions diverses qu'il est inutile d’é- 
numérer ici. Ceci posé, le chapeau de fer sera le résultat de 
l'oxydation des parties superficielles, oxydation produite soit 
par l'infiltration des eaux de surface, soit par la lutte 
entre les eaux superficielles descendantes et les eaux 
minérales ascendantes (1), soit encore par les agents atmosphé- 
riques. On conçoit donc que l'étude d’un chapeau de fer d'un 
gîte métallifère quelconque est d’une importance exception- 
‘nelle pour les conséquences à prévoir dans ce même gîte, c'est 
du reste ce que nous démontrions dans un travail précédent 
sur le Plomb dans la Montagne Noire, où les chapeaux des 
gîtes étaient surtout mis en évidence pour les conclusions qui 
en découlaient. Le chapèau de fer qui nous occupe est ici d'une 
très grande simplicité et renferme, comme: éléments prédomi- 
nants susceptibles de nous intéresser, du sesquioxyde de fer, 
de l’arsenic et des métaux précieux. Suivant le même procédé 
que dans l'étude à laquelle nous faisions allusion tout à l'heure, 
nous dirons qu étant donné le milieu inerte dans lequel nous 
nous trouvons, les réactions opérées sont les suivantes : d’abord 
l’altération à dù se porter sur le fer, qui s’est dissous en partie, 
puis reprécipité en sesquioxyde. L'analyse, comme à Salsigne 
et à Villanière, ne mentionne pas le cuivre dans le chapeau, ce 
n'est pas une raison pour que l'on ne le trouve pas en profon- 
deur,comme cela a eu lieu dans ces deux exploitations.En effet, si 
primitivement il y a eu du cuivre,l'altération s'est sûrement por- 
tée sur ce métal, qui a dû se dissoudre sans reparaître. comme 
le fer, sous une autre forme, de telle sorte que par l’étude-du 
chapeau il ne nous est pas possible de signaler le cuivre en pro- 
fondeur, malgré qu'il y soit, car il peut y paraître sous forme 
de minerai sulfo-arsénié d'abord, et de pyrite ensuite, comme 
cela a lieu à Salsigne et à Villanière. Quant à l'or, quoique pou- 
vani se trouver en liberté dans le chapeau, il peut apparaître 
en plus grande quantité en profondeur, où il sera associé à l’ar- 
senic, sous forme d'’arséniure. Pour l'argent, il peut exister 
dans le gîte, associé à l'arsenic, sous forme de sulfo-arséniure 
d'argent. En somme, les métaux précieux, dans ces sortes de | 


(1) DE LAPPARENT. — Eléments de géologie. 


— 99 — 


gites, se rencontrent le plu$ souvent associés au mispickel qui 
est l'élément prédominant. Donc, d'après ce qui précède, le 
mispickel restera, malgré son association possible avec d'autres 
sulfures, l'élément normal toujours en évidence; c'est du moins 
ce que nous pensons, et il serait bien extraordinaire qu'en pro: 
fondeur il en fut autrement, étant donné l'examen que nous ve- 
nons de faire du chapeau. | 


Considérations sur l’âge des venues métallifères 
des filons de mispickel de la région. | 


Un autre considération sur laquelle il sera bon de nous appe- 
santir, c'est celle relative à l'âge des fractures et à l’âge du rem 
plissage. Dans notre étude sur le mispickel, en 1903, nous avons 
réservé cette question parce que notre travail, n’embrassant 
qu'une partie du réseau filonien du Cabardès, nous autions dû 
forcément anticiper sur ce que faisons aujourd'hui, et par là 
même nous aurions eu un travail incomplet. Pour déterminer 
l’âge des fractures et du remplissage, nous devrons embrasser 
d’un coup d'œil la formation générale du pays, voir si vers le sud 
ou vers le nord ces fractures se prolongent à travers les mou- 
vements géologiques régionaux, et examiner les terrains atta- 
qués par ces dernières. Il est un fait certain que si nous avons, 
comme c'est ici le cas, des fractures traversant plusieurs terrains 
d'âges difiérents, l'âge réel de ces fractures sera le même que 
celui du terrain le plus jeune parmi les terrains traversés. Ceci 
posé, examinons notre Champ de fracture qui est immense, puis- 
qu'il sort, à notre avis, des limites de notre département. Nous 
avons dans le pays deux sortes de fractures, les unes N. S. et les 
autres seulement E. W.; celles-ci, sûrement, seraient le résultat 
du double plissement provenant d'une compression venue du 
Sud et dont l'effort à butté contre le massif cristallophyllien du 
Mas-Cabardès; elles auraient donc la même orientation que la 
montagne. C’est des premières que nous avons à nous occuper, 
puisque l'important gîte de mispickel que nous étudions est 
sensiblement N.S. Il est vrai, quelques filons croiseurs de mis- 
pickel E. W. sont exploités, mais ces filons orientés comme la 


— 213 — 


montagne, à proprement parler N. 50 E. (1), doivent être 
considérés comme des ramifications des fractures générales, 
comme des sortes de veines minérales découlant du nerf princi- 
pal, et ayant été remplies à l’époque de la formation N.S. Il se 
peut très bien que lors d’un remplissage des fractures dont 
nous cherchons l'âge actuellement, l'ascension du magma mi- 
néralisé se soit épanchée dans certaines fraétures déjà fermées, 
surtout si ces dernières n'étaient pas minéralisèes. Il se peut 
encore que lors de la dislocation qui a eu pour résultat la for- 
mation des fractures actuelles, il se soit produit un boulever- 
sement géologique qui aboutit aux quelques cassures E. W. 
dont le remplissage est de mispickel. Cette dernière hypothèse 
est peu probable pour la généralité des filons, et nous pensons 
qu'il conviendrait de considérer comme la bonne celle qui 
aboutit à regarder les cassures E. W. comme devant être con- 
temporaines du plissement général de la Montagne-Noire et 
leur remplissage comme un épanchement résultant de celui 
des filons N.S.Il en est de même pour les filons de con- 
tact, s'ils sont remplis par du mispickel, comme à Narteau. 
Donc, la question se trouvera simplifiée : étant donné que les 
cassures E. W. sont attribuées à l’époque du plissement général 
de la montagne, est-ce que les fractures N.-S. ne sont pas posté- 
rieures ? Pour cela, il est nécessaire de jeter un coup d œil sur 
la tectonique générale du pays. Evidemment, si nous partons 
du point le plus ancien, c'est-à-dire des gneiss de Cupserviès, et 
si nous passons en revue les différents terrains traversés, nous 
trouveronsles micaschistes quisontau contact des gneiss, ensuite 


(1) Ilest bon de faire remarquer que nous nous servirons commu- 
nément des expressions filons N.-$., filons E. W., alors qu'à propre- 
ment parler les filons N.-S. ont une direction N.-S. heure 10 à heure 11 
et les filons E. W. unc direction N.-30° à 80° E., ce qui établit une petite 
différence de 20° à 40° seulement ; il y a loin de cette différence à celle 
de 90° comme nos expressions communes le feraient croire. Cette re- 
marque a une grande importance pour l'orientation des fractures, car 
les redressements des plis vers le N. paraîtront alors plus rationnels, 
ainsi que l'âge des fractures que l'on devra attribuer au pli le plus 
voisin de méme direction. 


— 214 — 


les schistes siluriens etles calcaires géorgiens à travers lesquels 
sont les exploitations de Villanière, de Salsigne et de Villar- 
donnel, et toujours en descendant vers le Sud, nous arriverons 
au dévonien contre lequel viennent butter les terrains récents 
de Salsigne, sous lesquels disparaissent les fractures. Si donc 
nous arrêtons là nos investigations, en vertu du principe posé 
plus haut, nous dirons que ces fractures sont ou con- 
temporaines du dévonien, puisqu'elles traversent ce dernier, ou 
postérieures à ce terrain, mais sûrement antérieures aux ter- 
rains récents sous lesquels elles disparaissent. Nous sommes donc 
conduits à chercher sous ces terrains s'il n'y a pas un autre 
étage plus jeune que le dévonien qui serait affecté par ces frac- 
tures. De là à poursuivre notre observation au-delà des ter- 
rains récents, il n y a qu'un pas. Nous chercherons donc vers 
le Sud un point où dans la prolongation des filons N.-S émer- 
geront des roches anciennes. Nous arriverons dans les Hautes 
Corbières et plus loin au Canigou. Etudiant la tectonique des 
Corbières, après des auteurs autorisés comme MM. Bresson 
et Doncieux, nous verrons que la région des Corbières, 
depuis Arques et Alet, jusqu'à Tuchan, en passant par Mou- 
thoumet, est affectée d'un grand nombre de plis synclinaux et 
anticlinaux orientés E. W. avec une tendance à se redresser 
vers le Nord, comme ceux de la Montagne-Noire. Et c'est ainsi 
que le premier de ces auteurs dira « que les plis des terrains 
anciens des Corbières, dessinés déjà vers la fin du Carbonifère, 
ont épousé vers la fin de l'Eocène la direction des rides hercy- 
niennes de la Montagne-Noire, vers laquelle ils tendent tou- 
jours à se déverser ». Plus loin (1) on peut lire qu’il a eristé, sur 
l'emplacement actuel des Corbières, un dessin primitif lors des 
plissements hercyniens, dont les plissements ultérieurs ont 
épousé les lignes essentielles. Ces plis sont parsemés également 
d'un grand nombre de fractures qui sont, les unes contempo- 
raines de leurs formations, et orientées comme la montagne ; 
les autres N.-S., dans la direction et le prolongement de celles 
de la Montagne-Noire. Certaines de ces fractures sont remplies 
par du mispickel, les autres par de l'antimoine. Or, nous savons 


(1) Comptes-rendus'du Congrès des Sociétés savantes en 1901. 


— 215 — 


que l'antimoine et le mispickel ont certaines affinités commu- 
nes. En outre, ils font partie du même groupe que Delaunay 
appelle arsenic-antimoine-soufre-selenium-tellure et de plus 
s'isolent même de ce groupe par certaines aflinités que les au- 
tres membres n'ont pas. C'est ainsi qu'on trouve le mispickel et 
l'antimoine dans un grand nombre de gisements. Ils offrent des 
combinaisons particulières entr'eux et font partie dans ces gi- 
sements des mêmes remplissages complexes. Ainsi, le mispic- 
kel est un élément normal de certains groupes dans lesquels do- 
mine l'étain ; la stibine, qui est un sulfure d'antimoine comme 
le mispickel est un sulfure d'arsenic et de fer et alterne le 
plus souvent dans des filons complexes et s’isole pour former 
avec du quartz et du mispickel des filons tout-à-fait analogues 
a ceux d'étain (1), et comme ce dernier en relation intime 
avec des roches acides. Enfin, on retrouve également Île 
sulfure d'antimoine comme le mispickel associé à l'or dans le 
même gisement, où l'or est à rapprocher de l'étain. On voit 
donc que si nous trouvons dans les Corbières des fractures 
d'antimoine nous pouvons les considérer comme des prolonge- 
ments de celles remplies par du mispickel, étant donné que le 
mispickel a été aussi signalé dans la même région ainsi que dans 
le massif du Canigou, en direction vers le Sud (2). Le gite du 
Canigou se trouve N.-S. dans les environs d'Estoher, enclavé 
dans les micaschistes et dans le prolongement des filons d'an- 
timoine des Corbières ; de plus, le gîte du Canigou est un gîte 
excessivement complexe où l’antimoine et l’étain sont alliés au 


(1) DELAUNAY. — Loc. cit. 


(2) À ce sujet, nous ferons une remarque qui viendra à l'appui de 
notre thèse. C'est qu'indépendamment des filons N.-S. d'antimoine et 
de mispickel des Corbières, cette région est également parsemée de 
fractures remplies par du cuivre gris ; on sait que les cuivres gris 
peuvent former dans leur composition deux minerais différents, les 
uns à base d’antimoine (la Panabase (Ag. Cu) *Shb?2 S°), les autres 
à base d’arsenic(La Tennautite (Cu° Fe‘) AS’ S'), qui ont à peu près les 
mêmes formes et Ics mêmes couleurs. Or, il est à remarquer que dans 
la plupart des filons Nord-Sud des Corbières, ces deux variétés do- 

_minent, et surtout l'arséniure de cuivre, ce qui prouvera d'une façon 
évidente la présence de l’arsenic, et vient corroborer notre raison- 
nement d'une façon indiscutable au point de vue des relations mu- 
tuelles des différents gîtes dont il est parlé dans cette étude. 


— 216 — 


mispickel avec l'or, l'argent, le plomb et le cuivre ({). La région 
du Canigou est affectée comme la région des Corbières de cer- 
tains plis synclinaux et anticlinaux d'une direction E. W. Ces 
grands plis anticlinaux, dans lesquels se montrent de préféren- 
ce les roches anciennes, sont séparés par autant de plis syncli- 
naux dans lesquels affleurent des roches plus récentes. L'anti- 
clinal du Canigou est la ride la plus importante, et mérite à 
plus d’un titre d'être considéré comme l'axe véritable de la 
chaîne des Pyrénées. L'intensité du phénomène de plissement 
semble avoir acquis le maximum de sa puissance au point mé- 
me où il s'atténue très brusquement au-dessus de la plaine rous- 
sillonaise. Il résulte de cet abaissement rapide de l'anticlinal 
cristallin du Canigou que les terrains primaires forment autour 


(1) Plusieurs autres fractures à remplissage de mispickel nousont été 
signalées avec une direction parallèle à celles d’Estoher dans les envi- 
rons de Balestany. De mème, un ingénieur très distingué étudie en 
ce moment un gite situé dans la même direction que celui d’Estoher, 
mais au Sud du massif du Canigou. Nos investigations pourront 
encore aller plus loin, si nous parlons d'un autre gite de mème 
direction, sur le versant Espagnol, dans les environs du Perthus. Le 
gite étudié par M. Lemaitre, situé à l'est du Pic de la Souque, dans le 
Canigou, au sud d'Estoher, est situé sur une bande N.-S., de 5 kil. de 
longueur, sur 2 de largeur. Les filons se trouvent dans les schistes 
satinés ; 2 seulement sont dans les gneiss. Leur orientation générale 
est E. W., mais quelques-uns sont N.-S. Ces derniers surtout sont in 
téressants pour nous parce que ce détail indiquerait que dans cette 
région les phénomènes géologiques du Cabardès se sont reproduits. 
Mais cela nous entrainerait trop loin si nous voulions nous y appesan- 
tir. Toutefois, qu'il nous suffise de savoir que le minerai est trés 
riche (27 °/,, 31 °°, 39 ° 0, 38 ‘/, d'arsenic), se grillant très facilement. 
Les teneurs en Au, en Ag et en Co sont insignifiantes. Au maximum 
4 gr. à la T. Ag. 120 gr. Ceci posé, on voit que les tilons N.-S. 
avec remplissage d'arsenic n'ont pas un champ de fracture limité à 
la région du Cabardès, mais qu'au contraire on rencontre vers le Sud, 
dans la même direction, ou dans une direction parallèle, non seule- 
ment les mêmes éléments, mais ces derniers avec les mèmes allures 
et les mêmes phénomènes, dans les mêmes terrains que dans la région 
qui nous occupe. Sans vouloir tirer toutefois une conclusion qui au 
premier abord est faite pour surprendre, il n’en est pas moins vrai 


— 217 — 


e 
de ce massif une véritable ceinture (1). C'est dans ces derniers 
que se trouvent les calcaires compactes qui constituent les cé- 
lèbres gisements de fer de la région ainsi que les schistes sati- 
nés qui sont parsemés des fractures que nous supposons pro- 
longer celles des Corbières. Il résulte donc que plus nous nous 
dirigeons vers le Sud, plus le mispickel se trouve associé dans 
le gîte avec une série de métaux, dont il semblerait l'élément 
minéralisateur avec l’antimoine. Dans la Montagne-Noire, il est 
l'élément prédominant, et se trouve associé aux métaux pré- 
cieux ; dans les Corbières, le mispickel commence à être asso- 
cié à l'’antimoine, au cuivre. et souvent même leur cède la place; 
enfin, par une communauté de propriétés chimiques, dans le 
Roussillon, le mispickel et l'antimoine se trouvent associés à 
l'étain qui, lui aussi, pour la même raison, a pu très bien être 
entrainé vers la surface avec le plomb et les métaux précieux. 
Le cuivre, comme nous l'avons fait observer plus haut, ne se 


trouve dans les affleurements que par partie, et à condition que 


qu'un observateur attentif est obligé, devant tant d'évidence. de 
tenir compte des relations si étroites qu'ont les filons entr'eux, 
malgré l'optimisme qui semble se dégager d'un semblable point de 
vue. Nous admettrions, à la rigueur, la thèse contraire, mais il n’en est 
pas moins vrai que les faits eux-mèmes prouvent d'une façon presque 
indiscutable ce que nous essayons de démontrer dans cette étude qui 
permet de poser, en la discutant toutefois, l'idée qu'il y a sûrement 
parmi toutes ces fractures N.-S. à remplissage arsénical une relation 
que les esprits les plus rebelles à cette manière de voir sont obligés 
d'admettre en principe et avant toute discussion. Il est fort regretta- 
ble que nous n'ayons pas pu étendre notre champ d'investigations 
vers le Nord, comme nous l'avons fait vers le Sud, car en somme, | 
nous avons pu étudier sur cinq points les mêmes phénomènes qui 
se reproduisent dans une même direction. dans des terrains identi- 
ques, quoique dans des régions diverses, tout en étant dans le 
prolongement les unes des autres. Si nous ne craignions pas 
d'allonger malencontreusement cette étude, nous nous étendrions un 
peu plus sur les gites d'Estoher et du Perthus, et nous démon- 
_trerions encore d'une façon péremptoire l'intime relation de ces der- 
niers gites avec ceux du Cabardès, des Corbières et du Sud du 
Canigou. | 
(1) Ch. DEPÉRET. — Aperçu sommaire sur La yéologie du Canigou, 


— 218 — 


ceux-ci ne soient pas oxydés et transformés en véritables cha- 
peaux de fer. Une explication, ici, nous semble nécessaire 
pour répondre à une objection n'ayant qu'un rapport indirect 
avec le sujet de ce travail, mais qui se présente tout naturelle- 
ment à l'esprit. Dans les Corbières, l'antimoine semble dispa- 
raître pour laisser la fracture stérile. De ce que la fracture est 
stérile sur certains points, il ne s'ensuit pas que nous devions 
nous refuser à la considérer comme la prolongation des 
fractures qui nous intéressent. En effet, le point de fusion 
de la stibine est très faible, il ne faut pas s'étonner que, par 
suite de la chaleur excessive provoquée par le métamor- 
phisme, l’antimoine se soit dissous. Il se peut donc que la frac- 
ture ayant été au début régulièrement remplie, le métamor- 
phisme arrivant ultérieurement et mettant en fusion le magma 
déjà solidifié, ce dernier se soit enfoncé dans les profondeurs, où 
sûrement on le trouverait en combinant un sondage qui recou- 
perait le filon. Nous croyons donc : qu'étant donné trois points 
constitués par des roches de même nature, émergeant au milieu 
des terrains récents, et dans lesquels on trouve en direction ou 
dans une direction parallèle les mêmes fractures remplies par 
des éléments de la même famille, il y a beaucoup de chance 
pour que ces fractures soient de même origine. On va même 
plus loin, et les auteurs ‘les plus autorisés attribuent le même 
âge aux fractures de même direction, bien que de remplis- 
sages différents, dans une même région. Par extension, nous 
pourrions ramener les fractures N.-S du pays, sous le coup 
de la même loi. Ce sera l'objet d'un autre travail ; pour le 
moment, contentons-nous de déterminer l’âge probable des 
fractures de mispickel. | 

On à vu que parmi ces trois régions, qui sont pourtant assez 
distantes les unes des autres, il a existé un mouvement géologi- 
que commun qui a eu les mêmes résultats. En effet, nous venons 
de faire remarquer que daus la Montagne Noire comme dans les 
Hautes Corbièreset dansles montagnes du Roussillon, il y a eu un 
même effort qui a plissé et orienté les soulèvements de la même 
facon, 1l ne faut donc pas trouver étrange que ce mouvement 
se soit adressé aux fractures E.-W. qui se seraient déterminées à 
ce moment pour ces trois régions. Du reste,au sujet de cette loi 


— 919 — 


des plissements, nous lisons dans un compte-rendu du Congrès 
des sociétés savantes en 1901 : Que vers la fin du carbonifère il a 
existé, de la Montagne-Noire à la chaîne catalane, une zone faible 
de l'écorce qui s’est ridée sous l'influence d'efforts partis du Sud ou 
du S.-E. créant des accidents elliptiques (Canigou, massif de Mou- 
thoumet, etc.), tendant à se relever vers le Nord et vers le Plateau 
central de la France. Plus loin, on lit encore : Une couverture dis- 
cordante de formations secondaires et tertiaires s'est déposée ensuite 
sur celte zone plissée que les érosions avaient déjà sans doute partiel- 
lement et irrégulièrement abrasée et dont les portions centrales étaient 
seules émergées. Le dessin d'ensemble étant établi, les plissements 
pyrénéens ont achevé l'œuvre commencée sur l'emplacement des rides 
et des fractures préexistantes. Après une affirmation aussi auto- 
risée, il nous restera à dire que si ces plissements ne sont pas 
antérieurs à la fin du carbonifère, les fractures E.-W. observées 
sont sûrement contemporaines de cette période, mais alors celles 
N.-S. seront postérieures à cette dernière. Or, comme nous 
venons de voir que ce qui forme aujourd'hui le détroit de Carcas- 
sonne n'a pu être pénétré par la mer secondaire et qu'au contraire 
le tertiaire s’y trouve indistinctement avec le secondaire, il y a eu 
sûrement arrêt dans l'échelle géologique, ce qui nous amènera 
à dire que le secondaire n'ayant pu pénétrer successivement 
pour couvrir le primaire d'une façon rationnelle et les fis- 
sures en question n'existant pas dans le secondaire, nous 
devons considérer l’âge des fractures N.-S. de la région comme 
contemporaines de la fin du carbonifère ou du commencement 
du permien, alors que celles dont la direction est orientée 
comme la montagne seraient du carbonifère supérieur, date des 
plissements eñ question. On voit donc que si les premières sont 
plus jeunes que les secondes, celles-ci ne sont guère plus 
anciennes, l'intervalle qui a séparé leur formation peut être 
considéré comme relativement très court. Du reste, étant donné 
que l'effort de plissement a une tendance à redresser les plis 
vers le Nord, que même certains plis sont orientés de cette façon, 
il faudra nous demander si ces derniers sont contemporains 
des premiers, car alors, comme il est de règle de rapporter 
l'âge des fractures à celui des plis les plus voisins. de même 
direction, il faudrait considérer les fractures N.-S. comme étant 


— 990 — 


du même âge que ces plis : ce qui établirait par là même une 
donnée pour la différence d'âge des fractures de direction diffé- 
rente. Ce qui revient à dire que les fractures N.-S. tout en étant 
un peu plus jeunes que les fractures E.-W., devront être rappor- 
tées à l'âge du pli le plus voisin susceptible d’avoir influencé 
leur formation. Or, ce redressement de certains plis vers le 
Nord ne peut s'expliquer que par la poussée venant du S.-E. 
qui,elle-même,adù être influencée par la formation de la chaine 
-hercynienne. C'est donc à,.cette dernière qu'il faudra rapporter 
l'âge des différentes fractures et nous dirons que les fractures 
qui nous occupent ainsi que celles E.-W. devront être rappor- 
tées à la période que de Launay appelle la période hercynienne 
en attribuant toutefois une certaine ancienneté aux fractures 
E.-W. (1). Cette différence s'établira difficilement pour le filon 
de Narteau, car ce dernier est un gite au contact des schistes et 
des’ calschistes. Sa formation, dans une certaine mesure, 
pourrait se rattacher à celle N.-S. dont le remplissage doit 
sûrement être considéré comme étant de même date que ce 
dernier. Nous avons vu plus haut comment cette fracture se 
serait formée. Le filon de Labastide doit être considéré au 
contraire comme rentrant dans la catégorie des filons E.-W. 
orientés comme la montagne et non comme un gite de contact. 


Filon de Labastide. — Labastide se trouve à deux kilomètres 
de Roqueîère, sur le passage d'une belle route qui aboutit à 
Pradelles. Le filon dont il est question dans cette étude se 


(1) DE Lauxay groupe en quatre grandes phases les principales 
venues métallifères : 1° l'hase huronienne ; 2° Phase calédonienne ; 
3 Phase hercynienne ; 4° Phase alpine. Nous pensons que c'est dans la 
phase hereynienne qu'il faut placer les venues métallifères qui 
nous occupent dans cette étude. C'est à cette même période que 
de Launay attribue les filons d'antimoine du Plateau central. De Lap- 
parent comme de Launay serait assez enclin à rapporter l’âge des 
fractures à l'âge des plis Ics plus voisins. (Cette manière de voir n'est 
pas toujours partagée par certains auteurs et notamment par Kuss et 
Fèvre qui prétendent, dans leur Cours d'exploitation des mines, 
page 63, que lorsqu'il s'agit de filons métallifères et non de faille de 
plissement, c'est s’avancer beaucoup que soutenir cette théorie. 


— 99 — 


remarque à 150 mètres du village. Sa direction est la même 
que celle des autres fractures E.-W. Le terrain encaissant est 
le schiste à séricite et à minéraux. Sa tranche se compose d’un 
filon de mispickel oxydé et ferrugineux formant le nerf du 
filon entouré d'une salbande argileuse et ferrugineuse l'isolant 
de ses deux épontes. L'épaisseur de la fracture est de Om 10 à 
l'affleurement, mais il a été tâté par quelques coups de mine 
sur 5 à 6 mètres de profondeur et à cette distance il a de On 35 
à 0,40 d'épaisseur. Le minerai donne à l'analyse 2 gr. 6 d'or et 
52 gr. d'argent. Les terres ne contiennent pas d'or, mais 84 gr. 
d'argent. [l n'a pas été fait d'analyse d'arsenic parce que le mi- 
nerai sulfuré n'ayant pas été mis à jour, il est absolument 
impossible d'avoir une donnée exacte sur la teneur arsénicale. 
La minéralisation de ce gîte se rapproche de celle de Limousis 
étudiée dans un travail précédent. Nous n'avons donc pas à y 
revenir. D’autres affleurements se remarquent. encore dans le 
prolongement de ce gîte en direction vers l'Ouest. On nous a 
même affirmé qu'on le retrouvait de l'autre côté du soulève- 
ment de Labastide. Evidemment ce filon doit se rattacher aux 
précédents et, quoique le point de croisement ne soit pas 
encore bien déterminé, il est certain que l'âge de ce filon doit 
avoir une relation avec celui des N.-S. que nous avons étudiés. 
L'âge d’un filon se détermine par deux observations, d’abord la 
connaissance de l'époque à laquelle la fracture s’est produite,en 
second lieu celle de l'époque du remplissage. Nous sommes 
arrivés à établir la fin de la période carboniférienne 
comme devant être l'époque pendant laquelle se seraient pro- 
duites les fractures orientées comme la montagne et l'épo- 
que postérieure au carbonifère que nous ne pourrions pas 
nous refuser à considérer comme étant le permien pour les 
fractures N.-S. Resierait maintenant à connaître l'époque 
du remplissage de ces différentes fractures pour déter- 
miner exactement leur âge. Ces deux phénomènes sont 
bien distincts et s'il est arrivé dans certains filons que le 
remplissage ait suivi la formation de la fracture, il est arrivé 
dans d'autres que ce dernier l'a suivi de très loin. En général, 
on admet que le phénomène a suivi la formation de la fente, 
mais s’il y a un filon croiseur et que le point de croisement soit 


— 999 — 


de la même matière comme remplissage, c'est l'âge du croiseur 
qui détermine l'époque de la nouvelle venue (1). Or, à La- 
bastide et à Narteau le remplissage est de même nature que- 
dans le croîseur N.-S., ce sera donc l'âge de ce dernier qui 
devra être considéré comme le vrai. Le point de croisement 
n'est pas connu pour le filon de Labastide, on pourrait donc 
admettre que ce filon, dont nous ne connaissons en somme que 
le chapeau de fer très oxydé au point de vue arsenic, se trans- 
forme en profondeur. Cette hypothèse doit sûrement être écar- 
tée si on considère la prolongation du filon qui est bien à rem- 
plissage d'arséniosulfure de fer. Nous devons donc considérer 
Je point de croisement comme étant de même nature, et par 
là-même son âge devra être rapporté à celui du filon N.-<S. 
L'étude de notre champ de fracture devrait régulièrement 
s'étendre aux autres filons de la région. Ce travail serait trop 
vaste pour le moment et sortirait du cadre de cette étude. Cela 
fera l'objet d'un autre travail ultérieur. Pour le moment, bor- 
nant là nos observations de tectonique générale, nous repren- 
drons le fil de notre travail pour chercher, maintenant que les 
travaux de Salsigne et de Villanière sont suffisamment déve- 
loppés en profondeur, quelle est la véritable allure de ce gîte. 
Nous avons vu que les affleurements de mispickel se poursui- 
vent dans une même direction à travers plusieurs départements. 
Vers le Nord il apparaît dans les environs de Mazamet (Tarn), 
et dans la direction du Sud on l'a signalé dans les Corbières et 
dans le massif du Canigou (Pyr.-Orient.). Un aperçu superficiel, 
comme nous l'avons fait à diverses reprises pour Chacun des 
affleurements, ne suffit pas et nous pensons que la connaissance 
de ce gîte ne sera complète que si les travaux effectués en pro- 
fondeur dans les différentes exploitations permettent de se 
faire une idée exacte des variations du filon, de son allure, de 
la façon dont il se comporte. En un mot, il faut que l'exploitant 
comme le théoricien puissent être renseignés sur les moindres 
particularités de ce gîte en profondeur. Pour y arriver, ilnya 
qu'à suivre les travaux qui ont été faits sur le filon depuis le 
jour jusqu'à l'extrême limite des travaux actuels et noter au 


(4) DE LAPPARENT. — Eléments de géologie. 


_— 993 — 


fur et à mesure qu'on les a rencontrés les différents phénomè- 
nes qui se sont produits avec leur explication. On comprendra 
que forcément ce travail ne dira pas son dernier mot sur le 
gite et que les futurs travaux peuvent parfaitement nous réser- 
ver de nouvelles surprises scientifiques que nous allons essayer 
de prévoir en les expliquant. 


Travaux de Salsigne. — Dans l'exploitation de Salsigne les 
travaux, depuis 1903, ont porté principalement sur la reconnais- 
sance du gîte d'abord, ensuite sur l'exploitation de ce dernier 
sans abandonnerlestravaux derecherches. Pour cela lesefforts de 
l'exploitant se concentrent en premier lieu sur un point au nord 
du puits Bru (1). A cetendroit on a rencontréune ramification du 
filon principal qui se perd en direction à tous les étages mais 
qui, complètement décomposé aux étages supérieurs, se raffer- 
mit en profondeur pour passer de la. terre ferrugineuse, 
boueuse, remplie d'éclats de schiste stérile, parfois parsemée de 
taches de mispickel presque inaltéré, à la sidérose tachetée de 
_sulfure de cuivre, de fer et d'arsenic. Cette terre ferrugineuse 

a été exploitée fiévreusement en raison de sa forte teneur en 
métaux précieux. ” 

Au sud du puits Bru, les travaux d'exploitation ont porté 
dans le filon de mispickel non décomposé. D'abord presque pur, 
le mispickel, au sud de l'exploitation, se salit de sidérose au 
fur et à mesure que l’on descend ; ensuite tes pyrites de cuivre 
font leur apparition et bien après les pyrites de fer qui même 
quelquefois prennent la place du mispickel dans la fracture ; 
tout cela est intimement lié à une gangue quartzeuse qui vrai- 
semblablement leur a servi de véhicule. Au nord de l'exploita- 
tion les mêmes phénomènes se rencontrent au fur et à mesure 
que l'on descend, avec cette différence que la sidérose fait son 
apparition au premier niveau. La direction du filon est presque 
constante, seulement il semble exister dans les environs du 
puits Bru une sorte de rejet vers la gauche de la colonne non 
décomposée, alors que la colonne décomposée semblerait pro- 
longer le mispickel inaltéré au sud. Ce rejet est manifeste à 


(1) Figure 6 de l'Etude sur Le mispickel du Cabardès, en 1903, 


— 9% — 


tous les étages, à proprement parler on aurait affaire plutôt à 
un effet de torsion qu'à un rejet ; cet effet de torsion aurait eu 
pour résultat quelques cassures qui auraient affecté plusieurs 
directions à ce point là. Un travers banc de 72 m. au fond 
du puits pour recouper le filon n’a encore donné aucun résultat 
appréciable tandis que la descenderie que l’on effectue au sud 
de ce point dans le mispickel inaltéré n'a pas perdu le filon. 
La conclusion qui semblerait ressortir de ces travaux est 
que l'on aurait bien eu dans le voisinage du puits Bru une sorte 
de torsion (1) du filon qui a cassé les roches suivant certaines 
directions, affectant au véritable un écart vers la gauche tandis 
que les autres seraient décomposés (2). : 


(1) Ce qui nous ferait croire à un effet de torsion, ce serait le redres- 
sement du filon précisément à cet endroit. On conçoit que si, comme 
l'examen du plan nous le fait supposer, il y a eu réellement un mou- 
vement de terrain de ce genre, il y a eu forcément éclatement des 
roches encaissantes, ce qui a occasionné certaines fissures adjacentes 
dans lesquelles Rà solution thermale a dû brusquement s’épancher, 
provoquant sûrement une certaine décompression, phénomène à rete- 
. nir pour l'intelligence de ce qui suivra relativement à la variation de 
ce méme filon en profondeur. | 

(2) Il est inutile, pour le but que nous poursuivons, d'indiquer le 
détail des travaux effectués. Ces derniers se composent surtout de 
galeries de recherches à tous les niveaux, d'agrandissement de puits, 
pour faciliter la circulation des bennes actionnées par un moteur à 
gaz pauvre qui contribue aussi à l'épuisement de la mine qui est 
inondée surtout pendant l'hiver au 4°‘ niveau, en dépilages sans rem- 
blayage (on laisse simplement de forts piliers de minerai pour suppor- . 
ter la poussée de la voûte et on ne remblaye pas). Cette méthode a 
l'inconvénient de laisser sur place une certaine quantité de minerai 
utilisable ayant une valeur marchande. Reste à savoir si le prix 
de remblayage ne serait pas inférieur à la valeur du minerai resté en 
place. Il est probable que non, puisque l’on n'utilise pas ce mode 
d'exploitation. Voici comment l’on opère. Après avoir pratiqué les 
cheminées nécessaires pour mettre en communication les galeries de 
roulage, on enlève le minerai intermédiaire en commençant par le 
haut et en laissant les piliers nécessaires, le minerai arraché est jeté 
dans la cheminée jusqu’à la galerie de roulage. Cette méthode a un 
avantage appréciable sur celle qui consiste ordinairement à attaquer 
Je minerai par le bas en ce sens qu’il est plus facile à l’ouvrier de 


 — 228 — 

Travaux de Villanière. — A Villanière on a exploité active- 
ment les gîtes qui forment la prolongation de ceux de Salsigne. 
Les filons très décomposés à l’affleurement donnent à peu près 
les mêmes résultats qu'à Salsigne ; les gîtes qui sont les plus 
voisins de Salsigne voient la sidérose apparaître de bonne 
heure ainsi que les pyrites de cuivre et de fer. Un affleurement 
a été attaqué dans un flanc calcaire en face Ramelle ; ce filon 
très décomposé d'abord passe rapidement au mispickel inal- 
téré. Une analyse a donné 30 à 40 gram. d'or, 15 à 20 gram. 
d'argent, 2 à 8 °/ de cuivre. Il commence presque au niveau 
de la vallée avec 1 mètre 50 de puissance pour se terminer 
à l'avancement à 30 ou 40 centimètres ; c'est vraisemblablement 
un des points les plus bas. Le croiseur de Narteau (1) au contact 
des schistes et des calschistes s’est trouvé très vite épuisé on à 
essayé de le recouper dans le fond de la vallée, l'affleurement 
qui était superbe n'était presque pas décom posé. 

Entre deux couches de quartz aurifère à la surface, le mis- 
pickel se trouvait très pur et exempt de pyrite de fer et de 
quartz ; au fur et à mesure de l'avancement le quartz semble 
pénétrer dans la masse arsénicale, et il arrive un moment où 
les pyrites de fer faisant leur apparition le minerai forme un 
mélange quartzeux de mispickel, de pyrite de fer, sans sidérose 
et pyrite de cuivre, et c'est sous cette forme qu'on le rencontre 
ensuite (2). 


travailler et d’arracher le minerai qu'il a sous les pieds que celui qu'il 
a sur la tête qui offre moins de sécurité, le dégagement du chantier 
par les manœuvres étant effectué avec une certaine célérité. En 1905 
et en 1906 les travaux ont donné 3.000.000 kil. de minerai extrait et 
expédié en Angleterre, en Belgique et en Espagne avec une moyenne 
de 155 ouvriers. En 1907, la proportion de l'extraction est un peu 
supérieure. Depuis la rédaction de ce travail, le travers banc infé- 
rieur a été poussé jusqu’à la rencontre du minerai qui s’est remontré 
avec une certaine richesse à ce niveau. 

(1) Figure 5 de l'Etude sur le mispickel du Cabardès, en 1903. 

(2) Les travaux exécutés ont nécessité la création de plusieurs puits 
dont l'installation au jour offre assez d'intérêt, les autres modes 
d'exploitation sont les mêmes qu'à Salsigne, sauf en ce qui concerne 
les abattages. La production de 1905 est arrivée à 2.900.000 kilos de 
minerai à 810 d’arsenic à Ramelle : à 1.330.000 kilos au Roc Soufrat, et 
à 200.000 kilos dans le nouvel affleurement,. 


20 


_— 996 — 


Variation du gîte de mispickel en profondeur. 
Discussion des résultats scientifiques obtenus par les 
travaux. 


Une des questions les plus intéressantes pour le théori- 
cien et les plus importantes pour l'exploitant est celle de la 
variation du gite en profondeur. Elle répond à deux besoins : 
19 à ce qui intéresse le théoricien au point de vue de la connais- 
sance des lois qui régissent la concentration des métaux au sein 
de l'écorce terrestre ; 20 à ce qui intéresse l'exploitant au point 
de vue pratique, c'est-à-dire à la nécessité de savoir comment 
se comporte le gîte en profondeur pour le profit qu'il doit en 
retirer par son exploitation. 

Nous venons de suivre pas à pas quelques résultats 
obtenus par les travaux dont nous venons de parler, il est 
. évident que malgré les phénomènes qui nous ont été révélés. 
par ces derniers, ces résultats sont trop peu importants si 
on les compare à la profondeur initiale de la fracture ; nous 
n'aurons donc, malgré tout, qu'une certaine approxima- 
tion parce qu'il faut non seulement tenir compte des plusieurs 
kilomètres de profondeur mais surtout de ceux que l'érosion a 
pu nous enlever. Il est évident que sur le terrain qui nous 
occupe, les calcaires ont existé sur une épaisseur considérable, 
si on considère la racine même des plis qui nous restent. 
M. Bergeron a pu reconstituer l'épaisseur de ces plis et 
nous devons compter sur une érosion considérable. Ceci posé, 
on comprendra que les variations de ce gîte peuvent être de 
deux sortes (1) : les unes résulteront des différentes conditions 
chimiques ou physiques auxquelles les eaux métallisantes ont 
pu être soumises dans leur circuit souterrain avant leur con- 
densation ; les autres, du produit d'altération, résultant de 


(1) Nous avons puisé les renseignements d'ordre général qui nous 
ont aidé à conclure sur les variations du gite de mispickel dans un 
mémoire de de Launay, « Les variations des filons métallifères », paru 
dans la Revue des Sciences pures et appliquées du 30 avril 1900, ainsi 
que dans «Contribution à l'étude des gîtes métallifères 5, du même 
auteur (Annales des Mines 1897). 


— 221 — 


certaines actions météoriques ou atmosphériques. Les affleure- 
ments se présentent de deux façons : d'abord sous la forme de 
quartz pleins de cavités attribuées à la disparition des sulfures 
defer, du cuivre ou du mispickel qui primitivement les comblait. 
L'arsenic en s'échappant est resté imprégné dans le quartz sans 
se dissoudre sous la forme d'arséniate de fer, leur donnant une 
couleur vert sale, le fer se reprécipitait après s'être dissous el 
apparaissait en sesquioxyde sous la forme d'une limonite 
boueuse adhérente aux cavités ; le cuivre n’a pas laissé de 
traces, son sulfure s’est dissous säns reparaître. 

En d'autres endroits l'affleurement n'est pas quartzeux, ce 
dernier apparaît sous la forme d'un véritable chapeau de 
fer et correspondrait à la colonne ferrugineuse exploitée. La 
même réaction s'est opérée, le fer s'est dissous puis reprécipité 
sous la forme de sesquioxyde tandis que l'arséniate de fer 
restait insoluble et donnait au tout un aspect vert et brun sales. 
Le cuivre fait ordinairement défaut dans les affleurements, 
quant aux métaux précieux qui ont provoqué l'exploitation de 
cette colonne ferrugineuse, ils semblent s'y être concentrés. 
L'or, quoique associé en profondeur aux arséniures, se trouve 
généralement mis en liberté dans la zone d'oxydation surtout 
dans les parties les plus basses de cette oxydation ; il semble 
qu'il y a eu, suivant l'expression d'un de nos savants auteurs, 
« nourrissement d'or », dont on ne retrouve jamais l'équivalent 
dans les filons inaltérés. Ici, quoique cette colonne décomposée 
pénètre à une certaine profondeur alors qu'au même niveau le 
sulfure inaltéré existe non loin de là, il est certain qu'elle 
peut être considérée comme une zone d'oxydation. Cette 
altération locale du filon ne peut être attribuée qu'à une 
différence de porosité des roches qui ont favorisé plus ou moins 
la circulation des agents oxydants. Toute fracture ouverte pour 
une cause ou pour une autre a eu une tendance à se remplir 
mécaniquement par des fragments de roches, par des éboulis de 
toutes sortes ou encore chimiquement par incrustation due à 
une circulation d’eau thermale quelconque. Il est évident qu'ici 
nous avons eu affaire à ces deux modes de remplissage. Les 
eaux oxydantes grâce à la porosité des roches venant soit de la 
surface, soit de la profondeur, si le mouvement qui a disloqué 


— 998 — 


les roches encaissantes à cet endroit a été postérieur à la for- 
mation de la fracture initiale, ce qui semblerait l'expression de 
la vérité si on considère les rejets vers la droite de la colonne 
inaltérée, les eaux oxydantes, dis-je, ont dissous certaines subs- 
tances qui ont disparu sans se reprécipiter, de là un vide qui 
forcément s'est comblé mécaniquement et qui explique cette 
terre rouge boueuse où l'on remarque une quantité d’ébou- 
lis de toutes sortes venant vraisemblablement de la dislocation 
des épontes. | 

Dès que le filon est attaqué, soit à Salsigne, soit à Villanière, 
le mispickel apparaît sans oxydation ; dans le croiseur de Nar- 
teau et au voisinage de la surface, il est pur; à Salsigne et dans 
les autres gîtes de Villanière prolongeant ceux de Salsigne, les 
pyrites de fer font leur apparition de bonne heure, ensuite les 
pyrites de cuivre, avec des fougères de cuivre natif dans les 
schistes et enfin la sidérose même dans les schistes. L'aspect du 
minerai est alors celui d'un mispickel à grain très fin, mélangé 
intimement à du quartz qui se reconnaît quelquefois très diffi- 
cilement, où la sidérose, tachetée de pyrite, de cuivre et de fer, 
apparaît intimement liée à ce mélange. » 

A l'aspect de ces transformations, il se présente au premier 
abord une anomalie qui semblerait contredire à toutes les théo- 
ries admises jusqu'à ce jour, c'est la présence de là sidérose 
dans un milieu schisteux. En général, le carbonate de fer se 
trouve comme gangue dans des calcaires et il est même arrivé 
que dans certains filons qui affectent aussi bien les schistes que 
les calcaires, la sidérose disparaît dès que l’on entre dans 
un milieu inerte comme les schistes. Nous allons essayer 
d'expliquer ce phénomène. Evidemment la sidérose peut pro- 
venir de plusieurs causes dont la première pourrait être cher- 
chée dans la présence des calcaires dans les environs calcaires 
qui, nous l'avons vu, ont primitivement recouvert les roches 
schisteuses qui nous intéressent. Nous avons dit qu'il est très 
difficile d'évaluer l'érosion, si on considère que les calcai: 
res n'existent dans le pays que par la racine même de 
leurs plissements ; il nous suffira donc d’avoir la certitude que 
les calcaires actuels, dont on n'a plus que les vestiges, recou- 
vraient primitivement les schistes de Salsigne et de Villanière 


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RS mn À —" : 


— 229 — 


et nous ne chercherons pas à évaluer l'importance de l'érosion 
actuelle qui doit être considérable, sûrement de plusieurs mil- 
liers de mètres. Dans ces conditions on concevra qu'il sera très 
difficile de dire ce qu'était primitivement le filon, ainsi que de 
constater des phénomènes qui ont dû être déterminés par une 
diminution de pression, comme nous le verrons plus loin,ou de 
température ou par une allure spéciale du filon-au voisinage de 
la superficie Nous ne pourrons donc expliquer la présence 
de la sidérose dans les schistes qu'en nous basant sur des rai- 
sonnements scientifiques et non sur des faits précis, car les con- 
ditions qui ont amené le dépôt des minerais dans les filons sont 
très mal connues. On comprendra qu'il ne soit pas possible 
d'établir une donnée exacte, car nous ignorons actuellement le 
fait le plus important du phénomène, la profondeur et la dis- 
tance du magma éruptif et par là même la température et la 
pression qui jouent toujours un rôle considérable. Nous allons 
voir pourtant que pour la présence de la sidérose dans les 
schistes, nous serons obligés de tenir compte de la pression. En 
effet, nous ne pouvons l'expliquer que de deux façons, ou par | 
l'influence probable du milieu calcaire disparu ou encore pré- 
sent, ou par un excès d'acide carbonique. L'excès d'acide 
carbonique peut aussi tenir à deux causes, à la carbona- 
tion de la chaux des mêmes calcaires ou au dégagement des 
roches éruptives. Je m'explique. Gauthier, d'après ses analyses 
des roches éruptives, a montré qu'en profondeur et sans carbo- 
nation superficielle de la chaux, les calcaires contenaient un 
résidu de carbone ; le métamorphisme ou la refusion profonde 
d’une roche ne peut manquer de produire des carbures qui se 
combinent avec l'hydrogène et de là résulte l'acide carbonique, 
dès que l'air peut intervenir. Considérons maintenant la colonne 
d’eau métallisante chargée d'acide carbonique empruntée aux 
aux roches éruptives dans son ascension à travers les schistes 
d'abord et les calcaires ensuite, c'est maintenant que la pres- 
sion va intervenir après la température comme nous venons de 
le voir. La pression au voisinage du contact des schistes et des 
calcaires sera égale au poids de la colonne d'eau depuis la sur- 
face jusqu'au point observé, mouvement ascensionnel déduit, 
Si nous acceptons la possibilité d'une croûte terrestre énorme 


enlevée par l'érosion, comme c'est indéniable, on comprendra 
que cette pression sera considérable. Grâce encore à l’inter- 
vention de certains gaz résultant des fumerolles des roches 
éruptives qui ne peuvent s'échapper assez rapidement dans 
la colonne à cause de la pression, cette pression sera assez 
forte pour amener à l'état liquide l'acide carbonique prove- 
nant soit des roches éruptives, soit de l'altération des calcaires 
au passage de la colonne métallisante. De là la formation de la 
sidérose et des quartz métalliques grâce aux carbonates alcalins. 
Même sans liquéfier l'acide carbonique, cetté pression a sûre- 
ment dù être assez forte pour le maintenir en excès dans l’eau 
et dissoudre un certain nombre de sels qui seront reprécipités 
par suite d'une décompression. Cette dernière peut résulter soit 
du voisinage de la surface et, dans le cas qui nous occupe, d'un 
accroissement momentané de la largeur de la fracture (1). L’est 
ce qui est arrivé dans le voisinage du puits Bru, les dislocations 
observées ainsi que l’échappement du magma dans divers sens 
en témoignent. La même charge étant répartie brusquement 
sur une section plus grande, oy une fuite se produisant aussi 
brusquement, comme dans ce cas là, la décompression existe 
réellement et le phénomène en question ne tarde pas à se pro- 
duire. On voit par là que sans nous baser sur des faits précis 
parce que les éléments nous sont mal connus, nous arrivons 
tout de même avec un certain raisonnement à attribuer à telle 
ou telle cause la formation de la sidérose. Nous avons même 
envisagé l'éventualité où le magma minéralisé serait passé au 
travers des calcaires, et nous l'avons fait avec juste raison, car 
nous avons dit plusieurs fois au cours de cette étude que les 
calcaires existaient encore par leurs racines au niveau des 
schistes et des exploitations actuelles. Si on ne veut pas admettre 
un mouvement du magma de hauten bas, il est certain qu'avant 
sa condensation ce dernier a circulé tout au moins dans 
le sens horizontal et de bas en haut; et si on admet la circu- 
lation dans le sens horizontal, à priori on admettra que les eaux 
métallisantes, avant de passer par les schistes, aient très bien pu 
passer par la racine des plis calcaires d'où elles ont charrié l'acide . 


(1) Voir note f, page 224. | 


— 231 — 


carbonique qui, ajouté à celui provenant des roches éruptives, 
a formé la sidérose ou le sulfure de fer s'il n'y a pas abondance 
de soufre. 

En somme, plus les travaux des deux exploitations avancent 
en profondeur et plus on a la certitude que le minerai n'offre 
qu'une complexité fort relative que nous laisserons aux mis- 
pickel des Corbières et du Canigou." A part l'anomalie de la 
sidérose dans les schistes, rien de ce qui n'est prévu scientifi- 
quement ne s’est produit. Le cuivre a disparu aux affleurements | 
et ne se reprécipite pas, en profondeur on le retrouve sous la 
forme de sulfure et de cuivre natif. Le cuivre natif se produit 
dans les remises en mouvement quand les sels cuivreux ren- 
contrent des matières réductrices. On le rencontre ordinaire- 
ment dans les fissures des roches encaissantes ; c'est, du reste, 
dans les schistes du mur qu'on en a remarqué à Salsigne. Il 
peut aussi être produit par une sorte de cémentation sous l’ac- 
tion de qnelques grains de fer oxydés ou encore par un phéno- 
mêne de métamorphisme sur les minerais préexistants et c'est 
encore ce qu'il y aurait de plus plausible dans le cas qui nous 
occupe. Il se peut que plus bas nous trouvions encore des 
cuivres gris si l'antimoine faisait son apparition, mais c'est peu 
probable. L'or reste toujours associé aux pyrites en profondeur, 
c'est ce qui est arrivé jusqu'à présent. Je ne parlerai pas du 
cas de Narteau où les quartz sont presque séparés par moments 
du nerf du filon et où l'or semble avoir été déplacé et concentré 
par les eaux métallisantes de manière à venir les nourrir spé- 
cialement. Ce cas, toutefois, n'est guère qu'un Cas particulier 
de surface, car nous avons vu que cette séparation spéciale du 
quartz d'avec le mispickel ne s'est pas prolongée et qu'au 
contraire le gite de Narteau est vite tombé dans la catégorie des 
autres gîtes de la région {avec la sidérose en moins, ce qui 
tient sans doute à son peu de complexité et par là-même à 
l'abondance du soufre), c'est-à-dire que le quartz ne fait quun 
avec le mispickel où l'or se trouve dissimulé, quelquefois même 
introuvable sur certains points et difficilement mis en évidence 
par des combinaisons qui ne sont pas faciles à traiter métallur- 
giquement. En somme, l'or est un des métaux sur lesquels 
l'altération superficielle a eu des effets les plus marqués, nous 


— 232 — 


l'avons vu dans la terre rouge décomposée; l'or habituellement 
associé au quartz se présente ici disséminé dans le mispickel, 
la pyrite de fer et la chalcopyrite à la surface. Ces sulfures ont 
subi des modifications que nous avons fait ressortir : ces diffé. 
rents métaux se sont déplacés et l'or qu'ils contenaient, en 
l'absence des quartz, s’est concentré . dans la zone d'oxydation. 
Cette concentration spéciale de l'or dans la partie décomposée 
ainsi que sa dissémination plus parfaite dans la plus grande 
“partie du filon jusqu'a devenir indéterminable sur certains 
points, sont des faits très généraux que l'on rencontre, d'après 
M. de Launay, très souvent dans la pratique. 

Pour conclure, reprenant ce que nous disions au début de ce 
chapitre, nous dirons, qu'en effet. les variations de ce gîte, 
dans la mesure où les travaux effectués nous ont permis de 
l’étudier, ont résulté de deux causes. Nous venons de voir que 
le magma éruptif, ou mieux les eaux thermales, ont été soumi- 
ses dans leurs circuits souterrains à diverses modifications, que 
nous nous sommes efforcés de mettre en relief. Nous avons 
essayé également d'établir une relation entre les filons du 
Cabardès et ceux des Corbiéres et du Canigou par un essai de 
tectonique générale. Ces différentes études nous ont permis de 
considérer ces gîtes sous un certain jour, ce qui peut avoir de 
l'utilité pour les exploitants ainsi que pour les théoriciens. Ces 
derniers peuvent avoir une certaine satisfaction à connaître 
l'allure de ce gîte qui, en réalité, offre des particularités 


% 


curieuses à certains points de vue. D'abord {la continuité 
indéniable de ces filons à travers une étendue de terrain très con- 
sidérable et leur relation avec certains plissements généraux 
comme les hercyniens ; ensuite les modifications dans la constitu- 
tion même du nerf principal et ses ramifications qui s'étendent à 
droite et à gauche d’une certaine façon grâce à un mouvement des 
roches encaissantes qni, en cédant ou en se fissurant, ont permis à 
la matiére métallisante de se condenser d’une manière spéciale, par 
suite d'une brusque décompression, puis leaésultat de cette conden- 
sation et la distribution des matières utiles irréqulièrement, ensuite 
un phénomène chimique qui, au premier abord, n'aurait aucune 
relation avec tout ce que l’on-a observé jusqu'à aujourd’hui, et 


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enfin l’irrégularité même du filon relativement à son épaisseur 


— 933 — 


comme à sa constitution. Tout cela a été mis au net dans ce mo- 
deste travail et par les matériaux que nous y avons réunis, 
grâce aussi au COnCOUTS d'auteurs célèbres dans la littérature 
scientifique nous espérons être arrivé à faire considérer avec 
juste raison le gîte de mispickel du Cabardès comme faisant 
partie du prolongement vers le Nord d'un certain nombre de frac- 
tures sensiblement N.-S. qui se seraient déterminées au commence. 
ment du Permien ou à la fin du Carbonifère, grâce à l'influence 
- des grandes rides hercyniennes. Ces fractures de mispickel se 
seraient remplies par suite de la circulation d’un magma éruptif à 
gangue quartzeuse dont la composition devient de plus en plus 
complexe au fur et à mesurs que l'on s’avance vers le Sud. Certaines 
irrégularités, reconnues partiellement dans leur constitution et 
leur composition, seraient dues à de simples remises en mouvement. 


R. ESPARSEIL fils. 


Le PONT NATUREL de SAINT-JEAN 


A AIJGUESVIVES (Aude) 


Par M. le Dr Ch. BOURREL 


Laissons à notre droite le village d'Aiguesvives surmonté de 
ses deux tours carrées, à notre gauche le groupe scolaire nou- 
vellement bâti, et engageons-nous vers le Nord, sur la route de 
Laure. Le chemin est plat, uni, horizontal, bordé par des saules 
séculaires creusés presque jusqu'à l'écorce. Jetons un regard 
sur Île fossé profond dans lequel coule très lentement une eau 
claire, fournie par le ruisseau des prés {lé rèc das prats) ; quel- 
ques traits rapides indiquent le passage d'Epinochettes peureu- 
ses; des Tritons tachetés ou d’un gris jaunâtre se trainent lente- 
ment sur la vase du fond ou bien, par ondulations brusques, 
passent d’un bord à l’autre; de nombreuses Limnéesrampent sur 
les plantes ou même, au grand étonnement du spectateur, se 
promènent tranquillement, flottant la coquille en dessous, le 
pied étalé à la surface de l’eau presque au contact de l'air; çà et 
là un gros Hydrophile paresseux va pâturer sur les herbes aqua- 
tiques et des Gyrins se livrent à une ronde effrénée. 

Encore quelques pas; dépassons le pont, artificiel celui-ci, 
qui franchit le lit presque toujours à sec du ruisseau de Saint- 
Jean et, laissant à notre droite la route de Laure, dirigeons- 
nous sur le château de Bonhomme par Îè chemin carrossable 
qui s'allonge devant nous. A notre gauche, la colline de la 
Leude, au pied de laquelle se voient encore les très anciennes 
marques du chemin de Rieux à Carcassonne, nous rappelle les 
péages d'autrefois, remplacés très avantégeusement dans les 
temps actuels par les octrois ou douanes (1). Nous arrivons à la 


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(1) Le voisinage de ce tènement de la Leude et d'un autre tènement 
dit de Bonpas me remet en mémoire un nom semblable signalé dans le 
Bulletin de la Commission archéologique de Narbonne, 2°” semestre 
1906 : 


« Jean Murtafe, poissonnier de Narbonne, quand il atterrissait près 
« de l'embouchure de l'Agly..... ; quand il arrivait dans les territoi- 
« res de Fitou et de Leucate, aux lieux dits de Bonpas et de Podium, 
« il payaït la dime..... » Appeler Bonpas un endroit où il faut vider 
l'escarcelle ! 


— 93# — 


Croix de Saint-Jean, but de processions à l'époque des Roga- 
tions. Le sol, tout autour, est presque uniquement constitué 
par des vestiges de civilisations disparues : débris de grandes 
jarres, pointes et anses ; tuiles et briques à rebords ; dalles de 
toutes grandeurs; fragments de vases en poterie rouge, quel- 
quefois d’un grain très fin, dont certains sont délicatement or- 
nés ; peu ont échappé à la destruction : on a pu cependant conser- 
ver certain vase en poterie brune, sans ornement aucun, et non 
pourvu d’anses, qui, à dire d'expert, paraît dater du XVesiècle. 
À part cet objet, rien n'est intact ; la défonceuse a violé d’an- 
ciens tombeaux à dalles et ramené à la surface des ossements 
_ humains en quantité, qu'elle a éparpillés aux talus des sillons ; 
peu à peu la végétation, la pluie, les agents atmosphériques 
émietteront ces restes et les rendront à la terre en débris im- 
palpables. 

Un important prieuré eut son siège en cet endroit même . 
mais depuis longtemps les murs en sont écroulés et son souvenir 
ne persiste que dans les vieux documents ; M. l'Abbé Uthéza, 
curé d Aiguesvives, en a exhumé l'histoire dans un travail fort 
intéressant (1). 

- Nous voici enfin rendus au but de notre excursion. 

Nos regards plongent dans un véritable petit cirque limité du 
côté du Nord par une ceinture de rochers; le grand axe de cet 
espace est dirigé sensiblement du Sud-Est au Nord-Ouest ; le 
sol, bien loin d’être horizontal comme celui d’une arène, va s'a- 
baissant depuis les points les plus éloignés de l'ovale jusqu'à 
son petit diamètre, représenté en l'espèce par un ruisseau pro- 
fond drainant cet enfoncement et, à l'extrémité Nord de cette 
tranchée, s'ouvre dans la muraille rocheuse le pont naturel de 
Saint-Jean. Certainement il y a de par le monde des phénomè- 
nes naturels du même ordre, plus imposants par le site ou par 
la grandeur ; mais comme, à ma Connaissance du moins, notre 
département ne me paraît pas favorisé à ce sujet, je crois inté- 
ressant de le signaler dans le Bulletin de notre Société. 

Les dimensions n'en sont pas négligeables cependant : l'épais- 


(1) Abbé Urnéza. — Monographie d'Aiguesvires. — Imp. Bonnafous- 
Thomas. 


— 936 — 


seur de la voûte, très irrégulière, varie entre 0,40 centimètres 
et 2 mètres ; la largeur du tablier est d'environ 3 mètres, ce qui 
constitue un chemin assez large ; la hauteur du pont, du bord 
supérieur du tablier jusqu'au fond du fossé, est d'environ 7 mè- 
tres ; quant à la largeur de l'entrée, prise du côte du Sud, à un 
mètre du sol, elle dépasse 12 mètres. | 

Fort curieuse du côté Sud, la vue de ce pont est peut-être en- 
core plus pittoresque pour l'œil de l'observateur quand il l'exa- 
mine du chemin de Laure à Aiguesvives, du côté Nord, par 
conséquent : ici, au lieu d'une voûte souvrant presque au ni- 
veau du sol, c’est, au contraire, près du faîte d'une bande ro- 
cheuse que se font passage les rayons lumineux ; cette différence 
d'aspect s'explique par la dénivellation brusque du terrain à 
partir du pont naturel, car de ce côté du ressaut mollassique 
-nous nous trouvons au niveau de l'un des anciens prolonge- 
ments de l’étang de Marseillette, les Estagnols. 

Comment s’est constitué ce tunnel? Y avait-il un bassin à 
travers les bords duquel l’eau s’est infiltrée, dissolvant et désa- 
grégeant les masses jaunâtres sur lesquelles repose la masse 
dure ; ou bien l’eau de pluje s'est-elle glissée à travers les fissu- 
res de la roche qui recouvrait primitivement ce site et sortant 
en dessous par suintement, a-t-elle parcelle à parcelle enlevé le 
terrain meuble d'abord, puis, par blocs de plus en plus gros, 
déblayé complètement cet espace ? Cette hypothèse est peut-être 
la vraie. Le travail de destruction se continue incessamment : 
dans le fossé qui passe sous le pont, gisent d'énormes masses 
rocheuses ; leur chute affaiblit d'autant l'épaisseur de la voûte 
qui finira par s'effondrer. 

Très intéressant par lui-même, splendide observatoire permet- 
tant à l'œil d'examiner tous les replis de terrain depuis la Mon- 
tagne-Noire jusqu'à l’Alaric, un pareil site ne pouvait manquer 
d'exciter la verve des conteurs durant les longues veillées d'hi- 
ver : « Tout le monde sait qu'à une époque le pays était dé- 
« cimé par les fièvres paludéennes. Les villages d’'alentour se 
« trouvaient chaque année plus ou moins atteints. À ce propos, 
« les malins racontent qu'après la disparition des moines du 
« prieuré, tous les ans, le 2% juin, vers minuit, des fées en 
« grand nombre se rendaient sur ce pont pour clôturer à leur 


PONT NATUREL DE SAINT-JEAN, PRÈS AIGUESVIVES (Face Nord) 


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— 937 — 


« manière la fête de Saint-Jean. Tandis que tout dormait aux 
« environs, ces fées, revêtues ce soir-là de leurs plus beaux 
« atours, se vovaient servir comme par enchantement le festin 
« Je plus somptueux qu'on puisse imaginer ; à la fin, ivres de 
« joie, elles ôtaient leurs riches parures et, tout autour d'un 
« grand feu, dont la flamme montait, montait jusqu'au ciel, 
« elles dansaient la farandole in albis. Puis, après de nouvelles 
«_ et copieuses libations, elles tiraient au sort pour désigner le 
« village qui aurait les fièvres l'année suivante. Maïs, soit pré- 
« férence, soit rancune à l'égard de tel ou tel village, certaines 
« fées en venaient parfois à se quereller, à se disputer furieu- 
« sement, à se prendre même aux cheveux!!! 

« Finalement, suivant que le sort en était jeté et proclamé, 
« Aiguesvives, Saint-Frichoux, Laure, Puichéric, Badens ou 
« Marseillette devenait, l'année d'après, victime des fièvres 
« pestilentielles (4) ». 

Pauvres fées ! Le défrichenrent de l'étang et l'assainissement 
de toute la région circonvoisine, conséquence heureuse de cette 
œuvre remarquable, leur ont causé un irréparable dommage, 
au grand dam des curieux qu'aurait singulièrement intéressés 
la scène du feu de la Saint-Jean. Pour comble de malheur, de 
par la science, la distribution des fièvres, fort rares d’ailleurs 
dans le pays, ne se fait plus que par le stylet des anophèles: les 
ailes de fine gaze de ces moustiques ne rappellent que de très 
loin les voiles vaporeux qui enveloppaient les légères appari- 
tions surnaturelles ; quelques gouttes de pétrole répandues à la 
surface des flaques d'eau staguante donneront le dernier coup 
aux fièvres intermittentes : maladie et légende auront vécu. 


Dr BOURREL. 


me qe meme ht mm mo mm tem RE 


(1) Abbé Uraéza. — Loc. cit. 


LES ALBÈRES 


Quoique n'appartenant pas au domaine immédiat des bota- 
pistes audois, les Albères, par leur silhouette si pittoresque, 
s'estompant dans un horizon brumeux, à l'extrémité occidentale 
du golfe de Lyon, sont bien faites pour exciter la curiosité et 
les recherches de la Société d'Etudes scientifiques. Le petit 
groupe des botanistes narbonnais (Delpont, Bru, Gautier) a 
voulu leur consacrer, dans le courant de c@t été, quelques jour- 
_ nées d’herborisations, heureux si les résultats pouvaient ins- 
pirer à la Société le désir d'aller y compléter cette rapide et 
partielle étude. : 

Partis à la première heure de Narbonne, nous traversons ra- 
pidement les plages maritimes qui nous séparent du Roussil- 
lon, saluant au passage Sainte-Lucie, Leucate avec leurs Statice, 
la Font-Estramer avec ses Phragmites gigantea et Alkana 
lutea, pour atteindre bientôt cette belle plaine, d'une étonnante 
fertilité, qui est formée par les estuaires de l'Agly, de la Tet, du 
Réart, de la Massane et du Tech, qui de Salces s'étend jusqu'au 
pied même des Albères. Cette région a un faciès plein d'intérêt 
avec ses beaux canaux d'irrigation, ses riches jardins fruitiers 
‘et maraîchers, ses prairies artificielles et naturelles, ses haïes 
formées d’Agave et d'Opuntia, d'Arundo Donax, de Paliurus, 
d’Atriplex Halimus, ses jardins abrités où croïssent en pleine 
terre les orangers, les citronniers, les Gleiddisstechia triacanthos, 
Nicotiana glauca, Eucalyptus, Solanum Bonariense, etc. Le long 
des cultures, des ruisseaux, croissent abondamment quelques 
plantes spéciales comme : Brassica fruticolosa, Hypecoum grandi- 
florum, Lamium fleruosum. On peut dire que l'an voit là un 
coin de la région de l'oranger. 

Les Albères Orientales, partant de la onde dépression du 
col du Perthus, ne sont qu'un prolongement de la chaîne des 
Pyrénées, allant plonger par un dernier rameau de 30 kilomè- 
tres dans les eaux chaudes de la Méditerranée. Leur sommet, 
déchiqueté et souvent couronné de tours de l'époque maures- 
que, atteint à plusieurs reprises des hauteurs de plus de mille 
mètres. C'est spécialement cette chaîne, limitant au Sud la 
plaine roussillonnaise,qui a reçu le nom de «Massif des Albères » ; 


étroite, quand elle se détache du col du Perthus, elle forme 
comme un large éventail vers la côte, qui s'étend sur 20 kilo- 
mètres entre Argélès-sur Mer et Rosas, en Espagne. 

Ce qui frappe d'abord dans ce massif, c'est la teinte foncée 
- de ses rochers dénudés depuis les temps historiques par des 
érosions qui ont laissé presque à nu les flancs de la montagne ; 
elle est formée de schistes noirs cristallins très anciens qui s'é- 
lèvent au-dessus des sédiments quaternaires de la plaine. La 
sombre végétation d'arbres et d'’arbustes à feuilles persistan- 
tes, qui couvre les pentes, s'harmonise bien avec la couleur de 
de ses rochers ; on se demande pourquoi cette dénomination 
« d’Albères » {/albus), qu'il serait bien plus juste d'appliquer 
aux calcaires blancs des Corbières qui limitent la plaine au 
Nord. 


Les Albères constituent une des régions les plus pittoresques 
à la fois et les plus riches des Pyrénées-Orientales ; cependant 
la variété de leur végétation est due à la situation géographique 
plutôt qu'à la variété du sol, comme nous venons de le dire. 
Leur latitude, la plus australe de la France, leurs coteaux, 
baignant leur pied dans les eaux surchaufiées de la Méditerra- 
née, en formant d'abord de nombreuses anses si bien abritées 
des vents froids, au fond desquelles se cachent Port Vendres, 
Collioure, Banyuls, Paulille et Cerbère, la proximité de l'Espa- 
gne et la facilité des migrations végétales qu'elle comporte, les 
cours d'eau et le principal d’entre eux, la Massane, s'enfonçant 
profondément dans la montagne, enfin l'altitude, qui atteint, 
au Puig-Naülous 1357 mètres, suffisent à expliquer cette ri- 
chesse. Aussi voit-on dans les jardins les plus abrités de nom- 
breux représentants d'une végétation intertropicale qui a été 
introduite, tels que divers Palmiers, Opuntia, Cactus, Aloës, 
Eucalyptus, Gomphocarpus, etc., mélangés aux Citronniers et 
aux Orangers, mürissant leurs fruits. Puis ce sont dans les ro- 
Chers maritimes et les bas coteaux de nombreuses colonies de 
plantes espagnoles, telles que : Cytisus capitatus et triflorus, 
Adenocarpus grandiflorus, Silene crassicaulis, Melandrium macro- 
carpum, Polycarpon peploides, Scolymus grandiflorus, Centaurea 
spina-badia, Teucrium fruticans, etc., un certain nombre de 
fougères rares: Grammitis leptophylla, Cheilanthes odora, Notho- 


— 940 — o 


clæna Maranthæ et vellea, etc. En s'élevant ensuite au flanc de la 
montagne surgit toute la végétation siliceuse méridionale, qui 
peu à peu, vers les sommets, cède la place aux représentants 
les plus rustiques de la Flore pyrénéenne, tels que le hêtre et le . 
bouleau, Quercus pedunculata, Ribes alpinum, Rubus idœus, Pedi- 
cularis comosa, Vaccinium Myrtillus, Allium ursinum, Mercurialis 
perennis, Anemone nemorosa, Leucanthemum palmatum, Veratrum 
album, Mœhringia muscosa, Galeopsis pyrenaica, Angelica silvestris, 
Siler trilobum, Asperula odôrata, Aconitum Anthora, Prenanthes 

purpurea, etc., et tant d'autres. | 

Mais ce qui donne son faciès propre à la végétation générale 
des Albères, ce qui lui imprime en même temps cette teinte 
sombre qui se marie si bien avec celle des rochers, c'est le 
grand nombre d'arbres et d'arbustes à feuillage persistant qui 
les couvrent ; citons les Quercus Ilex, coccifera et suber, l'Oli- 
vier, les J'uniperus, Arbutus, Ilex, Rhamnus, Phyllirea, Pistacia, 
Erica, Spartium, Cistus, Tamus, Ruscus, etc. qui forment les bois 
et les sous-bois. C'est presque l'Espagne siliceuse. 

On comprendra par ce rapide exposé tout l'intérêt qui s'atta- 
che à visiter avec quelque soin le massif des Albères, qui du 
reste a de tout temps attiré vers les localités, devenues classi- 
ques, de Collioure, Banyuls, Consolation, la Tour de la Massane 
et de Madeloc, Valbonne, tant de botanistes qui ont illustré la 
science. En donnant aujourd'hui le résultat de quelques-unes 
de nos courses, nous espérons faire partager à nos collègues de 
la Société d'Etudes le plaisir que nous avons nous-mêmes 
ressenti et surtout les engager à nous imiter. : | 

Pour aujourd'hui, nous allons limiter notre étude à Collioure, 
N.-D. de Consolation, la Tour Madeloc, Valbonne et la Tour de 
la Massane. | | | 

Une des stations les plus favorables pour aborder les Albères 
est celle de Collioure. Au sortir de la gare la route traverse une 
partie de la petite ville, et l'herborisation est fructueuse dès les 
premiers pas. Prenant à gauche, avant d'entrer dans la ville 
même, on voit se dérouler devant soi un vaste terrain, dominé 
au Sud et au Nord par d'anciens forts, qui va s’abaissant ensuite 
jusqu'à la mer. Ces terrains sont connus sous le nom de Pla de 
las Fourques, de la Moulade, et offrent une des plus riches her- 


# 


borisations connues ; je cite de mémoire : dès les premiers pas, 
en s’élevant vers les glacis des forts : Scolymus grandiflorus, 
seule localité française de cette curieuse chicoracée espagnole 
et algérienne. Elle est perdue au milieu de touftes de Sylibum 


Marianum, d'Onopordon Illyricum, Scolymus hispanicus. 


Puis en foule se présentent : . 


Kentrophyllum lanatum. 

Senecio viscosus. 

Lamarkia aurea. 

Serapia Lingua. 

Ononis reclinata. 

Dorynopsis Gerardi (rare légu- 
mineuse spéciale à cette région). 

Bellis sylvestris. 

Hetianthemum guttatum. 

Asphodelus microcarpus. 
Medicago Murex. 

| — minima. 


Stipa tortilis. 
Echium plantagineum. 
Paronychia argentea. 
Trifolium scabrum. 
_— Cherleri. 
Allium Chamæmoly. 
Plantago albicans. 
Linaria Pelisseriana. 
Erodium Chium. 
Bunias Erucago. 
Raphanus Landra. 
Brassica asperifolia. 


Hioseris radiata qui couvre les murs dans les fossés des forts. 
Sur les rochers maritimes, Armeria ruscinonensis, Polycarpon 
peploides, spéciale à cette région, Passerina hirsuta, Daucus mari- 


timus. 


Sur les coteaux : 


“ Helianthemum niloticum. 
Scleropoa loliacea. 
Sedum cæspitosum. 
Trichonema Columnæ. 
Scorpiurus subvillosa. 
Trifolium suffocatum. 
Azarum europæum. 


Anacyclus clavatus. 


Tillæa muscosa. 


Ulex parviflorus. 

Lotus edulis. 

Lithospermum apulum. 
Romulea ramiflora. 

Orchis tridentata V. acuminata. 


Dans les suintements d'un petit ruisseau se dirigeant vers la 
mer : l'Isoetes Duriœi très abondant. 

Nous revenons sur nos pas, et franchissant la voie sous le 
pont du chemin de fer, nous prenons le chemin qui, par les 
stations, nous conduira à la célèbre dévotion de Notre-Dame de 


21 


— 242 — . 


Consolation ; dans ce sentier, souvent bordé de vieux murs et 
de rochers, vous recueillerez entre autres : ; 


Orobanche hederæ. 
Andryala sinuata. 
Chrysanthemum segetum. 
Grammitis leptophvlla. Asplenium Adianthum-nigrum. 
Cheilanthes odora. — Trichomanes. 
Pteris aquilina. Ceterach officinarum. 
Rosa sempervirens. Umbilicus pendulinus. 
Convolvulus altheoïides. Azarum europæum. . 
Paronychia argentea. Rumex bucephalophorus. 
Spergularia Atteniensis. _ Polycarpon alsinæfolium. 
Cistus salvifolius. Fumaria speciosa. 

—  albidus. Silene italica. 

—  Monspeliensis. Trixago viscosa. 
Briza minor. Calycotome spinosa. 
Tolpis barbata V. dichroa Brachypodium ramosum. 


Phagnalon saxatile. 
Erodium Chium. 
Polypodium vulgare. 


Et encore un des fleurons de la flore des Alhères, le Centaurea 
cœrulescens. 
. A chaque pas de nouvelles surprises nous distraient et nous 
conduisent, sans trop de fatigue, à Notre-Dame de ('onsolation. 
Ses beaux ombrages, sa fraîche et abondante fontaine, nous 
font oublier l'ascension de la gorge schisteuse surchauffée de 
soleil. 

Tout autour de Notre-Dame, de ses vieilles murailles, dans 
les châtaigneraies des environs, sur les bords du ravin du 
Douy, nouvelles récoltes : 


Helychrysum serotinum. / 
Allium polyanthum. 
Aspidium Filix-fæmina. 
Helosciadium nodiflorum. 
Aceras anthropophora. 
Andropogon hispidus.. 


Jasione montana. 

Geum urbanum. 

Cracca minor V. eriocarpa. 
—  disperma. 

Paliurus australis. 

Equisetum ramosum. 


Lagurus ovatus. 
Gaudinia fragilis. 
Ægylops triuncialis. 
Milium paradoxum. 
Lathyrus Nissolia. 


Sisymbrium Altiaria. 
Lathyrus angulatus. 
Myosotis intermedia. 
Cyperus longus. 
Aquilegia vulgaris. 


Osmunda regalis. Filago germanica. 
Trifolium Bocconei. Trifolium nigrescens. 

— lævigatum. Geranium lucidum. 
Lychnis Flos-Cuculi. Malva moschata V. laciniata. 
Armeria bupleuroides. Festuca arundinacea. | 
Dianthus brachyanthus. Plantago Bellardi. 
Brunella pyrenaica. - Mœbringia pentandra. 
Crucianella angustifolia. Ranunculus albicans. 
Geranium purpureum. Veronica hederæfolia. 
Briza maxima Uropetalum serotinum. », 


Barbarea præcox V. longisiliqua. ‘ Lugula Forsteri, etc. 


Mais nous faisons surtout honneur aux Jsoetes Duriæi, dans 
les berges gazonnées des bords du Douy, aux Sarothamnus 
catalonicus, migration de la Flore espagnole et encore au Notho- 
clæna Maranthæ, très commun sur les anciens murs de soutè- 
nement des vignobles disparus. Signalons à cette occasion le 
Nothoclæna velleæ, fougère plus rare encore, découverte par notre 
maître, M. Flahault, dans une des gorges qui avoisinent la 
frontière. | | 

Notre ascension se continue en nous dirigeant par les pentes 
qui dominent Notre-Dame de Consolation vers le col de Mollo. 
Traversant d’abord des châtaigneraies, puis à travers les colli- 
nes incultes ou d'anciennes cultures, nous constatons la pré- 
sence de deux Hieracium peu connus: Hieracium scorpioideum 
A. T., du groupe des Cerinthoidea olivacea et Hier. anchusoides 
A.T. du groupe des Cymellina setigera. Cette dernière espèce, 

très rare en France, est nouvelle pour le département. Les 
 Hieracium prasiophæum, cyaneum var, subpræcox et quelques au- 
tres espèces ubiquistes les accompagnent. | 

Dans cette zone nous notons encore : 


Geum sylvaticum. Phelipæa Muteli. 

Epipactis microphylla. | Saxifraga granulata. 
Sarothamnus arboreus. Arabis verna. 

Euphorbia segetalis. ‘ Oxalis corniculata. 

Hypochæris maculata. Hypericum Androsæmum, etc. 


dont l’ensemble annonce déjà l'action de l’altitude sur la végé- 
tation. | 


— 24h — 


En outre, nous constatons la présence des : 


Piptatherum cœrulescens. Cirsium italicum. 

Campanula Erinus Cytisus triflorus. 

Linaria arvensis. Nardurus tenellus V. aristatus. 
Pistacia Terebinthus. Lycopus europæus. 

Crepis bulbosa. Lepidium campestre. 
‘ Potentilla hirta. Echium plantagineum. 


C'est, aussi la région du Silene crassicaulis Willk, nouvelle 
introduction de la Flore espagnole. 

Arrivés à la route stratégique et aux environs du col de 
Mollo, nous récoltons une magnifique plante qui spécialise la 
Flore des Albères : Euphorbia biumbellata. Dans les taillis voisins: 
Androsæmum officinale, Bupleurum junceum, Myrtus communis ; 
sur les rochers : Plantago subulata que l’on ne trouve guère que 
dans ce massif soit sur les rochers maritimes, soit sur les hau- 
teurs de la montagne. 

Le col de Mollo et la route stratégique sont dominés par les 
contreforts du Pic de Taiïllefer ; la route qui les longe nous con- 
duit jusqu'aux bâtiments du casernement (bonne fontaine), et 
enfin à l'altitude de 650% à la Tour de Madeloc. Dans ce trajet 
quelques pointes faites dans les flancs du Pic nous enrichissent 
encore ; ce sont : | 

Dianthus attenuatus, espèce bien roussillonnaise encore, ainsi 
que Sideritis rusciconensis. 


Silene saxifraga. Medicago suffruticosa. 
Thapsia villosa. Ornithopus ebracteatus. 
Galeopsis Ladanum V. latifolia. FϾniculum officinale. 
Cuscuta alba. Erysimum ruscinonense. 
Armeria bupleuroides. Festuca spadicea. 
Allium polyanthurn. Biscutella coronopifolia. 
Orchis picta. Trifolium lævigatum. 

—  morio. Allium fallax. 
Serapias Lingua. ‘Conopodium denudatum. 
Aceras densiflora. Asplenium Halleri. 


Centaurea cœrulescens. 


Dans les pentes rapides et herbeuses envahies par le Pteris 
aquilina croît le Peonia peregrina. 


— 245 — 


Nous voici arrivés au casernement: quelques pas encore et 
nous touchons à la Tour Madeloc. 


Signalons : 


Centaurea pectinata. Carduus nutans. 
Galium vernum. Campanula rotundifolia. 
Cerastium arvense. Scleranthus polycarpus. 
Senecio lividus. Antirrhinum Asarina. 


Meum athamanticum qui descend ici bien bas au-dessous de 
son habitat ordinaire, et une autre rareté de la Flore fran- 
çaise : {rmeria majellensis. | 

Quelques Hieracium peu connus : H. prærosum, colorhyzum 
et amplexicaule var. subtuberosum. 

Visiter la Tour de Madeloc et la Tour de la Massane dans une 
même journée serait peut-être s'imposer une trop grande fati- 
cue. Nous conseillerions plutôt d'aller coucher à Mas-Ram- 
beau ou à Valbonne, pour faire le lendemain l'ascension de la 
Massane. 


Aux environs de Mas-Rambeau, et en se dirigeant ensuite sur 
Valbonne, se présentent les : | 


Geranium lucidum. Pisum arvense. 

Sarothampus vulgaris. Aquilegia vulgaris V. ruscinonensis. 
Hypericum Androsæmum. Linaria italica. | 

Veronica Teucrium. | Malva moschata V. laciniata. 
Genista candicans. Echium plantagineum. 


Et l'élégant Lamium fleruosum, peu répandu autre part en 
France ; nous continuons à noter : 


Sedum Cepæa. Geum sylvaticum 

Acer pseudoplatanus. Cracca atropurpurea. 
Veronica oflicinalis Andropogon distachyon. 
Bupleurum junceum Euphorbia biumbellata. 

Rosa canina. Rubus discolor. 

Aristolochia rotunda. Viola sylvatica V. grandiflora. 
Orobanche minor. Ornithogalum tenuifolium. 


à Sideritis romana. 


Ed 


Et encore le rare Dorycnopsis Gerardi aux délicates fleurs 
bleues. 


Sur les bords du Ravanel, au-dessous et au-dessus de Mas 
Rambeau : Asplenium lanceolatum, Trifolium ligusticum, micran- 
thum et hirtum, Ornithopus ebracteatus, Linum gallicum, Uropeta- 
lum serotinum, Radiola linoides, qui échappe facilement aux 
yeux par sa gracilité. 


Dans les taillis, entre Mas Rambeau et Valbonne : (Graleopsis 
pyrenaica, Dianthus Armeria, Hypericum montanum et Androsæ- 
mum, Brachypodium silvaticum. 


Il faut rayonner autour de l’ancienne abbaye de Valbonne ; 
on peut y observer: Atriplex patula, Polygonum dumetorum, Odon 
tites serotina, Mercurialis perennis, Equisetum Telmateya, Phyllirea 
media, Quercus Ilex var. angustifolia, Draba muralis, Corylus, 
Carex præcox, etc. 


Au-dessous du ravin de la Fount dé l'Angé, cueillons: Epilo- 
bium lanceolatum, Leucanthemum palmatum var. ruscinonense, 
magnifique et rare composée, Epipactis latifolia, Lavatera olbia, 
Andryala ragusina. 


Nous dirigeant vers le Correc del Llam, nous pouvons rencon- 
trer : Viola alpestris, Astragalus glycyphyllos, Orchis latifolia. 


Vers la Fount das Arels : Cytisus triflorus, (renista candicans 
et pilosa, Carex Linkii, Fragaria collina, Doronicum Pardalian- 
ches, Montia rivularis, etc. 


À l’entour de la Fajouse : Alsine verna, Linaria striata et 
italica, Trifolium striatum, Medicago suffruticosa, Genista sagitta- 
lis, Sanicula europæa, Sedum anopetalum var. ochroleucum, etc. 


De Valbonne, des sentiers se dirigent sur la Massane. La flore 
y devient franchement montagnarde, avec: Verbascum Lychni- 
tis, Myosotis silvatica, Epilobium montanum, Cynoglossum Dios- 
coridis, Carduus vivariensis, Digitalis lutea, Epilobium virgatum, 
Anthyllis vulneraria, Brunella grandiflora, Helianthemum vulgare, 
Erysimum australe var. ruscinonense, Armeria bupleuroides, Tees- 
delia nudicaulis, Phyteuma orbiculare. 


Ce caractère se dessine de plus en plus dans l'ensemble de la 


\ — 9h77 — 


végétation, car nous notons en nous dirigeant vers le Roc del 
Roumagné et le Roc del Gorp : 


Chelidonium majus. Erysimum australe. 
Valeriana officinalis. Saponaria ocymoides. 
Doronicum Pardalianches. Cerastium arvense V. Soleirolii. 
Euphorbia amygdalina. Orchis mascula. 
Draba muralis. | Primula elatior. 
Stellaria holostea. Anthemis montana V. major. 
* Tamys communis Leucanthemum palmatum V. rus- 
Cerastium arvense. ‘  cinonense 
Malus acerba. Silene nutans. 
Cerasus avium. Genista pilosa. 
Lathyrus macrorhizus V. pyrenaicus. | Carduus nigrescens. 
Rosa Pouzini. Potentilla”argentea. 
— dumialis. Cota Triumfetti. : 


_ Près la Fount del Roumagné : Stellariu uliginosa, Silene diur. 
na, Vicia serratifolia, Specularia falcata. 

Nous approchons de la Tour de la Massane et du Puig Rou- 
doun ; en passant nous constatons : 


° 
Arabis perfoliata. Dianthus Armeria. 
Cota Triumfetti. Hypericum humifusum. 
Anthemis montana. Cirsium eriophorum 
Medicago turbinata. _—.  V. microcephalum. 
Malva Towrnefortiana. Trifolium micranthum. 
Rumex acetosa. : Asplenium Filix-fæmina. 
Dianthus brachyanthus. " hrysanthemum leucanthum 
Cerastium arvense. ne V. atratum. 
Sedum anopetalum. Dianthus subacaulis. 
Uarduus vivariensis. : Sedum birsutum. 
Silene saxifraga. Cirsium palustre. 


Çà et là quelques Hieracium peu connus ; entre Valbonne et 
la Tour de la Massane: Hier. præcor var. horripilum : aux envi- 
rons de la Tour et au col Baladon: lier. echinanthum, que 
Timbal-Lagrave, dans son herbier, donne à tort pour l'Urea- 
des Fries, Hier. præcox, confondu par le même auteur avec 
l'H. Retziü Griesb. H. rupicolum Fries. var. albereanum (albe- 


— %8 — 


reanum Timbal-L. in herb.) et le sonchoides AÀ.T. pris par Tim- 
bal pour le compactum Lapeyr. Maïs l'histoire des erreurs de ce 
spécialiste dans le genre Hieracium nous entraînerait trop 
loin. | 

Au col Baladon même, et sur quelques rares autres points 
croît dans les rochers l'Hieracium olivaceum Gren. et God. qui 
sert de type à toute une longue série de Cerinthoidea, groupe 
olivacea. | 

On peut redescendre à Collioure par le Mas Christine et ré-. 
colter encore quelques plantes non citées jusqu'ici : Dianthus 
monspessulanus, Circea lutetiana, Lathyrus angulatus, Ranuncu- 
lus parviflorus, Trifolium tomentosum, etc., etc. 

Nous avons résumé, dès le début de cette rapide étude, le 
caractère que donne”aux Albères cette riche végétation ; nous 
p'abuserons pas plus longtemps de la patience de nos lecteurs. 


DELPONT, BRU, G. GAUTIER. 


Narbonne, le 8 Décembre 1907. 


ETUDE GÉOLOGIQUE 


SUR LA 


FEUILLE de PERPIGNAN 


Par L. DONCIEUX 


Docteur ès-Sciences, Préparateur adjoint à la Faculté des Sciences de l'Université de Lyon 
Collaborateur adjoint 


J'ai consacré la campagne de 1906 à combler quelques lacu- 
nes laissées dans la région de Fitou et de Treilles et à tracer les 
contours de l'angle nord-ouest de la Feuille. Mes explorations 
m'ont permis de faire un certain nombre d'observations inté- 
ressantes et je complèterai dans cette note ce qui avait été dit 
touchant ces points dans une note précédente. 


I. Région de Fitou. — Le pli anticlinal de Fitou allongé de 
l'0.-S.0. à l'E.-N.E., profondément érodé au centre dans sa par- 
tie occidentale montre une succession complète depuis le Trias 
jusqu’à l'Aptien. Le Trias (Keuper) affleure largement sur le 
bord occidental et méridional de la dépression des Platrières, 
le gypse y est exploité soit à ciel ouvert, soit par des galeries 
allant le chercher en profondeur. Le Rhétien avec ses grès et 
ses cargneules est peu distinct du Trias et il passe aussi insen- 

-siblement à l'Hettangien dolomitique et en bancs minces à la 
base ; ce dernier se montre sur tout le pourtour de la cuvette 
des Platrières sauf sur le côté oriental où le Lias seul est visible. 
Les calcaires du Charmouthien sont beaucoup plus développés 
et forment une ceinture ininterrompue. 

Lês marnes du Charmouthien supérieur et du Toarcien dessi- 
nent une bande étroite à peu près continue au Nord, mais à 
l'état de lambeaux isolés et largement espacés à l'Ouest et au 
Sud, et sur ces deux côtés les calcaires et dolomies noires du 
Jurassique (Bajocien-Bathonien) sont presque partout en contact 
direct avec le Charmouthien inférieur. 

La bande de Jurassique est continue et se prolonge à l'Est 
jusque sur les bords de l'étang de Leucate. 

La brèche de base de l'Aptien est partout nettement visible ‘et 
permet de séparer facilement l’Aptien du Jurassique même là 
où ce dernier. n’est pas dolomitique. | 


— 950 — 


Le profond et étroit vallon du village de Fitou est creusé dans 
les calcaires du Lias moyen qui constituent une large bande 
allant des Platrières à l'étang de Leucate, flanquée de part et 
d'autre de Jurassique. La diorite affleure sur un kilomètre au 
Sud-Ouest de Fitou à partir des dernières maisons, elle est en 
contact purement mécanique soit avec l'Infra-Lias, soit avec le 
Lias qui ne montrent pas trace de métamorphisme, ainsi que 
l'avait déjà fait remarquer M. Viguier (1). , 

‘Au Nord de Fitou les schistes et quartzites ordoviciens for- 
ment une grande ellipse orientée S. O.-N. E., de 2 kil. de long 
sur plus de 500 m. de large. Ils sont en contact direct avec les 
dolomies jurassiques, sauf au Nord-Est et à l'Ouest où s'inter- 
calent de l'infra-Lias et du Lias. 


II. Région de Treilles. — Le brachyanticlinal de Treïlles un 
peu allongé comme le précédent de l'0.-S. 0. à l'E.-N. E. laisse 
afleurer au centre les schistes avec quartzites du Silurien infé- 
rieur. À l'Est et à l'Ouest de Treilles la tranchée de la route 
montre au-dessus des schistes une série de grès, cargneules, 
marnes vertes, calcaires dolomitiques minces et en bancs 
moyens représentant le Trias, le Rhétien et l'Hettangien. 

Le Charmouthien inférieur est à l'état de lambeaux isolés à 
l'Ouest, au Nord et à l'Est. 

Les marnes charmouthiennes et toarciennes se montrent pres- 
que sans interruption mais avec des étirements de temps à au- 
tre, sur les côtés Nord et Est ; là elles sont surmontées par le 
Jurassique (Calcaires et doldmies noires) largement développé 
et recouvert par les calcaires aptiens à Toucasia. | 

Sur les bords Ouest et Sud l’Aptien vient en contact direct 
avec l’Ordovicien ou le Trias, il y a suppression de tous les au- 
tres termes. Le Trias affleure dans le fond et sur le bord de toute 
la dépression qui s'étend de l'Ouest au Sud de Treilles. Il est 
accompagné d'importants pointements de roches éruptives 
(Porphyrites.) 


III. Région de Durbas, Saint-Jean-de-Barrou, Fraïssé-des- 
Corbières, Villesèque-des-Corbières. — La bande de terrains 


(1) Etudes géologiques sur le département de l’Aude, 1887, p. 237. 


— 28 — 


secondaires comprise entre le bord du massif ancien dessinant 
une ligne N.-S allant d'Embres à Durban et le bord du grand 
bouclier aptien de Montpezat Périllos est en entier constituée 
par le Trias, le Rhétien et l'Hettangien avec quelques lambeaux 
de calcaires du Lias moyen. Le Trias forme le fond de toutes 
les dépressions (plaines, vallons, ravins) et c'est lui qui domi- 
ne. Les pointements de porphyrites y sont très nombreux no- 
tamment à l'Est de Saint-Jean-de-Barrou. 

Les schistes noirs gothlandiens ne franchissent les rivières 
du Barrou et de la Berre pour passer sur leur rive droite qu'en 
trois points : au Nord de Saint-Jean-de-Barrou où ils se mon- 
trent sur 1.500 mèêtres surmontés par le Trias, au Sud-Est de la 
même localité où affleure un petit lambeau au milieu du Trias 
et au Nord-Est de Durban où ils poussent une longue pointe à 
l'Est au milieu de l'Infra-Lias. 


. IV. Région de Durban, Villeneuve-des-Corbières, Cascastel, 
Albas. — Les schistes subsatinés ou terreux de l'Ordovicien 
qui couvrent une immense surface entre le bord occidental de 
la feuille, Embres et Saint-Jean-de-Barrou, sont surmontés par 
les schistes noirs à cristaux de gypse et nodules calcaires sou- 
vent pyriteux et les calcschistes à Orthoceras bohemicum Barr. et 
Cardiola interrupta Brod. du Gothlandien. Ce dernier s'étend 
bien plus au Sud que ne l'ont indiqué MM. Viguier (l) et 
Roussel (2) sur leurs cartes et couvre une surface beaucoup 
plus vaste. Dans le voisinage de Durban, la bande a déjà plus 
de 1.500 mètres de large du Sud au Nord et au niveau de Ville- 
neuve elle a plus de 3 kilomètres et demi, car les schistes pénè- 
trent au Sud sur la route du col d'Extrême jusque bien au-delà 
des Courtals. Au nord elle est limitée par une ligne allant du 
grand coude de la Berre (à l'Ouest de Durban) au point où la 
route de Cascastel à Quintillan pénètre sur la feuille de Quillan, 
là la bande est réduite à 300 mètres de large. 

La bande de Dévonien qui s'étend au Nord du Gothlandien 


(1) Loc. cit. 
(2) Etude stratigraphique des Pyrénées or Sert, Carte géol., n° 35, 
t. V., 1893-94). 


# 


— 282 — 


présente assez exactement le trajet indiqué sur la carte de 
M. Viguier. Le Dévonien inférieur (dolomies avec cristaux de 
quartz) et moyen (calcaires gris, calcaires noirs veinés de 
blanc, calcaires gris blanc à grain fin, calcaires à Encrines, 
calcaires gris-rougeâtre amygdalins) domine à l'extrémité orien- 
tale, tandis que dans le centre et à l'Ouest (Nord de Cascas- 
tel, entre Cascastel et Albas), il n'y a plus que du Dévonien su 
périeur (griottes). Là le Dévonien supérieur forme des bandes 
orientées S. O.-N. E. ou O.-S. O.-E.-N. E. au milieu des lydien- 
nes, schistes et grès dinantiens. Les schistes dinantiens satinés, 
brillants, gris ardoise, verts ou rougeâtres qui affleurent dans 
le profond ravin descendant vers l'Ouest de la Pinède de Dur- 
ban (point 357) sont surmontés par les marnes bariolées à cris- 
taux de quartz et énormes masses de gypse du Keuper. 

A partir du Keuper qui se retrouve dans l'étroit ravin abou- 
tissant au grand coude de la Berre (à l'Ouest de Durban) on 
trouve sur l'espace de 2 kilomètres et demi qui sépare ce ravin 
du bord nord de la feuille toute la série des terrains jusqu'au 
Lutétien inclus. Les bandes sont orientées de l'O.-S. O. à l'E.-N. 
E. et les couches plongent régulièrement au N. ou au N.-N. O. 
Les calcaires dolomitiques de l'Hettangien et du Sinémurien 
redressés presque jusqu'à la verticale, puis les calcaires du Lias 
moyen en gros bancs forment un premier ressaut très abrupt 
et très élevé, puis vient un méplat de largeur très variable sou- 
vent presque masqué par les éboulis, correspondant aux mar . 
nes du Charmouthien et du Toarcien. Les extrémités Ouest et 
Est un peu dilatées de cette bande marneuse sont très fossilifè- 
res et renferment : Amaltheus spinatus Brug., Belemnites paxillo- 
sus Schlot., Pecten aequivalvis Sow., (iryphaea Maccullocchi Sow., 
Terebratula punctata Sow., T. subpunctata Dav., Waldheimia sub: 
numismalis Dav., Rhynchonella tetraedra Sow., etc., pour le 
Charmouthien, et: Hildoceras bifrons Brug., H. Levisoni Simp., 
Belemnites tripartitus Schlot., etc., pour le Toarcien. La bande 
s'étire et finit en pointe à l'Ouest au niveau de la limite des 
communes d'Albas et de Cascastel. 

Un nouveau ressaut est constitué par les calcaires en gros 
bancs gris clair, riches en rognons de silex, criblés par places 
de Orbitolina discoidea Gras et O0. conoidea Gras de l'Aptien. Il 


* 


— 953 — 


forme une ellipse qui va jusqu'à la route de Durban à Coustouge 
à l'Est, à l'Ouest il s’étire et va finir en pointe sur le bord Sud 
du profond ravin orienté E. N. E.-0. S. O, et dont les eaux de 
la moitié occidentale se jettent dans le ruisseau d'Albas un peu 
au Sud de ce village, et celles de la moitié orientale dans l'af- 
_ fluent de la Berre qui longe la route de Durban à Coustouge. 

Le centre de l'ellipse est occupé par des grès d'un brun rou- 
geätre, graveleux, caillouteux par places, à cailloux de quartz 
blanc abondants, donnant sous l'action des agents atmosphéri- 
ques des accumulations de blocs énormes d’un effet très pitto- 
resque grâce aux pins qui parsèment la surface gréseuse et la 
délimitent d'une façon parfaite : c'est la Pinède de Durban. Ces 
grès représentent l'ensemble de l'Emscherien et de l’Aturien 
car ils reposent d'une part sur des marnes argileuses grises ou 
noires, ligniteuses, identiques à celles du Cénomanien supé- 
rieur saumâtre de Fontfroide (feuille de Narbonne) et que je 
rapporte aussi à cet étage, et sont surmontés d'autre part par 
les grès et poudingues de la base du Danien. Les marnes sont 
visibles sous le point 357 et n'affleurent que très peu, elles vont, 
comme les grès, finir en pointe sur le bord Sud du ravin dont 
il a été question. 

Le ravin est d'un bout à l’autre sur une longueur de 4 kilo- 
mètres et demi creusé dans les marnolithes gréseux rouges, les 
grès rouges durs et fins, les poudingues versicolores à gros élé- 
ments unis par un ciment gréseux, de la base du Danien. Du 
côté Est cet ensemble repose normalement sur les grès aturiens, 
mais dans la moitié occidentale il est en contact direct avec le 
Lias moyen par suite de l'étirement et de la suppression de 
tous les termes intermédiaires contre une faille qui suit le bord 
Sud du ravin. C'est au niveau de la ligne de partage des eaux 
des deux ruisseaux du ravin que les bandes s'étirent et dispa- 
raissent le long de la cassure. Aux grès et poudingues succède 
une longue alternance de calcaires lacustres blanchâtres gru- 
meleux en bancs énormes formant de grosses barres saillantes 
et de marnolithes rougeâtres, ce sont les marnes et calcaires du 
Rognacien qui constituent la longue arête rectiligne allant 
d’Albas à la route de Durban à Coustouge (points 329 et 341). 

Les bancs calcaires très épais dans la partie moyenne s'atté- 


— 984 — 


nuent vers le sommet et passent insensiblement à des marnes 
grumeleuses rougeâtres ou panachées de blanc, à des marnoli- 
thes panachés avec intercalations de grès jaunes. Cet ensemble 
marno-gréseuüx représente le Vitrollien ou Montien; la vallée 
d'Albas est ouverte dans ces couches. 

Au dessus viennent des calcaires lacustres gris en plaquettes 
ou en bancs minces avec traces ligniteuses, alternant avec des 
grès et des Marnes gréseuses et qui d'après leur position corres- 
pondent au Thanétien et au Sparnacien. [ls sont recouverts par 
des couches marines débutant par des calcaires à Miliolites et 
Alvéolines et continuant par une alternance de calcaires mar- 
neux gris ou jaunâtres, de grès jaunes et de marnes grises avec 
Miliolites, pinces de Crustacés, débris de fosiles et Natices indé- 
terminables. Le moulin en ruines qui se voit sur la colline au 
N. O. d’Albas est construit sur les grès jaunes en gros bancs du 
sommet de la formation que je rapporte au Londinien, car au- 
dessus commencent les marnes grises et les calcaires marneux 
‘lu Lutétien inférieur à faune de Coustouge (marnes à Turritel- 
les): Turritella ataciana d'Orb., T. Figolina Carez, Nummulites 
atacicus Leym., Assilina granulosa d'Arch., À. Leymeriei d'Arch., 
Operculina granulosa Leym., O0. ammonea Leym., Polypiers, etc. 
Le Lutétien comme le Londinien ne pénètre que très peu sur 
la feuille de Perpignan où il se montre seulement à | PR NeUINE 
de l'angle Nord-Ouest. 


(Extrait du Bulletin de la Carte géologique de France, 
n° 415. Tome XVII (1905-1906). — Janvier 190%. 
Comptes-rendus des Collaborateurs pour la 
Campagne de 1906). 


La campagne de 1907 a été consacrée à l'achèvement des 
contours de la partie Nord-Ouest de la feuille (région de Ville- 
neuye des-Corbières, Cascastel, Albas) dans laquelle se rencon- 
tre la succession complète des terrains depuis le Silurien infé- 
rieur jusqu'à l'Eocène moyen inclus. Je complèterai dans cette 
note ce que j'ai dit l'année précédente touchant les terrains pa 
léozoïques et secondaires et donnerai plus de détails pour le 


| — 988 — 


sommet du Crétacé et la base de l'Eocène qui m'ont fourni des 
faits nouveaux intéressants. 


Terrains paléozoïques.— Les schistes gothlandiens gris ou 
noirs à cristaux de gypse et nodules calcaires aplatis souvent . 
énormes, ‘et les calcschistes à Orthoceras bohemicum sont déli- 
mités comme je l'ai indiqué dans le dernier Compte-rendu. Ils 
renferment, surtout dans la partie méridionale et sud-orien- 
tale, de nombreuses bandes étroites régulièrement orientées 
*S. 0.-N. E., plongeant au N. O de calcaires blancs ou gris à 
Encrines du Dévonien moyen. Ils constituent au milieu des 
schistes des reliefs tres saillants. Deux de ces bandes assez 
courtes, aux bancs extrêmement redressés, en formes d'arêtes, 
forment mème des points culminants de la région (point 340 au 
Sud-Ouest de Durban et Signal de Rocaufa | Signal de la Bade 
de la carte de l’Etat-major]). | 

Les dolomies massives grises ou jaunâtres souvent criblées 
de filonnets de quartz du Dévonien inférieur sont peu dévelop- 
pées, l'affleurement principal est situé au pied Sud-Ouest du 
Signal de Rocaufa. La dolomie normale est grise, à grandes 
facettes, mais la plus grande partie de la masse est fortement 
injectée, imprégnée, de quartz et recoupée par plusieurs filons 
importants, très élargis par places, d'hématite compacte ou 
concrétionnée accompagnée de fer carbonaté et de manganèse. 
Plusieurs de ces amas ou filons ont donné lieu à des tentatives 
d'exploitation (concession de Balança); le minerai, assez beau 
par endroits, a une teneur moyenne en silice trop considérable 
pour pouvoir être exploité. 

Au Gothlandien succède au Nord une zone orientée aussi du 
Sud-Ouest au Nord-Est, de 1 kil. 5 à 2 kil. de largeur, consti- 
tuée en totalité par le Dévonien supérieur (Frasnien-Famen- 
nien) et le Carbonifère inférieur (Dinantien). Le Dévonien supé- 
rieur est à l'état de calcaires amygdalins rouges ou verts 
(Griotte) affleurant en nombreuses bandes de largeur variable, 
formées de bancs soit épais, soit minces, orientées régulière- 
ment S. O.-N. E., se suivant souvent sur de longues distances 
sans injerruption. Il constitue l'axe de plis anticlinaux serrés 
au milieu du Dinantien formé à la base par des lydiennes tou- 
jours plissées d’une façon intense et des schistes verdâtres et 


— 986 — À ; 


au-dessus par des schistes brunâtres ou jaunâtres assez durs, 
micacés mais non satinés, souvent gréseux, se débitant DEL en 
lames irrégulières et épaisses. 

A la limite du Dévonien supérieur et des schistes dinantiens 
ainsi que dans les griottes dévoniennes on observe plusieurs 
amas d’hématite avec sidérose de bonne qualité, accompagnés 
de divers oxydes de manganèse exploitables (gîte de la Mayré à 
l'Ouest-Nord-Ouest de Cascastel, galeries au Nord-Ouest de Cas- 
castel près le point 169). Les calcschistes et schistes dinantiens 
à l'Est de Villeneuve-des-Corbières contiennent un filon de fer 
carbonaté abondamment moucheté par places de chalcopyrite : 
(puits de recherches) et le même Dinantien au Nord et Nord- 
Ouest de Cascastel montre aussi des filonnets de cuivre carbo- 
naté bleu. 


Terrains secondaires et tertiaires. — Le Trias et le Rhétien 
(gypse. calcaires en bancs minces dolomitiques, caverneux, al- 
ternant avec des marnes vertes ou grises) forment une bande 
très mince au contact du Dinantien, ils sont surmontés par les 
calcaires hettangiens-sinémuriens en gros bancs, dolomitiques, 
spongieux, du sommet du flanc Nord du ravin orienté O.Ss. 
O.-E. N. E. qui descend de la Pinède de Durban (point 357) 
pour se jeter dans la Berre. Tout le sommet de la crête orientée 
comme le ravin et qui va du pont d'Albas, à l'Ouest, au voisi- 
nage du point 357, à l'Est, est en calcaires gris en bancs épais 
du Charmouthien inférieur. | | 

A partir de ce Lias moyen la succession devient des plus irré- 
gulières et il y a de nombreux contacts anormaux par suite de 
cassures qui ont fait disparaitre par places certains termes de 
la série. Pour trouver le Charmouthien supérieur et le Toarcien 
(marnes à Amaltheus spinatus et marnes à Hildoceras bifrons et 
Belemnites tripartitus) il faut aller à l'extrémité orientale de la 
crête de Lias, au pied du point 352: là se termine la bande 
étroite qui vient du Nord-Ouest de Durban, au contact d'une 
faille dirigée du Nord-Ouest au Sud-Est, presque perpendicu- 
lairement aux autres, qui a même produit un léger décroche- 
ment ; le Rhétien, l'Hettangien et le Charmouthien inférieur se 
terminent aussi brusquement contre cette faille, butant contre 


2 — 


le Jurassique, et le prolongement de ces terrains à l'Est se 
trouve dans une bande orientée O0. N. O.-E.S. E., à 400 mètres 
plus au Sud. 

En contact normal avec le Toarcien au Sud et l'Aptien au 
* Nord, et anormal avec l'Hettangien et le Charmouthien à 
l'Ouest, sont des calcaires massifs, gris foncé, à pâte fine, durs, 
fétides, riches en rognons de silex et en petits cailloux ou 
grains de quartz blanc, bréchoïdes ou dolomitiques et caver- 
neux selon les bancs : en raison de leur position je les attribue 
au Jurassique (Bajocien-Bathonien) bien qu'ils aient un faciès 
très particulier que je ne connais qu’en ce point. Pendant plus 
de 1.500 mètres ils sont en contact avec le Lias moyen sur le 
flanc Sud de l'étroit et profond ravin du ruisseau d'Albas. A 
l'Est, ce Jurassique s'étend fort peu et s'étire rapidement entre 
le Toarcien et l'Aptien. Ce dernier qui se prolonge à l'Est sur 
près de 2 kil. et demi s’étire aussi à son extrémité occidentale 
et finit en pointe au fond du ravin sur le côté Sud. 

Les marnes argileuses grises ou noires, ligniteuses, du Céno- 
manien supérieur affleurent sur une faible surface plus au Nord 
sous le point 357 et vont finir en pointe sur le bord du même 
ravin au niveau de l'Aptien. 

Les grès brun rougeâtre, graveleux, caillouteux par endroits, 
à cailloux de quartz blanc abondants, portant la Pinède de 
Durban, représentent l'ensemble de l’Emschérien et de l'Atu- 
rien, ils s'étirent aussi à leur extrémité occidentale et cessent 
au fond du ravin comme les formations précédentes. 

A partir de ce niveau la succession est plus régulière et les 
bandes sont rigoureusement orientées, comme du reste le ravin 
du ruisseau d’Albas, de l'O. S. O. à l'E. N. O. et se suivent tou- 
tes sur plus de 5 kil. du bord Ouest de la feuille à la route de 
Durban à Albas, Coustouge et Fontjoncouse, elles plongent au 
Nord ou au N. N. E. et on peut relever du Sud au Nord à partir 
de ce point jusqu'à la limite de la feuille la coupe suivante : 


4. Danien (Calcaire de Rognac). — Calcaires blanchâtres ou 
gris clair, un peu panachés de jaune, grumeleux et noduleux, 
massifs ou en bancs evtrêmement épais. De l'Est à l'Ouest les 
calcaires daniens sont en contact successivement avec les grès 


22 


— 958 — 


aturiens, le Cénomanien, l'Aptien, le Jurassique et le Lias 
moyen. À l'Est et à l'Ouest du pont d'Albas le Danien est en 
contact avec les calcaires du Charmouthien inférieur par une 
cassure très oblique, inclinée au Sud. 


2. Montien. — Marnolithes gréseux rouges, grès rouges fins et 
durs, poudingues jaunâtres, panachés, à gros éléments unis par 
un ciment gréseux, développés tout le long de la rive droite du 
ruisseau d'Albas. 


3. Landénien. — Le ravin du ruisseau d’Albas est limité au 
Nord par une longue arête qui se poursuit parallèlement à lui 
sur près de 4 kil., séparant ce ravin de la vallée d’Albas (ruis- 
seau du Prat), elle forme un reljef très important atteignant 
341 mètres à l'Est. Cette crête qui porte à l'Ouest le village d’Al- 
bas est formée par une longue alternance de calcaires lacustres 
blanchâtres ou gris clair, parfois grumeleux, en bancs énormes, 
et de marnolithes rougeâtres. Les bancs, épais de plusieurs 
mètres à la base, sont constitués par un calcaire à pâte fine, 
très compact, très dur, cassant, panaché de rouge ou de jaune, 
susceptible d être poli, et exploité comme marbre, connu dans 
la région sous le nom « griotte d'Albas » à cause d'une vague 
ressemblance avec la vraie griotte dévonienne. J'avais précé- 
demment (1) rapporté ces calcaires au Danien et les marnes et 
marnolithes panachés de la vallée d’Albas au Montien, mais la 
découverte du Sparnacien marin faite au cours des tournées de 
1907 sur le flanc Nord de la vallée d'Albas m'oblige à modifier 
cette attribution et d’ailleurs l'épaisseur des calcaires d'Albas 
est trop considérable pour le Danien seul. x. 

Les marnolithes rougeâtres, les marnes grumeleuses pana- 
chées séparant les bancs calcaires s'épaississent progressive- 
ment vers le sommet aux dépens des bancs calcaires qui s'atté- 
nuent et toute la vallée d'Albas jusqu'au niveau de la route, et 
même bien au-dessus dans la partie occidentale, est ouverte 
dans des marnolithes et calcaires noduleux panachés alternant 


(4) Comptes-rendus des Collaborateurs, Camp. 1906, feuille de Perpi- 
gnan, p. 111. 


— 259 — 


avec de minces bancs de grès jaunes qui représentent le som- 
met du Landénien. 


&. Sparnacien. — A 1.500 mètres environ à l'Est d'Albas on 
voit reposer sur les grès jaunes affleurant le long de la route 
(côté Nord) et appartenant au sommet du Landénien, des mar- 
nes gréseuses jaunes noduleuses, puis des marnes et argiles 
grises en profondeur, jaunes à la surface, contenant une faune 
marine de plus de quarante espèces nouvelles presque en tota- 
lité où sont représentés les genres suivants: Ampullina, Eopse- 
phæa, Voluta, Pseudoliva, Eopleurotoma, Clavilithes, Collonia, 
Turritella, Tiaracerithium, Ptychocerithium. Batillaria (4 espèces), 
Pyrazus, Tylochilus, Ptychopotamides, Cerithidea, Rhinoclavis, 
Cardita, Ostrea (3 espèces au moins), etc. Les espèces connves 
ou voisines d'espèces connues sont : Rhinoclavis (Semivertagus) 
unisulcatus Lk, Ptychopotamides cinctus Brug. (variété), Turri- 
tella cf. hybrida Desh., Eopleurotoma cf. expedita Desh., Ostrea 
uncifera Leym. C’est la faune que l’on trouve dans les marnes 
. du versant oriental de la vallée du Rabet (1) et de tout le Sud- 
_ Est de la feuille de Carcassonne, comprises entre les calcaires 

lacustres landéniens à Physa prisca et les calcaires yprésiens à 
Cérithes, petites Alvéolines et Miliolites sur lesquels reposent 
les marues inférieures à Turritella trempina Car., Nummulites 
atacicus Leym., Orthophragmina, Assilines, d'âge Lutétien infé- 
rieur. Cette faune marine qui sera décrite dans un mémoire en 
cours de publication est absolument distincte de la faune laguno- 
marine du Landénien de Thézan (Vente Farine) et de Tournis- 
san et de la faune yprésienne qui la surmonte. 


. Les marnes deviennent grumeleuses, un peu gréseuses à la 
partie supérieure et passent à des grès et marnolithes avec 
petits bancs ou plaquettes de calcaire lacustre gris à traces li- 
gniteuses visibles au Nord d’Albas, représentant les calcaires 
lacustres du Sparnacien supérieur à Physa prælonga et Planorbis 
subcingulatus de la vallée du Rabet et de la région de Fabrezan. 


(1) Doncieux, « L'Eocène inférieur et moyen des Corbières septen- 
trionales », Bull. Soc. géol. de France, 4‘ sér., t. VI, 1906, pp. 452, 
453 et 456. 


_—— 960 — 


5. Yprésien. — Au-dessus reviennent, formant un petit res- 
saut, des couches marines à l'état de calcaires et grès à petites 
Alvéolines et Miliolites, de marnes noires, de calcaires gris à 
Miliolites et de calcaires jaunâtres en gros bancs à pâte fine 
avec pinces de Crustacés, petites Alvéolines et Miliolites, consti- 
tuant l’abrupt et le sommet de la crète. Du côté occidental, au 
Nord d'Albas, le calcaire est moins dur et moins compact, mar. 
peux, gris ou blanc jaunâtre, avec débris de fossiles, moules 
d'Ampullina, pinces de Crustacés, petites Alvéolines et Milio- 
lites ; au sommet il y a des marnes grises, des grès et des cal- 
caires marneux sans fossiles. 


6. Lutétien inférieur et moyen. — Au niveau des bergeries du 
point 365, à l'Est, et au pied Nord de l’ancien moulin d’Albas, à 
l'Ouest, commence le Lutétien inférieur formé d’une alternance 
indéfinie de marnes et marno-calcaires à Turritella trempina, 
Nummulites atacicus, Assilina Leymeriei d’Arch., Orthophragmina, 
Alveolina subpyrenaica Leym., Flosculines, etc. 11 se continue au 
Nord par le Lutétien moyen en entier qui passe sur la feuille 
de Narbonne. | : 

J'ai cru devoir donner avec détails la composition de l'Eocène 
inférieur, la découverte d'une faune marine dont la position est 
bien fixée par les coupes si nettes du Sud-Est de la feuille de 
Carcassonne permettant de faire des divisions certaines dans 
cet énorme ensemble gréso-marneux de la vallée d'Albas.  - 


(Extrait du Bulletin de la Carte géologique de France, 
n° 419. Tome XVIII (1907-1908). — Mai 1908 
Comptes-rendus des Collaborateurs pour la 
Campagne de 1907. 


COMMUNICATIONS 


pendant les #séances de l’Année 1907 


Faites 


G. Sicard... 


G. Rebelle.. 


D' Courrent. 


G. Sicard... 


C. Renaux.. 


G. Sicard... 
A. Fages.... 


L. Gavoy... 


D' Bourrel.. 


À. Fages.... 


— Appel aux membres de la Société s’occu- 


pant comme lui d'études préhistoriques . 


en vue de lui signaler les enceintes pré: 
historiques dont ils auraient pu recon- 
naître des indices dans notre départe- 


— Présentation de quelques échantillons d’un 
champignon recueilli aux environs de 
Carcassonne, Cyathus sericeus (Lyco- 
perdacél}sn sites mesamrehes 

— À propos d'un Sceau du prieuré de Saint- 
Michel de Duilhac.................... 

— À propos de la disposition particulière des 
rues du village de Saint-Denis (Monta- 


gne-Noire)............ iso 
Sur un Oppidum aux environs de Montou- 
liers (Hérault).................,..... 


— Présentation d’une bague en bronze trou- 
vée aux environs de Lézignan........ 
— Sur quelques meules à grains et un moulin 


ancien ressemblant au Trapelum, décou- 


verts dans l'arrondissement de Grasse 
(Alpes-Maritimes), par M. Paul Goby.. 
— Analyse du Bulletin de la Société histori- 
que et scientifique des Deux-Sèvres, 
1900: ne ann ne ei near 


— Découverte d’une mâchoire humaine dans 
la Grotle du Saut près Fourtou (Aude). 
— À propos d'un vœu de M. Salomon Reinach 
relatif à la protection des stations et 
grottes préhistoriques................ 
— Rectification au Compte-rendu de la séance 
du {8 mars 1906...................... 
— À propos de trois échantillons de porphyre 
de Saint-Raphaël (Var)........,...., : 


XXXVIII 


XXXIX 


XL 


XLI 


XLIII 


XLVIII 


XLIX 


— 262 — 
/ 


G. Sicard... — Projet de reconstitution de la carte ancienne 
du territoire de la commune de Laure. 
G. Rebelle.. — Liste de Lichens, Champignons et Algues 


n intéressants pour la région de l'Aude. 

L. Gavoy... — Sur une Fougère (Scolopendrium officinale) 
ANOLMAIC SE seine spés ia: 

G. Sicard... — Sur un Oppidum aux environs de Laure 
OS T00 LE PP 


— Empreintes de mains humaines dans la 
grotte de Gargas(Hautes-Pyrénées), par 
M..E. Régnaull:.: sis: és 


TABLE DES MATIÈRES 


Contenues dans le Tome XIZX 


IN TRODUCTION 


Liste des Membres fondateurs. 


I': PARTIE 
Liste des membres de la Société au 31 Décembre 1907. .... IX 
Liste des Sociétés correspondantes....................... XXV 
Administration de la Société pour l'année 1908............ XXXI 
Procès-verbaux des séances de 1907....................... XXXIII 
Etat des Recettes et des Dépenses de la Société au 31 Dé- 
ComDRe HOUR Li SAR es duos saunr ac oue LXXI 

II: PARTIE 


Excursion du 14 avril 1907 aux Gorges de Fontjoncouse, à 
Ripaud, les Gorges de la Berre et Gléon, par M. le D' P. 


OONTTONL 15 ii ends ni daiticuiraduides 3 
Excursion du 5 mai 1907 à Cuxac-d'Aude, au Mont Carétou, 

à Raonel et à Matefer, par M. À. Blanquier............ 16 
Excursion des 19 et 20 mai 1907 à Bugarach et Fourtou, par 

MA PARC. 51 nuire maciuuosoaueeisoocrscte 46 
Excursion du 30 juin 1907 à Saint-Denis et Saissac dans la 

Montagne-Noire, par M. G@. Sicard.................... sis) 


Excursion des 13, 14 et 15 juillet 1907 aux Forêts de Callong, 
de Picaussel, de la Plaine, à Belcaire et dans la vallée du 
Rebenty, par M. G. Combeléran...…. dde : 83 


EX: PARTIF 


Faune entomologique de l'Hérault (Coléoptères), par M. 


VIOLET MTAVOR. oo iordhocatetedctosevies 97 
Géographie physique de l'Aude, par M. l'Abbé A. Sabarthès. 154 
Notes complémentaires pour servir à l'étude des Mispickels 

du Cabardès, par M. R. Esparseil fils.............,.... 204 
Le Pont naturel de Saint-Jean à Aiguesvives (Aude), par 

M. le D' Ch. Bourrel................................. 234 
Les Albères, par MM. Delpont, Bru, G. Gautier.......... 238 
Etudes géologiques sur la feuille de Perpignan, par M. L. 

Donciéux...::..scciissiimess I 249 
Communications faites pendant les séances de l’année 1907. 261 
Table des matières..,...........,.......e..scosess 263 


Le Tome XIX du Bulletin de la Société d'Etudes scientifiques de l'Aude 
a été publié à Carcassonne le 17 août 1908. 


Ce volume est délivré aux personnes étrangères à la Société 
moyennant le prix de 10 francs. 


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UNIVERSITY OF MINNES 


LUI 


51 DO0 697 691 F